Publié : 17 mai 2010

New York

Compte-rendu : Le Goix R., New York, Collection Atlas/Mégapoles, Autrement, 2009, 88 pages

Auteur d’une thèse sur les gated communities aux Etats-Unis, Renaud le Goix est maître de recherche à l’université de Paris I et spécialiste des questions de géographie urbaine. Il a publié, notamment, Villes et mondialisation. Le défi majeur du XXIe siècle en 2005 et, avec Thérèse Saint-Julien, La métropole parisienne : centralité, inégalités, proximité en 2007.

Dans une première partie, Renaud Le Goix s’attache à retracer l’histoire de New York. La ville doit avant tout son développement au commerce avant que l’industrialisation du XIX e siècle ne lui confère une stature tout autant nationale qu’internationale. Enfin, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la ville bénéficie de l’accession des Etats-Unis au rang de superpuissance. Il souligne, par ailleurs, que, dès ses origines, la ville est marquée par une forte immigration qui contribue à façonner son identité. Point de réussite sans contestation, ni remise en cause. New York n’échappe pas à la règle. C’est l’un des théâtres des mouvements contestataires et des tensions raciales et sociales qui traversent les Etats-Unis durant les années 60. Enfin, lieu et emblème de la mondialisation financière et du modèle économique capitaliste, elle est le lieu de toutes ses crises mais aussi une cible privilégiée pour atteindre l’hyperpuissance.

Reprenant la définition proposée par Saskia Sassen, Renaud Le Goix souligne les caractéristiques qui font de New York une ville mondiale. Il montre surtout une double articulation entre la mégapole et la métropole, et surtout entre la métropole mondiale et la métropole nationale. Si, insiste Renaud Le Goix, New York ne peut se comprendre sans ses relations avec le réseau des villes globales, elle ne peut non plus être correctement interprétée hors de son cadre national. La combinaison d’une main d’œuvre très qualifiée, d’un capital-risque important et d’une forte composante d’innovation fait d’elle en effet la troisième métropole high tech du pays. Ce sont ces trois facettes de New York, tout autant mégapole, métropole nationale que métropole mondiale, qui expliquent le maintien d’une forte immigration. Enfin, Renaud Le Goix met l’accent sur deux aspects de New York. Le premier correspond à l’un des aspects du rayonnement mondial de la ville, c’est-à-dire son rôle de capitale culturelle. Le second correspond plutôt à l’envers du décor, à l’une des conditions qui permet à New York d’occuper un tel rang à l’échelle mondiale. Il s’agit de la question sécuritaire. Pour Renaud Le Goix, elle est au cœur des stratégies qui animent les acteurs de la ville. Elle traverse la société comme le montrent les services de concierges dans le centre ou les gated communities en périphérie. Elle est un enjeu politique comme l’atteste le déplacement des prisonniers new-yorkais vers les comtés ruraux de l’état.

Dans une troisième partie, Renaud Le Goix insiste sur le fonctionnement et l’organisation du cœur de la ville mondiale. S’il souligne le développement de pôles secondaires, Manhattan demeure le pivot des navettes domicile-travail. Or, l’aire urbaine étalée sur trois états ne dispose d’aucune structure de gouvernement métropolitain. Dans ce cadre, l’Autorité portuaire de New York, gestionnaire de nombreuses infrastructures de transport, fait figure d’exception. En effet, la diminution des rentrées fiscales depuis les années 1970 a conduit à la multiplication des formes de gouvernance où interviennent des acteurs privés (Business Improvement District, Community Development Corporation, ...). Si certaines de ces structures permettent de participer à la rénovation urbaine comme le montre la revalorisation du Bronx, elles peuvent aussi induire des phénomènes de privatisation des espaces publics. Ainsi, à Bryant Park, géré dans le cadre d’un Business Improvement District, des agents de sécurité contrôlent l’accès à ce dernier. A Bryant Park, le SDF est donc persona non grata ... Pôle touristique mondial, New York se doit de cultiver une image composée de lieux emblématiques (musées, Broadway, ...) et théâtralisée lors du marathon annuel.

New York est aussi l’un des pôles de la Mégalopolis. Renaud Le Goix montre la forte unité de cette façade littorale, unité assurée notamment par d’importants flux internes. Cependant, aussi bien ses périphéries que la présence de pôles d’activités spécialisés font de cet espace un espace polycentrique dont Renaud Le Goix propose une lecture à travers les résultats des élections présidentielles de 2008.

En conclusion, l’auteur s’interroge sur la capacité de la métropole new-yorkaise à conserver son rang. Confrontée au retour de la croissance du centre, la métropole doit envisager un nouveau stade d’urbanisation, plus précisément une nécessaire densification de son cœur ... et tenir compte des enjeux du développement durable. Or, face au désengagement de l’Etat et en l’absence d’un gouvernement métropolitain, New York paraît mal armée ... Cette dernière est-elle donc vouée à un inévitable déclassement ? En terme de richesses produites ou de nombre de sièges sociaux, le couple Londres-Paris paraît à même, selon l’auteur, de prendre le pas sur la métropole new-yorkaise ... à moins qu’elle ne soit capable de rebondir à partir de son innovation culturelle et intellectuelle. Pour Renaud Le Goix, la reconstruction du Lower Manhattan sera sans doute l’un des moyens de répondre à ces enjeux.

L’ouvrage est complété par de courtes biographies des personnages qui ont "fait" New York, un riche répertoire d’œuvres littéraires ainsi que d’abondantes bibliographie et sitographie. Une note méthodologique détaille enfin la réalisation de certaines cartes. Les annexes débutent par une prometteuse section intitulée Impressions de New York. Elle est réduite à un texte. Dommage que les regards sur New York ne soient pas aussi nombreux que ceux portés sur Shanghai auquel Th. Sanjuan a consacré un atlas dans la même collection.

