Publié : 6 janvier 2011

Carto n°2

Le monde en cartes

Septembre-novembre 2010

Revue trimestrielle.

Editions Areion. Dépôt légal : Septembre 2010. ISSN en cours - 82 pages – prix unitaire : 10,95 €.

Abonnement 1 an : 35€ - 2 an : 60€.

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CARTO revient avec son numéro 2. La formule est toujours la même : tout en couleurs et grand format. Identique est l’ambition : lire l’actualité du monde grâce aux cartes.

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Dossier Migrations.

Le dossier de ce trimestre est consacré aux migrations. Catherine Wihtol de Wenden en est l’auteur : spécialisée sur le sujet, elle a également écrit l’Atlas des migrations paru chez Autrement, ce qui confirme le partenariat entre cet éditeur et la revue CARTO. Le dossier est très riche, présenté de façon très claire et facilement utilisable en classe (testé pour vous par votre serviteur). Les cartes sont variées et souvent très intéressantes, avec des exemples aussi pertinents qu’originaux (migrations au Canada, remises vers les Philippines, migrations vers le golfe Persique, Britishland en France…).

L’actualité vue par les cartes.

La rubrique actualités conserve son classement régional habituel (Europe, Amériques, Afrique, Asie-Océanie, Pôles, enjeux internationaux, Moyen-Orient). Toujours une grande variété dans les sujets traités : problèmes frontaliers entre Croatie et Slovénie, la recherche en Europe, un point sur le Brésil, le Venezuela, les pollutions marines dues au pétrole, l’Éthiopie et le Nil, la péninsule coréenne sous tensions, l’effet domino des dettes publiques, le Groenland producteur de pétrole, un point sur la question israélo-palestinienne, sur la population musulmane mondiale…

Le texte comme la cartographie sont remarquables. Les traitements cartographiques sont parfois originaux : on a ainsi particulièrement apprécié les cartes en points proportionnels sur la dette publique, très claires et percutantes, ou celle sur la répartition des musulmans chiites. Les textes mettent bien les faits en perspective, parfois avec des encadrés explicatifs fort bien faits. Comme lors du précédent numéro, on regrettera la brièveté de certains paragraphes... mais il faut sans doute savoir rester simple.

L’œil du cartographe.

Cécile Marin aborde cette fois le problème des représentations discrétisées, à travers l’exemple des « Etats défaillants » (i.e. globalement le niveau de gouvernance). L’article est très pédagogique et montre parfaitement à quel point, à partir de données identiques, le choix d’un mode de discrétisation influe sur le message délivré par la carte. Au final, Cécile Marin recommande l’utilisation de seuils naturels (que j’appelais jusqu’ici, pour ma part, des seuils visuels, mais qu’importe !), choisis par l’œil du cartographe.

Environnement.

Un dossier de 7 pages sur la déforestation constitue l’essentiel de la rubrique environnement. Notons quelques très belles photos, notamment celle de la page 56, pour laquelle on aurait aimé avoir plus de détails. La carte de l’évolution mondiale du couvert forestier montre clairement la répartition géographique de la déforestation (Amazonie, Afrique centrale, Indonésie, mais aussi le reste de l’Asie du sud-est et l’écharpe russe), mais aussi celle de la reforestation (Europe, notamment la Scandinavie, Etats-Unis, mais aussi Japon, Mandchourie, Chine méridionale et, plus surprenant encore, le Sud et Sudeste brésiliens !). Un bémol pour le graphique qui compare les superficies perdues par la déforestation à un terrain de football : outre le fait que le graphique est peu compréhensible, je me suis toujours demandé pourquoi on comparait une superficie à un terrain de foot…

Une double page sur la mer d’Aral, ou plutôt les mers d’Aral, clôt la rubrique avec de nombreuses images satellitales permettant de mesurer la disparition, mais aussi la remontée du niveau de la « petite » mer d’Aral, grâce à la digue de Kok-Aral.

Histoire.

La rubrique Histoire aborde les indépendances des Amériques latines, et développe notamment la bataille de Boyacá en 1819, qui vit la victoire décisive de Bolivar face aux troupes espagnoles. Ces deux études ont l’immense mérite, malgré des reproductions parfois un peu lointaines, donc peu visibles (page 68), de montrer que les frontières sont des constructions incertaines, longues à se décider, parfois encore remises en question.

Et le reste ?

Retenons un Insolito carto sur les projections chinoises, où l’on voit, outre le classique planisphère sino-centré, une projection polaire qui attire à juste titre l’attention sur l’intérêt chinois pour l’Arctique et ses futures routes maritimes.

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Peu de place pour les esprits chagrins dans ce numéro 2. Tout au plus regrettera-t-on une nouvelle fois le goût exaspérant des couleurs pastel – la marque des éditions Autrement – qui exige toujours des efforts oculaires considérables pour prendre la mesure de l’information représentée, ou encore quelques cartes qui débordent, sans guère de raison, sur deux pages, ce qui en complique la lecture.

Mais CARTO n°2 confirme l’extrême intérêt que représente cette revue pour nos disciplines et nos collègues. Est-ce déjà la maturité ? Rendez-vous au prochain numéro !

Christophe CLAVEL