Vous êtes ici : Accueil > Ressources pour les enseignants > Se documenter > Ressources scientifiques > 3 - VERS UNE NOUVELLE BIPOLARITE ?
Publié : 28 mars 2006

3 - VERS UNE NOUVELLE BIPOLARITE ?

REGARD SUR
LA MONDIALISATION A TRAVERS LA CHINE

SECONDE
PARTIE : VERS UNE NOUVELLE BIPOLARITE ?

 

LA
DERNIERE DECENNIE DU XX° S. A ETE CRUCIALE DANS SA REORGANISATION DU MONDE
 :

  • 1990 voit l’effondrement des communismes soviétique et européen. S’en est fini du partage du monde issu de 1945 et de la guerre froide : la toute puissance revient aux Etats-Unis et à son « modèle » occidental qui combine capitalisme, économie ouverte et défense des libertés individuelles ou collectives.
    En 2000, l’élection de G. W. Bush amène à la Maison Blanche les « néo-conservateurs » qui visent à exporter ce « modèle » comme étant le meilleur au monde.
    Mais les attentats du 11 septembre 2001 déclenchent la lutte entre Occident et fondamentalisme musulman prise en charge avant tout par les Etats-Unis : un impérialisme armé et missionnaire se déploie, en particulier en Asie centrale comme dans le Pacifique... donc aux confins de la Chine.
  • Or cette décennie correspond aussi à l’émergence de la Chine, désormais gouvernée par de nouvelles générations. Plus jeunes, entre 30 et 50 ans, ces techniciens, ces ingénieurs désormais aux commandes, formés dans les universités américaines, connaissent parfaitement les mécanismes occidentaux, et sont totalement dépourvus d’idéologie, - même si la langue de bois communiste est toujours utilisée  -, mais ont fait leur l’expérience douloureuse de la Chine coloniale livrée à la prédation de l’Occident et du Japon.

>>Apparaît
donc la volonté de se construire en tant que système complet,
de se constituer comme un monde à soi seul pour assumer tous les rôles
sans en déléguer aucun, car c’est le seul moyen de ne pas
être dominé. Dans ce désir, la super puisssance états-unienne
est un miroir fascinant, bien que les Etats-Unis soient l’adversaire de
facto qui limite le rayonnement régional et international de la Chine.
(1)
Réciproquement les Etats-Unis ont brutalement et récemment pris
conscience de la menace que représente la Chine... économiquement
d’abord, mais aussi sur le plan géopolitique et stratégique.

ASSISTE-T-ON
AUX PREMICES D’UNE COMPETITION BIPOLAIRE AU CENTRE DES RELATIONS INTERNATIONALES
DE DEMAIN ?

I
- WASHINGTON FACE A PEKIN

Entre ces deux géants, l’opposition est profonde et met
en jeu bien plus que la concurrence économique.

A.
UNE OPPOSITION IDEOLOGIQUE HERITEE DE LA GUERRE FROIDE

Les Etats-Unis
voient la Chine comme l’un des derniers pays communistes,
ce qui n’est pas faux sur le plan strictement institutionnel : le Parti
Communiste chinois
est en effet le parti unique qui s’exprime
dans un discours idéologique convenu ; exerce une dictature
autoritaire qui maintient une absence de libertés et
un déni des droits de l’homme, même si la
férule s’est faite plus souple que sous Mao.

A ce titre, la guerre
froide n’est pas totalement terminée
. La tâche qui
incombe aux Etats-Unis toujours représentants du « monde libre
 » est l’éradication complète et définitive
du régime chinois et pour ce faire, on recourt aux méthodes traditionnelles
du containment : les
bases militaires dans le Pacifique sont maintenues ; le Japon, Taiwan, la Thaïlande,
l’Asean jouent leur rôle de tête de pont.

Mais on ajoute aussi des
aides souterraines à tous les mouvements centrifuges
par rapport à Pékin ... même s’ils sont par ailleurs
suspects. Ainsi les Ouighours du Xinjiang, de religion musulmane,
en lutte pour leur autonomie, voire leur indépendance, deviennent aux
yeux des Américains des freedom fighters...
Le même raisonnement s’applique pour les Tibétains.

Cette opposition
« historique » apparaît conjoncturelle par rapport à
un antagonisme beaucoup plus fondamental puisqu’il met face à face...

B.
...DEUX VISIONS DU MONDE INCOMPATIBLES

1.
A Washington : Bien contre Mal

Les Américains, comme les Européens,
appartiennent à une civilisation imprégnée du christianisme.
Or pour cette religion, et pour la forme de pensée qui en a découlé
au cours des siècle, des principes contradictoires s’excluent
l’un l’autre
.

