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Publié : 28 janvier 2007

CONFÉRENCE : ÉDUCATION AU DÉVELOPPEMENT DURABLE par M. Michel Hagnerelle

Une conférence donnée par M. Michel Hagnerelle, Inspecteur général de l’Éducation nationale et Doyen du groupe histoire et géographie dans le cadre de la première « Journée du développement durable »
organisée par le CRDP de Rouen, lors de la Semaine du Développement durable, le 31 mai 2006.
CR : C. Tambareau.

Conférence
« Éducation au Développement durable »
par M. Michel Hagnerelle,
Inspecteur général de l’Éducation nationale
et Doyen du groupe histoire et géographie.

donnée
dans le cadre de la première «  Journée du développement
durable
 »
organisée par
le CRDP de Rouen, lors de la Semaine du Développement
durable,

31 mai 2006

 


La commande qui m’est passée, c’est d’essayer en très
peu de temps de donner quelques pistes sur les enjeux de l’Éducation
à l’Environnement pour un Développement durable (EEDD).
Je conserve pour le moment cette appellation, mais comme je vous l’expliquerai
tout à l’heure, je pense qu’on peut et qu’on doit la
faire évoluer.

Je
suis ici à un double titre : d’abord en tant que doyen du
groupe histoire et géographie de l’Inspection générale,
et nous savons combien nos disciplines sont engagées dans ce domaine ;
mais au-delà, en tant que responsable pédagogique de cette question
au ministère, mission que je partage avec mon collègue Inspecteur
général de SVT, Gérard Bonhoure. Nous travaillons sur ce
dossier depuis trois ans et je vous livrerai quelques-unes de nos réflexions,
vous montrant que ce dossier est très évolutif et que Gérard
Bonhoure et moi-même avons aussi beaucoup muri nos réflexions.


1.QUELS ENJEUX POUR L’EEDD ?

1.1.Le
développement durable dans l’air du temps.

Je
partirai d’un constat : aujourd’hui, il n’y a pratiquement
pas de moment de notre journée où l’on n’entende ici
ou là les termes d’environnement et de développement
durable
. Il y a peu de discours politiques, de revues, de journaux qui
à un moment ou à un autre n’utilise ces termes. Nous baignons
dans un « climat » d’environnement et de développement
durable et la tendance s’accélère.

Quelques
exemples pris au hasard permettent de voir comment les médias, les entreprises
et les organismes de toutes sortes utilisent ces notions.
- Une publicité pour BASF Chimie, montrant un très beau paysage
de montagne avec une route, indique : « Cela ne se voit
pas à l’œil nu mais nos additifs pour bitumes contribuent
au développement durable. Ils permettent de raccourcir la durée
des travaux et de réduire les coûts d’entretien tout en rendant
nos routes plus robustes et plus résistantes aux intempéries,
augmentant ainsi leur durée de vie
 ».
- Un autre exemple, AREVA : « Nos énergies ont de
l’avenir. Un avenir sans CO2 » ; « Le monde
a besoin de plus en plus d’énergie. Limiter les émissions
de gaz à effet de serre est une nécessité. Face à
ce double défi, AREVA innove. Leader mondial de l’énergie
nucléaire et acteur engagé dans le développement des énergies
renouvelables (éolien, biomasse, pile à combustible), AREVA propose
à ses clients des solutions pour produire et acheminer l’électricité,
tout en préservant la planète. 
 »
- France Télécom : « Remplacer une réunion
par une visioconférence, c’est aussi protéger un désert.
 »
- Le SIAAP (Syndicat Interdépartemental pour l’Assainissement de
l’Agglomération Parisienne) : « C’est
ainsi que le SIAAP, service public, agit pour le mieux-être des habitants
et le futur durable de notre planète. 
 »
- Jacques Vabre, c’est « Le café pour agir ».
Trois mots en gros : « Responsable - Ethique -
Durable
 » et « 100% issu de fermes vérifiées
par l’organisation indépendante Rain Forest Alliance, dans le respect
de principes de développement durable et selon plus de 200 critères

(...)
- La SNCF : « Toutes nos idées d’avance intègrent
le développement durable
 »
On pourrait continuer ainsi longtemps.

D’autres
exemples pris dans la presse.
- Le Monde du 25 mai 2006 publiait un gros supplément sur le
développement durable.
- Le Monde 2 a publié la semaine dernière un article
intitulé « Comment les sociétés disparaissent  ».

C’est une entrée qui est en train de se développer et des
historiens de l’environnement essayent de travailler sur ce thème,
de mettre en relation la disparition de certaines sociétés ou
civilisations avec des éléments relatifs à l’environnement.
L’idée de réfléchir à la façon dont
les sociétés passées se sont « débrouillées »
avec leur environnement est une vraie question, très intéressante
pour nous tous, quelles que soient nos disciplines. Mais nous n’en sommes,
je crois, qu’au début de cette réflexion et parfois on peut
entendre n’importe quoi sur ce sujet.

On peut
voir à travers ces quelques exemples qu’il y a une effervescence
considérable à propos du développement durable.

1.2.L’environnement,
une affaire d’Etat.

En mars
2005, le Parlement a voté l’inscription dans la Constitution d’une
Charte de l’Environnement qui place les questions environnementales
à côté des très grands concepts de la Constitution.
C’est un acte fondamental pour un pays comme le nôtre, même
si on doit constater que ce texte est méconnu, et c’est très
regrettable.

1.3.L’environnement,
une affaire planétaire.

