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Publié : 9 juillet 2006

Les clos-masures du Pays de Caux : textes et documents

Les clos-masures du Pays de Caux
Textes et documents

Documents géographiques
et littéraires

  • Le pays de Caux
    vu par un géographe au début du XXe siècle

    Le nom de Haute-Normandie se présente de lui-même à l’esprit
    quand, vers Yvetot ou Yerville, on embrasse autour de soi l’horizon.
    De larges ondulations se déroulent à perte de vue. On a gravi
    péniblement l’accès. Que l’on vienne de Rouen, du
    Vexin ou du Pays de Bray ou du rivage de la mer, il a fallu s’élever
    le long d’étroites vallées tapissées de hêtres,
    on a franchi des lambeaux de forêts, réduites aujourd’hui,
    mais qui jadis couvraient tous les abords, et voici maintenant que s’étend
    un pays découvert qu’aucune ligne de relief ne borne à
    l’horizon. Entre les champs de blé, dont les ondulations contribuent
    à amortir encore les faibles ondulations du sol, se dessinent ça
    et là des bandes sombres : ce sont des rangées d’arbres
    derrière lesquels s’abritent les fermes ou à travers lesquels
    se dispersent les maisons des villages. Estompées dans la brume, ces
    lignes forment des plans successifs. Cela donne une impression à la
    fois d’ampleur et de hauteur.
    Vidal de la Blache, Tableau de la géographie de la France, Editions
    de la table ronde, 1904.

 

  • Description
    du Pays de Caux dans un guide touristique du XIXe siècle

    Les terrains de cette contrée sont généralement peu accidentés.
    C’est une plaine immense sur laquelle sont plantées, autour de
    chaque ferme, de très hautes futaies, qui ont la double mission d’abriter
    en été le laboureur des ardeurs du soleil, et de protéger
    le chaume de ses bâtiments aratoires contre l’impétuosité
    des ouragans d’automne.
    Guide-Joanne, Itinéraire général de la France, Normandie,
    troisième édition, paris, Hachette, 1881.
  • Descriptions
    littéraires du clos-masure

    Sur Join-le-Sault :

    • « C’était
      un petit village, planté au beau milieu de ce plateau du pays de
      Caux, semé de fermes qui dressent ça et là leurs
      carrés d’arbres dans les champs...La commune, en dehors
      des chaumes disséminés par la plaine, ne comptait que six
      maisons alignées des deux côtés de la grande route,
      avec l’église à un bout du pays et la mairie neuve
      à l’autre bout. »
      Maupassant, Une surprise, 12, II, p.14.
    • « La cour
      de ferme, enfermée par les arbres, semblait dormir. L’herbe
      haute, où des pissenlits jaunes éclataient comme des lumières,
      était d’un vert puissant, d’un vert tout neuf de printemps.
      L’ombre des pommiers se ramassait en rond à leurs pieds ;
      et les toits de chaume des bâtiments, au sommet desquels poussaient
      des iris aux feuilles pareilles à des sabres, fumaient un peu comme
      si l’humidité des écuries et des granges se fut envolée
      à travers la paille. [...] Par dessus le talus, on apercevait
      la campagne, une vaste plaine où poussaient les récoltes,
      avec des bouquets d’arbres par endroits, et, de place en place,
      des groupes de travailleurs lointains. »
      Maupassant, Histoire d’une fille de ferme, 12, I, p. 24-25.
  • L’utilisation
    du fossé au début du XXe siècle pour l’industrie
    linière

    Dans le talus (dit fossé) qui ceinturait la cour plantée de
    pommiers, (une particularité des fermes du Pays de Caux) mon père
    avait creusé une très large brèche de forme circulaire
    qu’il avait recouverte d’une sorte de cheminée en forme
    de bulbe, faite de torchis, avec ouverture au sommet. Dans ce « four
    à lin », on disposait une sorte de gril constitué
    par des bâtons que l’on posait , un à un, à mesure
    que l’on plaçait dessus, verticalement le lin roui ; et
    cela, sans trop le presser, afin d’assurer un bon tirage, une bonne
    ventilation. Ensuite commençait la « chauffe »,
    destinée à rendre la tige cassante. La chaleur était
    obtenue par un feu alimenté par les tiges brisées d’une
    opération précédente. [...] Bien entendu, on s’ingéniait
    à prévenir tout embrasement spontané, sans toutefois
    toujours y parvenir. Cela faisait alors une belle, rapide et fort coûteuse
    flambée. Le lin était perdu, le four à reconstruire.
    Naturellement, aucune assurance n’aurait consenti à couvrir un
    risque de cette nature.
    Commençait alors le teillage. Défourné et encore tout
    chaud, le lin passait à la broyeuse à main [...]

    C.-R. DESERT, La rue d’enfer, Saussezemare-en-Caux, p. 37-38.

Documents d’archive

  • Enregistrement
    d’un acte de vente

Vente de deux rangées
de hêtres sis sur fond à Gonnetot par jean Flahaut du même
lieu moyennant 500 livres au sieur Gabriel Bizet aussi demeurant en la paroisse
de Gonnetot.
Passé devant maître Delaune, notaire à Doudeville, le 1er
décembre 1790.

