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Publié : 8 septembre 2005

Les habitants d’Elbeuf dans la tourmente de la Première Guerre mondiale

Fiche réalisée à partir de l’article de Pierre Largesse " Lettres de guerre de Maurice Largesse et de sa famille ", publiée dans le Bulletin de la Société de l’Histoire d’Elbeuf, N°30, novembre 1998.

LES HABITANTS D’ELBEUF
DANS LA TOURMENTE
DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE
La correspondance de Maurice Largesse.

Auteur : Pierrick AUGER-Collège
COUSTEAU-Caudebec-lès-Elbeuf
Niveau 3ème - Histoire - La première guerre mondiale.


Méthodologie :

Cette fiche est réalisée
à partir de l’article de Pierre Largesse " Lettres de guerre
de Maurice Largesse et de sa famille ", publiée dans le Bulletin
de la Société de l’Histoire d’Elbeuf, N°30, novembre 1998.

Les références
au livre des élèves concernent le manuel Histoire géographie
de 3ème, éditions Magnard

Questionnaire

Questions sur
le document A :

  1. Relevez les éléments montrant les conditions de vie difficiles des soldats.
  2. Comment se déroulent les combats ? Sont-ils meurtriers ?

Questions sur
le document B :

  1. Comment se manifeste le sentiment anti-allemand de Maurice Largesse ?
  2. Vous paraît-il lucide sur le déroulement du conflit ?

Questions sur
le document C :

  1. Quelle nouvelle arme fait son apparition dans cette lettre ? Qui l’utilise ?
  2. Maurice Largesse donne-t-il des signes de lassitude ? Pourquoi à votre avis ?

Questions complémentaires
 : (document A à F)

  1. En vous aidant des trois lettres, retracez l’itinéraire de Maurice Largesse durant la guerre sur la carte (document D).
  2. En vous aidant de la carte 2 page 22 de votre manuel, replacez sur la carte (document D) la ligne avancée extrême des Allemands en 1914 et la ligne de front stabilisée en 1915.
  3. A quelle date la guerre débute-t-elle pour Maurice Largesse ? A quelle date se termine-t-elle ?
  4. Maurice Largesse a participé à deux offensives pour briser la ligne de front. Retrouvez-les ainsi que leur date en vous aidant de la carte 2 page 22 et placez- les sur votre carte

 

Document A - La vie du Front

La
lettre du 5 novembre 1914.

"
Chers frère et sœur,
Depuis
longtemps, j’avais l’intention de vous écrire, mais le temps nous
est compté et il nous arrive souvent de rentrer à 9h du
soir au cantonnement. Il faut toucher l’ordinaire, faire la soupe, de
sorte que presque tous les jours on se couche à minuit et le réveil
est à 5h. De plus, j’ai été assez longtemps sans
papier à lettre ; toutes ces raisons font que vous m’excuserez
cette petite négligence que je vais tâcher de racheter en
vous racontant ma campagne. Mais d’abord comment cela va-t-il ? Bien j’espère
car Louise m’a écrit que Marie était malade des coliques
néphrétiques ; je pense bien que depuis elle est complètement
rétablie, c’est ce que je souhaite de grand cœur. De mon côté,
je suis toujours en excellente santé malgré les grandes
fatigues que nous avons eues à supporter, jamais je n’ai souffert
de la marche et cependant nous avons parcouru plus de 1 000 kilomètres.

Le
17 août, nous embarquons à Oissel près de Rouen à
destination d’Arras d’où nous gagnons par 2 étapes Pont-à-Vendin
(Pas-de-Calais). Nous restons là 7 jours, mais les Allemands entrent
en masse en France et comme nous ne sommes pas assez nombreux, nous sommes
forcés de nous retirer. Partis de Pont-à-Vendin, nous gagnons
Hénin-Liétard le 27 pour repartir le soir et venir jusqu’à
Arras où nous arrivons à 5h du matin. Le 28 à 5h40,
la générale est sonnée et nous repartons vivement
car l’ennemi entre dans la ville au moment où nous sortons. Nous
avons fait ce jour là plus de 50 kilomètres. Enfin nous
allons ainsi jusqu’à quelques kilomètres de Rouen où
nous pouvons nous reformer et repartir le 9 septembre pour remonter vers
le Nord après avoir traversé l’Eure, l’Oise et la Somme,
nous arrivons le 26 septembre à Longueval (Somme) ; nous étions
tranquillement en colonne de route quand les chasseurs à pied nous
préviennent que le village était occupé par l’ennemi.
On prend la formation de combat et nous avançons ; mais bientôt
nous sommes accueillis par une fusillade nourrie et forcés de nous
replier. Sitôt reformés, nous reprenons l’offensive et l’artillerie
se met de la partie. Pendant trois heures, la lutte est acharnée
et personne ne semble prendre l’avantage. Les Allemands bombardent le
bois et je suis obligé de rester couché à plat ventre
au pied d’un gros hêtre sur lequel les balles viennent s’aplatir
à chaque instant. Plusieurs camarades ont été tués
tout près de moi et je me demande par quel miracle j’ai pu sortir
de ce bois. Enfin, vers 7h du soir, j’ai retrouvé ma compagnie
et le combat s’est arrêté à la nuit. Nous avons réussi
à garder nos positions ; à l’angle du bois j’ai vu 13 malheureux
atteints par un obus et littéralement hachés par la mitraille
pas un seul ne s’est relevé ; c’était épouvantable
à voir.