Je ne reviendrai
pas sur le rôle qu’ont joué les grandes organisations internationales
depuis quelques décennies, que ce soit l’ONU et ses différentes
missions ou que ce soient les grandes ONG. La façon dont le débat
s’est mondialisé est largement passé par l’ONU à
travers notamment de grandes conférences internationales : Rio en
1992, Johannesburg en 2002 pour ne citer que celles-là. Au cours de cette
année 2006 s’ouvre la Décennie du Développement
durable
de l’UNESCO, qui pourrait avoir un impact non négligeable
sur la façon dont nous abordons ces questions.

Tout
cela pour dire que les questions d’environnement et de développement
durable sont devenues centrales pour nos sociétés et l’humanité
toute entière ; le problème pour nous est de savoir :
que fait l’Ecole ? En d’autres termes : que faisons-nous ?
quelle est notre responsabilité ?


2. DEBUT DES ANNEES 2000 : LE PLAN D’ACTION DE L’ÉDUCATION
NATIONALE

Face à
ces questionnements, Luc Ferry, alors ministre de l’Éducation nationale,
a commandé à l’Inspection générale en 2002
un rapport sur l’Éducation à l’environnement dans
le système éducatif français. Cette étude nous a
été confiée, à Gérard Bonhoure et moi-même,
et nous avons rendu notre rapport au ministre au printemps 2003. Un rapport
dont je vous livre quelques conclusions.

Parmi
nos conclusions, nous avons mis en évidence que notre système
éducatif, au début des années 2000, ne s’était
pas emparé de l’éducation à l’environnement.
Malgré 30 ans « d’éducation à l’environnement »,
les questions environnementales ne faisaient pas partie des priorités
de notre ministère.
Pourtant des actions avaient débuté dès le milieu des années
1970. Après la Conférence de Stockholm de 1972, est parue une
circulaire en 1977, extrêmement importante, sur l’éducation
à l’environnement. Beaucoup de ce qu’on dit aujourd’hui
se trouvait déjà dans cette circulaire, notamment une définition
intéressante de l’environnement, mais aussi de grandes orientations
pédagogiques. Sauf que cette circulaire était oubliée et
quasiment inconnue.

2.2.
Quelles carences ?

a)
Dans aucune discipline il n’y avait de réflexion globale sur
les questions environnementales.

Aucune
discipline n’avait conçu une progression cohérente de l’approche
des questions environnementales. Il n’y avait, ici ou là dans les
programmes, que quelques références à ce sujet. A plus
forte raison, n’existait aucune cohérence entre les disciplines,
même si, ponctuellement, dans tel ou tel programme, il y avait la mention
d’une relation possible avec une autre discipline.

b)
Pas de réflexion non plus, bien évidemment, sur la progressivité
des apprentissages du primaire au lycée.

c)
Pas de convergence dans les définitions des notions clés.

Nulle part
dans nos programmes d’enseignement, il n’y avait de définition
commune de ce qu’on entendait par « l’environnement »
et encore moins par « développement durable » puisqu’au
début des années 2000 ce terme ne figurait que dans le programme
de terminale SES. C’est étonnant, car il date de la fin des années
1980.

d)
Pas de politique nationale de partenariat dans le domaine de l’éducation
à l’environnement.


Nous avons relevé un nombre considérable de partenaires intervenant
dans le domaine de l’éducation à l’environnement,
avec quelquefois des positions contraires aux objectifs que nous nous donnions.
Mais nous avons regretté l’absence de politique suivie et d’un
minimum de contrôle dans les relations qu’on pouvait avoir avec
les partenaires.


Même chose pour les ressources : pas de politique nationale dans
le domaine des ressources. Nous avons constaté l’existence d’une
multitude de publications de toutes sortes, qui venaient d’ailleurs quelquefois
de notre propre ministère, dont toute une partie ne correspondait pas
à la vision que nous avions de l’environnement et de l’éducation
à l’environnement.

D’autre
part, nous avons pu constater que ce qui se faisait s’inscrivait presque
exclusivement dans le cadre de projets. Des projets parfois extrêmement
intéressants, menés souvent par des équipes de passionnés.
Dans les trente ans dont je parlais tout à l’heure, ce sont ces
projets qui ont porté et qui ont fait progresser la réflexion
sur l’éducation à l’environnement. Malheureusement,
nous savons bien que ces projets n’étaient pas généralisés
et au total, nous avons estimé que seulement 5 à 10% des élèves
étaient concernés dans leur scolarité par des projets,
des études ou des dossiers se rapportant à l’environnement.

Au
total, un constat assez sévère, qui nous a conduit à la
conclusion qu’il n’y avait pas, au début des années
2000, de véritable éducation à l’environnement et
au développement durable en France.

2.3.Le
lancement d’une politique nationale d’éducation à
l’environnement pour un développement durable (EEDD).

A
la suite de notre rapport, le ministre Luc Ferry a lancé une politique
nationale, forte et ambitieuse, d’EEDD.

Cela
s’est traduit, dans les mois qui ont suivi, par un grand colloque
national, en décembre 2003 à Paris
, qui a permis de cerner
les grandes problématiques et de dégager des pistes d’action.
Les actes de ce colloque sont disponibles dans le réseau CNDP-CRDP sous
le titre « Eduquer à l’environnement, vers un développement
durable ». C’est encore une bonne base de travail.

Puis, en
juillet 2004, a été publiée la circulaire : « 
Généralisation de l’Éducation à l’environnement
pour un développement durable (EEDD) ». Cette circulaire est
un texte extrêmement intéressant qui définit ce qu’on
peut attendre, dans un pays comme le nôtre, d’une éducation
à ces questions dans le système éducatif.

