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Publié : 2 octobre 2008

Expérimentation : "La mise en œuvre du programme de terminale : travail en autonomie »

Expérimentation
« La mise en œuvre du programme de terminale : travail
en autonomie »

 

Introduction :

Désireux de faire participer davantage l’ensemble des élèves
à l’apprentissage des connaissances et des méthodologies,
j’ai commencé au cours de l’année scolaire 2006- 2007
une expérience pédagogique permettant aux élèves,
répartis en groupes dans la classe, d’élaborer eux-mêmes
une partie du cours (ou d’approfondir une partie du cours) à partir
de sources simples. Le résultat du travail en groupe est ensuite présenté
à l’ensemble de la classe et doit permettre un échange interactif
au sein de celle-ci.

Les objectifs de cette
expérimentation sont divers :

  • « apprendre autrement » ;
  • motiver les élèves pour les rendre acteurs de l’apprentissage des connaissances ;
  • préparer au travail de recherches personnelles, au travail en groupe, à la prise de notes et à la présentation orale ;

Cette méthode de
travail mobilise environ un quart de l’horaire annuel d’histoire-géographie
en terminale.


Première phase : Insertion dans la progression

1) Le choix de cette méthode de travail pour
certains points du programme est lié à la nature du thème
(ce sont en règle générale des questions qui suscitent
des opinions et des traitements variés :

Exemples de sujets
choisis par les groupes : « Guerre froide et propagande » ; 
« Modèle américain/modèle soviétique :
un face à face dangereux ? » « Les altermondialistes
et la mondialisation » ; « L’arme nucléaire,
une arme de dissuasion ? »...).

Ce choix est aussi dicté par la documentation dont l’enseignant
peut disposer pour le prêt aux élèves.
Enfin, il est tenu compte des acquis éventuels du collège (exemple :
« Le mur de Berlin, symbole d’un monde bipolaire »).

2)
Organisation matérielle :
je dispose de deux plages
de deux heures en classe entière en terminale. Chaque séquence
est donc organisée sur deux séances, qui n’occupent pas
nécessairement les deux heures à chaque fois.


3) Insertion de l’exercice dans le cours :
dès le début de la partie générale du programme
(présentation au rétroprojecteur du plan du chapitre), la classe
sait quelle partie sera traitée suivant cette méthode. Pour l’exemple
décrit, il concerne la « Partie I » du programme
de géographie : « Un espace mondialisé » ;
le professeur a présenté en cours magistral (4 à 5 heures)
le chapitre « Mondialisation et interdépendance »
suivant le plan ci-dessous :

I) Un monde de
flux 
II) Les maîtres d’œuvres de la mondialisation 
III) Comment la mondialisation organise-t-elle l’espace mondial ? 

Ce chapitre
a permis un questionnement sur la mondialisation et introduit un travail de
recherches pour le chapitre suivant.

Ce chapitre
est étudié en 5 heures. Le deuxième chapitre de cette partie
du programme est ensuite vu suivant la méthode de travail en autonomie.

Lors de
la première séance de ce type, je présente oralement la
méthode de travail. Les élèves constituent des groupes.
Ils devront, après avoir défini leur sujet, réaliser une
« synthèse » ( ce n’est pas un dossier destiné
au professeur, mais un support écrit pour la présentation orale)
d’une page environ et étudier un document précis illustrant
le propos général. L’ensemble du travail du groupe sera
présenté à la classe par un ou deux rapporteur(s) tandis
qu’un autre membre du groupe réalisera la trace écrite au
tableau.

--->
Présentation d’un exemple réalisé en classe de terminale
L au mois de septembre 2008


Deuxième phase : Description d’une
séquence de « travail en autonomie »

I)
Séance de recherches (deux heures)

1)Mise
en place de la séance

  • Enonciation par le professeur du thème à étudier : « En quoi la mondialisation peut-elle faire débat ? N’existe-t-il pas d’autres formes d’organisation du monde ? »
  • Echange oral dans la classe et formulation de questions qui sont notées au tableau par un élève « secrétaire » :
    Exemples de questions :
    • « La mondialisation est-elle profitable à tout le monde ?  »
    • «  Quelles sont les conséquences de la mondialisation sur l’environnement ? Sur l’emploi au Nord comme au Sud ? Sur l’avenir de l’Afrique ? »
    • «  Peut-on résister à la mondialisation ?  »
    • «  La mondialisation remet-elle en cause la souveraineté des Etats ? »
  • A partir de ce questionnement, formulation de la problématique :

« 
Les inégalités de développement et les risques environnementaux

ne vont-ils pas remettre en cause les formes actuelles de la mondialisation ?
 »

  • Constitution des groupes : les élèves constituent des groupes de trois personnes par affinité.

