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Publié : 22 octobre 2015

Enseigner le territoire sous l’angle d’un système d’acteurs, un exemple

Introduction

En Première L/ES, les acteurs ne sont absents ni des programmes ni des ressources officielles proposées pour les mettre en œuvre. L’éclairage sur la notion de territoire [1] de première du programme de géographie des classes de Première L/ES peut en témoigner. Cependant, ceux-ci sont mentionnés de manière collective ("groupes sociaux", "groupe social", "habitants", "acteurs", "sociétés") et/ou indifférenciée ("habitant", acteur géographique"). Ils sont avant tout évoqués pour leur relation avec le territoire ou le milieu même s’ils sont caractérisés par leur pluralité et leur rôle dans la production territoriale à travers leurs pratiques spatiales. L’existence d’interactions entre les acteurs n’apparaît que de manière marginale. Celles-ci ne sont reconnues qu’à certains acteurs, des agents économiques ou des décideurs en matière d’aménagement. Ainsi, les "entreprises [...] peuvent être à la fois partenaires et concurrentes" [2] tout comme il est possible que "les objectifs des différents acteurs des aménagements divergent" [3]. Soulignons enfin que ces rares interactions ne mobilisent que des acteurs de même nature.
Par conséquent, le territoire ne nous semble pas suffisamment envisagé comme le produit d’un système d’acteurs. Il devient par conséquent très difficile que "les élèves appréhendent les enjeux et la complexité d’un territoire, la diversité de ses acteurs, ses évolutions envisageables, en particulier dans une perspective de développement durable" [4] si les enjeux territoriaux apparaissent à ces derniers comme un donné et non pas comme le produit d’intérêts communs, divergents ou opposés des différents acteurs du système territorial. Par conséquent, sans prendre aussi en compte le territoire comme un système d’acteurs, il nous semble malaisé de développer chez les élèves une réelle éthique de responsabilité et d’aborder la dimension civique que doivent revêtir les études de cas en première. [5]
La séquence détaillée ci-dessous se veut une proposition pour (re)mettre au cœur de la réflexion des élèves les acteurs territoriaux de manière à comprendre le territoire étudié en tant que système et à ancrer cette analyse dans une perspective de développement durable.

Un exemple : Valoriser et ménager un milieu dans la perspective du développement durable, le cas de Grand Cul-de-Sac marin (Guadeloupe)

Cadre pédagogique et didactique

Né dans le cadre de recherches en sciences environnementales, le protocole ARDI ( Acteurs - Ressources - Dynamiques - Interactions) est une démarche de co-construction d’un modèle de gestion des ressources naturelles d’un territoire par ses acteurs [6]. Expérimenté dans le cadre de l’enseignement de la géographie, notamment d’études de cas liées à la thématique de l’aménagement [7], ce protocole, adapté [8], permet aux élèves, d’une part, d’élaborer un système territorial qui donne toute sa place aux acteurs et à leurs interactions et, d’autre part, de construire des propositions de gestion territoriale en lien avec les enjeux contemporains dont celui du développement durable.
De ces premières expérimentations, nous avons retenu la construction collaborative d’un diagramme des interactions après identification par les élèves du groupe des acteurs et des relations qui les lient au territoire étudié mais aussi entre eux. L’élaboration de ce diagramme est conduite à partir d’une description du Grand Cul-de-Sac marin, d’un article scientifique sur les enjeux touristiques dans ce territoire et, surtout d’un corpus cartographique disponible au sein d’un même ensemble dans un système d’information géographique (SIG). Cet outil permet de croiser des informations sélectionnées par les élèves et facilite la mise en œuvre par ces derniers d’une investigation plurielle à travers une démarche inductive et/ou hypothético-déductive. Par rapport aux expériences précédemment menées, l’élaboration par les différents groupes d’un diagramme modélisant le territoire n’a pas été suivie d’une mise en commun des propositions de gestion du territoire des différents groupes. Chaque groupe a rendu une proposition séparée.

Mise en œuvre

Le travail est présenté comme une commande du président du Département et Région d’Outre-Mer de Guadeloupe dont nous usurpons alors momentanément la place. Chaque groupe d’élèves est placé dans le rôle d’une agence d’experts géoenvironnementaux. Le travail de chaque agence consiste à élaborer un diagramme des interactions et un croquis du territoire étudié puis à rédiger une proposition visant à mieux ménager et valoriser le milieu du Grand Cul-de-Sac marin.

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Travail à réaliser et corpus documentaire écrit

Le travail s’est déroulé sur trois heures en salle informatique avec une classe de Première L. Les élèves, au nombre de vingt-sept, se sont répartis en six groupes. Les outils mis à leur disposition élèves sont un SIG, en l’occurrence QGIS, et un logiciel de cartographie conceptuelle, CmapTools. Ces deux outils ont fait l’objet d’un premier travail en classe lors de la réalisation d’un croquis de synthèse du territoire régional (QGIS) et d’un diagramme des acteurs du système économique chinois (CmapTools). Ils sont donc relativement familiers aux élèves.

Bilan et perspectives

Au début du travail, les élèves peinent à s’organiser : ils sont déstabilisés par la mise en situation et la démarche d’investigation qui leur sont proposées. S’ils perdent du temps en début de séquence, ils s’adaptent cependant relativement rapidement si bien que tous les documents nous sont remis. Cependant, l’objectif n’est pas tout à fait atteint par l’ensemble des groupes. En effet, des diagrammes témoignent encore d’une confusion entre acteurs et dynamiques. Par exemple, le réchauffement climatique est un acteur au même titre que les touristes sur le diagramme suivant :

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Diagramme 1

Sur d’autres, les actions des acteurs sur le milieu sont correctement identifiées mais il n’est pas possible de les qualifier d’interactions. D’autre part, les relations entre acteurs sont encore rares :

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Diagramme 2

Cependant, quelques diagrammes attestent une vision plus systémique du territoire, notamment à travers l’identification d’actions communes et de regroupement d’acteurs aux logiques convergentes :

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Diagramme 3

Sans surprise, c’est parmi les groupes qui réalisent de tels diagrammes que les propositions de préservation et de gestion du milieu du Grand Cul-de-Sac marin sont les plus abouties. En voici un exemple :

Cette nouvelle déclinaison du protocole ARDI dans le contexte scolaire peut apparaître pour partie satisfaisante. Cependant, il nous semble nécessaire de réintégrer une dimension collaborative qui intègrerait l’ensemble du groupe-classe dans une co-construction d’un diagramme collectif des interactions afin de permettre une meilleure compréhension du système territorial étudié.

Notes

[5"L’étude de cas en première a une forte dimension civique. Le programme s’interroge sur la façon dont sont ou seront gérés les territoires. Les questions des acteurs du territoire, du fonctionnement des espaces dans le contexte de la mondialisation, de l’avenir des territoires constituent la trame du programme."
L’étude de cas en géographie – classe de première (2011)

[7Voir :