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Publié : 23 novembre 2009

Jupiter est à Evreux !

Point besoin de parcourir le monde, les ressources locales peuvent être des mines d’information pour les enseignants comme pour les élèves !

Découverte en 1840 dans la cachette du sanctuaire de Gisacum, une statue patinée vert sombre d’une hauteur de 91,7 cm et d’une largeur maximale de 46 cm attire immédiatement le regard.
Le dieu, entièrement nu, ...

Dans l’ancien palais épiscopal, à deux pas de la cathédrale, se trouve le musée d’Evreux. Il est ouvert depuis 1956.
Ce bâtiment, rare témoignage du style gothique dans l’Eure, est construit à la fin du XVe siècle (1499), comme l’attestent les archives municipales.

On pénètre dans ce musée rénové de 1983 à 1985, par un passage dans le cloître.
L’architecte a voulu mettre tout particulièrement en valeur des vestiges archéologiques uniques dans le sous-sol. La construction d’une aile supplémentaire souterraine laisse en effet apparaître, sur toute sa longueur, l’ancien rempart gallo-romain de Mediolanum Aulercorum (nom romain d’Evreux) du IIIe siècle de notre ère.

Cette partie est extrêmement intéressant pour une visite de classe (6e, Rome thème 2 L’empire, la ville, la romanisation) : les instructions officielles privilégiant désormais la démarche inductive, pourquoi ne pas aborder ce thème à partir de l’analyse d’une oeuvre statuaire significative de la romanisation en Gaule ?

Plus d’informations sur le portail des musées de Haute-Normandie

Si l’on programme une visite d’Evreux, que ce soit pour une journée (cas des classes venant de l’extérieur) ou pour quelques heures (cas des classes ébroïciennes), il peut apparaître opportun de présenter l’exemple de la statue de Jupiter Eupator, et de prolonger la visite par le site de Gisacum, présentant un jardin archéologique intéressant.

En effet, la pax romana et la conquête engendre des modifications importantes en Gaule. Elle est divisée en provinces et de nombreuses villes sont construites sur le modèle de Rome, à l’image du Vieil-Evreux (Gisacum) . Les Gaulois adoptent progressivement le mode de vie des Romains et la langue latine.

Jupiter est à Evreux !

Découverte en 1840 dans la cachette du sanctuaire, cette statue patinée vert sombre d’une hauteur de 91,7 cm et d’une largeur maximale de 46 cm attire immédiatement le regard.
Le dieu, entièrement nu, repose sur la jambe gauche, et le mouvement est légèrement compensé par une légère élévation de l’épaule droite
de ce côté, le bras est levé, et la main tenait certainement un sceptre, sur lequel Jupiter s’appuyait.
Le bras gauche est à demi-replié, et la main tient une sorte de manchon, où devaient prendre place les traits du foudre.
Les deux attributs divins ont été certainement arrachés car ils étaient en métal précieux, et attiraient dès lors les convoitises.

On peut demander à l’élève de redessiner les deux attributs qui le caractérisaient (en prolongement de cette activité, un même travail peut être effectué sur quelques dieux et déesses romaines vénérés en Gaule).

Ensuite, ils peuvent décrire le personnage sculpté.
Le torse présente une musculature puissante, savamment détaillée. La tête est légèrement tournée vers la gauche . Les yeux étaient en argent : les pupilles, en métal ou pierre précieuse aussi, ont disparu.
Les lignes du visage, la ride du front expriment la force, l’autorité. La bouche, petite et charnue, est incrustée de cuivre jaune. Les pommettes sont hautes et saillantes. Les grosses boucles de cheveux, très fournies, leur disposition tumultueuse enlèvent au personnage une partie de sa solennité.

Par son thème, elle est clairement romaine. L’élève peut être amené à rechercher d’autres représentations de ce dieu en Gaule ou à Rome, et à en commenter les similitudes et les différences.
Sa réalisation la rend clairement originale : le traitement de la chevelure et de la barbe rappelle aussi une parenté avec l’art hellénistique. Peut-être fut-elle réalisée en Gaule au moment où des artistes grecs y venaient travailler, vers la deuxième moitié du 1er siècle de notre ère.

Cette généalogie complexe peut être prétexte à discuter de la notion d’acculturation avec les élèves, qui n’est pas une simple fusion des apports mais une combinaison complexe de différentes origines.
On peut partir de leur conception de l’identité, évoquée dans le programme d’éducation civique.