Son
objectif est de « généraliser l’éducation
à l’environnement, pour un développement durable ».
Il s’agit pour nous de passer d’approches ponctuelles à l’objectif
de généralisation de l’éducation à l’environnement
sur l’ensemble du cursus scolaire. Cela concerne tous les niveaux d’enseignement,
du primaire au lycée et l’ensemble des disciplines, même
si certaines disciplines sont inévitablement plus impliquées que
d’autres.

C’est
une politique ambitieuse : alors comment faire, dans notre système
éducatif, pour généraliser l’EEDD ?

3.
COMMENT GÉNÉRALISER L’ÉDUCATION À L’ENVIRONNEMENT
POUR UN DEVELOPPEMENT DURABLE ?

C’est
une question complexe et très évolutive. Nous ne tenions pas ces
discours il y a deux ans. Je vais donc vous livrer quelques réflexions,
qui sont celles d’aujourd’hui.

3.1.Quelles
sont les entrées possibles dans l’EEDD aujourd’hui ?

Il y a trois
entrées possibles, trois entrées fondamentales dans tout ce que
nous faisons et devons développer dans nos classes et nos établissements.

a
- Première entrée : construire l’EEDD dans
les disciplines.

-
Par la co-disciplinarité.

Nous avions indiqué, et vous le trouverez dans la circulaire de 2004,
que l’EEDD ne pouvait se concevoir autrement que par des échanges
et une complémentarité entre les disciplines. A l’évidence,
aucune discipline à elle seule, ne peut couvrir le champ de l’EEDD.
Tout le travail que nous avons réalisé avec Gérard Bonhoure
depuis deux ans, nous a conduit progressivement vers la notion de co-disciplinarité,
chaque discipline contribuant avec ses programmes, ses contenus et ses démarches
à la construction d’apprentissages complémentaires. Nous
avons pensé que les termes d’inter-disciplinarité et de
trans-disciplinarité pouvaient conduire à chercher un plus petit
commun dénominateur, ce qui nuirait à la richesse des approches
et des débats.

-
Dans les programmes.

L’EEDD n’est pas une discipline supplémentaire, ni un nouveau
dispositif. L’EEDD doit être inscrite d’abord dans les enseignements
et dans les programmes. A partir du moment où il a été
décidé qu’il fallait généraliser, c’est
par les programmes que cette généralisation passera parce qu’ils
sont enseignés à tous les élèves. Cette entrée
dans les programmes concerne tous les niveaux et toutes les disciplines.

Nous
devons rechercher, dans les programmes existants, la façon
dont on peut trouver des entrées et de nouvelles problématiques
pour traiter ou intégrer l’EEDD.
Par
ailleurs, au fur et à mesure que les programmes seront revus dans les
différentes disciplines, on introduira explicitement les questions d’EEDD
dans les nouveaux programmes.
Ainsi,
dans les programmes qui viennent d’être réécrits (par
exemple les programmes de SVT ou de physique-chimie du collège) les questions
d’environnement et de développement durable sont clairement inscrites.
Il en sera de même, en histoire-géographie, dans les futurs programmes
de collèges, de lycées professionnels, et des séries technologiques.

Pour vous
aider à réfléchir à la façon dont on peut
introduire des problématiques nouvelles dans les programmes existants,
des propositions, rédigées par un groupe d’experts pluri-disciplinaire
animé par Gérard Bonhoure, sont mises en lignes pour plusieurs
disciplines, sur le site Eduscol du ministère. Je laisse la parole à
Gérard Granier, IA-IPR d’histoire-géographie et membre du
groupe d’experts, pour qu’il nous explique de quoi il s’agit.

G.
GRANIER
 :

 

Ces
documents d’accompagnement sont consultables dans la rubrique Disciplines
et enseignements, EEDD.


La page ci-dessus concerne les programmes de SVT en classe
de seconde. Les mêmes propositions sont disponibles pour les SVT de la
6è à la terminale ainsi que pour l’histoire-géographie
au collège et pour les séries générales du lycée.
D’autres documents complémentaires concernent les programmes d’histoire-géographie
des séries technologiques, les programmes de physique-chimie
et ceux de l’école primaire.

Pour
les disciplines précitées, on dispose généralement
de tableaux à deux colonnes :
- une colonne « programme » qui rappelle à gauche
les textes officiels du BO et les indications complémentaires également
officielles sur le point de programme concerné ;
- dans la colonne de droite, les liens possibles pour avoir une entrée
et un regard véritablement « EEDD » sur la manière
de traiter la question.


SVT - sixième

 


Pour l’histoire-géographie en collège où les entrées
sont moins évidentes puisque les programmes commencent à dater,
vous trouvez à peu près la même démarche. Nous avons
également eu le souci de penser à cette co-disciplinarité
et des liens possibles sont diponibles, point par point, avec d’autres
questions d’autres programmes, pour qu’on ait un regard transversal
sur les questions abordées.


Géographie - sixième

Après
cette première étape qui consistait à balayer l’ensemble
des programmes pour déterminer quelques entrées, nous avons commencé,
dans une deuxième phase d’approfondissement, à mettre en
ligne ce que nous avons appelé des « zooms ».

 


Il y aura des « zooms » disciplinaires en histoire-géographie,
en SVT, en physique-chimie notamment, qui consistent à faire des propositions
plus affinées, plus précises concernant la manière de traiter
un point précis de programme avec ce regard EEDD. Ce travail va se poursuivre.

