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Publié : 18 octobre 2014

Aménager l’aire urbaine du Havre : le prolongement de la Lézard’Express Régionale

Introduction

L’étude de cas proposée se place au début du programme de Géographie de 3ème. Elle permet d’aborder la première partie intitulée « Habiter la France » et de traiter le premier thème consacré à l’influence de la ville sur le territoire français. Elle porte sur le projet d’extension de la Lézard’ Express Régionale (LER), axe ferroviaire géré conjointement par la Région Haute-Normandie, la SNCF et la communauté d’agglomération du Havre (CODAH), à l’échelle de l’aire urbaine du Havre.
Cette étude de cas introduit les notions nécessaires à la mise en perspective qui suit (étalement urbain, aire urbaine). Elle permet de découvrir le fonctionnement et l’importance des collectivités locales. Elle s’inscrit dans la perspective d’une géographie scolaire citoyenne. En effet, la séquence entend préparer les élèves à une pratique réfléchie de la citoyenneté locale à travers la recherche d’un consensus élaboré de manière collaborative par eux afin de dépasser les conflits d’acteurs et d’usages.
Cette démarche est l’aboutissement d’une expérimentation menée conjointement avec un chercheur en sciences de l’éducation, Sylvain Genevois (Genevois et Chopin 2013 [1], 2014 [2] et à paraître [3]).
Elle a permis d’adapter à l’enseignement secondaire un protocole de règlement des conflits, le protocole ARDI (Acteurs, Ressources, Interactions, Dynamiques) (Etienne et alii 2011 [4]).
Dans un premier temps, l’enseignant présente le déroulement de l’ensemble de la séquence ainsi que les rôles et objectifs assignés aux élèves organisés par groupe de travail de 2 à 4 élèves. Chaque groupe tient le rôle des élus d’une commune choisie par le professeur. Ce choix permet de refléter la diversité des situations des communes concernées par le projet d’aménagement (proximité/éloignement par rapport à l’infrastructure de transport, appartenance ou non à la CODAH, à l’aire urbaine du Havre).
Les groupes de travail évaluent en premier lieu l’adéquation entre l’aménagement existant et les enjeux de mobilités à l’échelle de l’aire urbaine à l’aide d’un système d’information géographique (SIG) [5] (Séance 1). Dans un second temps, ils sont conduits à déterminer quels sont les acteurs directs et indirects concernés par cet aménagement puis à comprendre quels enjeux les animent en fonction des dynamiques récentes du territoire dans lequel s’insère cet aménagement. Ils formalisent enfin de manière collaborative leurs constatations sous la forme d’une représentation systémique du projet de prolongation de la LER (Séance 2). Sur cette base, ils prennent la décision d’engager ou non leur commune dans ce projet. Ils formulent également des propositions afin d’améliorer cette infrastructure (Séance 3).

Séance 1 – 1 heure
La Lézard’ Express Régionale : une infrastructure adaptée aux enjeux de mobilité durable ?

En début de séance, après avoir présenté les objectifs de la séquence ainsi que les modalités de travail, le professeur évoque brièvement l’infrastructure de transport à étudier, la Lézard’ Express Régionale. Elle est généralement familière des élèves dans la mesure où elle longe les quartiers dans lesquels ils résident. Rares sont cependant ceux qui l’ont utilisée. Il présente ensuite la problématique : La Lézard’ Express Régionale est-elle une infrastructure de transport durable ?

Evaluer la pertinence de l’aménagement existant en matière de mobilité durable

Afin de répondre de manière argumentée à la problématique de la séance, les élèves disposent d’un ensemble de données élaborées en amont par le professeur sous la forme de couches d’information géographique (Fig. 1). Ils les exploitent donc à l’aide d’un système d’information géographique (SIG). Cet outil leur permet, à loisir, de confronter les données (Fig. 2) voire de les manipuler à l’aide de sélections (requêtes attributaires). Ils peuvent ainsi « individualiser » leur travail en adoptant une démarche inductive ou hypothético-déductive selon l’état d’avancement ou la nature de leur réflexion. Celle-ci est par ailleurs guidée par les questions qui constituent les titres des dossiers dans lesquels sont classées les couches d’information. Le travail en groupe de ces derniers libère le professeur qui tantôt aide à surmonter les rares difficultés d’ordre techniques rencontrées par les élèves ou les conseille ponctuellement dans leur réflexion.
Les élèves rédigent une courte réponse argumentée à la problématique posée en début de séance. Ils mettent ainsi en évidence l’inadéquation du tracé de la Lézard’ Express Régionale avec les enjeux de mobilités à l’échelle de l’aire urbaine du Havre. Cette inadéquation s’explique par le fait que l’infrastructure est gérée pour partie par la communauté d’agglomération du Havre CODAH dont le territoire est plus restreint que l’aire urbaine du Havre. Ce faisant, les élèves abordent de manière intuitive la notion de mobilité durable à travers l’exemple des navettes domicile-travail mais aussi celles d’étalement urbain et d’aire urbaine.

