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Publié : 31 mai 2006

Esclavage et colonisation aux XVIIIe et XIXe siècles, un projet pluridisciplinaire.

Ce projet a été conduit en 1ère STG au Lycée des Bruyères
(Sotteville-lès-Rouen)

DISCIPLINES ASSOCIEES :
Français (Madame Anne Simon-Tirard) et Histoire-Géographie (Monsieur
Ludovic Deswelle)

PROJET :
au travers de textes littéraires ou politiques, analyser les regards
sur l’esclavage et la colonisation, depuis le XVIIIème siècle
et la philosophie des Lumières jusqu’au début du XXème
à l’apogée de l’empire colonial.

SUPPORTS :

-en Français,
étude de plusieurs récits utopiques du XVIIIème siècle
présentant une critique de l’esclavage et la défense de
nouvelles valeurs : tolérance, égalité, droits de
l’homme, etc... Les extraits étudiés ont été
choisis dans Les lettres persanes de Montesquieu, dans Candide de Voltaire et
dans l’Ile des esclaves de Marivaux.

-en Histoire,
analyse des principaux discours politiques, dénonçant, mais parfois
justifiant aussi, l’esclavage et la colonisation. Ont été
étudiés en particulier :
-un extrait du texte de Montesquieu « De l’esclavage des nègres »
pour faire la transition entre le cours de Français et d’Histoire,
et entre le programme de Seconde et celui de Première (certains élèves
venaient de lycée professionnel).
-le discours de Brissot contre les planteurs (1791) et la 1ère abolition
de l’esclavage en 1794.
-le décrêt de Victor Schoelcher conduisant à l’abolition
définitive de l’esclavage (1848)
-les discours de Jules Ferry et de Georges Clemenceau à l’Assemblée
Nationale pour ou contre la colonisation de Madagascar (1885)
Nous avons terminé par l’étude de quelques coupures de presse
concernant le débat sur la loi de 2005 et les aspects « positifs »
de la colonisation.

En Histoire ont donc été
réalisées 5 séquences, entre novembre et février.
Chacune a duré environ 1h-1h30, selon la longueur et la difficulté
des extraits. Ces séquences alternaient avec la poursuite du cours « normal »
sur la vie politique et les institutions en France de 1848 à 1940 et
permettaient de commencer à traiter une des questions au choix du programme,
celle portant sur les impérialismes.

EVALUATION ET BILAN :

Au mois de mars a été
réalisé un devoir commun aux deux disciplines, s’appuyant
sur un chapitre de Candide (le nègre de Surinam), avec un questionnement
mobilisant des connaissances de chaque discipline, suivi de deux travaux d’écriture,
l’un portant sur les aspects stylistiques, l’autre sur les perspectives
historiques (la problématique était : comment le débat
sur l’esclavage et la colonisation a-t-il évolué au XIXème
siècle ?)

Au plan pédagogique,
la correction des copies a montré combien les élèves pouvaient
être gênés par un travail transdisciplinaire. Ainsi, durant
l’épreuve elle-même, plusieurs élèves se sont
interrogés sur la nature de certaines questions posées (questions
relevant du Français ou de l’Histoire ?). Et lorsque les élèves
ont identifié une question comme relevant d’abord du cours d’Histoire,
nous avons pu noter que leur expression écrite se relâchait très
nettement ! Enfin, sur le fonds, ils ont éprouvé beaucoup
de difficultés à associer les deux enseignements pour enrichir
leur argumentation. Bref, ce travail a mis en lumière la difficulté
des élèves à décloisonner les enseignements, même
après plusieurs heures de cours élaborées en ce sens, ce
qui doit nous encourager à continuer ce genre de démarche en dépit
des contraintes liées aux volumes horaires et aux programmes officiels
de chaque discipline.
 
Sur un plan disciplinaire, nous pensons, par ce travail, avoir
réalisé certains de nos objectifs puisqu’il répondait
à des parties du programme de Français et d’Histoire. Par
ailleurs, en vue de l’épreuve anticipée de Français,
nous pensons avoir ainsi renforcé leur culture générale
(les collègues de Français se plaignent souvent à l’occasion
des oraux blancs de l’indigence de leur savoir historique). Ce projet
répondait aussi à des objectifs de méthode, chaque étude
permettant de former les élèves à l’analyse d’œuvres
ou de discours par définition engagés et donc de développer
leur esprit critique. Enfin, il nous a semblé que cette étude
permettait de combler l’absence d’un enseignement en éducation
civique par rapport aux autres élèves de Première et de
revaloriser ainsi cette filière.


Ludovic Deswelle
Anne Simon-Tirard