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Publié : 6 janvier 2011

FIG 2010 Forêt, espace de repli ou de combat ?

Le bois de Vincennes et ses SDF : un nouvel usage de la forêt ?

par Jean-Paul AMAT, professeur Université Paris IV

Le bois de Vincennes est le plus grand espace vert de Paris avec une superficie de 990 ha.
Accueillant plus de 10 millions de visiteurs par an, il abrite également 200 SDF résidents.

1) Le bois des logiques antagonistes

A) entre intérêts nationaux et fonctions de proximité

qq événements illustrent cette tension permanente au cours de l’histoire :
- Philippe Auguste l’emmure pour préserver le gibier
- pendant la guerre de 100 ans, les coupes royales y sont autorisées
- sous Louis XV, destruction du mur d’enceinte
- en 1791, le bois est classé Bien National
- 1808 : Napoléon 1er s’en sert comme champ de manoeuvres (Napoléon III poursuivra cette militarisation du bois)
- juillet 1860 : cession du bois à la ville de Paris

Après avoir été réhabilité par la ville de 1980 à 2002, et rattaché au XIIème arrondissement, le bois de Vincennes présente aujourd’hui une marqueterie paysagère.

B) entre exigence écologique et logiques paysagères
voir tempête de 1999

2) Le bois, territoire des SDF

A) accompagnement et contrôle

La MOUS a été créée en 2008 : c’est la maîtrise d’ouvrage urbaine et sociale (MOUS).
Elle a pour objet d’assurer le ramassage des ordures par la mairie de Paris. Elle procèdé au nettoyage des abords des campements.

Une maraude d’accompagnement est confiée à Emmaus. Elle va à la rencontre des personnes en situation de détresse physique ou sociale et assure un lien avec les personnes. Elle réalise un accueil quotidien. Elle procède à un recensement et à une cartographie de la population sans-domicile fixe du bois.

B) accessibilité

La mobilité des SDF est importante.
Beaucoup de campements ont des vélos : on peut parler à ce propos de mobilité douce.
On constate qu’il se localise à promixité des points d’eau et des voies de communication.

En revanche, les chemins d’accès aux campements participe d’une logique entre visible et invisible.

3) Habiter dans le bois

Les SDF semblent opter pour des paysages fermés. Les formations forestières comme les taillis spontanés ou les sous-bois ont leur préférence.
Dans les autres types de configurations, un camouflage s’avère indispensable.

La forêt est alors considéré comme un refuge. Elle leur offre une certaine dignité, qu’un confort relatif peut renforcer...

En conclusion, J.P. Amat pose la question d’une mixité sociale au sein du bois de Vincennes.
Il évoque la nécessité d’intégrer dans les SDF les conducteurs d’automobiles dépourvus d’autre domicile que leur véhicule. Ceux-ci profitent de l’aménagement de parkings près du bois pour s’y installer discrètement.
Il rappelle enfin une relative opposition de ce bois avec celui du bois de Boulogne essentiellement fréquenté par des populations aisées...
La géographie des SDF dans les bois parisiens ne reflète-t-elle finalement pas la ségrégation socio-spatiale constatée dans d’autres espaces de la capitale ?