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Publié : 4 décembre 2007

Colloque Brasilia, Chandigarh, Le Havre, Tel-Aviv. Villes symboles du XXe siècle

Colloque Brasilia, Chandigarh, Le Havre, Tel-Aviv. Villes symboles du XXe siècle

Organisé
par la ville du Havre les 13 et 14 septembre 2007

Grâce
à l’obligeance des organisateurs, des professeurs de l’enseignement
secondaire ont pu participer, dans le cadre d’un stage à public
désigné inscrit au plan académique de formation, à
ce colloque international principalement destiné à des architectes,
urbanistes, universitaires historiens, géographes,etc.. 

On trouvera ci-dessous :

  • un compte rendu synthétique des travaux de la première journée du colloque par Daniel Charles, professeur d’histoire-géographie au lycée François premier du Havre.
  • une liste de thèmes de réflexions et de débats, inspirés par le colloque, et qui peuvent trouver un écho dans nos enseignements en histoire-géographie, histoire des arts ou éducation civique juridique et sociale.
  • des pistes de travail en ECJS sur le thème du patrimoine du XXe siècle
  • des pistes de travail pour un réinvestissement en histoire-géographie ou histoire des arts par Marie-Françoise Burlat, professeur d’histoire-géographie et histoire des arts au lycée Maupassant de Fécamp


I.Compte rendu synthétique des travaux de la première
journée

Thème
1. La fondation des villes

L’introduction du colloque
par les représentants officiels des diverses villes, dont M. le Maire
du Havre, a souligné certains points communs des quatre villes, en particulier
leur caractère futuriste ou au moins moderne lors de leur fondation
ou, pour le Havre, lors de la reconstruction.
La recherche d’une ville
idéale, la mise en relation de matériaux modernes avec les données
climatiques locales de chaque cité, la volonté de donner une place
à la végétation dans le cadre urbain ont été
soulignées. Les influences croisées et parfois communes d’urbanistes
et d’architectes ont été rappelées par les noms de Perret,
Le Corbusier et Niemeyer : par un message filmé, ce dernier a salué
le Havre et précisé pour Brasilia le partage des tâches
entre l’urbaniste Lucio Costa et lui-même, architecte.
Des problèmes ont été évoqués dès
cette introduction, tels celui d’une architecture qui a longtemps choqué
les Havrais avant de susciter un meilleur intérêt lors du classement
par l’UNESCO, ceux du vieillissement et de la nécessaire préservation
ou rénovation des bâtiments des quatre cités
ou,
particulièrement à Brasilia, l’écart entre le rêve
-une cité harmonieuse de 500 000 habitants- et la réalité
d’une agglomération de 3 millions de résidents dont une majorité
de pauvres logés hors du plan d’origine.

Le premier thème
a permis de rappeler la fondation de ces villes et un échange
("table ronde") sur les "formes et variantes de la complexité
des villes modernes"
a complété la matinée.

Des professeurs, architectes
et responsables de la préservation du patrimoine sont intervenus. Sur
l’origine des villes ou quartiers concernés par le colloque, ce furent
 : Joseph Abram de Nancy sur le Havre, Fahrès El Dahdah, de Houston pour
Brasilia, Jeremie Hoffmann de Tel-Aviv et Kiran Joshi pour Chandigarh. Roland
Breton (Paris), Ravi Kalia (New York), Frédéric Saunier(Rouen),
Nitza Metzger-Szmuk (Tel Aviv) et Laurent Vidal (La Rochelle) ont animé
la table ronde, coordonnée par le brésilien Andrea Correa Do Lago.