2)
Choix et formulation des sujets par les groupes

Le professeur
propose ensuite des pistes de réflexion afin d’éviter les
dispersions et une perte de temps inutile, mais ce sont les groupes en autonomie
qui choisissent et définissent eux-mêmes le sujet à partir
de ces indications et en consultant les documents des manuels fournis (voir
bibliographie). Il arrive que deux groupes choisissent le même sujet,
dans ce cas un des deux groupes ne présentera pas son travail à
l’oral ; en revanche chaque groupe devra passer au moins une fois
au cours de l’année.

Voici les
axes retenus par les groupes :

  • Un monde inégalitaire ( ce sujet sera étudié sous forme de croquis de synthèse)
  • Les pays du Sud dans la mondialisation ( Des pays émergents aux PMA)
  • L’Afrique subsaharienne, oubliée par la mondialisation ?
  • Mondialisation et développement durable
  • Les organisations régionales frein ou relais de la mondialisation : exemple de l’U.E
  • Est-il possible d’œuvrer ensemble pour un autre monde ? (rôle des altermondialistes, des organisations internationales, des ONG, des Etats...)
  • Le commerce équitable est-il une alternative possible ?
  • Les aires de civilisation et la mondialisation

3)
Recherche en groupe

Le travail
se répartit alors au sein des groupes. Chaque membre prend en charge
l’étude d’un ou deux documents en notant les idées
principales. Les élèves mettent ensuite leur travail en commun
et ébauchent une problématique ainsi qu’un plan. Ils s’aident
des données du manuel choisi. Le rôle du professeur est d’encadrer
ces travaux en aidant à la compréhension des documents, à
la formulation du plan...Il peut également exploiter avec les élèves
ce qui a été vu dans le chapitre précédent. Pédagogiquement,
il peut diriger le groupe en s’appuyant sur la méthodologie de
recherche appliquée depuis la seconde en ECJS et en TPE en première.
Enfin, pour l’étude et l’analyse des documents, les élèves
peuvent être guidés par les questions posées dans les dossiers
du manuel.
J’ai constaté qu’ils sont beaucoup plus à l’aise
pour me poser des questions que dans un cours classique et c’est je pense
un des intérêts de cette méthode. Le professeur doit s’efforcer
de passer parmi tous les groupes et recentrer leur démarche si nécessaire.
A la fin de la séance, ils se répartissent le travail pour la
semaine.

II) Présentation devant la classe (2 heures)

1)
Chaque groupe
(le temps de passage est de 10 minutes maximun) désigne
un ou deux rapporteur(s) qui présente(nt) les sources utilisées,
les documents exploités et le résultat de la recherche à
l’ensemble de la classe. Ils doivent également étudier
un document précis pour illustrer un aspect de leur sujet d’étude.
Le ou les rapporteurs doivent « porter leurs voix », faire l’effort
de parler lentement, clairement et distinctement. Certains s’aperçoivent
qu’ils lisent trop leurs notes ou qu’ils ont des difficultés
à se relire ou encore que leur débit de parole est trop rapide.
On prend alors le temps de recommencer l’exercice car un des points
importants de cette expérimentation est la qualité de la présentation
orale. Pour la prise de notes, l’auditoire est soutenu par la trace
écrite au tableau (titre, problématique, plan détaillé,
mots clés). Cette trace écrite doit être en adéquation
avec la présentation orale. À la fin de la présentation,
les élèves de la classe peuvent poser des questions au groupe.
Ensuite, c’est à l’enseignant de poser des questions à
l’auditoire non pour sanctionner mais pour jauger le résultat
de l’échange, la prise de notes, la compréhension et le
niveau d’écoute de la classe afin de recenser ce que l’on
peut améliorer. Les membres du groupe peuvent bien sûr intervenir
au moment de cet entretien et ceci pas nécessairement dans le sens
du professeur.

