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Publié : 5 juillet

Les assises pédagogiques du Centenaire de la Première Guerre mondiale

Les assises pédagogiques du centenaire de la Première Guerre mondiale se sont déroulées à Bordeaux du 25 au 27 mars 2019. Ces assises ont été l’occasion de faire un bilan des actions menées sous l’égide de la Mission du centenaire avant la clôture de celle-ci le 30 juillet prochain.

Beaucoup a été fait en termes de rénovation patrimoniale, mais aussi de productions scientifiques et scolaires depuis 2012, année de la création de la Mission du centenaire. Les assises ont permis de présenter différents projets pédagogiques conduits depuis 7 ans, elles ont aussi permis l’organisation de différentes tables rondes et ateliers dressant un bilan des actions menées et anticipant le travail de mémoire autour de la Grande Guerre, une fois le centenaire passé.

Une intervention vidéo de Jean-Michel Blanquer a été diffusée au début des assises. Le ministre a insisté sur l’importance du projet européen, garant de la paix. Il a adressé des remerciements à diverses organisations et institutions telles que la Mission du centenaire, Canopé, l’Education nationale, la DPMA, sans oublier les partenaires étrangers. Enfin, il a annoncé officiellement la création d’un comité d’Histoire de l’éducation nationale et de la jeunesse afin de valoriser les projets scolaires.

Bordeaux a été choisie pour la tenue de ces assises afin de montrer que tout le territoire français a été touché par cette guerre. La ville a été le siège du gouvernement pendant 3 mois en 1914 sous la présidence de Raymond Poincaré pendant la bataille de la Marne (le conseil des ministres se réunissait alors à l’Hôtel de Nesmond, aujourd’hui devenu l’hôtel préfectoral), les lycées avaient accueilli les ministères. Ce sont en tout 30 000 personnes qui ont quitté Paris pour s’installer à Bordeaux au cours de cette période.
Bordeaux a également été une terre d’hivernage des troupes coloniales et son port est devenu la seconde base logistique de l’armée américaine en 1917.
Joseph Zimet, le président de la Mission du centenaire a dressé un bilan des actions réalisées depuis 7 ans évoquant le rôle des historiens (notamment le centre de recherches de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne), les retombées économiques pour le tourisme de mémoire dans les régions Hauts de France et Grand-Est, l’accueil de touristes étrangers. Il a salué l’importance des actions menées en interdisciplinarité dans les établissements scolaires. Avant de souligner l’importance des référents mémoire et citoyenneté dans les académies.

Antoine Prost, président du conseil scientifique de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale a, quant à lui, rappelé le sacrifice des soldats de la Grande Guerre et les risques d’amputations territoriales encourus par la France en cas de défaite. Il a aussi rappelé que l’intérêt pour la Grande Guerre était antérieur à la création de la Mission du centenaire. Cependant, ces années de centenaire ont été l’occasion de rassembler des ressources documentaires très riches sur la guerre 1914-1918, comme le site web du Grand mémorial des poilus (registres militaires des 8,5 millions de poilus) ou encore celui de la Grande collecte.

Ces années ont aussi favorisé des interactions entre le travail d’Histoire fait à l’école et la mémoire familiale car les élèves ont montré de l’intérêt sur ces questions et ont pu échanger avec leur famille après le temps de découverte en classe. Les projets scolaires ont été très nombreux, et ce dans tous les types d’établissements scolaires.

L’ensemble des projets menés au cours de la période ayant répondu à un travail de mémoire et un devoir d’histoire selon un triptyque : « partager » (entre le front et l’arrière, entre belligérants), « comprendre » (les enjeux de la guerre) et « hériter » (le sens des commémorations, sens différent selon qu’elles aient lieu dans des régions « du front » ou des régions « de l’arrière », la découverte des monuments aux morts pour les élèves, l’importance des activités pédagogiques et des projets menés pour mobiliser les élèves).

