Publié : 20 septembre 2010

Carto n°1

Le monde en cartes

Juillet-août 2010

Revue trimestrielle.

Editions Areion. Dépôt légal : Juillet 2010. ISSN en cours - 82 pages – prix unitaire : 10,95 €.

Abonnement 1 an : 35€ - 2 an : 60€.

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Les éditions Areion sont spécialisées dans l’édition de revues traitant des questions internationales, de la défense ou de géostratégie. On trouvera sur leur site - http://www.geostrategique.com/ - plusieurs de ces opuscules, notamment Diplomatie ou Moyen-Orient, qui peuvent aussi intéresser les enseignants.

Les éditions Areion ont lancé cet été une revue trimestrielle, CARTO – le monde en cartes, dont l’ambition clairement affichée est de « lire l’actualité du monde grâce aux cartes ». Le pari est-il tenu ?

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Disons tout de suite que le format, conséquent (23x30 cm), permet des cartes d’une taille utilisable et tout en couleurs, ce qui mérite d’être précisé.

Ce premier numéro se décompose en plusieurs parties, certaines classiques, d’autres originales, toutes fort utiles.

Dossier Russie.

Comme annoncé en couverture, le dossier de ce trimestre est consacré à la puissance russe et à sa géopolitique de l’énergie. Les cartes sont extraites de l’Atlas géopolitique de la Russie, paru aux éditions Autrement sous la plume de Pascal Marchand en 2007, ce qui est une garantie plus que suffisante de rigueur scientifique (voir aussi sa Géopolitique de la Russie aux éditions Ellipses, 2007, et son Atlas des mégapoles – Moscou, chez le même éditeur, 2010). Le texte du dossier est original, clair, précis et bien conduit. Les données sont très à jour, l’auteur ne se contentant pas de recycler un texte précédent, comme cela eût pu être le cas. La part est belle, qui est laissée aux cartes, toutefois bien référencées dans le texte. Au total, un dossier très réussi, et richement illustré, dont on ne regrettera que la relative brièveté… mais il faut bien savoir s’arrêter.

L’actualité vue par les cartes.

La deuxième rubrique fait le point en cartes de l’actualité récente – et moins récente, les sujets pouvant remonter à 2009. Les pages se suivent selon un classement régional (Europe, Amériques, Afrique, Asie, Pôles, enjeux internationaux, Moyen-Orient) et la partie se conclut sur le décryptage cartographique et historique du débat actuel sur le Grand Paris.

Les sujets abordés sont d’une grande variété : élections régionales en France, Haïti après le séisme, la santé aux États-Unis, la démocratie en Afrique, le Kazakhstan à la tête de l’OSCE, la Chine 1er exportateur mondial, les élections en Irak. A chaque fois, le texte et la ou les cartes se répondent, se complètent. L’éclairage de l’actualité par la carte est un pari manifestement gagné.

Quelques sujets sont particulièrement originaux et méritent le détour. Les deux pages et trois cartes sur la démocratie en Afrique sont riches d’enseignement : l’Afrique apparait ainsi plus démocratique qu’on ne le croit généralement, même si le chemin semble encore bien long. Très originale est la page qui analyse les voyages africains des présidents français et américain, où la cartographie fait nettement apparaître des priorités différentes, voire divergentes. La création du Telangana, 29e État indien, par scission de l’Andra Pradesh, jette un éclairage intéressant sur un sujet moins aride qu’il n’y paraît.

Le décryptage consacré au Grand Paris nous a moins convaincu, sans doute parce que les cartes anciennes, fort belles, auraient mérité des références plus précises dans le texte. C’est une des rares fois où l’on a le sentiment que la carte n’est ici que pour illustrer.

L’œil du cartographe.