Si les Etats-Unis
avec leur capitalisme, leurs richesses et leurs libertés représentent
le Bien, leur antithèse, et en l’occurrence tout
ce qui ne reconnaît pas leur modèle comme universellement supérieur,
est forcément le Mal, donc est à combattre jusqu’à
disparition. Or depuis 2000, la poussée américaine s’accompagne
d’un prosélytisme évangéliste qui
prêche le Bien au nom de la liberté religieuse.

>> Dans cette
conception, il n’y a pas de place pour un quelconque partage du monde
 : comme la maîtrise du sol chinois est évidemment impossible, il
faut au moins assurer aux Etats-Unis la maîtrise des mers et du ciel.

2.
A Pékin : Yin / Yang

Les Chinois, quant à eux, sont imprégnés de confucianisme
et de taoïsme, qui malgré l’idéologie
et les débordements de la dictature maoïste n’ont
jamais vraiment disparu : qu’est-ce en effet que 35 ans dans la
longue histoire chinoise ?...

  • Le confucianisme, - le nom vient du Maître Kong, en chinois « Kong Fu Tseu  » latinisé par les Jésuites au XVII°s. en Confucius qui a vécu de 551 à 479 av. J-C. -, est inséparable de l’Empire chinois depuis les Han (II°s. avant J-C.) : la construction mentale, étatique, le système éducatif et d’examens émanent de cette pensée adoptée et transmise de siècle en siècle par le corps très structuré des fonctionnaires impériaux.
    5 principes fondamentaux l’animent :
    - la piété familiale qui définit les devoirs respectifs entre parents et enfants, aînés et cadets  ;
    - les obligations mutuelles entre condisciples, collègues, compatriotes qui crée un esprit de corps ;
    - les règles de politesse et de convenances qui constituent un rituel ;
    - le souci de rectitude morale et d’honnêteté indispensable au respect de soi pour ne pas « perdre la face »
    - l’effort constant vers l’étude et le perfectionnement pour être un homme de bien et faire honneur à sa famille, à son groupe, à son pays...

Le confucianisme est toujours
revendiqué comme idéologie d’Etat par le
Guomintang et fortement installé à Taiwan : le
28 septembre a lieu la célébration officielle
de la naissance de Confucius avec...

...fonctionnaires en robe bleue ...offrandes ...danses d’étudiants en robe jaune
Cérémonie de la naissance de Confucius à Taipei (site : leschamb.com)

 

Mais il a aussi
accompagné Mao
comme il sert de référence aux
réformateurs des années 80...

  • Le taoïsme se fonde sur la religion « populaire » plurimillénaire qui n’a en fait jamais été supplantée, issue des pratiques agraires qui rythment encore le calendrier et les fêtes. Cette croyance s’exprime dans le Tao te king, le « Livre de Lao-tseu », du nom de celui qu’on tient pour son auteur qui vécut au VI°s. avant notre ère, le « Vieux Maître vénéré  », livre déroutant et énigmatique, défi pour les métaphysiciens et les traducteurs...bien qu’il soit le livre le plus traduit après la Bible.
    Au II°s. après J-C. le taoïsme est devenu la religion « parallèle » au confucianisme, repris par la secte des Turbans jaunes, en révolte contre les Han qui les répriment férocement. C’est pourquoi il a toujours conservé une dimension antilégitimiste et insurrectionnelle qui explique ses liens avec les Triades actuelles, d’autant plus que s’est développé un taoïsme ésotérique à base d’initiations et de magies.

Pour Lao-Tseu, le
monde suppose la coexistence
indispensable des deux principes complémentaires
comme l’homme a besoin de deux pieds pour avancer : le yin et
le yang.

La représentation graphique du yin-yang figure les deux grandes forces de l’univers :
- le yin, principe matriciel, féminin, obscur et mystérieux (ubac)
- le yang, principe organisateur de l’énergie vitale, clair, masculin et viril (adret)dans un équilibre parfaits.
Le point noir dans la partie blanche, et le point blanc dans la partie noire rappelle que tout principe mâle comporte nécessairement un élément femelle et que tout principe femelle comporte aussi nécessairement un élément mâle.

A l’intérieur
du cercle, la surface occupée par l’un et par
l’autre est exactement la même, mais la ligne de
séparation est sinueuse, car le monde n’est pas
coupé en deux.