Le Havre
présente une différence essentielle avec les autres villes : son
centre est reconstruit, mais ce n’est pas une ville nouvelle, même si
son caractère récent (1517) lui a permis d’accepter aisément
des transformations successives et des disparitions de patrimoine, telle la
tour François Premier en 1861 ; les bombardements ont anéanti
des quartiers de forte densité, en partie formés de taudis. En
1949, les premiers ISAI (Immeubles Sans Affectation Individuelle), sont réalisés
dans un terrain vide, partiellement occupé par des baraquements. En 1969,
la reconstruction est achevée et la décennie suivante voit la
Résidence de France, d’architecture différente, remplacer les
chantiers Augustin Normand. Après la guerre, Perret, qui a défini
l’ordre d’architecture du béton armé empreint de classicisme,
a un atelier structuré : celui-ci permet de lui accorder la reconstruction
d’un centre-ville remembré, qu’il désire doter d’espaces verts
et réaliser sur une dalle à 3,5m au dessus de la circulation lourde.
D’autres projets existaient et des habitants voulaient retrouver une part de
la trame ancienne, en particulier distinguer le quartier du Perrey du reste
du centre, ce qui a été retenu. En dehors du centre reconstruit,
des bâtiments nouveaux n’ont pas attiré durablement l’intérêt
des Havrais : la gare maritime, refaite en 1955, a été abandonnée
 ; le collège Joliot-Curie a été réhabilité
en détruisant sans opposition tout l’intérieur réalisé
par André Hermant.

Brasilia,
prévue dans la constitution de 1946, a été au cœur
des débats de la campagne présidentielle de 1955 : Kubitschek,
issu de la droite réformiste et populiste, associé à une
partie de la gauche et opposé à la droite libérale, en
fait une commande d’Etat qui symbolise l’unité nationale et l’espoir
d’une solution de crises sociales et politiques. Elle a été réalisée
sur un plateau vide en 1310 jours et inaugurée le 21 avril 1960. A partir
d’une demande floue, sinon celle d’un lac artificiel et d’un bien être
social apporté par la modernité, c’est le projet de Lucio Costa
qui a été retenu, conciliant les tenants du monumentalisme des
bâtiments d’Etat et ceux qui insistaient sur les constructions résidentielles.
Il a présenté une réalisation en forme d’oiseau ou d’avion,
les principaux monuments d’Etat étant confiés à O. Niemeyer.
Autour du palais présidentiel, du Congrès National, de la place
des trois pouvoirs, échelle d’un urbanisme monumental de capitale, s’organisent
l’échelle collective du centre commercial et celles individuelles du
résidentiel et du bucolique apporté par les nombreux espaces verts.

Tel-Aviv,
plus ancienne, date du début du vingtième siècle et correspond,
en 1909, à une volonté des juifs minoritaires à Jaffa de
se fixer hors les murs. Les 28 familles fondatrices sous le gouvernement turc
sont rejointes après 1917 par de nombreux immigrants qui, d’origine diverse,
créent une architecture éclectique. Un plan d’ensemble d’îlots
autour de jardins intérieurs est fait par l’urbaniste Geddes, et dans
les années trente l’influence du Bauhaus se fait sentir. Les immeubles
sur pilotis, aux toits plats, avec de petites fenêtres et des terrasses
en loggia sont adaptés au climat chaud et sec. De grands axes Nord-Sud,
de 24 m de large, accueillent les commerces. Des voies secondaires Est-Ouest
de 20 m et des rues plus paisibles de 16 m complètent ce plan. Après
1949, un plan plus complexe, autour d’une place centrale ronde et de rues droites
ou en courbes apparaît. En 2003, un quartier de 140 hectares est inscrit
au patrimoine de l’UNESCO pour valoriser le plan de Geddes et l’architecture
de divers immeubles ; la ville a organisé un plan de préservation
et de gestion du développement urbain, tentant de convaincre les habitants
de la valeur patrimoniale de leur habitat et de réhabiliter 30 immeubles
par an.

Chandigarh
est une création ex-nihilo de l’après-partition de 1947 pour doter
le Pendjab indien d’une capitale de 500 000 habitants, dont de nombreux réfugiés
issus du nouveau Pakistan. Dans le contexte de l’indépendance, elle correspond
à la vision futuriste de Nehru et à son idéal de démocratie
et d’égalité sociale. Bien que l’objectif soit de concilier des
éléments traditionnels et la modernité, cette ville dont
l’édification a été confiée à Le Corbusier
est surtout influencée par cette dernière orientation inscrite
dans un urbanisme mettant à contribution le soleil, l’arbre, le ciel,
l’acier, le ciment, d’autant plus que l’entourage montagneux est superbe. Les
axes Sud-est - Nord-ouest sont créés en fonction des vents. Comme
à Tel-Aviv le Bauhaus a été une des références
de cette architecture et Le Corbusier a repris certains thèmes plus traditionnels,
tels que le lotus. Mais, par manque d’argent, cette cité espérée
modèle et prestigieuse a surtout utilisé des matériaux
ordinaires, dont le béton brut et au Sud-est, l’extension a été
plus importante que prévu. Malgré ces défauts, Chandigarh
a été copiée à Bokaro Steel City et dans d’autres
villes indiennes, voire de manière non avouée au Pakistan, par
exemple à Islamabad.