Le
29, à l’assaut du village de Miraumont (Somme), ce fut encore plus
terrible nous avions l’ordre de monter sur une crête coûte
que coûte et nous y avons réussi, mais à quel prix
 ? Le champ de betteraves que nous devions traverser était rempli
de morts et pendant que nous allions de l’avant, les blessés revenaient
en grands nombre ; ce n’était

guère
encourageant, mais dans ces moments là on n’y fait pas attention.
Le 30, après une nuit dans les tranchées, nous sommes relevés
par le 21e et la lutte recommence ainsi que les jours suivants sans résultats.
Le 3 (octobre) nous reprenons nos tranchées ; tous les villages
sont en feu autour du champ de bataille et le général nous
fait remplacer par des douaniers à la nuit. Comme j’étais
avec un sergent et quatre camarades dans une tranchée isolée,
le capitaine a oublié de nous faire prévenir et nous avons
passé la nuit tous les six, absolument seuls car les douaniers
étaient également partis un peu plus tard. Ce jour-là,
je peux dire que j’ai vu la mort de bien près sans m’en douter.
Dès qu’il s’était aperçu de notre absence, le capitaine
avait envoyé un sergent nous chercher, mais ce brave camarade pris
de frousse n’était pas venu jusqu’à nous et lui avait raconté
en rentrant qu’il avait vu la tranchée bouleversée par les
obus et que nous étions tous tués. Inutile de vous dire
que les camarades nous ont fait fête quand ils nous ont revus sains
et sauf.

Il
était temps de quitter la tranchée car une demi-heure après
elle était prise par les Allemands et dans l’après-midi
nous étions obligés de battre en retraite à plus
de 4 km en arrière. Cette bataille a coûté plus de
800 hommes à notre régiment.

Nous
restons en repos à la Ferme de la Haye, commune de Bayencourt (Somme)
jusqu’au 9 octobre où nous allons de nouveau occuper les tranchées
devant Hébuterne (Pas-de-Calais). Nous y avons tenu 14 jours sous
le feu des canons allemands qui ont complètement détruit
le village. Les marmites en tombant faisaient dans la terre des trous
où l’on aurait pu sans difficulté enterrer 2 chevaux. Nous
avons eu à repousser 2 attaques de nuit les 13 et 20 octobre, enfin
on nous a remplacés et mis en réserve pour prendre un peu
de repos. En tout, nous avons eu au régiment 1340 hommes hors combat.
Vous voyez que nous avons fait notre part.

En
ce moment, nous sommes à une dizaine de kilomètres de Montdidier
(Somme), en attendant les événements. J’avais rien dit de
tout cela à Louise pour ne pas l’inquiéter, mais des blessés
qui sont rentrés à Elbeuf ont tout raconté et elle
sait tout ; elle paraît assez courageuse et j’espère qu’elle
le sera jusqu’au bout. Je reçois d’elle 2 lettres par semaine et
elle m’assure que tout va bien à la maison.

Mon
cher Gustave, je te prie de faire part de ma lettre à Albert et
Florentine et de leur dire bonjour pour moi.

Embrasse
bien fort Georges pour son oncle. Il doit être maintenant un beau
et solide garçon : est-il sage ? Je le crois.

Un
bonjour aussi pour ma petite sœur Marie et pour toi ma plus cordiale
poignée de main et mon meilleur souvenir. Maurice. Mes amitiés
à René s’il est encore parmi vous au reçu de ma lettre
car je sais qu’il doit vous quitter pour partir aussi. Emmanuel Maurice
Largesse, Caporal tambour, 22e territorial, 6e Compagnie, Rouen.

 


.

Document
B Entre patriotisme et réalisme

Lettre
du 1er mai 1915.

"
(…) Comme je vous le dis plus haut nous sommes cantonnés à
Albert et toutes les 2 nuits nous allons faire des travaux de terrassement
et de mines à La Boisselle. La nuit dernière, cela s’est
passé en toute tranquillité, mais celle d’avant avait été
rude et m’avait semblé rudement longue. Nous avions un trou à
faire en avant des tranchées de 1re ligne et à cet endroit
les avant-postes français sont à 15 mètres des Boches
 ; vous pensez si nos voisins nous entendaient piocher ! Aussi, au moment
du travail boum ! Nous entendons une formidable détonation et nous
voilà couverts de terre, mais pas touchés. C’est une grenade
qu’ils viennent de nous lancer et nous en essuierons ainsi une quinzaine
sans être touchés, mais plusieurs sont tombées à
5 ou 6 mètres devant nous et ma foi nous n’étions pas trop
fiers. La grenade est lancée à la main, elle n’a pas le
sifflement caractéristique de l’obus de sorte qu’elle éclate
en tombant sans qu’aucun signe ne vous avertisse de son arrivée
 ; cela produit une sensation de surprise très désagréable
et le bruit de l’éclatement a rendu complètement sourd pendant
un certain temps plusieurs camarades.