En effet yin et
yang
ne peuvent exister l’un sans l’autre, mais ils ne sont
pas radicalement dualistes
 : présidant à la construction
du monde, ils ne sont pas autre chose que des aspects d’une seule et même
réalité, l’unité du Tao (la « Voie
 »). Leur équilibre provient de l’harmonie de leur interaction,
et non pas d’une lutte. Ainsi le sage taoïste en est l’exemple
parfait :
« Immobile, il communie au mode yin, agissant
il communie au mode yang. »

  • La sagesse chinoise s’exprime donc à travers deux pensées qui contribuent à régler la vie et à la maintenir en équilibre : du taoïsme vient le goût pour les arts, la créativité et le mysticisme, car il se veut libre de tout conformisme et privilégie le rythme mouvant de l’univers, le naturel et la spontanéité ; le confucianisme est tout entier occupé à la stabilité de l’ordre social, aux convenances, aux rites et au décorum, à l’administration des affaires de ce monde.
  • Le taoïsme idéaliste, le confucianisme réaliste, se parachèvent ensemble, chacun modérant les excès de l’autre.
Confucius
-551-479

(Site :afpc.asso.fr)
Lao-Tseu
-570-490

(site : daojia.free.fr)

>> La dualité
yin / yang n’est pas équivalente à la dualité « 
bien/ mal » :

« Vouloir le bien sans le mal, la raison
sans le tort, l’ordre sans le désordre, c’est montrer qu’on ne comprend
rien aux lois de l’univers ; c’est rêver un ciel sans terre ... le
positif sans le négatif... » (Lao-Tseu)

Les Chinois n’admettent aucune transcendance : ni Dieu
lumineux et bon, ni paradis, ni enfer, ultime récompense ou punition
les hommes. Pas de doctrine du péché non plus
 : aucun idéogramme ne rend la conception occidentale d’un péché
culpabilisant, car pour le Chinois (comme pour Socrate...) le péché,
c’est l’ignorance, la bêtise, la déraison qui vient déranger
l’équilibre cosmique.

Dans ces conditions,
on peut très bien « dire » le communisme et « faire
 » le capitalisme...
Mais surtout dans un monde de la « politique réelle », il
est urgent de rééquilibrer les forces, aussi bien économiques
que stratégiques, y compris nucléaires.

II
- LE RAPPORT DE FORCES

A.
ETRE UNE GENE POUR LES ETATS-UNIS...

La tension est délibérément
entretenue
car les Chinois refusent l’idée de « 
chasse gardée »
, du moins en dehors de leur aire d’influence
historique... !
Depuis deux ans, l’escalade s’intensifie des deux
côtés :

  • la Chine s’insinue partout grâce à sa capacité d’achat qui semble illimitée. Mais aussi ses succès viennent du fait qu’elle n’exige aucune contrepartie politique  : les échanges s’accompagnent le plus souvent d’une importante aide au développement sans que la nature du régime bénéficiaire soit prise en compte.
  • Cette pratique représente pour les Etats-Unis un franchissement inquiétant, voire inadmissible, des limites du marché international.

1.
... en Amérique latine et au Moyen-Orient

Le marché des matières premières et des
ressources énergétiques vient évidemment
en première ligne et le pouvoir de nuisance de la Chine peut s’y
exercer largement.
Les deux chasses gardées des Etats-Unis, le continent
américain d’une part, le Proche et Moyen Orient de l’autre,
sont d’autant plus disputées que les réserves d’hydrocarbures
y sont les plus abondantes. La Chine ne s’embarrasse pas d’autres
considérations pour y pousser ses pions... et c’est précisément
par cette réalité que la Maison Blanche a récemment pris
conscience de l’ampleur du danger couru.
En effet aux portes des Etats-Unis :

  • La Chine a monnayé un <br> important avec le Venezuela de Hugo Chavez, n’hésitant pas à lui apporter son soutien dans les instances internationales, et des aides substantielles.
  • Ce sont des capitaux chinois qui sont désormais majoritaires dans les infrastructures portuaires liées au canal de Panama et à sa zone franche.

Et au Moyen-Orient,
la connivence
avec les Arabes se développe en riposte
au raidissement des Américains, à leur envahissement : les contrats
d’achat de pétrole
portent sur des quantités énormes ;
tandis que la prospection en Arabie et dans le Golfe persique
est largement financée comme les infrastructures portuaires et les études
sur le tracé des oléoducs.

2.
... en Asie centrale et dans le Caucase

A l’échéance d’un demi siècle,
cette région apparaît comme le futur eldorado
pétrolier. De plus nous sommes ici aux confins de la Chine,
mais aussi dans une zone explosive qui met en jeu des influences
croisées, contradictoires et périlleuses pour la paix mondiale.

