Vous êtes ici : Accueil > Ressources pour les enseignants > Se documenter > Ressources scientifiques > Géopolitique de l’Europe
Publié : 23 novembre 2009

Géopolitique de l’Europe

L’annonce d’une nouvelle question aux concours administratifs s’accompagne traditionnellement de publications nombreuses, hâtivement bâties pour répondre à des enjeux éditoriaux.
Donner véritablement sens et intelligibilité, rendre problématique la question de la géographie de l’Europe relève d’un véritable défi que se sont lancés, à quatre mains, Gérard-François Dumont, professeur à l’université Paris IV Sorbonne et spécialiste de démographie (directeur de la revue Population et Avenir), et Pierre Verluise, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) et fondateur du site géopolitique Diploweb.com.
Sur un sujet qui peut sembler bien connu voire éculé par une littérature scientifique abondante, les auteurs en proposent au contraire une lecture stimulante et solidement documentée...

L’entrée dans cette question par la géopolitique permet d’étudier l’ensemble des conditions géographiques qui influencent la situation et l’action des Etats, des groupes humains ou des groupes diasporiques ainsi que de leur relation. Cela suppose de préciser d’entrée le champ géographique, ce qui, pour l’Europe, n’est pas chose aisée. Où commence-t-elle ? Où s’arrête-t-elle ?
Répondre à cette double question invite à approfondir tous les aspects du changement politique intervenu ce dernier demi-siècle au sein de l’Europe. Au delà des effets spatiaux de la guerre froide, l’analyse géopolitique de l’Europe intègre la prise en considération du nouvel acteur fondamental qu’est l’Union européenne.

Gérard-François Dumont et Pierre Verluise proposent dans une première partie de réfléchir à l’identité de l’Europe, inséparable d’une diversité qui en fait l’une de ses spécificités. En effet, pour appréhender clairement ce sujet d’étude, il est nécessaire de prendre en compte ses différentes façettes. L’identité historique de l’Europe s’ancre dans des héritages lointains, où de récurrentes recherches d’unité ont été menées concrètement (Charlemagne « Pater Europae » comme semble le montrer une statue de Roland de Roncevaux à Riga en Lettonie !) ou bien formalisées intellectuellement autour d’élements unificateurs comme le rêve de paix, de rapprochements commerciaux ou bien encore spirituels à l’image du monachisme.
Cette identité européenne a été progressivement mise en tension, de façon non linéaire, vers des valeurs semblables, affichées dans les textes politiques comme les Droits de l’homme juridiquement reconnus et défendus par une juridiction supranationale.
Dès lors se pose la question d’une identité construite ou à construire. La nécessaire inclusion d’identités subsidiaires nationales est présentée comme le préalable à toute fusion en une identité supranational. Force est de prendre en compte les caractères propres à chaque pays, d’ordre par exemple linguistique ou bien encore religieux...
La géographie peut aussi aider à caractériser l’Europe si l’on envisage à la fois ses dimensions physiques conventionnelles mais aussi son volet historico-politique. Elle semble tout à la fois obéir à une géographie contrainte et volontaire...

Dans une deuxième partie, les auteurs s’attèlent à l’examen des profonds changements intervenus en raison de la construction européenne et de la mise en oeuvre de différentes actions communes dont les implications sont multiples. Selon un premier regard rapide apparaît une simple dualité entre des pays participants à la même ambition unitaire au sein de l’Union Européenne et les autres pays d’Europe qui, pour des raisons de choix propres ou du fait de pesanteurs historiques, n’en sont pas, ou pas encore, membres.
Autrement dit, l’Europe ne s’est pas organisée selon un menu commun. L’extrême variété des dynamiques géographiques européennes met ainsi en évidence une multiplicité d’interlocuteurs oeuvrant à des échelles géographiques différentes, en bref comme une Europe à la carte.

Ce constat d’un cheminement différencié les conduit à démontrer dans une troisième partie en quoi tout un ensemble de paramètres tenant aux mutations sociales, économiques et géodémographiques contribuent à renforcer ou à atténuer la puissance de l’Europe communautaire. Sont envisagées successivement les enjeux de l’intégration économique, la place de l’euro, les problèmes démographiques liés au vieillissement de la population et aux phénomènes migratoires

La quatrième et dernière partie de l’ouvrage envisage d’analyser la géopolitique externe de l’Europe, c’est-à-dire de comprendre les rapports de force non seulement entre les pays de l’Europe communautaire, mais aussi avec le reste du monde. Les auteurs se proposent de démontrer d’abord comment les relations entre l’OTAN et l’UE ont été progressivement resserrées. Puis l’analyse s’élargit aux pays situés aux frontières méditerranéennes et orientales de l’UE, des Balkans à la Méditerranée, puis de la Russie à la Moldavie.

Au total, cet ouvrage trace bien l’avenir géopolitique de l’Europe, face à une alternative majeure. Son enserrement peut être accru par de multiples contraintes de dépendance vis à vis du reste du monde, à l’image de sa situation énergétiques. Dans le même temps, les mêmes défis géopolitiques mondiaux se posant à tous les Etats les convient à élaborer des stratégies globales et communes, dépassant les strictes argumentaires nationaux.

Au-delà de la « matière à penser » fournie par cet ouvrage, on se tournera avec profit vers une riche production cartographique, assez facilement réexploitable, et une bibliographie très fournie invitant à prolonger certains débats. L’étudiant comme l’enseignant pourra également se reporter aux propositions de sujets présents à chaque fin de chapitre, comme une invitation à réfléchir personnellement sur un sujet perçu à tort comme galvaudé...