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Publié : 3 juin 2010

Développement durable et programme de géographie de 5ème

C’est le fil directeur du programme de géographie de 5ème, mis en œuvre à la rentrée 2010. La géographie s’est intéressée au DD, et a effectué une véritable révolution de ses paradigmes : une science humaine avec une coloration environnementale (science dure).

Le terme de DD est né en 1987, rapport Bruntland lors de la commission mondiale pour l’avenir et le développement : "le DD doit répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs, et correspond aux devoirs des générations actuelles de transmettre un monde vivable et reproductible=sustainable developpment (développement soutenable). Dans les années 90, DD". Donc une tentative de concilier l’efficacité économique, la qualité de l’environnement et le développement humain et social. Les 3 piliers du DD ou 3 volets (les cercles concentriques).

Dans un colloque sur Les géosciences en 2008, la DGESCO indiquait que le DD était dans le socle commun, notamment le pilier 6 (compétences sociales et civiques) : l’EN avait pour mission de sensibiliser les élèves futurs citoyens aux grands défis du XXIe siècle (D’où la généralisation de l’EDD dans la circulaire de 2007). Des disciplines ont donc fait le choix d’inscrire le DD dans leurs programmes, comme c’est le cas pour la géographie mais aussi les SVT.

Ce nouveau programme de 5ème est certes ambitieux (10 à 11 études de cas), et doit amener l’élève à se poser des questions. Il s’agit de faire réfléchir les élèves sur LES développements et notamment sur les inégalités de développement. Ce programme a des enjeux civiques : amener les élèves à développer leur esprit critique (comme par exemple s’interroger sur la carte de l’empreinte écologique de WWF), à dépasser le catastrophisme et les informations biaisées (notamment véhiculées par les médias), à remplacer l’homme prédateur par l’homme gestionnaire. C’est donc une nouvelle manière de lire et penser le Monde, de penser autrement le développement des territoires. Et il s’agit bien de développement humain.
Les études de cas sont fondamentales (exemples locaux) car elles permettent de partir des sociétés, et de raisonner à différentes échelles : l’homme et ses besoins sont au centre des problématiques, c’est le volet social du DD. La géographie permet une approche plus globale de ces problématiques fondées donc sur le développement humain, en incluant des incertitudes (former les élèves aux doutes, aux choix…) : il n’existe pas de solutions uniques, tout est histoire de choix, de stratégies selon les territoires, les sociétés, et leurs histoires. Il s’agit de savoirs en construction. La géographie permet des démarches prenant en compte les 3 volets du DD.
Il faut privilégier des entrées (dans les thèmes) socio-culturelles et économiques, et certes ne pas oublier l’aspect environnemental (qui est tout aussi incontournable). Ne pas surestimer le réchauffement climatique ! Cela peut être UNE entrée possible dans un thème.

Donc centrer les études sur les territoires (espace vécu par des sociétés), qui sont aménagés et développés par l’homme. Ne pas entrer par la protection de l’environnement qui exclut l’homme et le considère comme un prédateur = S.Brunel parle de "durabilité forte", c’est-à dire l’environnement prime sur l’humanité, la planète évince l’humanité. Sauver la Terre ne suffit pas à assurer l’avenir de l’humanité…. Que faire pour aider l’homme à mieux vivre aujourd’hui, et à bien vivre demain ?

La question de la durabilité : là encore, il ne s’agit pas de protéger, de sanctuariser mais faire réfléchir les élèves sur quelles réponses apporter en fonction des territoires (les réponses seront différentes entre les Suds et les Nords), qu’est-ce qu’une gestion acceptable pour les ressources ? Il s’agit toujours d’inscrire le développement dans la durabilité.

Dans ce programme, axé sur des problématiques actuelles, l’élève sera amené à réfléchir sur le rôle des différents acteurs, sur les projets d’actions mis en œuvre de ceux-ci, sur leurs besoins. Ne pas oublier la dimension politique dans ce jeu des acteurs. Prenons l’exemple des ressources : il s’agit de permettre aux acteurs sociaux, éco…de faire un usage raisonné et raisonnable de ces ressources car l’homme a besoin de celles-ci (qu’elles soient renouvelables ou non) pour se développer ; et traiter du partage équitable de celles-ci. On s’interroge donc sur les attentes, sur les choix de ces acteurs en tenant compte de la diversité des sociétés = Des développements durables. Il n’existe pas de méthode globale unique, mais des solutions adaptées aux situations locales. Replacer les idées dans les 3 cercles du DD (les 3 volets)

Il s’agit de remédier aux excès et aux dysfonctionnements d’un mode de développement : les inégalités n’ont cessé de se creuser, les conditions de vie des plus pauvres ne se sont pas améliorées. Ce qui pose la question de la croissance et du développement : il est important d’interroger les relations entre croissance, développement et DD car la croissance (aspect quantitatif) n’est pas synonyme de développement humain (aspect qualitatif) : certes le développement est induit par la croissance mais auquel s’ajoute une transformation des structures de la société contribuant à améliorer le bien être de l’homme.