La Chine opère un rapprochement circonstancié
avec ses voisins immédiats, la Russie, le Kazakhstan,
l’Iran (dont elle soutient le programme nucléaire),
avec l’Inde comme avec le Pakistan...,
au point que Inde, Iran et Russie ont été invités à
ses manœuvres militaires en mer de Chine pendant l’été
2005. Des accords sont en cours d’exécution pour la construction
de ports en eau profonde aussi bien au Pakistan
qu’en Birmanie.
Tous ces pays se prêtent d’autant plus facilement à ce jeu
qu’ils recherchent un contrepoids à la présence
américaine
alourdie depuis le 11 septembre, et que par ailleurs
ils ont en commun le souhait de mieux contrôler les populations
et les frontières de l’Islam.

Le Caucase fournit
un bon exemple de cette politique.
En 1996 est fondé le GUUAM
(acronyme anglais de Géorgie, Ouzbékistan,
Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie)
destiné à favoriser la coopération économique
et militaire de ces pays en concertation avec les Etats-Unis et avec l’appui
de l’Alliance atlantique : la lutte contre le terrorisme, la résolution
des conflits locaux s’accompagnent du refus de la présence sur
leur territoire de forces russes... et de la construction d’un réseau
d’approvisionnement énergétique
. Vu de
Moscou comme de Pékin
, le GUUAM sert à Washington d’outil
pour encercler la Russie et la Chine. La victoire
de Michael Saakachvili en Géorgie,
celle de Viktor Ioutchenko en Ukraine ; l’inflexion
à la politique étrangère moldave visant
à se rapprocher de l’Union européenne ; la « Révolution
des Tulipes » en Kirghizie sont ressenties comme autant
de menaces...

B.
LES RETROUVAILLES AFRICAINES

Dès la conférence
de Bandung en 1955, la Chine montre un intérêt
certain
pour l’Afrique : c’est le 1er pays non arabe à
reconnaître le gouvernement provisoire d’Algérie
dès 1958. Pendant les années 1970, les Chinois ne ménagent
pas leur soutien aux mouvements indépendantistes tel
l’Unita en Angola.
Cet intérêt s’est renouvelé depuis 2004
avec la visite de Hu Jintao en Egypte, au Gabon et en Algérie.
(2)

1.
Des flux qui ne sont pas que commerciaux

Encore limités, - ils ne représentent que 2
 % du commerce de la Chine
-, les échanges de biens
sont cependant en pleine croissance et la Chine arrive en tête
comme partenaire pour de nombreux pays africains, à
commencer par l’Afrique du Sud.
En effet l’Afrique apporte des matières premières
stratégiques
, le pétrole, des métaux ou de l’uranium,
mais aussi le bois qui fait cruellement défaut à
la Chine, ou des zones de pêche, etc.
C’est de plus un excellent débouché pour
l’industrie manufacturière qui y exporte des produits à
bas prix et qui sert de marché pour tester les biens
industriels pour une clientèle peu exigeante.
Le gouvernement chinois met donc en place des mesures pour favoriser
les économies africaines, comme un abaissement des droits de douane sur
les importations.

Mais les échanges
entre la Chine et l’Afrique revêtent aussi des aspects moins strictement
économiques. Les touristes chinois en Afrique reçoivent
de larges autorisations de séjour. Les médecins
accompagnent souvent les hôpitaux construits en grand nombre, et ouvrent
des cabinets de consultation dans les capitales. Avec leurs
méthodes mêlant pratiques traditionnelles et interventions
dernier cri, ils correspondent bien à la mentalité africaine.
La grande connaissance de la pharmacopée naturelle trouve
aussi un large champ d’expérimentation et de recherche où
collaborent Chinois et Africains qui se pressent dans les universités
de Chine.

2.
Une présence à l’échelle du continent

La Chine investit 8,7 % de ses IDE en Afrique : c’est
relativement peu comparé aux 25% qu’elle place sur le marché
nord-américain, mais cela lui permet d’avoir une présence
non négligeable surtout en Zambie (mines de cuivre),
en Afrique du Sud, au Mali (survivance des
liens tissés à l’époque de Modibo Keita), en Egypte,
et dans tous les pays pourvoyeurs de pétrole...

Toutefois
le poids de la Chine est encore plus net par sa politique de
dons et de prêts dont les conditions
de remboursement, particulièrement souples, privilégient les compensations
en ressources naturelles. Cette manne est très souvent liée à
la construction d’infrastructures où intervient
encore l’assistance technique et humaine directe de la
Chine (3) : ainsi en est-il pour le réseau téléphonique
d’Ethiopie, le terminal aéroportuaire d’Alger,
des barrages au Soudan, au Congo-Brazza, au
Cameroun ; et aussi pour de somptueux (et somptuaires !) Palais
des Congrès
à Yaoundé, Palais
de la Culture
à Abidjan, les nombreux stades
de l’Amitié
...