Pour
moi, je n’ai rien éprouvé de désagréable,
mais je me sentais en danger et j’avoue que j’ai vu arriver l’heure du
départ avec un certain plaisir.

Quant
à la ville d’Albert vous savez qu’elle a été bombardée
par les Allemands. Tous les quartiers ont reçu des obus, mais c’est
surtout les environs de l’église qui ont trinqué.

L’église
était un très joli monument moderne, construit entièrement
en briques ; son clocher d’une hauteur de 80 mètres, était
surmonté d’une immense vierge dorée (Notre-Dame-de-Brebières
offrant l’Enfant Jésus à l’adoration du peuple). C’était
une vraie merveille. Les Allemands ont lancé dessus plus de 10
000 obus de tous calibres en l’espace de 4 mois ; aussi je vous laisse
à penser ce qu’est devenu le quartier ; pas une maison n’est restée
debout ; seuls quelques pans de murs se dressent encore au milieu des
décombres, l’église est percée de toutes parts, la
vierge dorée suspendue dans le vide ne tient que par un miracle
d’équilibre et le clocher tout entier semble prêt à
tomber sous la moindre rafale de vent. L’Hôtel-de-ville qui était
en face est complètement rasé. Et tout cela a été
fait par vengeance, sans aucune utilité stratégique, pour
le plaisir unique de faire mal. Aussi, comme nous serions heureux si nous
pouvions les punir comme ils le méritent et les sortir de France
 ! Malheureusement, ils sont très forts et cela sera difficile et
dans tous les cas nous coûtera fort cher.

Enfin,
il faut espérer. Je termine en vous embrassant tous les trois de
grand cœur et en vous souhaitant santé, bonheur et travail.

Votre
frère Maurice

22,
Territorial, 6e Compagnie, Secteur postal 148.

 

Document C - Une guerre longue et moderne

Lettre
du 1er août 1916.


" (…) En attendant, je suis toujours au 221, et pour le moment
nous sommes tout simplement à Verdun ; le bombardement est continuel
et je vous assure que ce n’est pas un séjour très calme.
Le bilan d’aujourd’hui : 9 blessés, 12 chevaux blessés et
2 tués à quelques mètres de nous ; les boches sont
enragés aujourd’hui et dès le matin, ils ont commencé
à nous empoisonner avec leurs saloperies de gaz. C’est une chose
que je ne peux pas supporter et cela me rend très malade à
chaque fois que j’en respire.

Espérons
que bientôt nous verrons la fin de cette horrible guerre et qu’il
nous sera permis de retrouver tous ceux qui nous sont chers.

Vous
savez probablement, que j’ai été en permission à
la fin de juillet et cela m’a fait beaucoup de bien car cela faisait 10
mois que j’avais vu ma petite famille. Louise et moi, nous commencions
à trouver le temps long. C’est là

que
j’ai appris la mort de ce pauvre Marcel et cela a beaucoup affecté
Joseph qui se plaint beaucoup de douleurs à la tête, il souffre
journellement. Cela a été un rude coup pour eux.

René
est également dans la région de Verdun et à été
légèrement blessé dernièrement, je suppose
que vous êtes renseignés à ce sujet ; je n’ai jamais
eu l’occasion de le rencontrer, ce qui m’aurait pourtant fait un grand
plaisir. Je ne vois pas autre chose à vous dire pour le moment
et je termine en vous assurant de mon amitié la plus sincère
et en vous embrassant tous les trois de grand cœur.

Votre
frère Maurice

Je
vous prie de bien vouloir faire part de ma lettre à Albert et Florentine
et de leur dire bonjour pour moi.

 

Document D
Cartes situant les villes et les villages cités


Document E
 
Document F


Biographie de Maurice Largesse

24 décembre
1877
 :
Naissance de Maurice à Caudebec-lès-Elbeuf.
Du 16/11/1898 au 21/09/1901 :
Service militaire.
Il travaille ensuite aux Tramways d’Elbeuf.
Août 1902 : Mariage avec Louise,
femme de chambre.
Juin 1903 : Naissance du fils aîné de Maurice.
De 1904 à 1914 : Naissance de deux filles.
02 août 1914 : Mobilisation dans l’infanterie.
17 août 1914 : Premier combat de Maurice.
28 mai 1918 : Blessure à la poitrine.
1 août 1918 : Retour au front.
06 Février 1934 : Mort de sa femme.
21 décembre 1942 : Mort de Maurice Largesse.

 



Source : Pierre Largesse

 


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