ADSM,
2C 657, Contrôle des actes de Doudeville.

Intérêt du
document : Intérêt économique des arbres des fossés.

  • Enregistrement
    d’un acte de partage

Désignation des
immeubles à partager en 3 lots
Article 1er
Une petite ferme à Ancourteville- sur- Héricourt [...] consistant
en une masure plantée d’arbres de haute futaie sur fossés
et à pied et d’autres fruitiers dans la cour avec jardin, édifiée
d’une maison d’habitation, grange, four à cuire du pain et
d’une écurie, vacherie, cellier et hangar, contenant 53 ares 56
centiares. [...]
Acte passé sous seing privé le 7 septembre 1861.

ADSM,
3Q 16 / 95, Contrôle des actes des notaires sous seing privé, Bureau
de Doudeville.

Intérêt du
document : Description d’un clos-masure. Vocabulaire.

  • Enregistrement
    d’un bail de 8 ans d’une petite ferme à Harcanville, hameau
    de Pichemont


    Bailleur : Jean Pierre Duglé, propriétaire à Fécamp.
    Preneur : César Lacheray fils, employé de fabrique à
    Herrenville.

[...] Cette location
se compose
1° d’une masure plantée d’arbres fruitiers édifiée
d’une maison d’habitation composée de trois appartements
dans lesquels il y a une laiterie, poulailler, étable à porcs,
grange avec deux embas et loge derrière, charreterie, fournil, écurie,
étable et cellier.
2° Trois pièces de terre en labour.
3° Deux pièces à côté plantées d’arbres,
le tout contenant environ 6 hectares 24 ares, 80 centiares.
Ainsi que ladite ferme [...]
A la charge par le preneur
[...] 2° De nantir la ferme de meubles et ustensiles aratoires pour
la sûreté du prix ci-après stipulé.
3° De ne pouvoir disposer des bâtiments qu’à usage qui
leur est habituel.
4° Le bailleur se réservera le droit de propriété,
[...] d’abattre des arbres de haute futaye sans indemnité.
5° Le preneur ne pourra exercer sur ladite ferme la profession de marchand
de paille et de fourrage.
6° Il ne pourra faire de marnières que pour le besoin de ladite ferme.
7° Il ne pourra faire d’orge les deux dernières années
de la jouissance.
[...] 10° D’engranger les récoltes dans les bâtiments
de la masure.
[...] 12° De ne pouvoir faire plus de 56 acres de colza chaque année.
13° De faire consommer les pailles et fourrages par les bestiaux de la ferme.
14° De ne pouvoir ni décomposter ni dessoler les terres.
15° De faire employer [...] sur les bâtiments 75 glus de la grosseur
d’un mètre 75 centimètres.
16° De faire faire tous les ans une journée de maçon avec
un manœuvre et deux jours de terrassiers, de fournir la chaux et le sable,
qui conviendra pour ce genre de travail.
[...]18° De fouir et d’engraisser les arbres fruitiers tous les
trois ans jusqu’à la distance d’un mètre 60 centimètres
du pied de chaque arbre.
19° De dématter les entes et les arbres après trois années
de plantation.
[...] 22° De fouir, tresser et tondre les haies vives tous les ans.
23° De fournir la boisson aux ouvriers qui pourraient être employés
aux réparations des bâtiments.
[...] 25° de marner la masure et les terres qui n’auraient pas
été marnées [...].
26° De permettre à son successeur de semer de la graine de trèfle
dans se blés et assolements sans indemnité.
[...] Le preneur oeuvra à son profit à l’ébranchage
des arbres de haute futaye jusqu’aux trois dernières années
de sa jouissance.
La tombée des arbres fruitiers morts ou tombés par suite de l’impétuosité
des vents, en les remplaçant d’une ente de première qualité,
il aura soin de les armer contre l’atteinte des bestiaux, et même
d’armer ceux qui ne le seraient pas.

[...] Outre les charges
et conditions ci-dessus, le preneur s’oblige acquitter toutes les impositions
prévues et imprévues à laquelle cette location pourra être
assujettie. Il fournira tous les ans, deux poulets gris à l’époque
des rois ou cinq francs au gré du bailleur.
Il paiera à ce dernier à son domicile un loyer annuel en espèces
d’or ou d’argent et non autrement, [...], la somme de 750 francs
en deux termes et paiements égaux, Pâques et saint Michel [...].
Il est encore convenu que le bailleur fournira au preneur des pieux convenables
et nécessaires pour soutenir le gros fil de fer destiné à
repousser les bestiaux pour qu’ils ne puissent pas atteindre les jeunes
arbres.
L’élagage des arbres fruitiers sera opéré par les
ouvriers du choix du bailleur et seront payés par le preneur. [...].
Bail passé sous seing privé le 16 juillet 1860.

ADSM,
3Q 16 / 95, Contrôle des actes des notaires sous seing privé, Bureau
de Doudeville.

Intérêt du
document : La composition d’une masure. Les cultures. L’assolement.
L’utilisation et l’entretien des bâtiments. L’entretien
des arbres. Le vocabulaire technique.

  • Les talus plantés
    de l’arrondissement de Rouen

Source :
Indicateur du patrimoine architectural arrondissement de Rouen rural, Ministère
de la Culture, 1983.


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