Yaoundé - Palais des congrès
(site : www.promote2005.org)
Palais de la culture
(site : masa.francophonie.org)
Des bâtiments construits par des entreprises chinoises

 

Les principaux pays partenaires de la Chine sont encadrés
(site : www.frenchimmersionusa.org)

Le BTP chinois
est donc devenu dans un grand nombre de pays africains un acteur incontournable,
en concurrence directe avec Bouygues et autres Dumez. C’est ainsi que
la China Road and Bridge Corporation (CRBC) a installé
son siège à Nairobi, qui lui sert de base pour
toute l’Afrique de l’est.

  • Le Gabon illustre parfaitement la nature des échanges sino-africains.

Pendant qu’à
Libreville s’installent
les médecins chinois, 250 ouvriers et techniciens de la Shanghai
Construction
s’affairent sur le nouveau Sénat, après
avoir réalisé l’Assemblée nationale, le ministère
des Affaires étrangères, l’Hôtel de Ville, des
échangeurs, des hôpitaux, des écoles, etc. La contrepartie
a nom pétrole (achat et prospection), bois,
manganèse (exploitation dans la région
nouvellement prospectée de Ndjolé),
pêcheLambaréné
pour approvisionner le marché régional en poisson fumé
et salé). Le fer de Belinga
intéresse particulièrement Pékin. Les réserves
sont considérables mais la localisation excentrique
rend l’exploitation délicate.

Qu’à cela
ne tienne !... en partenariat avec une compagnie brésilienne,
les Chinois s’engagent dans la construction d’un embranchement
ferré
de 200km., dans l’aménagement d’un
nouveau port en eaux profondes, et ajoutent au contrat deux
barrages
hydroélectriques.


3. Un nouvel horizon pour les pays africains...
Certes les entreprises
chinoises
cristallisent un certain mécontentement
 : les fraudes douanières sont courantes, la contrefaçon
aussi. Plus mal ressentie encore est la concurrence jugée
déloyale des ouvriers chinois employés sur les
chantiers qu’elles financent, et qui représentent souvent près
de la moitié des effectifs : les salaires, les conditions de travail
y sont « chinois »... et même les Africains, habitués
à la coopération avec les Européens, les trouvent inacceptables.

En revanche les gouvernements
africains
sont toute bienveillance pour les contrats
avec la Chine car, outre qu’ils apportent argent, travail et prestige,
ils offrent aussi un moyen sûr de contourner les circuits
traditionnels de l’aide au développement.
En effet, Pékin n’a aucune exigence politique particulière,
comme le reconnaît ouvertement Jean Ping,
ministre des Affaires étrangères du Gabon, lui même métis
sino-gabonais :
« Les Occidentaux posent des conditions
à leur coopération et nous imposent des politiques néo-libérales.
Il nous est plus agréable d’avoir des relations avec quelqu’un
qui ne se mêle pas de vos affaires » (dans Libération le
5 décembre 2005)

Aucune leçon
de démocratie donc, pas de déploiement de soldats non
plus, une liberté de vote à l’ONU, bien
des avantages en regard de la seule exigence requise : la rupture de
tout lien avec Taiwan
, ...encore qu’il soit possible de ménager,
et Taipei, et Pékin : malgré l’établissement de relations
diplomatiques entre le Centrafrique et Taiwan en 1991, la Chine
a continué d’honorer ses contrats commerciaux, notamment la construction
d’un barrage. Simplement la Chine compte sur l’Afrique
pour appuyer sa politique étrangère et notamment ses revendications
maritimes
en mer de Chine.

...
mais des rivalités en germe

Les Etats africains, - surtout ceux qui sont en délicatesse avec l’opinion
internationale -, voient dans la Chine un protecteur puissant et efficace,
capable de mettre fin à leur isolement, prêt à vendre aisément
des armes. Mais la Chine est loin d’agir seule
en Afrique...

>> L’Afrique
serait-elle en train de devenir un nouveau terrain de confrontation entre la
Chine et ses autres prédateurs plus ou moins anciens, la France ou les
Etats-Unis ?

