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Publié : 3 novembre 2014

Utiliser des boitiers d’évaluations en classe

Les boitiers d’évaluations (ou de votes) sont des outils pédagogiques traditionnellement utilisés pour le passage de test, ou de QCM à l’image des épreuves d’ASSR. Toutefois, cette utilisation en classe peut s’avérer plus riche et variée selon un usage de « boitiers de réponses ». Durant un trimestre entier, il m’a été possible d’en expérimenter l’usage au collège dans mes cours d’histoire/géographie-éducation civique.

Les 35 boitiers d’évaluations à ma disposition étaient munis d’un clavier alphanumérique, indispensable pour la saisie libre de mots, et d’un logiciel de collecte des réponses avec enregistrement dans un format libre et ouvert. [1] Ma salle de classe habituelle est quant à elle équipée d’un PC et d’un vidéoprojecteur.

L’approche qui à mes yeux s’est révélée la plus enrichissante pour l’utilisation en classe de ces boitiers s’articule en trois temps (étude, évaluation, restitution), généralement sur une séquence pédagogique d’une heure. Elle a pour but de mettre en œuvre une évaluation diagnostique qui permettra de révéler les lacunes et d’orienter les efforts de remédiations, sans attendre la sanction de l’évaluation sommative de fin de séquence.

Dans un premier temps, une étude habituelle de documents est mise en œuvre. Elle servira de support de réflexion pour les élèves, sans que l’enseignant ait besoin, à ce stade, d’adapter son travail préparatoire à l’utilisation des boitiers d’évaluations. La nature, comme le support du ou des documents de travail n’a pas d’importance en soi. Il n’y a pas de limitation ou de restriction à s’appliquer. Environ 15 à 20 minutes y sont consacrées.

Dans un deuxième temps intervient la distribution nominativement des boitiers d’évaluations. Le logiciel de gestion a une fonction d’association élève-boitier à partir des listes de classes exportées depuis la base élève SIECLE de l’établissement, ou depuis n’importe quel fichier type tableur créé au format Microsoft Excel ou Libre Office. Pendant que s’affiche automatiquement au vidéoprojecteur le nom de l’élève qui doit prendre le boitier numéroté attribué par le logiciel, je distribue un tableau, un schéma ou tout autre support. Il sera à compléter par des mots clés développés lors de la séance précédente, ou par des notions contenues dans les documents d’étude. Également, ce support peut faire office de trace. Enfin, l’objectif de l’exercice et les consignes sont présentés aux élèves. Cette mise en place est rapide et dure trois à cinq minutes maximum.

La séance continue à l’image d’un cours dialogué ; à la différence que la « prise de parole » passe désormais par l’intermédiaire des boitiers. Ainsi, tous les élèves vont s’exprimer en même temps, sur une même question sans que les réponses des uns influencent celles des autres. Ces réponses sont listées nominativement sur l’écran du PC de la classe. L’enseignant est libre de les laisser s’afficher au vidéoprojecteur ou de ne pas les divulguer, ce que je conseille vivement pour éviter de perdre du temps dans des commentaires inutiles d’élèves.

Grâce au clavier alphanumérique, les questions peuvent appeler des réponses ouvertes, mais elles ne peuvent être développées. S’il s’avère nécessaire de formuler une réponse plus construite, une variante de démarche est possible : un élève propose oralement une réponse et ses camarades utilisent les boitiers en mode vrai/faux. Toutefois, cette deuxième possibilité est moins satisfaisante, car des « stratégies parasites » peuvent se mettre en place. Il ne faut pas consacrer plus de 20 min environ à cette deuxième phase d’évaluation.

Enfin, dans un dernier temps intervient la restitution. Le retour sur l’ordinateur de la salle, de toutes les réponses, permet de diagnostiquer les notions qui ont été mal maîtrisées, mais aussi d’avoir un regard sur l’analyse de certains élèves qui n’auraient jamais participé. Il suffit de reprendre en correction le support du questionnaire et d’adapter les explications aux difficultés qui ont été révélées. On peut également individualiser plus finement les conseils en les destinant à une catégorie d’élèves identifiés. L’enseignant peut aussi distribuer la parole en fonction du bilan des réponses obtenues pour mettre en lumière une explication proposée par un élève et demander à celui-ci de développer son choix. Cette démarche est particulièrement appréciable en histoire des arts car nous avons le premier jet de la réflexion de chacun. Les premières prises de paroles des uns ne viennent pas altérer les réflexions personnelles formulées par les autres. Par ailleurs, les réponses individuelles du groupe classe restent captées par le logiciel de gestion des boitiers et peuvent servir à une reprise et un développement collectif ultérieur. Pour terminer la démarche, c’est durant ces 15 à 20 minutes, qui marquent la fin de la séquence, que s’élabore la trace écrite autour du support distribué .