 ° ° ° ° ° ° 

M. 
HAGNERELLE :

Quelle
que soit notre discipline, nous devons donc réfléchir à
la façon dont, dans les programmes existants et dans les formulations
existantes, on peut reconsidérer les problématiques et les relire
avec l’éclairage de l’EEDD. Il faut reposer, renouveler,
rénover les problématiques.


Les problématiques du développement durable et de l’environnement
ne sont pas exprimées explicitement dans les programmes d’histoire-géographie
de collège. C’est notre mission d’intégrer ces questions
dans les programmes existants. Il faut oser le faire et ces grilles sont là
pour vous donner des idées sur la façon de le faire.
Je terminerai cette première entrée, en disant que c’est
par les enseignements du quotidien et les disciplines que nous obtiendrons la
généralisation de l’éducation à l’environnement
et au développement durable sur l’ensemble de la scolarité.
Nous en sommes responsables les uns et les autres puisque c’est nous qui
sommes responsables de la mise en œuvre des programmes.

Depuis
trente ans, c’est la pédagogie de projet qui a
permis non seulement de soutenir l’éducation à l’environnement,
mais aussi de la faire progresser. Ce n’est pas parce que nous avons promu
en première ligne les programmes et les enseignements que nous devons
renoncer aux projets de toutes sortes qui peuvent être conduits. La pédagogie
de projet reste bien évidemment un excellent vecteur d’éducation
à l’environnement. Avec tout de même une nuance : quand
on observe de près ce qui se fait, certains projets restent dans des
approches passéistes, un peu dépassées de l’EEDD.
Dans les projets aussi, il nous faut intégrer des problématiques
nouvelles.

c.
Troisième entrée : la nécessité d’installer
l’EEDD dans les établissements.

Les
établissements du secondaire (collèges et lycées) et les
écoles sont des lieux extrêmement intéressants de mise en
place de projets globaux d’éducation à l’environnement.
On voit apparaître un peu partout en France des expériences de
mises en place d’EEDD dans les établissements. Dans l’académie
de Rouen, plusieurs dizaines d’établissements sont engagés
dans la démarche « développement durable ».
Ce n’est qu’un début. Il y a d’autres académies,
comme par exemple l’Alsace, où il y a une très forte implication
des Conseils généraux dans les Agenda 21 des collèges.
Il y a une vraie politique aussi dans l’académie de Lille, au niveau
des structures durables dans les lycées. Dans beaucoup d’autres
académies, on réfléchit à la manière dont
l’établissement peut être porteur globalement d’une
problématique d’éducation à l’environnement...
Les établissements en démarche développement durable
(E3D)
se multiplient.


C’est une entrée très intéressante à la condition
de prendre des précautions sur lesquelles nous avons beaucoup insisté
avec Gérard Bonhoure : lorsqu’il s’agit de conduire
une démarche d’éducation au développement durable
dans un établissement, on ne peut pas se contenter de réfléchir
à la façon de mieux gérer les questions de déchets,
d’énergie ou de nourriture. Même si c’est déjà
très important, cela ne suffit pas. Il faut d’une part chercher
à lier au mieux cette « gestion-écoresponsable »
aux enseignements pour mettre projets et programmes en cohérence. Mais
une démarche d’établissement durable doit aussi impérativement
s’ouvrir à l’extérieur et il faut réfléchir
à la façon dont on peut intégrer dans le projet EEDD de
l’établissement, quelques unes des thématiques développées
par les responsables des territoires dans lesquels se situent l’établissement
(quartier, ville, communauté de communes, département, région).


Donc une double dimension : intérieure, de politique
intérieure, mais aussi une ouverture de l’établissement
sur l’extérieur.

Au
total, on peut dire que nous avons trois entrées complémentaires
dans l’EEDD :
- les programmes à relire et à modifier,
- les projets à soutenir et à développer
- les politiques d’établissement à mettre en place
et à stimuler.


3.2. Autour de quelles problématiques fondamentales construire
l’EEDD ?

C’est
certainement la clé de tout notre travail. Nous devons réfléchir
aux notions, au sens des notions et aux problématiques à privilégier.
Le chantier est assez considérable.

a.Le
sens des mots et des notions

Sur la définition
des notions et le sens des mots, la circulaire de juillet 2004 nous donne de
solides références.

      • Environnement

« L’environnement
peut être défini comme l’ensemble, à un moment donné,
des aspects physiques, chimiques, biologiques et des facteurs socio-économiques
susceptibles d’avoir un effet direct ou indirect, immédiat ou à
terme, sur les être vivants et les activités humaines. »
Vous
constaterez que cette définition a été reprise du texte
officiel datant de 1977 ; en fait elle reste totalement pertinente.

Mais
une deuxième définition, complémentaire, a été
associée : « D’une façon plus générale
l’environnement est constitué de l’ensemble des éléments
qui, dans la complexité de leurs relations, constitue le cadre, le milieu,
les conditions de vie pour l’homme ».

Tout
cela pour dire qu’il ne faut surtout pas, comme c’est encore parfois
le cas, confondre « environnement » et « nature ».


L’environnement, c’est ce qui environne l’homme. Tout
ce qui environne l’homme, à toutes les échelles 
 :
sa maison, son lieu de vie, son jardin, sa ville, sa région, jusqu’à
la planète. Et dans cet environnement, en tout cas dans nos sociétés,
l’environnement fondamental de près de 80% de nos élèves,
c’est l’environnement urbain. Bien-sûr, 20 à 25% des
élèves habitent la campagne ; mais pour une grande partie
d’entre eux, il s’agit de péri-urbains.

