Vous êtes ici : Accueil > Ressources pour les enseignants > Se documenter > Ressources scientifiques > La périurbanisation
Publié : 23 novembre 2009

La périurbanisation

Compte-rendu : Roux E. et Vanier M., La périurbanisation : problématiques et perspectives, Collection Travaux, 8, La Documentation Française – DIACT, 2008, 88 pages

Dans cet ouvrage, Emmanuel Roux et Martin Vanier présentent le bilan d’un premier travail de prospective réalisé pour le compte de la DIACT et consacré aux « futurs périurbains de la France en Europe ». Spécialiste des territoires des montagnes méditerranéennes sur lesquels il a réalisé sa thèse, Emmanuel Roux est maître de conférences à l’université Joseph Fourier de Grenoble. Professeur de géographie et d’aménagement dans la même université, Martin Vanier a récemment dirigé la publication des actes des premiers Entretiens des Territoires (1) et a, notamment, défini le concept d’interterritorialité (2).

L’espace périurbain est délicat à interpréter comme le montrent les termes qui lui sont parfois substitués : espaces rurbains, ville diffuse, ville émergente, espaces intermédiaires, tiers-espace. Derrière cette terminologie se pose également tout l’éventail des possibles évolutions de ces espaces (entre-deux métropolitain marginal voire marginalisé, fonctionnement en réseau polycentrique, évolution autonome des campagnes, …). C’est pour mieux comprendre la territorialité et la territorialisation de ces espaces qu’Emmanuel Roux et Martin Vanier s’interrogent sur la pertinence de la définition statistique usuelle mais aussi sur les contours de la « société périurbaine », les modalités d’occupation de l’espace. Leur réflexion s’achève par un examen des actions publiques.

Le découpage territorial établi en 1994 par l’INSEE selon le Zonage des aires urbaines et rurales (ZAUER) classe 2 communes sur 5 et un quart de la population dans l’espace périurbain. Ce zonage basé sur les migrations de travail et la polarisation de l’emploi, conçu pour favoriser le développement de l’intercommunalité, est discuté dans la mesure où il n’intègre pas toutes les dimensions de la périurbanisation et a fortiori de la périurbanité. La périurbanisation n’est en effet ni uniforme ni également répartie à l’échelle du territoire. Elle prend ainsi des formes variées comme la nappe ou le corridor et profite aujourd’hui avant tout aux communes de 5 à 20 000 habitants.

Les caractéristiques sociales des résidents de l’espace périurbain ne sont pas aussi établies que l’on pourrait le penser. Les ménages de 4 personnes y sont surreprésentés. L’espace périurbain est donc « l’espace de la jeunesse », un espace conçu comme une étape dans la vie des ménages, celui de l’occupation d’un logement individuel. Cependant, les ménages composés d’un couple et de deux enfants ne représentent plus qu’un sixième des situations. Selon les auteurs, la périurbanisation pourrait donc n’être que la manifestation d’un modèle familial en passe d’être remis en cause. Par ailleurs, il ne saurait être question de définir une « société périurbaine » homogène. Les revenus fiscaux des ménages décroissent ainsi avec l’éloignement du pôle urbain. La première couronne montre une surreprésentation des professions intermédiaires tandis que les ouvriers et les agriculteurs sont relativement plus nombreux sur le front de la périurbanisation. Cette hétérogénéité sociale se double également d’une différence sociétale. La première couronne connaît le plus fort taux d’activité des femmes, une plus grande mobilité (plus fort taux de bimotorisation). A travers l’étude des transactions immobilières en Rhône-Alpes, les auteurs mettent en évidence trois modalités de périurbanisation. Ils montrent ainsi que les dynamiques de différenciation, de ségrégation ne sauraient uniquement être appréhendés selon un modèle concentrique (Guilluy et Noyé 2004).

Selon les auteurs, la périurbanisation est avant tout un phénomène de réappropriation du territoire national. C’est une réappropriation au sens strict dans la mesure où environ 60 % des ménages sont propriétaires de leur résidence. C’est aussi une réappropriation parce que les logements construits sont majoritairement des logements individuels sur lots libres. A travers l’exemple lyonnais, Emmanuel Roux et Martin Vanier s’attachent à montrer que l’espace périurbain n’est pas une manière de lèpre territoriale. La périurbanisation ne remet pas en cause une polarisation fine du territoire et laisse disponible un espace agricole et forestier considérable. C’est d’ailleurs cette proximité agri-forestière qui conduit ces auteurs à définir une nouvelle modalité d’occupation des territoires : la « périruralité ». La fonction résidentielle y jouerait un rôle régulateur dans la compétition séculaire qui oppose l’espace cultivé à la forêt. Le débat sur l’artificialisation, par ailleurs plus modérée en France qu’en Europe, apparaît donc à leurs yeux comme un faux débat qu’il conviendrait de recentrer sur la problématique de l’amélioration de la qualité de vie des espaces périurbains. Pour ne donner qu’un exemple, la périurbanisation est un facteur aggravant en matière de risques (inondations et coulées de boue essentiellement).