Quelques exemples
significatifs :

  • Le Soudan, même sur la question du Darfour, est systématiquement soutenu à l’Onu par la Chine qui s’oppose à des sanctions politiques et pétrolières ou à la présentation devant la Cour pénale internationale des responsables de crimes. Et elle lui vend des avions de surveillance et de transport...
  • En Guinée équatoriale (3ème producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne) une rivalité oppose les sociétés américaines et la Chine depuis l’indépendance du pays en 1968.
  • En Angola, la moitié du pétrole extrait part aux Etats-Unis, mais la Chine en achète le tiers. En octobre 2004, Pékin obtient le droit d’acquérir et d’exploiter deux nouveaux gisements au détriment de Shell et de Total contre une vingtaine de projets d’infrastructures, l’installation de coopérants en grand nombre... et l’achat de blindés légers.
  • Au Gabon la France s’inquiète des contrats et de l’afflux de Chinois  ; dénonce les méthodes sans scrupules comme l’abattage massif de bois, les pots-de-vin, l’afflux de prostituées asiatiques...

Nous sommes donc
ici au cœur d’un affrontement classique entre impérialismes
que le continent africain ne connaît que trop bien... Toutefois c’est
dans l’aire immédiate de Asie Pacifique que les menaces sont les
plus lourdes.

 

B.
UN RISQUE DE CRISES FORTES

La Chine a un problème
de frontières.
De tout temps les confins ont été
des zones incertaines et centrifuges, difficiles à contrôler
sur des milliers de km. La longueur de côtes est aussi grande
que celle des frontières terrestres.

1.
Aux frontières terrestres

Les limites terrestres, au tracé flou
à travers déserts, steppes, forêts ou fleuves, mettent la
Chine en contact avec 24 pays différents, tout particulièrement
 :

  • avec la Russie  : le fleuve Amour sert de frontière, mais ses berges connaissent périodiquement des crises aiguës. Dans le passé plusieurs affrontements ont mis aux prises les armées, et tout récemment le déversement de benzène dans un de ses affluents de rive droite dans le Heilongjiang a ravivé l’hostilité.
  • avec l’Inde, ce sont les confins tibétains qui posent question. Des négociations en cours sur le tracé de la frontière favoriseraient l’Inde contre une reconnaissance du Tibet chinois.

2.
Les frontières maritimes

Ici les enjeux sont plus importants et recèlent un potentiel
de crises fortes
. Paradoxalement, malgré la longueur du littoral,
les accès de la Chine continentale aux eaux profondes sont « 
bloqués »
par des chapelets d’îles (cf. carte
n°4
) et mettent le pays en rivalité directe avec ses voisins
 : le contrôle maritime des passages vers l’Océan
Indien (détroit de Malacca)
et vers le Pacifique
est fondamental et dicte en grande partie de la diplomatie régionale
de Pékin. D’autres sujets de friction viennent de la volonté
de la Chine de dominer sans partage l’ensemble de la région.

  • Avec la Corée , deux questions sont en suspens :
    - la bombe atomique de la Corée du Nord : la Chine y est fortement opposée pour éviter une riposte du Japon. Mais surtout il est clair qu’elle veut rester la seule puissance nucléaire de la zone.
    - la réunification est attendue par la Chine au profit de la Corée du Sud (autre paradoxe pour un Etat dirigé par le Parti communiste !...) qui s’accompagnerait du départ des GIs.
  • Avec le Japon, les rapports sont ambigus entre admiration pour sa réussite et ressentiment accumulé par les années d’occupation et la lourde présence du bouclier américain. Pékin apporte son soutien à des formations nationalistes qui réclament le départ des Américains et le retour à un Japon complètement indépendant, mais en même temps proteste lorsque le Premier ministre Koisumi honore les morts de la dernière guerre. Sans compter les conflits territoriaux non réglés sur certaines îles, en particulier l’archipel des Ryu-Kyu, riches en ressources énergétiques et en possibilités d’escales portuaires.
  • Taiwan représente le facteur majeur de crise car il est la clef de l’accès aux eaux profondes du Pacifique, principalement pour les sous-marins, qui sont actuellement la seule arme susceptible d’échapper au contrôle aérospatial américain.
    Indépendance de l’île ou rattachement ?... pour l’instant, la Chine laisse le statut de Taiwan dans un flou bien commode, tout en multipliant les intrusions dans le gouvernement de Taipei et en soutenant son vieil ennemi, le Guomindang, aujourd’hui dans l’opposition. Ce qui est certain, c’est que Pékin refusera toujours la proclamation d’une indépendance à Taiwan, quitte à une riposte militaire si besoin est...