Une synthèse de Stanislas
von Moos, professeur en Suisse italienne, a mis l’accent sur la ville nouvelle
en tant que projet médiatique, symbolisé à Brasilia par
la tour de la télévision au centre du "plan-pilote"
et dans les quatre cités par la notion de ville idéale, parfois
partagée dans les faits entre l’espoir de bonheur social et la menace
d’un cauchemar social.


Thème 2. Le processus appropriation et de mise en valeur
des villes modernes

L’après-midi, animé
par l’historienne parisienne Danièle Voldman, a été consacré
à la valorisation du patrimoine moderne, ses problématiques,
stratégies, enjeux et pratiques.

Des communications minutées par le temps qui avançait ont été
faites par les architectes, professeurs et conservateurs Maria Elisa Costa,
fille de Lucio Costa, Marcia Regina de Andrade Mathieu de Brasilia, Vincent
Duteurtre et Madeleine Brocard du Havre, Claire Etienne de Rouen, Jean-Luc Godard
d’Amiens, Yvan Mettaud de Firminy, Rémi Papillaud de Toulouse, Mahdu
Sarin de Chandigarh, Moshe Margalith et Giora Solar de Tel-Aviv.

Du "plan pilote"
de Brasilia à la ville d’avant-garde voulue par Perret au Havre en passant
par les super blocs autonomes de Chandigarh ou les cours communes de Tel-Aviv,
des problèmes communs ont été soulevés :

  • difficulté, au Havre, de faire accepter le nouveau centre aux locataires des quartiers détruits, souvent relégués dans des baraquements puis à la périphérie de la ville ;
  • problèmes des 75% de population pauvre de Brasilia rassemblés hors du "plan- pilote" et des villageois proches de Chandigarh progressivement incorporés dans une ville qui, avec un million d’habitants, dépasse les objectifs de départ et n’a guère de solution pour les démunis, parfois constructeurs de la ville rêvée ;
  • comment éviter une dégradation de divers immeubles jugés patrimoniaux au Havre et Chandigarh ou lutter contre l’édification de gratte-ciel à Tel-Aviv ?

Mais comment préserver
sans scléroser ?

Ce problème est souligné au Havre, au moment où, avec l’idée
puis le succès du classement au patrimoine mondial, émerge une
meilleure acceptation de l’architecture du centre, y compris de celle de la
maison de la culture réalisée par O.Niemeyer et longtemps décriée.
Après une sensibilisation des propriétaires et des commerçants,
des immeubles devront être restitués dans leur état initial,
d’autres modifiés dans un projet d’ensemble (le problème des vitrines
doit être résolu harmonieusement), d’autres enfin pourront être
détruits, remplacés par des constructions nouvelles compatibles
pour ne pas être interdites. Une même préoccupation apparaît
à Tel-Aviv avec l’incorporation dans le tissu urbain antérieur
d’un hôpital et de l’université ou à Chandigarh avec la
volonté de parvenir à un développement urbain plus équitable
 ; partout, la préservation des espaces verts semble essentielle, par
exemple les parcs de la "green city" à Chandigarh.

Enfin un élargissement
du cadre géographique majeur du colloque a été présenté
 :

- à Amiens, dotée d’un parc Saint Pierre en centre-ville, la tour
Perret est mise en valeur, comme la cathédrale, par l’éclairage
nocturne ;
- à Firminy, cité de 18000 habitants, dont un quart de la superficie
relève du mouvement moderne de Le Corbusier, ce patrimoine, menacé
de destruction, a été réhabilité de 2003 à
2007 par l’action conjointe de l’office public d’H.L.M.et d’un promoteur privé.
Là encore, le "vert" est de mise.