Dans cette optique, la question du rôle joué par les acteurs publics est cruciale. Si les logiques individuelles (fuite fiscale, tendance à l’ »entre-soi ») contribuent à nourrir la périurbanisation, elles ne sauraient à elles-seules les difficultés de gouvernance rencontrées dans les espaces périurbains. Pour Emmanuel Roux et Martin Vanier, elles résident essentiellement dans l’inégale couverture de ces espaces par les dispositifs de coopération intercommunale (pays, Etablissement Public de Coopération Intercommunale à Taxe Professionnelle Unique, Schéma de Cohérence Territoriale, Parc Naturel Régional). Il s’agirait donc de promouvoir l’interterritorialité, c’est-à-dire de développer la coopération entre ces différentes formes de recompositions territoriales. Il semble en tout état de cause aux auteurs difficile voire impossible aux communes localisées en front de périurbanisation et qui se sont dotées depuis 2000 d’un Plan Local d’Urbanisme de mener avec des moyens restreints à l’échelle de la commune un développement équilibré.

L’intérêt de cet ouvrage pour l’enseignant du secondaire est multiple. Il est en premier lieu particulièrement documenté dans la mesure où chaque point de l’argumentaire des auteurs est étayé par une ou plusieurs cartes. Sa lecture est très aisée. Chaque chapitre est résumé en 10 points : sa consultation en est ainsi facilitée. Par ailleurs, les parties où sont abordées L’identité sociale et sociétale ainsi que La responsabilité des acteurs sont particulièrement utiles pour aborder certains aspects des nouveaux programmes de Géographie du collège :

6e : Partie IV Habiter le monde rural ;

3e : Partie I Habiter la France Thème 1 De la ville à l’espace rural, un territoire sous influence urbaine - Les aires urbaines (Etude de cas : une grande question d’aménagement urbain).

Bibliographie :

Guilly A. et Noyé Chr., Atlas des nouvelles fractures sociales en France. Les classes moyennes oubliées et précarisées, Collection Atlas/Monde, Editions Autrement, nouvelle édition avec supplément, 2004, 72 pages

Ressources :

Certaines cartes qui illustrent cet ouvrage sont disponibles sur internet :

- EPCI à fiscalité propre ;

- Coopérations intercommunales.

Les utilisateurs d’un système d’information géographique pourront retrouver certaines données utilisées par les auteurs ci-dessous et ainsi réaliser avec leurs élèves les cartes présentées dans l’ouvrage :

- Corine Land Cover (occupation des sols à l’échelle européenne) ;

- Corine Land Cover (occupation des sols à l’échelle française) ;

- Base SITADEL (construction de logements à l’échelle communale) ;

- Base GASPAR (risques naturels et technologiques) ;

- Recensements ;

- Revenus fiscaux des ménages.

Perspective de mise en œuvre

Certaines de ces données peuvent être mobilisées afin de montrer que "la croissance urbaine s’accompagne de l’étalement urbain des villes (périurbanisation) en lien avec une mobilité accrue des habitants" (3). L’utilisation d’un système d’information géographique (SIG) pourrait être privilégiée car cet outil a l’avantage de permettre un croisement des données, croisement suggéré par l’intitulé du programme.

Une étude de cas centrée sur l’aire urbaine havraise et axée sur le thème de la mobilité de travail (véhicule individuel, Lézard’Express Régional, ...) pourrait, par exemple, être envisagée. L’exemple du Lézard’Express Régional montre notamment que la mise en œuvre de solutions durables doit prendre le chemin de l’interterritorialité prônée par Martin Vanier et que ces solutions ne peuvent être le fait d’une partie des acteurs de l’aire urbaine, en l’occurrence ceux de la communauté de communes de l’agglomération havraise (CODAH).

Quelques données ont été élaborées en ce sens et sont disponibles en téléchargement ci-dessous.

Zip - 657.1 ko
Données_AireUrbaine_LeHavre_pour_SIG

Quelques copies d’écran donnent un aperçu des données mises en œuvre, des croisements réalisés et réalisables.

L’aire urbaine du Havre, organisation et bâti urbain

L’aire urbaine du Havre, croissance démographique (1999-2008)

L’aire urbaine du Havre, mobilité de travail en véhicule individuel (1999)

Zip - 175.5 ko
Copies_d’écran_grandes_dimensions

(1) Vanier M. (dir.), Territoires, territorialité, territorialisation. Controverses et perspectives, Collection Espaces et territoires, Presses Universitaires de Rennes, 2009, 228 pages (Un compte-rendu est disponible ici.)

(2) Vanier M., Le pouvoir des territoires. essai sur l’interterritorialité, Anthropos-Economica, 2008, 160 pages. (Un compte-rendu est disponible ici.)

(3) Nouveaux programmes de 3e