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Publié : 3 juin 2010

Etude de cas en géographie

La démarche de l’étude de cas est différente d’une étude générale, analytique, appuyée sur des exemples ponctuels.

Il s’agit de montrer à travers l’étude d’un cas pris à l’échelle moyenne (région, pays) l’articulation des besoins des sociétés humaines, des ressources et contraintes d’une portion à la surface de la Terre et des actions d’aménagements et de gestion menées par des acteurs sociaux.

L’intérêt d’une telle démarche :
- Interactions entre les sociétés et l’environnement
- Géographie physique, géographie humaine, géographie générale, géographie régionale mêlées au sein d’une même étude (les 4 branches de la géographie)
- Raisonnement géographique à partir de cas concret
- Elève en position active, cette démarche permet le travail autonome sur documents variés
- Evite l’encyclopédisme, pas d’exhaustivité mais quelques questions majeures du thème
- Intégrer l’essentiel de la problématique du thème
- Entrer de façon concrète et simple dans un thème
- Approche multiscalaire
- Privilégier le paradigme du territoire et du développement (CF DD en 5ème)

Comment choisir le "bon cas" ? Ou quels critères pour le choix ?

Le cas doit être représentatif du thème, et non un cas esseulé à l’échelle planétaire. Il permet une mise en évidence d’un grand nombre de faits géographiques de portée générale, d’aborder les trois sous thèmes du thème.

Faire le Choix selon les problématiques qui permettront l’appropriation des savoirs et des savoirs faire : l’étude de cas constitue l’apprentissage du raisonnement géographique. Elle doit montrer les enjeux et poser un problème à résoudre.

Il s’agit de varier les zones géographiques, permettant de faire "un tour du Monde" au collège, ne pas toujours privilégier un continent : montrer la diversité du Monde.
L’échelle est aussi primordiale : une échelle trop grande limite la réflexion, une échelle trop petite est déjà la mise en perspective ; une échelle moyenne semble être la plus pertinente. Donc ne pas hésiter à s’interroger sur la pertinence de l’échelle choisie : elle doit permettre d’intégrer les principales notions du programme, d’identifier les principaux acteurs et de permettre un véritable raisonnement géographique.

Les cartes à petite échelle permettent d’aborder les idées non vues ou expliquées à l’échelle de l’étude de cas : EX les flux touristiques européens pour expliquer la densification du bâti sur la Côte d’Azur …

Le dossier documentaire est la base de l’étude de cas, il doit poser les situations problèmes, doit permettre le changement d’échelle pour pouvoir expliquer et valider (ou non) des hypothèses : Un phénomène géographique ne peut être compris sans référence à toutes les échelles ! Jouer sur les espaces emboités (Y.Lacoste)

Les documents : privilégier les cartes, les photographies, les statistiques. Le texte peut avoir sa place mais il n’existe pas de documents sources, ce ne sont que des textes universitaires (ou journalistiques) qui n’ont donc pas le même statut.

Bref se poser la question lors du choix : quelle problématique cette étude de cas permet-elle d’aborder ? Quelles sont les notions fondamentales qu’elle permet de définir ? Quelles capacités seront travaillées grâce à cette étude (et choix des documents) ?

Les capacités :

Les élèves sont en position de réflexion dans une démarche de l’étude de cas ; ces études permettent un travail en autonomie. L’élève construit son savoir grâce à l’acquisition du raisonnement.
Identifier les documents, relever des informations, mettre en relation, croiser et confronter les informations, confronter les documents, les questionner, émettre des hypothèses, les valider, dégager des problématiques DONC = maîtriser progressivement le raisonnement géographique.
Faire émerger les concepts, les mettre en interaction afin de comprendre l’organisation d’un espace géographique.
L’étude de cas permet une approche systémique.
Tout au long de l’étude de cas, la notion est construite progressivement grâce à la problématique (aux problématiques), ce savoir est construit avec les élèves (savoir transférable)

La démarche :

