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Publié : 9 novembre

Corriger ses copies à l’oral : une solution intéressante ?

Un exemple de mise en œuvre de correction de croquis et de copies à l’oral.

Croulant sous les copies et cherchant à être plus efficient un jeune collègue de philosophie, Yohann Vincent, a expérimenté une nouvelle façon d’évaluer les copies. Il corrige sans écrire ou presque… On enregistre (oralement) la correction ! En histoire géographie, l’idée est gagnante à plusieurs titres. On gagne du temps (pas tout de suite) ou du moins on finira par en gagner pour les copies rédigées.

Les croquis :

C’est néanmoins déjà le cas en ce qui concerne les croquis. En moins de trois minutes nous pouvons dire que l’aspect visuel du croquis répond ou non au sujet, si c’est le cas pour la légende et si croquis et légende sont corrélées ou pas. Prenons comme exemple de croquis pas forcément complexes. Les élèves passent plusieurs heures à les réaliser et peuvent très bien ne pas répondre au sujet, être imprécis sur la localisation des métropoles mondiales ou tout simplement utiliser des couleurs qui apparaissent bien hiérarchisées dans les cartouches mais pas sur le croquis, en fonction de leur coloriage, appuyé ou non etc. En tant que correcteur doit-on écrire sur le croquis, sur la légende, expliquer que la gamme de couleurs choisie convient en légende mais que l’effet recherché n’apparaît pas sur le croquis ?... A l’oral toutes ces explications très spécifiques ne prennent que quelques dizaines de secondes et sont bien plus efficaces que nombre d’annotations voire de gribouillis ci et là.

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Les développements construits/compositions/dissertations :

Pour les autres exercices, le procédé oblige à une petite explication auprès des élèves. On se contente d’une appréciation générale en haut de la copie mais au lieu d’annoter dans la marge on indique des numéros, 1, 2, 3 etc auxquels on renvoie les élèves lorsqu’ils écouteront la correction. Il m’est arrivé de rédiger plusieurs phrases à la fin d’une copie et de commencer l’enregistrement par là : « Rendez vous directement à la fin de votre copie, après la conclusion » puis « Relisez votre conclusion » et on la lit soi-même. L’élève écoute et se relit en même temps. Dans une composition, cet élève en question était parti à un moment donné en hors-sujet et la conclusion confirmait ce hors-sujet : elle n’avait pas été rédigée au brouillon comme il est recommandé. Il lui est dit que sa conclusion confirmait son hors sujet et qu’il devait se rendre directement au numéro 3 pour suivre la correction : son propre texte lui est lu avec intonation et le moment où il dévie du sujet est appuyé. J’ai ainsi pu lui lire une quinzaine de lignes afin de bien lui indiquer le passage précis où il commence à digresser. Je reprends ensuite le reste de la correction, point par point, numéro par numéro mais le plus important, ce qui lui avait coûté la moyenne, était abordé et expliqué en premier.

L’étude de documents :

Pour l’analyse de document et notamment pour l’analyse de texte tous les enseignants de Lettres et sciences humaines savent la difficulté d’évaluer la paraphrase. Le texte est-il réellement compris ? A quel degré de similitudes considère-t-on qu’il s’agît de paraphrase ou non ?... L’exercice est difficile et le faire comprendre aux élèves l’est encore plus. Avec un enregistrement audio on peut lire de longs passages en quelques secondes. On peut lire simultanément des extraits du texte à travailler et certains passages de la copie de l’élève en lui demandant si lui aussi ne pense pas qu’il y a ressemblance. Ce procédé permet dans ce cas par exemple d’indiquer que telle partie du cours renvoie à cet extrait paraphrasé, que nous l’avions vu de telle façon, qu’il aurait été aisé de s’y référer, que tel autre exemple aurait pu être cité etc. On peut également expliquer la différence entre un argument qui n’est qu’illustratif alors qu’on attend davantage d’explication, d’approfondissement. Oralement, on peut commencer à développer l’exemple précis choisi par l’élève pour lui en démontrer l’intérêt.

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Le rendu sur les copies :

Autre avantage, les copies ne sont plus remplies de corrections, rouges surtout. Le conseil de ne plus corriger en rouge peut apparaître farfelu voire démagogique. Il faut cependant admettre qu’une copie corrigée remplie de rouge ne donne guère envie d’entrer dedans pour un élève qui se retrouve avec une « sale note » comme ils disent. Là, ne figurent qu’une appréciation générale et des numéros. Les copies les plus faibles n’ont plus à être cachées du voisin. Elles peuvent être rangées immédiatement puisque la correction est personnelle en devant être écoutée. Elle est personnelle et réellement individualisée. Cela n’empêche en rien de faire une correction classique à l’ensemble de la classe mais chaque élève doit trouver un autre temps que celui de la classe pour écouter l’enregistrement, quelque soit le support utilisé (ENT, SE3, clef USB voire envoi par mails de l’enregistrement ou autre…).

Quelques outils pour pouvoir s’enregistrer
sur le site “Enseigner avec le numérique”

Retour sur l’expérience

Il est vrai que pour les exercices rédigés il faut un minimum d’habitude de ce procédé pour réellement gagner du temps… En réalité, plusieurs évaluations sont nécessaires pour réellement gagner du temps en comparaison d’une correction classique). Il n’est pas si aisé de sortir de ses habitudes... Surtout, surtout, les élèves, TOUS les élèves plébiscitent cette façon de faire. Ils comprennent la correction disent-ils. Surtout, ils affirment qu’ils comprennent leur note. Après l’avoir testée, y compris en alternant avec une correction « classique » je ne peux que recommander cette expérimentation. Elle est efficace en permettant aux élèves de mieux cerner pourquoi, quand, à quel moment précis, leurs propos peuvent gagner en rigueur. C’est un peu comme si, enfin, ils comprenaient. Dans tous les cas de figure, ils progressent.

Fabrice PILAT, Lycée Jacques Prévert de Pont-Audemer.
Expérimentation menée auprès de classes de secondes, premières et terminales.