Pour le Havre enfin,
la question de l’intégration du centre Perret à l’autre objectif
que développe la municipalité, celle d’une métropole maritime
internationale, a été posée :
bien qu’ouvert sur
la mer par la "porte océane", il doit peu, dans sa conception,
à l’horizon marin et la coupure entre ce centre "bourgeois"
et la ville industrielle, populaire et polluée reste une image forte.
L’aménagement de la plage, la création d’un Centre de la mer avec
une tour assurant une vision sur le centre-Perret, la mer et l’estuaire, la
réalisation de parcours cyclistes reliant la mer et les nouveaux quartiers
portuaires valorisés, l’organisation de fêtes gratuites et populaires
sur le front de mer et près des docks, l’accent mis sur le commerce équitable
dans les relations commerciales du port sont autant de facteurs susceptibles
de mieux intégrer la ville industrielle et son centre et, au-delà,
de faire participer Le Havre aux évolutions mondiales des villes littorales,
particulièrement au mouvement en faveur du développement durable,
second thème retenu pour le Centre créé aux docks.

La deuxième journée
(matinée seulement) était centré autour d’un troisième
thème : projets urbains, perspectives d’avenir,
animé par François Chaslin, critique d’architecture, producteur
à France Culture.

II. Quelques
thèmes de réflexions ou de débats inspirés par le
colloque

  • Pourquoi l’architecture moderne n’est-elle pas devenue populaire ?
  • Pourquoi certains monuments (du XXème siècle) vieillissent-ils si rapidement et si mal ?
  • La ville comme : monument/patrimoine ; lieu de vie (y compris tensions et problèmes) ; espace évolutif ; génératrice d’activités.
  • Aspect historique (villes reconstruites ou nouvelles) : point de départ/projet ; acceptation ou pas des populations concernées ; résultat/bilan au bout de quelques années.
  • Quels acteurs ? (politiques/architectes/urbanistes/voire jardiniers ou responsables de l’environnement).
  • Des « villes mondiales » ? (un modèle urbain ?)
  • La ville au cœur d’un développement durable.
    Comment une ville classée au patrimoine national ou mondial peut-elle évoluer ? Quels engagements doit-elle respecter ?
  • Quels sont les critères de classement d’une ville par l’UNESCO ? Quelles responsabilités cela implique-t-il ? ---> cas d’urbanisations critiquées (cf. St Petersbourg et projet Gazprom). Menaces de déclassement de certaines villes.

III. Des pistes
de travail en ECJS, sur le patrimoine du XXème siècle

Trois temps pourraient être
distingués

1° identification
du patrimoine (classement)

2° comment protéger ? Faut-il protéger ? Quel
est le rôle du citoyen dans cette protection ? Sur quelles collectivités
peut-il s’appuyer ?

3° quelle valorisation possible du patrimoine ? Débat :
pour ou contre la défense du patrimoine / pour ou contre son classement ?

IV. Des pistes
pour un réinvestissement en histoire-géographie et histoire des
arts

  • établir une typologie des villes du XXème siècle 
    • les villes reconstruites (Le Havre) / les villes nouvelles (avec des architectes désignés, comme pour Chandigarh ou Brasilia)
    • les quartiers nouveaux, les villes nouvelles autour de Paris, les ZUP
    • les villes idéologiques (fascistes, soviétiques)
    • les villes nées de l’industrie du XXème siècle (s’il en existe...)
  • travailler sur les villes reconstruites
    • variation dans l’espace (comparaison Rouen / Le Havre / Caen, par exemple). Les reconstructions à l’identique (villes polonaises).
    • variation dans le temps : les reconstructions d’aujourd’hui (Beyrouth ; pont de Mostar)
  • tourisme et patrimoine contemporain (par ex en 1ère) : avec documents divers (photos, statistiques, etc.). Sites classés du XX ème siècle : sur quels critères ?
  • travail avec archives au Havre sur les différents projets et en particulier la comparaison des quartiers Perret et St François.

 


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