      • Développement durable


Pour cette notion, il faut se référer au texte de 2004 puisque
évidemment, le terme n’était pas dans la circulaire de 1977
 : « un développement qui répond aux besoins du présent,
sans compromettre les capacités des générations futures
de répondre aux leurs
 ».
Il s’agit de la reprise des termes du célèbre rapport Brundtland
de 1987.


Cette approche de la notion de développement durable a été
précisée en 1992 à la Conférence de Rio, structurant
la démarche de développement durable autour de trois piliers,
de trois volets, de trois sphères qui sont : la sphère
économique, la sphère environnementale, et la sphère sociale.
Depuis, toutes les réflexions tournent autour de ces trois sphères
(on peut y ajouter la sphère culturelle).

b.
Des notions en construction.

La
notion de développement durable est une notion qui a encore besoin d’être
précisée, développée et surtout portée à
la connaissance du grand public.


Le supplément du Monde du 25 mai 2006 publie un sondage IPSOS-Dexia,
une enquête d’opinion sur la perception de la notion de développement
durable et les connaissances que l’on en a. La question a été
posée à des élus, surtout des élus locaux, et à
des personnes du grand public. Le résultat est intéressant. La
question qui était posée était de savoir si les personnes
interrogées avaient une idée très précise, assez
précise, peu précise, ou pas du tout précise de la notion
de développement durable.

 
Très précise
Assez précise
Peu précise
Pas du tout
Autres
Élus
17%
65%
15%
3%
0%
Grand public
11  %
31  %
31  %
25%
2%

Tout cela
pour dire, et on s’en doutait un peu, qu’on est loin du compte dans
l’appréhension par le grand public et même par beaucoup d’élus,
de ce que peut être la réalité de ces notions. Nous avons
encore un énorme travail à faire, à la fois pour mieux
maîtriser nous-mêmes la notion, mais aussi pour faire connaître
dans le système éducatif au-delà des messages diffusés
par les médias.

c.
L’éducation au développement durable dans l’enseignement :
le résultat de trente ans d’évolution.

La
notion de développement durable, incontournable dans la société,
est incontournable aussi dans notre système éducatif.


Elle s’installe dans notre système éducatif au terme d’une
évolution en quatre étapes.


- Dans les années 1970, on a développé dans un certain
nombre de sciences, des approches systémiques, en particulier en SVT,
en physique, et en géographie. Cette approche systémique passait
notamment par l’approche des écosystèmes. Ainsi, en géographie,
on a introduit les écosystèmes dans le programme de seconde en
1981.


- Dans les années 1980/1990, s’est développée « l’éducation
à l’environnement ». Le terme d’environnement
a pris sa place dans le système éducatif et est apparu progressivement
après la circulaire de 1977. Cette éducation à l’environnement
s’est surtout développée sous forme de projets.


- Il a fallu attendre 2003-2004, pour que soit introduite cette approche « d’éducation
à l’environnement pour un développement
durable
 ». C’est une étape qui nous semblait importante :
« Placer ce qu’on faisait depuis longtemps dans le domaine
de l’éducation à l’environnement dans la perspective
du développement durable ».

-
Aujourd’hui, nous sommes prêts à nous situer directement
dans la perspective du développement durable
. Ce que nous faisons
dans le domaine de l’environnement, ne peut pas être déconnecté
de la réflexion globale sur le développement durable. On
ne peut pas isoler les questions d’environnement des autres grandes questions
de société et d’économie.
On peut entrer
dans le développement durable par l’environnemental, par l’économique
ou par le social, mais aucune des approches ne doit être isolée
des autres.

Je
vais prendre un exemple, celui des questions énergétiques.
Il est bien évident, qu’on ne peut l’aborder que de façon
globale.


L’énergie est d’abord une affaire économique.
Nous savons que nos sociétés se sont développées
sur l’énergie (le charbon) dès le XIXème siècle.
Dans les décennies d’après guerre, c’est le pétrole
abondant et pas cher qui a permis le développement de beaucoup de nos
sociétés industrialisées. Donc le renchérissement
de l’énergie et sa rareté, c’est d’abord un
problème économique et social. Mais celui-ci se pose encore plus
gravement dans les pays en développement, en Chine, au Brésil,
ou en Inde qui vont avoir besoin de quantités d’énergie
considérables. Où mobiliser de l’énergie ? Comment
faire pour la payer, pour la transporter, pour l’utiliser ? etc...


C’est aussi un problème de géopolitique :
comment assurer des approvisionnements sûrs et durables ? L’énergie
est un objet de convoitise forte ; nous savons qu’elle attise de
nombreuses rivalités qui peuvent conduire à des conflits.


C’est aussi un problème d’environnement parce
que l’utilisation de telle ou telle source d’énergie peut
avoir des conséquences fortes sur les qualités environnementales.


Donc, pour comprendre les questions touchant à l’énergie,
on peut entrer par l’une ou l’autre de ces problématiques,
mais il faut toutes les prendre en compte. Se limiter à une entrée
ne permettrait pas de donner à nos élèves une vision globale
et juste de ces questions complexes. L’exigence est la même pour
les thématiques de l’eau, du réchauffement climatique, de
la malnutrition...

Ainsi,
aujourd’hui, nos entrées pédagogiques doivent se
situer résolument dans cette perspective d’éducation au
développement durable
.