III - FORCES ET FAIBLESSES D’UNE
CHINE EN MUTATION

Au cours des 20 dernières années, les statistiques
disent que 300 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté
 ; l’objectif actuel du gouvernement est que 300 millions d’autres
Chinois y parviennent dans les 20 prochaines années...
Au-delà de l’incontestable développement économique
et de l’enrichissement spectaculaire d’une classe
moyenne
élargie, on peut légitimement se demander si
le régime a ce temps devant lui ?...s’il peut
maintenir l’unité de ce très vaste pays
 ?... ou au contraire craindre des révoltes, des
séparatismes ?...
En effet la Chine doit faire face à des contraintes que n’ont
jamais connues à ce point les Occidentaux.

A.
UN PAYS VIEUX AVANT D’ETRE RICHE

Le poids démographique
est-il une force ou un inconvénient ?

1.
Le pays le plus peuplé au monde

On sait que les Chinois seraient 1 milliard et demi...
mais on sait aussi que beaucoup d’absents ne figurent
pas aux recensements, - sans doute 2 à 300 millions
 ! -, et ce pour des raisons diverses :

  • La politique de l’enfant unique lancée par Mao et maintenue depuis entraîne une « disparition » des filles, soit dès leur naissance, soit par une non-déclaration.
    >> Aujourd’hui 117 garçons ne sont compensés que par 100 filles, et on prévoit pour la prochaine génération 130 garçons pour 100 filles. La conséquence immédiate est la pénurie de jeunes filles en âge de se marier et l’inquiétude sur la future croissance démographique. Dès à présent dans nombre de provinces, le renouvellement des générations n’est plus assuré. Et les Chinois vont « acheter » des Vietnamiennes...
  • Une population flottante non enregistrée constituée de ruraux migrants non autorisés et de Taiwanais s’élèverait à 200 millions. Clandestins dans leur propre pays, ils n’ont droit ni au logement, ni aux écoles, ni aux soins, et ne connaissent évidemment aucun contrat de travail.
    >> Les migrants s’entassent dans des conditions déplorables aux périphéries des villes, dans tous les interstices urbains possibles, en attente d’une régularisation qui intervient assez régulièrement.

Il faut nourrir
cette population
, et la production agricole chinoise connaît
ses limites : réduction de la surface agricole utile,
pénuries d’eau limitant l’irrigation, modification des comportements
alimentaires s’accompagnent d’un fort exode rural ; la vétusté
des infrastructures de stockage et de transport occasionne d’importants
gâchis.
En réalité, la production, même si elle
a connu une forte hausse depuis 20 ans, ne parvient
pas à suivre le mouvement démographique
pour améliorer
l’alimentation du plus grand nombre, même si les risques de disette
sont désormais écartés. Les efforts de modernisation sont
en effet difficiles à cause de l’éparpillement des
exploitations
(1/2 ha. par famille) et du manque de capitaux
des paysans.
>> La Chine importe à elle seule l’équivalent de toutes
les importations alimentaires mondiales : le déficit agricole, multiplié
par trois de 1998 à 2001, la rend tributaire des Etats-Unis, du Canada,
de l’Australie et de l’Argentine et ses achats massifs exercent
une pression sur les prix qui désavantage les pays pauvres.

2.
Des mouvements centrifuges

La Chine maritime est surpeuplée, les campagnes de l’intérieur
fournissent aussi leur lot de candidats au départ... Les Chinois
quittent leur pays, et comme toujours ici, l’émigration se chiffre
en milliers, sinon en millions. Les destinations restent relativement traditionnelles
vers :

  • La Sibérie russe, en remplacement des Sibériens attirés par les villes de la Russie centrale ou occidentale. On chiffre autour de 450 000 ces Chinois qui s’installent comme agriculteurs, ouvriers ou petits commerçants...
  • L’Asie du Sud-Est, principalement le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande, l’Indonésie, et l’Afrique (Maroc, Sénégal, Kenya, Tanzanie) où des vagues nouvelles, nombreuses, très entreprenantes rejoignent l’ancienne diaspora.
  • L’Europe et les Etats-Unis accueillent des catégories diamétralement opposées : des étudiants principalement dans les universités scientifiques ou les écoles d’ingénieurs  ; et des travailleurs illégaux qui trouvent travail et logement chez leurs compatriotes petits commerçants ou entrepreneurs. Il faut y ajouter plus récemment nombre de « capitalistes  » avides d’investir sur ces marchés.

>>Les tensions,
les réactions xénophobes, voire le rejet violent
émaillent
les relations entre autochtones et migrants chinois, dégénérant
parfois en incidents sporadiques, nombreux en Asie du Sud-Est,
plus rares en Afrique comme en avril dernier à Dakar, où des manifestants
protestaient contre la concurrence des travailleurs chinois.