Aussi intéressante qu’originale est la double page de cette rubrique du cartographe, où Cécile Marin règle ses comptes avec le module de cartographie automatique du FMI. Si le contenu ne semblera pas nouveau aux spécialistes de cartographie, le choix du sujet est excellent. L’utilisation massive, y compris dans les manuels scolaires, de la carte choroplèthe en lieu et place d’une carte en point proportionnel donne en effet des ulcères à tous les cartographes. La carte réalisée par Cécile Marin représente correctement le PIB : espérons que cette éducation de l’œil se poursuivra dans les numéros à venir. Clin d’œil du cartographe chipoteur : les cercles proportionnels de la légende auraient gagné à être évidés, afin de ne pas perturber la lecture instantanée.

Environnement.

A l’heure où le développement durable et l’une de ses composantes – l’environnement – font un tabac dans les programmes officiels de 5e et de 2nde, les pages de cette rubrique présentent un intérêt tout particulier. Même si on aurait aimé que le texte en soit plus long, et un brin plus prudent sur les conséquences du réchauffement climatique (par pitié, pas de catastrophisme !), les pages sur « 13 ans de négociations sur le climat » fonctionnent bien, les cartes remplissent leur office, fournissant matière à réflexion. Les quatre pages suivantes font le point sur les territoires maritimes de la Russie, plusieurs façades étant cartographiées (Barents, Noire, Béring, Caspienne) et commentées brièvement.

Histoire.

CARTO ne se limite pas à la géographie. Les cartes historiques y ont aussi leur place, avec 3 pages (presque de révisions) sur la Guerre froide, ainsi qu’une très intéressante série de 3 cartes sur l’éclatement de la Yougoslavie. La rubrique s’achève sur l’histoire de la bataille de Tannenberg (celle de 1410, pas celle de 1914), avec une cartographie du champ de bataille qu’on me permettra de trouver un peu trop figurative.

Et le reste ?

La revue comporte d’autres rubriques, qui complètent utilement ce numéro : Actualités, Agenda, A lire et à voir, ainsi qu’une amusante rubrique Insolito carto, où l’on observera des cartes improbables, tirées du web, comme celle qui eût pu voir le jour si les Alliés, en 1945, avaient décidé de faire disparaitre l’Allemagne, ou celle qui règle le problème de la Belgique par submersion de la Wallonie en raison du réchauffement climatique. A noter que la carte d’Europe sans Allemagne laisse tout de même songeur, non pas sur l’existence de l’Allemagne, mais sur les hasards qui ont présidé à la création des États-nations tels qu’ils existent actuellement.

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Au chapitre des erreurs de jeunesse, on regrettera la page sur la Chine premier exportateur mondial, qui mélange le rang exportateur et le rang économique : on écrit que la Chine, « 2e économie mondiale en termes de PIB pourrait bientôt dépasser le Japon », lui-même 2e économie mondiale… Le graphique sur la valeur du Yuan (en fait, la valeur du dollar en yuan) conclut bizarrement à la dépréciation de la monnaie chinoise, l’inverse de la lecture du graphique. Disons plutôt qu’elle ne s’apprécie pas assez rapidement, et que la Chine manipule manifestement sa monnaie.

On regrettera également, pour des cartes le plus souvent très réussies, ce goût peut-être trop prononcé pour les couleurs pastel, qui ne permettent pas toujours d’identifier clairement les phénomènes, ainsi des hachures gris pâle sur bleu-gris sous trame-point rouge page 62... Ou encore celles qui eussent mérité un traitement plus élaboré, telle celle de la page 26 sur la ratification du traité de Lisbonne. Enfin, l’éditeur ne parvient pas toujours à s’affranchir de la manie détestable (selon nous) d’imprimer une carte à cheval sur deux pages en portrait (au lieu d’une en paysage), surtout que le format grand luxe de la revue permettrait de s’en dispenser.

Mais ce ne sont là que points de détail. L’essentiel est que CARTO tient toutes ses promesses. On peut faire confiance à la réputation de l’éditeur, à la qualité de ses auteurs, au talent de ses cartographes. On ne saurait trop en recommander la lecture à nos collègues. Si, comme c’est souvent le cas, il reste quelque argent sur les crédits disciplinaires en cette fin d’année civile, voilà en tout cas un moyen intelligent de les employer.

Nous souhaitons longue et heureuse vie à cette revue originale et passionnante.