4.
QUELQUES CLÉS POUR METTRE EN OEUVRE L’EDD DANS LES CLASSES ET DANS LES
ÉTABLISSEMENTS

4.1.
Que signifie le terme « éducation » dans
le domaine du développement durable ?

Cela
signifie que chacun d’entre nous doit se positionner en éducateur.
Dans ces domaines aussi, nous devrons nous garder de tout dogmatisme et nous
dégager de toute entrée idéologique ou militante. On peut
être militant dans sa vie personnelle, cela fait partie de la vie démocratique.
Mais à l’Ecole, nous sommes des éducateurs. On ne développe
pas des opinions, mais on développe des points de vue argumentés
qui s’appuient sur des savoirs.
Cela impose que nous fassions parfois l’effort nécessaire sur nous-mêmes
pour prendre quelques distances avec nos convictions et nos engagements personnels.

4.2.
Onze clés pour entrer dans le développement durable

a)
Première clé : ne pas tomber systématiquement
dans l’affectif et le catastrophisme.

L’affectif
et le catastrophisme sont des outils largement utilisés par les médias.
De notre côté, nous devons dégonfler la charge affective
et la part d’irrationnel qui s’attachent à ces dossiers.
Nous sommes là pour éduquer et donc pour traiter ces questions
avec distance et discernement.

De
même, n’entrons pas systématiquement dans les questions d’environnement
ou de développement durable par des « problèmes ».
Il n’y a pas que des problèmes ; il y a des questions. Notre
objectif c’est d’amener les élèves à
se poser des questions.

b)
Deuxième clé : recentrer le « vieux »
débat homme/nature.

Efforçons-nous
de dépasser le schéma passéiste de la « bonne
nature », opposée à la nature dégradée,
massacrée par l’homme prédateur. Il y a un double
mythe à dépasser par rapport à la nature.

-
La nature vierge était bienveillante.
C’est évidemment
faux. Nos ancêtres, qu’ils soient un peu lointains ou assez récents,
avaient quelques difficultés avec la nature. La nature vierge n’a
jamais été en-soi bienveillante. La nature est.


- La nature est « équilibrée ».
Ce mythe du temps « zéro » de la nature, la notion
de climax qui a bercé une partie de nos études, est une notion
fictive. Les équilibres sont évolutifs. Ils l’ont toujours
été. Les écosystèmes sont en permanence en évolution
pour de nombreuses raisons.
Cette période d’une nature équilibrée ou l’homme
vivait en excellente relation avec la nature n’a jamais existé.
L’homme a toujours tout fait pour se construire une « niche »
qui puisse lui permettre de mieux vivre par rapport à la nature.

D’autre
part, dans ce vieux débat homme/nature, il ne faut jamais oublier que
c’est l’homme qui est au centre des débats.
Ce sont les sociétés qui sont le point de départ, et autour
de cette société, on se pose des questions. Il faut que nous placions
l’homme en position de responsabilité, en gestionnaire, garant
de l’avenir. L’homme est le gérant et le responsable
de son environnement
, de ses environnements, de la planète.
C’est à partir de cette position qu’il faut poser les questions :
les sociétés humaines sont responsables de leurs environnements.
Qu’en font-elles ? Comment font-elles ? Il faut évidemment
inclure dans cette approche de l’environnement un certain nombre d’éléments
naturels qui sont fondamentaux, mais qui ne sont pas les seuls.

c)
Troisième clé : se situer dans une démarche prospective.

Travailler
en EDD, c’est apprendre à penser l’avenir, apprendre à
nos élèves à se projeter et à se doter d’une
vision du futur.
Il
faut leur ouvrir des perspectives. Quelle vision donnons-nous aux jeunes d’aujourd’hui
de la planète, de nos sociétés et de l’avenir à
travers les médias ? Dans une société hyper-médiatisée
comme la nôtre ou seuls les problèmes sont dignes d’intérêt,
les jeunes peuvent finir par penser que tout est noir, que l’avenir est
écrit, et qu’on n’y peut rien. Nous devons faire comprendre
aux élèves que l’avenir sera ce qu’ils en feront,
qu’ils en sont responsables.


Il est très important d’avoir cette position prospective dans le
système éducatif parce que nous formons des « citoyens
du monde » qui vont vivre dans des sociétés dont ils
devront être les gestionnaires et les acteurs.

d)
Quatrième clé : repositionner les contenus d’enseignement
dans une perspective de développement durable.

Cela complète
ce que nous disions tout à l’heure concernant les problématiques.
La plupart du temps, il s’agit pour nous de requestionner les thématiques
qui sont dans nos programmes, de recibler certaines problématiques.
Je prends un exemple que nous aimons bien utiliser avec Gérard Bonhoure,
celui de la forêt :

- Dans
les années 1970, dans nos cours (en SVT ou en géographie), on
traitait de « l’écosystème forêt »
et de son fonctionnement. Je me souviens qu’au début des années
1980, lors de la mise en place des nouveaux programmes de 2nde, j’avais
écris un article sur l’écosystème forêt avec
un très beau schéma systémique, au sujet de la forêt
primaire.
- Dans les années 1990, l’interrogation a évolué.
On se posait la question : « Comment protéger la
forêt ?
 ».
- Aujourd’hui, la question est : « La forêt,
comment la gérer aujourd’hui pour demain ?
 ».
Il s’agit bien de s’interroger sur la « gestion »
d’un milieu comme la forêt.

Tout
cela pour vous dire que, sur un même objet d’étude, la forêt,
notre travail et notre réflexion ont évolué.
Par ailleurs, en matière d’EDD, il faut élargir
les thématiques
 : certes, le climat, c’est très
important ! Mais il y a aussi de très nombreuses autres problématiques
fondamentales ; en premier lieu ce qui touche à la ville. En 2030,
les deux tiers des habitants de la planète seront des urbains. Comment
gérer les villes pour les préparer à une telle situation
inédite pour l’humanité ?


