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Publié : 16 février 2014

Sortie-terrain et outils numériques nomades : une expérience de travail collaboratif

Introduction

Paradoxalement, les programmes du secondaire accordent une faible place à la sortie. Ainsi, en géographie, au collège, la seule sortie inscrite dans le programme consiste en une "découverte du territoire proche" des élèves en classe de 6e. Cette "découverte" telle qu’elle est présentée dans les ressources d’accompagnement s’apparente à un parcours géographique guidé. Le professeur explique aux élèves comment ils ont approprié un espace qui est, cependant, leur "territoire proche". A la sortie ainsi envisagée, nous préférons une sortie-terrain durant laquelle les élèves collectent des informations afin de restituer la perception qu’ils ont de leur propre territoire, "espace vécu" le plus souvent uniquement par eux et non par leur professeur.
La démarche ainsi envisagée soulève principalement deux questions. La première a trait à la forme que doit prendre la collecte des informations par les élèves ? Faut-il l’"encadrer", simplement la guider ou laisser une entière liberté aux élèves ? La seconde concerne la production finale envisagée et, donc, l’appropriation par chaque élève des informations collectées. La problématique réside essentiellement dans les interactions envisagées entre l’élève, le(s) groupe(s) et le groupe-classe ainsi que dans la mise en forme des données collectées par les élèves. La production finale est-elle à envisager comme l’addition de travaux particuliers réalisés par des élèves ou des groupes d’élèves ou plutôt comme une production collaborative ?
Les démarches basées sur la sortie-terrain, qu’elles aient recours ou non aux outils numériques nomades, se décomposent généralement en trois grandes étapes :
- reconnaissance préalable du parcours ;
- collecte des informations lors de la sortie-terrain par des élèves ou des groupes d’élèves ;
- mise en commun, sélection puis mise en forme définitive des données.
Dans cette perspective, les productions apparaissent davantage comme l’addition de travaux individuels ou de groupes (Staub 2012) ou expriment la réappropriation par l’élève de données sélectionnées par le groupe-classe (Le Guern et Thémines 2011) [1]. La mise en commun de l’ensemble des informations collectées ainsi que leur sélection sont cependant conçues comme un temps d’appropriation collective (Staub 2012, Le Guern et Thémines 2011). La dimension collaborative semble donc encore peu expérimentée tant dans la collecte des informations par les élèves que dans leur exploitation (Genevois 2012). C’est dans cette optique que nous avons réalisée avec deux classes de 6e une sortie-terrain à l’aide d’outils numériques nomades.

Déroulement de la sortie-terrain

Chacune des classes de 6e est divisée en quatre groupes de 5 élèves placés sous la responsabilité d’un adulte lors de la sortie. Son rôle se limite à assurer la sécurité des élèves. En aucun cas, il ne doit intervenir dans le choix des informations collectées.
Si l’objectif de la sortie-terrain, la réalisation d’une carte collaborative du « territoire proche » des élèves, est énoncé par le professeur en amont de celle-ci, aucune consigne en matière d’itinéraire n’est envisagée afin de ne pas influencer les choix opérés par les élèves durant celle-ci.
La collecte des données nécessaires à la réalisation de la carte est assurée à l’aide d’outils numériques nomades, en l’occurrence des tablettes [2].
Chaque groupe dispose d’une à deux tablettes. Celles-ci disposent d’un GPS et d’une connexion Internet. Les applications qu’utilisent les élèves sont au nombre de deux. Skitch leur permet de prendre des photographies, de les géolocaliser et d’annoter leur photographies ainsi que celles des autres groupes. Pour ce faire, les photographies sont partagées dans un carnet commun de l’application Evernote.
La sortie dure environ une heure et demie. Durant ce laps de temps, les élèves doivent prendre 5 photographies qui illustrent :
-  un lieu du « territoire proche » que le groupe apprécie et aimerait faire connaître à quelqu’un qui ne le connaît pas ;
-  d’un lieu du « territoire proche » que le groupe n’apprécie pas ;
-  d’un lieu du « territoire proche » qui lui semble important à connaître ;
-  d’un lieu qui n’appartient pas au « territoire proche ;
-  d’un lieu du « territoire proche » qui permet une communication avec l’extérieur.
Ce choix imposé des lieux à photographier vise avant tout à connaître, de manière positive ou négative, les hauts lieux des élèves en tant qu’expression d’une appropriation de leur espace proche et d’une pratique collective de leur territoire.
Chaque photographie doit être annotée par les élèves afin de motiver le choix du lieu photographié. Elle doit également être géolocalisée grâce à une fonctionnalité de Skitch.
Durant la sortie, les élèves commentent également les photographies prises par les autres groupes à travers un système de notation. Chaque élève du groupe donne son avis sur le choix réalisé par le groupe qui a réalisé le cliché. Une note sur 5 est ainsi attribuée à chaque photographie par les trois autres groupes. En ajoutant 5 à la somme des notes attribuées, il est ainsi possible de pondérer de manière collaborative les choix réalisés par chaque groupe.

Exemple de photographie prise par un groupe

La cartographie des lieux choisis par les élèves est réalisée par le professeur. La dimension collaborative des choix réalisés lors de la sortie est reproduite sur la carte par une transparence plus ou moins importante en fonction du degré d’adhésion de l’ensemble des élèves.

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Carte réalisée avec les données collectées et pondérées par les élèves

Perspectives

Cette expérience a été réalisée avec 7 tablettes. Il ne nous semble pas nécessaire de mettre plusieurs tablettes à la disposition de chaque groupe. Une seule peut suffire. Par ailleurs, si la prise en main par les élèves de l’outil et des applications utilisées est relativement rapide [3], il n’est pas inutile d’envisager une durée plus longue pour la sortie afin d’améliorer notamment la qualité de la rédaction des annotations sur chaque photographie.

Notes

[1Les références présentées ici ne prétendent pas être exhaustives mais plutôt représentatives. Elles ont par ailleurs le mérite de détailler le déroulement et la démarche de la sortie-terrain qu’elles exposent.

[2Les tablettes offrent, par rapport à un smartphone, un confort de travail indéniable liés à la taille de l’écran. La même démarche peut cependant être conduite avec un tel outil comme en atteste une expérience personnelle menée en 2012-2013.

[3Elle n’a pas excédé dans les deux classes 30 minutes.