Ces projets, motivants pour les élèves, ont aussi permis de donner du sens à un événement ancien pour eux en même temps qu’ils se sont révélés des projets citoyens. Ils ont été l’occasion de soulever la question de l’incarnation de l’histoire pour un élève. Quand l’histoire cesse d’être des chiffres, des mots, des dates et que les élèves comprennent que ça parle de la vie, des gens.
Ils ont aussi permis de réaliser un travail de recherche autour de documents, d’essayer de les faire parler, le document étant un moyen pour aller vers l’humain.
Enfin, ils ont permis un élargissement continu de la perception du conflit, à partir du vécu du soldat et les élèves ont pu découvrir d’autres aspects de la vie à cette époque.

Un échantillonnage de la démarche et des projets menés dans le cadre du centenaire sera sûrement réalisé par le MUNAÉ (musée national de l’éducation).

Les jeunes générations initiées aux commémorations lors du centenaire vont sans doute réinventer les commémorations à l’avenir.
Il s’agit là de conforter la fonction civique de la politique mémorielle dont l’identité du pays dépend. La transmission du savoir historique est fondamentale, mais la participation active des jeunes aux cérémonies de commémorations est également importante. Un « socle mémoire » fera d’ailleurs partie intégrante du futur Service national universel expérimenté à partir de juin 2019.

Les possibilités de poursuite d’un cycle commémoratif après le centenaire reposeront vraisemblablement aussi beaucoup sur la mobilisation de l’Éducation nationale. Mobilisation qui restera sans doute forte si les conditions en temps, ressources financières et reconnaissance accordée aux projets pédagogiques et à la participation active des élèves aux commémorations sont réunies.

Différents intervenants ont, en effet, formulé le souhait que cette commémoration du Centenaire « fasse école » en insistant sur l’importance de l’éducation à la paix, précisant que sur ce plan, « la Mission a rempli sa mission ».

Ces assises du centenaire ont aussi été l’occasion de découvrir la grande richesse des projets pédagogiques menés partout en France. Parmi ceux-ci, des projets utilisant l’outil numérique.

Projet pédagogique « Trace de soldats », datasprint historique réalisé par le réseau Canopé (atelier Canopé du Val de Marne)

Un Datasprint est un exercice de créativité qui utilise comme matériau des données numériques, l’exercice est limité dans le temps.
C’est un exercice commémoratif. Pour les élèves, il s’agit de manipuler des données, de les analyser, de les trier, de les augmenter. Ce travail mobilise des compétences en Histoire-Géographie, mathématiques (tableurs), arts plastiques, ou encore en lettres.
Les élèves ont été chargés de formuler des hypothèses, faire des propositions et les vérifier à l’aide d’une datavisualisation.
La source des données utilisées provient du site « Mémoire des hommes » avec la liste des poilus morts dans les communes des établissements d’origine des élèves.
20 ateliers Canopé, 52 classes, soit 1400 élèves ont été impliqués dans ce projet.
Le travail s’est effectué sur un mois, les classes ont reçu les données le 24 septembre 2018 et devaient rendre leur travail pour le 20 octobre. Il a été publié le 11 novembre 2018 sur le site data.gouv.fr.

Les exemples de productions des élèves qu’on peut y trouver sont des nuages de mots des prénoms des poilus, des graphiques sur les métiers des poilus, les types de morts, des cartographies des lieux de décès, ou encore des graphiques des nombres de morts par année du conflit.

Service départemental des Yvelines, Serious Game « Gueule d’ange »

Dans ce serious game, il s’agit de placer l’élève dans la peau d’un chercheur faisant des recherches en ligne sur un poilu. Le travail consiste donc à recouper les sources.
Le jeu dure 3 heures. Il est construit sous forme de chapitres et différents tutoriels vidéos sont intégrés au jeu pour suivre les différentes étapes.
Un concours est organisé autour du jeu pour créer une émulation. Il est scénarisé, le parcours est fictif, mais à la fin du jeu on peut accéder à une énigme bonus qui repose sur des documents réels.
Ce jeu est souvent vu comme un début de projet (avant de rédiger des fiches biographiques de poilus de la commune, type « wiki » par exemple).