Ce que n’est pas le DD :
- le seul pilier écolo
- La protection de la nature, un conservatisme autoritaire
- Une marchandisation des valeurs écologiques
- les discours dramatisés
- l’acceptation des inégalités, et du sous développement

Ce qu’est le DD :
- La prise en compte des territoires
- Un discours non naïf sur les politiques
- La capacité de la géographie à être prospective
- Un jeu d’échelle

Les 3 axes du programme (ou 3 parties)

- Les grands principes du DD, à partir d’une étude de cas (possibilité de repartir de celle de 6ème), et les hommes (car l’humanité est au cœur des problématiques DD)
- Les sociétés inégalement développées, à toutes échelles spatiales, notamment au sein des PED
- Les ressources et leur gestion (pas de discours anxiogènes, montrer l’importance des marchés mondiaux, les usages, les conflits d’intérêt, la préservation ...)

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Nous sommes passés d’une logique continentale à une logique synthétique avec les grands enjeux de la société. Une géographie problématisée, et qui se bat contre les idées reçues. 2heures par étude de cas.
2 clés : les Suds et les villes.
Liberté de repenser l’enchaînement des thèmes mais obligation d’entrer par l’étude de cas permettant l’approche du concept, et sa compréhension.
On ira plus loin au lycée, notamment sur le choix des acteurs. Une approche complémentaire entre le CLG et le LYC.

Yvette Veyret, quelques réflexions …

Depuis le XVIIIe siècle, amélioration des conditions de vie grâce au développement des sciences et du progrès. Avec les Lumières, l’hygiène publique s’améliore. Fin XVIIIe et au cours du XIXe siècle, la mortalité baisse avec les politiques hygiénistes mises en place : drainage des eaux stagnantes, lutter contre les insectes, ventiler les logis….

XIXe siècle : Progrès dans les villes. Et progrès dans l’agriculture donc amélioration des conditions de vie. Mais aussi progrès des transports qui permettent la commercialisation, les échanges de produits….
Espérance de vie progresse depuis le XVIIIe siècle : 25 ans en 1740, 37 ans en 1810 notamment grâce à la vaccination. Mais des progrès lents…
La mortalité infantile diminue aussi : 360%o en 1610, 260%o en 1789.

Donc on peut dire que les sciences et techniques ont fait progresser la condition humaine, et cette idée est "pensée" aux XIXe et XXe siècles.

Mais dès les Lumières, on s’inquiète du changement notamment à cause de la pression démographique sur les ressources. Dès le XIXe siècle, la protection de la nature est défendue aux États-Unis (création de zones protégées). Pour répondre aux inquiétudes, on tente de trouver des réponses : nature victimisée, mère Nature, vision religieuse qui s’oppose à la science et aux progrès (cf XIXe siècle et la Révolution industrielle).
Au XXe siècle, des éléments comme la bombe A et bombe H, et des catastrophes de Tchernobyl montrent que certes les progrès et les sciences ont été responsables de dégradations, de maladies….Donc cela mérite d’être encadré, maîtrisé avec des contre pouvoirs et des moyens de surveillance.

Aujourd’hui, nous devons faire face au catastrophisme, à une dramatisation aujourd’hui surtout depuis les années 60. Ces idées sont relayées par les médias, et ce discours est relayé aux élèves. Ex : l’année 2040 est l’année de tous les dangers, la Guerre du Darfour est due au réchauffement climatique (titre du Figaro en 2008).
Le discours est instrumentalisé : c’est facile car c’est un domaine où dominent de nombreuses incertitudes, les modèles scientifiques évoluent….Ex : le chiffre sur la déforestation est variable selon les sources, selon la définition de la forêt. Cette déforestation n’est pas identique sur tous les territoires, et la forêt progresse dans certains cas (France). On a l’impression que la raison recule devant l’irrationnel.

Conclusion :
- Le catastrophisme doit être utilisé pour réfléchir, pour voir les modes d’aménagements. Ex : les gaspillages, choix d’aménagements, durabilité
- Besoin de la science et du progrès pour faire des diagnostics et faire ensuite des choix d’aménagements
- Réfléchir aux milliards d’humains qui n’ont pas accès aux progrès de vie.
- Se conduire comme un citoyen : tenir compte des sociétés, faire des choix, exercer son esprit critique.
- Faire attention aux modèles qui ne valent qu’à l’échelle mondiale, et non locale. Il est impossible de prévoir.
- Certes, la croissance démographique accentue la pression sur les ressources mais il s’agit d’interroger une nouvelle façon de produire, en limitant les gaspillages, et en adaptant les techniques.