C’est une démarche intellectuelle, non une démarche pédagogique. C’est-à-dire, les activités pédagogiques proposées dans l’étude de cas reposent sur des documents variés et multiscalaires et sont différentes (pour éviter les rituels et les démarches répétitives) : restitution orale OU écrite sous forme de dossier, de schémas, de croquis, de textes, TICE ...
La réflexion est de type INDUCTIVE : l’étude de cas se situe toujours en amont du thème (en fin de thème, c’est un exemple, démarche déductive qui illustre la démarche générale).
C’est une démarche qui allie les enjeux cognitifs et les enjeux notionnels ; c’est une bonne préparation pour le DNB, BAC, Post BAC.
L’étude de cas n’est pas une fin en soi, elle doit être articulée avec d’autres démarches (avec la contextualisation, ou la mise en perspective).
La démarche peut partir des besoins d’une société établie dans un espace qui a ses contraintes et ses ressources propres : elle montre l’action des groupes sociaux dans cet espace en fonction de leurs projets, de leurs stratégies, de leur organisation sociale : ces territoires ainsi produits sont interreliés à d’autres espaces qui fonctionnent à d’autres niveaux d’échelle.

La mise en perspective : la partie la plus délicate

En 2001, lors des nouveaux programmes de Seconde et de l’introduction de l’étude de cas, le passage à la généralisation permettait la création de modèles. Depuis, on s’est aperçu qu’il n’était pas possible de généraliser à partir d’un cas : chaque cas est particulier et ne peut être érigé en modèle (trop d’extrapolation, des généralisations abusives et très artificielles). Aujourd’hui on préfère la contextualisation (en histoire surtout) OU la mise en perspective.
C’est l’articulation entre le local et le global, le particulier avec le général ; passage obligé pour faire acquérir la démarche de l’abstraction aux élèves.

Il s’agit de montrer que les caractères généraux et mécanismes mis en évidence dans l’étude de cas s’insèrent dans un ensemble de situations, de relations à des échelles plus petites.

Cette mise en perspective permet :
- D’élargir la problématique
- D’enrichir l’approche notionnelle
- D’appréhender certains aspects non abordés par le cas
- De transférer les notions du cas au général
- Donner des clés pour comprendre le Monde

Certes, les lieux ne se généralisent pas, donc le travail se fait sur les notions : il n’existe pas de modèle, mais la notion est réutilisée à l’échelle globale : les élèves se servent de cette notion ; à l’échelle mondiale a lieu la validation (ou vérification) de la notion. On recherche des similitudes ou des contraires : un contre cas peut aussi être analysé lors de cette mise en perspective.

Cette mise en perspective permet de donner du sens au cas : ces faits se retrouvent-ils ailleurs dans le Monde ? Où et sous quelle forme la situation géographique analysée se retrouve t-elle dans le Monde ? cas identiques ou proches ? D’autres réponses sont-elles apportées par les sociétés à ces mêmes problèmes d’aménagements ou d’environnement ?
Montrer que ce qui fonctionne à l’échelle locale ne fonctionne pas forcément à l’échelle globale.

Deux façons de conduire cette mise en perspective :
- Démarche analytique : traiter l’étude de cas, puis la mise en perspective (en faisant des rappels de l’étude de cas). Aspects communs ou de différenciation à l’échelle du globe, des mécanismes qui jouent aussi à cette échelle. Attention à la lourdeur..
- Démarche plus synthétique : à différents moments mêler l’étude de cas et mise en perspective. Attention à la complexité pour l’élève, ou écrire le tout sur deux pages en vis-à-vis dans le cahier de l’élève.

Evaluation :

L’acquisition des capacités sera vérifiée sur d’autres cas. Les notions fondamentales devront être remobilisées. Possibilité de faire travailler les élèves sur d’autres cas, voire contre cas.
Les connaissances sont importantes, ainsi que les repères spatiaux car ils permettent à l’élève de rendre ces concepts opératoires.

Dérives à éviter :
- La collection d’exemples
- l’étude de cas exhaustive, voulant prendre en compte tous les aspects du thème
- Se limiter à des choix locaux, donc trop réducteurs
- Vouloir voir toutes les notions dans un cas
- Un cas trop marginal par rapport au thème, ne travailler que la démarche et donc de renvoyer l’acquisition de savoirs à la mise en perspective
- Faire de l’exhaustivité en mise en perspective, réduire cela à une typologie (ex : tous les types d’aménagements urbains)
- Une modélisation à partir du cas

L’étude de cas permet d’enseigner une histoire et une géographie utile et citoyenne, dans lesquelles les acteurs agissent sur des territoires, les choix d’aménagements sont identifiés, et dans laquelle (la géographie) les élèves puissent exercer leur esprit critique, d’analyse … (Michel Hagnerelle, IGEN d’Histoire-Géographie).