2)
Exemple de travaux d’élèves :

« 
L’Afrique subsaharienne dans la mondialisation »
(les documents illustrant cette sous-partie sont passés sur transparents
au rétroprojecteur)

    • La situation actuelle de cet espace continental
      • Etude détaillée du document 1 « un ensemble pauvre et conflictuel » p 62 (Nathan)
      • L’insécurité sanitaire (sida et autres épidémies)
      • Guerre et instabilité politique
      • Coût de la guerre et de l’instabilité (référence au film « The lord of war »
      • La misère et ses conséquences (sous alimentation, malnutrition, analphabétisation, travail des enfants...)
    • L’Afrique face à la mondialisation.
      Illustration : documents 3 p 62 « cybercafé à Douala » (Nathan)

      a)
      Intégration

      • Vente de matières premières
      • Pénétration étrangère (Etats-Unis, Chine...)
      • Exemple de l’Afrique du Sud comme pays émergent et de sa métropole Johannesburg

      b)
      Marginalisation

      • Guerre, insécurité, et instabilité découragent les investissements des FTN
      • Dépendance par rapport à la vente d’une seule matière première
      • La mondialisation creuse les inégalités entre les pays, les villes et la campagne et à l’intérieur des villes.

3)
Bilan global

a)
Bilan de l’étude

En ce qui concerne la forme, le bilan est globalement positif. Les élèves
ont à cœur de rendre des travaux aboutis. De nombreux élèves
(parfois totalement silencieux en cours) se débrouillent très
bien l’oral. On les sent heureux d’avoir dominé leur timidité
et leur complexe. Ils ont simplement souvent tendance à parler trop
vite et cela se corrige facilement.
En ce qui concerne le fond, la grande majorité des groupes pense à
définir le sujet, poser une problématique et annoncer le plan ;
la trace écrite est organisée ; la présentation
orale s’efforce d’être argumentée. Il faut bien entendu
préciser, rectifier, enrichir certains aspects, au demeurant cela va
assez vite. Quelques aspects sont tout de même récurrents et
donc à approfondir :

  • les élèves sont confrontés au problème de la construction des savoirs et de l’expression des idées (exemple : définition d’une problématique claire et concise) ;
  • dans le même sens, la formulation des titres des parties n’est pas toujours suffisamment explicite et demeure parfois trop vague (exemple : aspects positifs...) ;
  • j’ai noté, pour certains groupes, une réticence à fournir une étude assez détaillée d’un document.

c)Bilan
pour les élèves et pour le professeur

A l’issue de chaque séance, nous avons fait un petit bilan. Voici
quelques aspects relevés par les élèves concernant les
apports de cet exercice pour leur formation :

  • travailler de manière différente ;
  • faciliter la mémorisation ;
  • apprendre à définir un sujet ainsi qu’une problématique, exercice souvent considéré comme trop théorique ;
  • possibilité de prendre plus de « risques » car le travail se fait en groupe ;
  • apprendre à élaborer un plan respectant bien les bornes du sujet ;
  • maîtriser l’exploitation de sources diverses ;
  • faire l’effort de trier les informations ;
  • utilisation des TICE, notamment en géographie (croquis) ;
  • apprendre à travailler en groupe et en autonomie par rapport aux professeurs ; évaluer ses capacités à l’oral en s’exprimant seul devant une classe.

Troisième
phase : synthèse du professeur (une heure)

A l’issue
de ces travaux de recherche et de mise en forme, le professeur fournit une
« synthèse » dactylographiée à l’ensemble
de la classe avec, en appui, les documents qui ont été étudiés
en détail. Il fournit également le croquis sur les inégalités
de développement

D’autres
logiques de l’organisation de l’espace mondial.

Introduction :
rappel de la problématique
Croquis : une mondialisation inégalitaire
= « Un monde hétérogène dominé par
les pays du Nord »

1.La
mondialisation en débat

A)Une
mondialisation contestée

  • Une mondialisation créatrice de déséquilibre : l’Afrique subsaharienne dans la mondialisation. 
  • Des pays du Sud tentent de s’intégrer dans la mondialisation : les pays du Sud dans la mondialisation.
  • La contestation de la mondialisation libérale : un autre monde est-il possible ? (ou la recherche d’un nouvel ordre économique) : est-il possible d’œuvrer ensemble pour un autre monde ?

B)La
mondialisation face à l’environnement

  • Une prise de conscience (du rapport Brundland à Al Gore «  Une vérité qui dérange ») : mondialisation et développement durable
  • Le développement durable : une mise en pratique encore hésitante : comment concilier mondialisation et développement durable ? Le commerce équitable est-il une alternative possible ?

C)Les
organisations régionales, relais ou barrière à
la mondialisation

  • Les organisations régionales, frein ou relais de la mondialisation ? Exemple de l’UE
  • Le rôle croissant des organisations régionales (poids dans la mondialisation, tribune pour des groupes d’Etats à l’OMC ...)
  • Les regroupements régionaux, relais de la mondialisation (ouverture économique, intensification des échanges...)