Il nous faut réfléchir à ce que signifie l’expression
« ville durable ». Quand il y a un projet d’autoroute,
quand une ville redécouvre son fleuve, quand on implante une zone économique,
se posent de vraies questions de développement durable. La création
d’un lotissement en périphérie d’une ville, par exemple,
pose un vrai problème de développement durable : il va falloir
des routes, de l’électricité, cela va multiplier le nombre
de voitures, le nombre de déplacements pour le travail, les loisirs ...
Vaut-il mieux développer l’habitat en dehors des zones urbaines ?
Vaut-il mieux redensifier les centres-villes ? Et si oui, quels types de
transports privilégier ? Dans ces perspectives : que vont devenir
les campagnes ? Que veut-on en faire ?
Ces sujets relèvent bien du développement durable. A nous de nous
en emparer.

Voici un
document qui a été conçu largement par Gérard Granier,
et qui présente un certain nombre de thématiques autour desquelles
peuvent se regrouper les grandes questions touchant au développement
durable.

LES
ENJEUX DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

---------------------------------

Satisfaire les besoins de chacun aujourd’hui
(solidarité intra-générationnelle)

-
Se nourrir (lutter contre la faim)
- Etre en bonne santé (lutter contre les grandes maladies
notamment au Sud)
- Se loger
- Etre éduqué
- Réduire les inégalités en luttant contre
la pauvreté
- Maîtriser les enjeux démographiques (croissance de
la population, mais aussi vieillissement et mobilité/répartition
dans l’espace)


Donc, pour une part majoritaire de l’humanité, vivre
mieux (se développer).


Vivre dans un environnement sûr et de qualité

-
Aménager des territoires durables (villes et campagnes)
- Maîtriser les transports (hommes et marchandises)
- Réduire l’effet de serre pour limiter la variabilité
climatique
- Préserver ou restaurer la qualité de l’air,
de l’eau, des paysages
- Prévenir et gérer les risques majeurs naturels et
technologiques

Gérer
et partager les ressources pour demain
(solidarité inter-générationnelle)

-
Les ressources hydrauliques
- La question énergétique (ressources renouvelables
ou non renouvelables, l’enjeu nucléaire)
- Les ressources halieutiques
- Les ressources forestières
- La biodiversité


Produire et consommer autrement

-
Vers une agriculture durable
- Vers une industrie non polluante
- Vers un tourisme durable
- Vers un commerce équitable
- La question des déchets : en produire moins, les collecter,
les trier, les recycler


A l’intersection de ces quatre objectifs, un enjeu
éthique majeur :
quelle gouvernance pour assurer
les progrès de valeurs universelles (paix, démocratie,
solidarité, équité,...) ?

 


Les
quatre clés que Gérard Granier a conçues (et entre lesquelles
il n’y a pas pour l’instant de hiérarchie) permettent, au
moins provisoirement, de montrer quelles peuvent être les grandes entrées
dans le développement durable.

  • La première entrée, c’est qu’il s’agit bien de répondre aux besoins de chacun aujourd’hui. On sait bien que sur la planète, et même chez nous, tous les grands besoins ne sont pas assurés, et de loin : se nourrir, être en bonne santé, se loger, être éduqué. Etre éduqué, c’est une vraie question de développement durable. De la même façon, réduire les inégalités en luttant contre la pauvreté, maîtriser les enjeux démographiques etc... Mieux vivre, c’est d’abord mieux vivre partout, chez nous et sur l’ensemble de la planète. C’est un premier enjeu de développement durable : pensons à nous, aujourd’hui. Aujourd’hui, un habitant de la planète meurt de faim toutes les quatre secondes.
  • La deuxième entrée : vivre dans un environnement sûr et de qualité.
    Parmi les thèmes possibles : les grands aménagements du territoire, la maîtrise des transports...(les transports sont une question majeure de développement durable). Il y a aussi l’effet de serre, la préservation de la qualité de l’eau, de l’air, des paysages, la prévention et la gestion des risques majeurs qu’ils soient d’origine naturelle ou technologique.
  • Troisième entrée : gérer et partager les ressources pour demain.
    On est bien dans la solidarité intergénérationnelle, sur laquelle il est très important de réfléchir.
  • Quatrième entrée : produire et consommer autrement

Dans ce
document, nous pouvons puiser des idées sur la façon dont les
grandes questions des programmes peuvent s’insérer dans une démarche
et une réflexion globale de développement durable.

e)
Cinquième clé : décrypter le jeu des acteurs et
des discours idéologiques quand on parle d’éducation
au développement durable.

Dans
tous les cas, nous devons faire preuve d’esprit critique et former
nos élèves au regard critique
. Quand nous travaillons
sur un article, un document, un reportage, nous devons toujours nous demander
qui parle, de quelle position et dans quel objectif. Ainsi, dans le domaine
de l’EDD, il y a les discours des économistes néo-libéraux
qui ne remettent pas en cause la croissance, qui la voient teintée de
vert ; il y a aussi les points de vue des alter-mondialistes qui remettent
en question la croissance, le type de développement ; et bien d’autres
discours différents. Nous avons, en tant qu’éducateurs le
devoir de croiser les points de vue, d’apprendre aux élèves
à décrypter les prises de position.