Une exploitation pédagogique en classe de 3e :

Insertion dans le programme

La séquence proposée prend place dans la deuxième partie consacrée à l’élaboration et à l’organisation du monde d’aujourd’hui. Elle s’insère dans le chapitre de Géographie qui traite des échanges, de la mobilité des hommes, et de l’inégale répartition de la richesse et de l’urbanisation.

Il s’agit d’une étude de cas qui vise à présenter "le phénomène de métropolisation et ses liens avec la mondialisation". New York est ici prise comme "exemple d’une métropole mondiale".

Objectifs de la séquence

Cette étude de cas doit montrer que les métropoles mondiales sont liées au processus de mondialisation et qu’elles s’inscrivent à différentes échelles dans les territoires. Il s’agit également de montrer quelle est l’organisation spatiale d’une telle métropole. Pour ce faire, les élèves sont conduits à :
- élaborer un questionnement sur ce territoire à plusieurs échelles ;
- définir les indicateurs à cartographier les plus à même de répondre à leurs interrogations ;
- lire, analyser et mettre en relation, à différentes échelles, les cartes ainsi réalisées ;
- élaborer un croquis simple.

Cheminement de l’étude de cas

Cette étude de cas utilise un système d’information géographie (SIG), en l’occurrence OpenJUMP, et des ressources déjà proposées sur ce site. C’est le premier travail de l’année de nos élèves avec un SIG. Certains élèves ont découvert cet outil.. Aussi la réalisation des cartes est-elle assurée par nos soins lors de cette séquence. Nous guidons par ailleurs le questionnement des élèves :

NEW YORK EST-ELLE UNE GRANDE VILLE ?
Les dix plus grandes villes du monde sont affichées. Chaque élève répond directement sur son cahier à la question posée. Une rapide correction orale est réalisée. Nous en profitons pour introduire le terme de mégapole.
JPEG - 158.8 ko


Carte des dix premières très grandes villes en 2008

NEW YORK PARTICIPE-T-ELLE A LA MONDIALISATION ?
Dans un premier temps, les élèves rappellent à l’oral ce qu’est la mondialisation. Puis il s’agit de déterminer quels seraient les lieux, les indicateurs à afficher pour déterminer si New York prend part de manière notable aux flux mondiaux. Cette liste réalisée, nous réalisons les cartes envisagées par les élèves. Elles sont analysées en commun à l’oral. Chaque élève répond ensuite à la question posée en apportant deux arguments puisés dans les cartes analysées. Exemples de cartes réalisées :
JPEG - 162.9 ko


Les vingt premiers ports mondiaux (trafic de conteneurs en 2006)

JPEG - 153.6 ko


Principales villes desservies au départ de l’aéroport J. F. Kennedy en 2006

JPEG - 211.9 ko


Principales places boursières et leur capitalisation

NEW YORK ORGANISE-T-ELLE LA MONDIALISATION ?
Il s’agit avant tout de faire réfléchir les élèves aux lieux de commandement. L’indicateur retenu est celui du nombre de sièges sociaux d’entreprises classées parmi les 500 premières firmes mondiales et nationales. Chaque élève répond ensuite à la question posée.
JPEG - 207.5 ko


Les sièges sociaux des 500 premières entreprises mondiales en 2007

JPEG - 205.8 ko


Les sièges sociaux des 500 premières entreprises des Etats-Unis en 2007

Nous apportons la conclusion à cette première partie en définissant New York comme une métropole mondiale, une ville mondiale.
COMMENT S’ORGANISE L’AIRE URBAINE DE NEW YORK ?
Le réflexion centrée sur l’insertion de New York dans la mondialisation a posé peu de problèmes aux élèves dans la mesure où elle a été précédemment travaillée. Aborder l’organisation de l’aire urbaine new-yorkaise a été plus délicat. Nous avons été plus directif. Nous nous sommes appuyé sur la croissance des grandes villes mondiales abordées dans une précédente partie du cours pour aborder la forme que prenait celle-ci dans le cas de New York. Puis, nous avons conduit les élèves à s’interroger sur les habitants de l’aire urbaine à travers leurs dimensions raciales et sociales. Chaque élève répond ensuite à la question posée. La reprise orale permet de préciser le vocabulaire (centre/périphérie, ségrégation, étalement urbain) et de réactiver les connaissances des élèves sur les formes de l’urbanisation (banlieue pavillonnaire).
JPEG - 242.8 ko


Evolution de la population (1980-2007)

JPEG - 576.9 ko


Part de la population blanche en 2000

JPEG - 325.9 ko


Revenu médian en 1999

Dans un second temps, les élèves doivent réaliser un croquis simple à partir de leurs réponses. Durant quelques minutes, en groupe, ils doivent dresser la liste des éléments à représenter sur ce croquis. La reprise orale permet d’établir pour tous une liste complète et de préciser par quel type de figuré chacun de ces éléments doit être représenté. La légende est élaborée à la maison de manière individuelle. La correction de ces légendes permet de faire le point sur les difficultés des élèves (superposition des figurés, hiérarchisation de la légende, choix des couleurs). Une proposition de correction est fournie aux élèves. Le croquis est à compléter par chaque élève à la maison.

Un exemple de croquis réalisé par une élève :

JPEG - 274.4 ko

Enfin, le travail s’est poursuivi en cours d’anglais. La légende a été traduite dans le cadre d’une séquence consacrée également à New York.

Un exemple de traduction réalisée par une élève :

JPEG - 441.9 ko