À titre d’exemple, voici un déroulé de séquence que je vous propose de consulter en pièce jointe à partir d’une copie d’élève sur la philosophie des Lumières.

Copie d’élève sur la philosphie des Lumières
L’élève a écrit son premier jet en noir, puis a apporté des corrections en vert. En allant le voir, j’ai explicité et amendé en rouge son travail.

Après avoir distribué le support de travail, expliqué les consignes et laissé un temps en autonomie pour l’analyse des documents, j’ai attribué aux élèves leurs boitiers. Par la suite, j’ai posé oralement à la classe les questions contenues dans le tableau : chaque question appelant deux réponses distinctes, l’une pour les principes de la monarchie absolue, l’autre pour ceux de la philosophie des Lumières. Avant de passer à la question suivante, j’affichais les résultats au vidéoprojecteur, sous forme de diagramme circulaire pour conserver l’anonymat des réponses. Par exemple, la troisième question du tableau fût peu réussie car les mots clés attendus n’étaient que sous-entendus dans les extraits fournis. Mais aussi, les résultats obtenus apparaissant également uniquement sur l’écran du PC professeur sous forme de tableau nominatif, j’ai pu distribuer la parole selon les réponses formulées, pour demander à certains de justifier leurs choix. Ainsi, il est apparu qu’à la première question, un grand nombre de ceux qui ont répondu "le prince", n’avaient pas compris le sens de la dernière phrase du texte, assimilant "les sujets" à une notion grammaticale. L’autre objectif de la démarche était d’impliquer tous les élèves dans la réalisation de l’exercice. En guise d’illustration, la copie numérisée provient d’un élève écoutant les cours et recopiant consciencieusement les corrections mais ne formulant que rarement des réponses. À la fin de l’exercice, j’ai laissé un temps pour que chacun rédige sa synthèse faisant office de trace écrite. Ainsi, je me suis rendu directement auprès des élèves identifiés les plus en difficultés sur les notions extraites, pour leur apporter des explications plus individualisées.

Toutefois, des inconvénients se sont révélés. Tout d’abord, la limitation à un mot ou groupe de mots est parfois trop réductrice. En conséquence, la démarche ne peut être systématique, à tout type de séquence. Également, il n’est plus possible de mettre en œuvre une correction collaborative du groupe classe, par exemple à l’aide d’un visualiseur numérique. La "réponse attendue" devant être préalablement saisie dans l’éditeur de question du logiciel de gestion des boitiers, elle ne peut venir que de l’enseignant. In fine, les boitiers peuvent renforcer le côté pyramidal de la transmission des connaissances, le professeur devenant le seul à détenir les réponses.

Une dérive peut également se produire : il faut bien distinguer l’usage des boitiers, à des fins de diagnostics, de l’évaluation sommative des élèves. Il est indispensable de préciser aux élèves que l’exercice avec les boitiers, même s’il génère une note issue du fonctionnement du logiciel de gestion ; elle ne comptera pas dans la moyenne. Sinon, on maintient un état de stress permanent, car l’erreur deviendrait inacceptable, puisque immédiatement sanctionnée sur le relevé de notes. L’utilisation des boitiers d’évaluations ne doit servir qu’à des fins de positionnement pour identifier les élèves ponctuellement en difficultés sur des notions étudiées et ainsi leur apporter des explications personnalisées et ciblées selon une approche pédagogique différenciée.

Avantages Inconvénients
Élargissement de la participation Limitation de l’expression à des groupes de mots réducteurs
Positionnement de tous les élèves Positionnement des élèves par rapport à une réponse attendue
Ciblage de la remédiation proposée Transmission pyramidale des connaissances
L’évaluation de fin de séquence ne sert plus de diagnostic Le logiciel de gestion des boitiers génère une note (ou un pourcentage de réussite) à la fin de chaque session
La réflexion individuelle de chacun peut être captée Une utilisation systématique amoindrie l’autonomie des élèves

Nicolas Villeneuve
Professeur d’histoire/géographie-éducation civique
Collège Marcel Pagnol, Gravigny

Post-scriptum

En pièce jointe, deux fiches d’exercices faisant recours à l’usage de boitiers d’évaluations, sur les thèmes de la philosophie des Lumières et des cahiers de doléances en classe de 4e.

Notes

[1Boitier E Instruction, modèle CPS Pulse muni du logiciel de contrôle I Flow.