Nous devons former au regard critique, analyser les conflits d’intérêt,
identifier les acteurs
aux positions divergentes voire contradictoires.
Essayer de voir pourquoi Untel défend telle position, quels sont ses
arguments et quels sont les arguments des autres. Dans ces domaines, il n’y
a pas de vérité, donc il doit y avoir confrontations d’idées.

Je
ferais une petite parenthèse au sujet des questions Nord-Sud,
car elles se posent avec beaucoup d’acuité quand on doit réfléchir
aux problèmes et aux acteurs du développement durable. Nous le
savons bien, le réflexe et le risque est de vouloir transposer aux pays
du Sud les réflexions que nous conduisons pour nos propres sociétés
riches et industrialisées. Or l’état d’esprit, les
traditions, le contexte économique, social, environnemental, les moyens
d’action ne sont pas du tout les mêmes.

f)
Sixième clé : intégrer les problématiques
du complexe.

Dans
le domaine de l’EDD, il n’y a jamais de réponse unique aux
questions qu’on se pose. L’approche doit toujours être
globale, systémique le plus possible
. Même avec de jeunes
élèves, il faut montrer qu’il n’y a jamais de réponses
simples. Il n’existe pas de « Y’à qu’à  »
en matière d’EDD. Nous devons éduquer à la complexité,
ce qui ne signifie pas éduquer au compliqué. Notre travail d’enseignant
et d’éducateur, c’est de rendre le plus simple possible
des situations complexes voire très complexes. N’écartons
pas la complexité pour nos élèves ; au contraire,
initions-les à la compréhension et à la gestion du complexe.

g)
Septième clé : interroger les idées et les phénomènes
à différentes échelles de temps et d’espace.

Il
est très important, dans le domaine de l’EDD, de réfléchir
à la façon dont se posent les questions, à chacune des
échelles spatiales
.
On doit toujours passer par l’échelle planétaire à
un moment ou à un autre, mais il faut donner une place majeure aux échelles
locales. « Penser global, agir local ».


Ne négligeons pas non plus les échelles de temps.
Toutes les questions d’éducation au développement durable
doivent être insérées dans une perspective historique. Cela
permet de relativiser beaucoup de choses. Utiliser les échelles du temps,
c’est inscrire l’EDD dans le temps passé, et aussi l’inscrire
dans le futur.

h)
Huitième clé : former à la démarche scientifique.

Privilégier
la démarche scientifique est fondamental, quelle que soit notre discipline.
Cela signifie que nous devons montrer les limites et les incertitudes
des méthodes utilisées,
connaître les modèles
explicatifs sur lesquels on se fonde, les paramètres qu’on utilise,
s’interroger sur la validité des scénarii possibles
dans le domaine des prévisions.


Il faut aussi montrer que les connaissances se construisent et qu’elles
évoluent.
Il y a beaucoup d’incertitudes dans ces domaines.
Par exemple, on connaît mal quelles sont, à long terme, les capacités
de régénération des différents écosystèmes
 ? Je me trouvais aux Etats-Unis, dans le parc de Yellowstone, peu de temps après
le grand incendie de 1999. Les Américains ne luttent pas contre les incendies
de forêt dans les grands parcs, car ensuite il y a une régénération
extrêmement forte conduisant une augmentation importante de la biodiversité.
L’ensemble était en train de renaître avec une richesse écologique
fantastique.
Vous voyez par cet exemple que de vraies questions se posent dans ce domaine.
Introduisons l’incertitude et montrons bien les difficultés à
prévoir.

i)
Neuvième clé : travailler toujours sur toutes les dimensions
du politique face aux questions de développement durable.

Cela
signifie qu’il faut travailler sur les politiques à conduire quelles
que soient les échelles, de l’échelle locale jusqu’aux
échelles mondiales. Travailler aussi sur la participation citoyenne,
la démocratie participative dans le domaine de l’EDD.

j)
Dixième clé : former au choix et à la responsabilité.

Nous
devons former au choix. Dire que dans les domaines du développement
durable, quelqu’un à un moment doit faire des choix. Et quand on
fait un choix, il y aura de toute façon des conséquences, positives
et négatives.
Nous devons également travailler sur les valeurs de
responsabilité, de solidarité, de justice, y compris Nord-Sud.

k)
Onzième clé : redéfinir et renforcer les partenariats
et les productions de ressources.

Nous
avons beaucoup de partenaires dans le domaine de l’EDD et beaucoup de
ressources. Notre travail consiste à réfléchir
à l’évolution des partenariats et des ressources, en fonction
des nouvelles orientations que notre ministère a définies.
Nous
devrons nous tourner prioritairement vers les partenaires qui nous aident à
évoluer, qui nous accompagnent dans ces évolutions.
Nous devons aussi trouver de nouvelles ressources. Le réseau SCEREN et
les CRDP nous aident beaucoup dans cette tâche.

POUR
CONCLURE, TROIS ÉLÉMENTS :

      • Nous sommes bien dans le champ de « l’éducation » L’EDD est porteuse d’un sens global des missions de l’Ecole.
      • Nous sommes dans un domaine qui est aussi porteur de la plupart des valeurs de l’éducation citoyenne. Chacun de nous, dans sa discipline, son niveau d’enseignement et dans ses responsabilités, forme des citoyens responsables à travers l’EDD.
      • Tout ceci est provisoire et évolutif. Nous réfléchissons, nous progressons, nous cherchons, nous mûrissons. L’éducation au développement durable est une mission forte du système éducatif. Le chemin est encore très long. A nous de trouver toute la volonté et les idées pour assumer cette responsabilité que nous confie la nation.

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