2.Les
aires culturelles, une autre logique d’organisation de l’espace


Croquis « simplifié » des principales
aires réalisé par les élèves à
partir de leurs manuels
(Hatier)


Les aires de civilisation et la mondialisation

1. La diversité des cultures
2. Modèle universel et résistances locales (document 4 pages 81 : Bréal)


Si on a le temps, il est possible d’illustrer ce chapitre par
un ou deux courts extraits de « Sur les routes du coton »
écrit par Erik Orsena et réalisé par Joël
Calmettes (comparaison des exploitations maliennes et américaines)

Evaluation

Les modalités
d’évaluation ont été également établies
de manière interactive avec les élèves. La présentation
et son contenu sont d’abord et avant tout appréciés ;
la note récompense le travail fourni et le temps passé.

Cette évaluation
prend en compte :

1) Pour
la production : la pertinence et la qualité de la réalisation
au regard du sujet et la maîtrise des contenus. Elle relève également
la structure et la cohérence du plan.
2) Pour la présentation orale : la cohérence de la présentation
collective et surtout la qualité de l’argumentation de la présentation
et de l’expression orale.

Pour que
les élèves fournissent un travail en toute liberté et toute
autonomie (et même pour qu’ils prennent le risque de se tromper :
l’erreur est constructive pour eux et pour l’ensemble de la classe),
la note est un bonus : ils la conservent s’ils le souhaitent.

Conclusion

Les élèves
ont trouvé ce travail intéressant car ils ont apprécié
la découverte et l’exploitation personnelle des documents ainsi
qu’un travail en relative autonomie. J’ai noté qu’ils
feuilletaient avec plaisir et intérêt les manuels. Ils s’aperçoivent
que le cours d’histoire-géographie ne se limite pas à une
mémorisation et qu’il s’agit aussi de comprendre et d’exploiter
des informations et des documents, qui parfois peuvent se contredire (cf :
les aires culturelles). Ils ont également montré beaucoup d’intérêt
et fournit beaucoup d’efforts pour l’oral.
Incontestablement, dans ce type d’exercice, le rapport avec les élèves
est différent. Ces travaux rompent la monotonie, placent l’élève
dans une situation nouvelle et ils l’incitent à exprimer librement
ses difficultés ; difficultés qui nous auraient peut-être
échappé dans une situation plus classique. On peut aussi faire
un autre constat concernant l’oral : les élèves très
discrets en classe se sont révélés très à
l’aise, voire très bons à l’oral. En somme, il nous
est ainsi permis d’évaluer sous un autre angle et de mieux les
connaître.


Sources


Pour la première séance les sources se limitent aux manuels.
L’ensemble des manuels de géographie de terminale édition
de 2004 et surtout de 2008. J’ai orienté les élèves
vers des manuels récents (j’ai apporté les miens) .
Les élèves sont orientés vers certains points précis
traités par les manuels édition 2008 :
1) Belin : documents p 56 à 59
2) Nathan : documents p 62 à 65
3) Hachette : documents p 60 à 65
4) Hatier : document p 34
5) Hatier : documents p 56 à 63
6) Bréal : documents p 74 à 77
7) Bréal : documents p 81 à 83.

Ils peuvent,
bien entendu, avoir accès aux ressources du CDI ( Documentation française...)
et à Internet mais je les mets vivement en garde sur le risque lié
au cumul des informations.

Michel
Raffray
Professeur au lycée Aristide Briand, Evreux

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Deux questions à Michel Raffray :

  • Au total, avez-vous "perdu" du temps ; autrement dit, cette forme de travail peut-elle devenir une forme comme une autre de travail en classe ?
  • Lors des contrôles de géographie, avez-vous constaté une plus grande réussite des élèves ou une façon différente de répondre aux questions ?

La
réponse de Michel Raffray :

« Cette
méthode n’a pas d’incidence sur le calendrier de la progression, à
condition d’être très rigoureux et assez directif sur le temps
de passage à l’oral. L’évaluation a concerné l’ensemble
des deux chapitres et a consisté en un croquis : "Les effets spatiaux
de la mondialisation" ; j’ai constaté que les légendes étaient
souvent plus nourries que d’habitude. Je n’ai donc pas "perdu" de
temps et je considère cette forme de travail efficace pour l’apprentissage.
Toutefois, il me semble nécessaire que le professeur fasse une synthèse
finale. »

 


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