Fig. 1 : Présentation des données exploitées par les élèves
Sources : IGN, INSEE, CODAH, SNCF

Fig. 2 : Un exemple de mise en relation de données par les élèves : tracé de la LER, CODAH, dynamiques démographiques communales et navettes domicile-travail à destination du Havre
Sources : IGN, INSEE, CODAH, SNCF

Séance 2 – 2 heures
La Lézard’ Express Régionale : de l’aménagement au système d’acteurs

Mise en commun du travail réalisé lors de la séance 1

La mutualisation est réalisée brièvement sous la direction du professeur qui en profite pour définir les notions abordées par les élèves lors de la séance précédente (aire urbaine et étalement urbain). Le professeur présente ensuite la problématique des deux séances suivantes. Il s’agit pour les élèves de comprendre comment la Lézard’ Express Régionale et son extension projetée sont au cœur d’un système d’acteurs.

Connaître les acteurs de la Lézard’ Express Régionale et de son projet d’extension

Il s’agit dans cette étape de déterminer quels sont les acteurs de cet aménagement. La présentation de la Lézard’ Express Régionale sur le site de l’un de ses acteurs (Fig. 3), la CODAH, permet aux élèves de déterminer quels sont les acteurs directs de cet aménagement, c’est-à-dire ceux qui sont en charge de l’exploitation et de la gestion de cette infrastructure. Ils sont complétés ensuite à l’oral par les acteurs indirects, essentiellement les habitants des communes concernées par la LER et son projet d’extension, habitants qui sont également contribuables et parfois usagers de cette ligne ferroviaire. Les acteurs sont listés au tableau par le professeur sur proposition des élèves.

Fig. 3 : Copie d’écran du site de la CODAH
Source : CODAH

Identifier les enjeux liés au projet d’aménagement

Lors de cette étape du travail, les élèves sont conduits à prendre conscience des principales dynamiques (mobilités croissantes liées à l’étalement urbain) et des enjeux (nécessaire coopération intercommunale à l’échelle de l’aire urbaine, prise en compte nécessaire du développement durable) du territoire dans lequel s’insère la LER. Ils les déduisent essentiellement de la mise en commun du travail réalisé lors de la séance 1.
Ils doivent également comprendre les enjeux, en matière de rentabilité mais aussi de desserte du territoire, relatifs au fonctionnement actuel de la LER et à sa possible extension. Les élèves sont sensibilisés à ces questions par la lecture d’un débat qui a opposé certains élus de la CODAH le 12 mai 2011.
Ces dynamiques et ces enjeux sont également notés au tableau par le professeur qui tient lieu de secrétaire aux élèves qui échangent leurs constatations à l’oral après un temps de travail en groupe.

Elaborer une représentation systémique du projet d’aménagement

La phase finale du travail consiste à formaliser les informations recueillies lors des deux étapes précédentes afin de disposer d’un support commun pour prendre des décisions et formuler des propositions. Cette formalisation prend la forme d’un diagramme des interactions entre acteurs directs, acteurs indirects et extension projetée de la LER (Fig. 4). Il est réalisé à l’aide du logiciel de cartographie conceptuelle CmapTools. La réalisation est opérée, pas à pas, au fur et à mesure des propositions des élèves. Des temps sont par ailleurs ménagés lors de la conception du diagramme pour vérifier certaines hypothèses à l’aide du SIG. A nouveau, le professeur se contente de la mise en forme du document. Il s’agit en effet de faire émerger une représentation co-construite par les seuls élèves. Le professeur se limite à proposer une autre formulation lorsque celle qui est proposée par les élèves est trop confuse.

Fig. 4 : Exemple de diagramme des interactions réalisable par le professeur sur propositions des élèves.
Les interactions colorées montrent les atouts (vert) et les handicaps (rouge) que représente le projet d’aménagement.

Séance 3 – 30 minutes
La Lézard’ Express Régionale : un aménagement à prolonger et à améliorer ?

Décider et proposer

A l’aide du diagramme réalisé dans la précédente phase du travail, les groupes d’élèves assument le rôle d’élus communaux et prennent position de manière argumentée sur le projet d’extension de la Lézard’ Express Régionale jusqu’à Fécamp. Chaque groupe d’élèves présente alors à l’oral sa position. L’élaboration collaborative du diagramme explique probablement pour une large part pourquoi les groupes d’élèves adhèrent majoritairement au projet qui leur est soumis. Ils sont cependant parfaitement conscients des intérêts parfois divergents des différentes communes. En effet, après la prise de décision, ils formulent des propositions qui ont pour principal objectif de satisfaire ces derniers (création systématique d’un parc de stationnement à proximité des gares desservies par la LER, mise en place d’une structure de coopération intercommunale adaptée à la gestion de la LER ainsi prolongée). Ces propositions sont émises par un groupe puis discutées ensuite par l’ensemble des groupes d’élèves lors d’un bref débat. Durant ces échanges, le professeur se contente de réguler la prise de parole. Il nous semble en effet essentiel que la décision et les propositions formulées demeurent celles des seuls élèves.

Notes

[3Genevois, S., Chopin, C. (à paraître). Using a participatory modeling approach with GIS : which perspectives for sustainable development education ?, Learning and Teaching with Geomedia, Cambridge Scholars Publishing

[5Le système d’information géographique utilisé est QGIS.