B.
LE DEFICIT DEMOCRATIQUE

Il existe toujours
en Chine des structures oppressives
 : le régime politique est
dominé par le Parti Communiste, car l’ouverture économique
n’est pas une ouverture politique... du moins pas
encore. Toutefois les Chinois sont d’abord des pragmatiques.

1.
Un PC adaptable et expérimentateur

Grande est la capacité d’analyse critique des
dirigeants actuels, très avertis des expériences idéologiques
passées, aussi bien en Chine qu’en ex-Urss, où l’effondrement
du système, - ils le savent fort bien -, est venu des crises
intérieures
.
Actuellement la seule légitimité politique repose sur la réussite
économique
 : il ne faut donc pas la compromettre, ce qui amène
les responsables à suivre une politique de petits pas
afin d’éviter les grosses erreurs et la précipitation.

Le Parti au pouvoir initie
donc une timide démocratisation expérimentée
à l’échelon local ; il en observe les effets,
les juge à l’aune de la demande réelle des habitants
et non à celle des élites qu’il estime trop influencées
par l’Occident. Ainsi en est-il avec les responsables des villages
élus récemment pour les 4 prochaines années : à
l’issue du mandat, les conclusions conduiront à une extension,
ou non, du système sur une échelle plus grande.

Parallèlement, les
dirigeants cherchent constamment à affirmer l’indépendance
de la Chine
, depuis le choix des standards de DVD
jusqu’aux satellites espions. Pour leur fourniture ils
préfèrent négocier avec la France
qui leur propose le système Hélios, malgré l’opposition
des Etats Unis, quitte à retarder le contrat en utilisant des pays intermédiaires(4)
. De même au lieu de céder aux sirènes américaines
qui vantent le réseau d’espionnage Echelon, les
Chinois s’emploient à le copier...
La filière nucléaire connaît la même
concurrence entre le français Areva et l’états-unien
Westinghouse (5).

2.
Et les droits de l’homme ?...

La Chine est un des pays qui a le plus de prisonniers d’opinion
et détient le triste record mondial des exécutions
capitales
 : on les estime à 3400 en 2004... Par ailleurs
95% des greffes sont réalisées par des prélèvements
d’organes sur les condamnés à mort. Les atteintes aux droits
des personnes et des collectivités sont courantes et régulièrement
dénoncées :

  • La liberté religieuse est l’une des accusations récurrentes des Etats-Unis, qui prennent en compte aussi bien les chrétiens que les musulmans ou les bouddhistes.
Pourtant depuis peu, les 15 à 18 millions de musulmans chinois ou turcophones ont retrouvé une totale liberté de culte : la reconstruction des mosquées est financée par les pouvoirs publics et l’enseignement se pratique aussi dans la langue natale.Or depuis 1996 des mouvements islamistes mêlent le djihad contre Pékin et le séparatisme ouighour, oeuvrent pour un rapprochement avec les Turcs dans un grand Turkestan allant du Pakistan à la Turquie, fomentent des attentats jusque dans la capitale.
Ouighours près de la mosquée à Kachgar (Xinjiang)
(site : www.radio-canada.ca)

Pékin s’emploie
à affirmer que sa répression s’exerce,
non contre l’islam, mais contre les extrémistes,
ce qui ne convainc nullement les Etats-Unis, qui continuent à soutenir
les revendications nationalistes des Ouighours, malgré le 11 septembre...
Parallèlement un programme de développement du
Grand Ouest a été lancé depuis 4 ans pour le désenclaver
avec autoroutes, aéroports, installation d’entreprises modernes,
programme d’éducation, etc.

  • La santé publique, l’environnement, la sécurité industrielle ne sont que de simples « à-côtés » pour une Chine en plein développement et il faut des catastrophes pour tirer la sonnette d’alarme.
    Pourtant ces questions d’une dimension politique évidente sont régulièrement évoquées à l’Omc, sans lever la grande réticence des responsables : après tout, pourquoi imposer cette contrainte à la Chine quand l’Europe ne s’en est pas préoccupée pendant ses grandes phases d’industrialisation ?... alors que les Etats-Unis se refusent à signer le protocole de Kyoto  ?... La Chine soupçonne toujours ses détracteurs de se servir de cette matière comme moyen détourné pour freiner un concurrent.
  • La liberté d’expression reste un point délicat  : d’un côté on constate une certaine ouverture et une liberté de ton surtout dans la presse écrite, où beaucoup de journaux ne sont plus sous le contrôle du Parti Communiste. On y trouve des enquêtes sur les abus de pouvoir et la corruption ; on y dénonce régulièrement des fonctionnaires peu intègres et on pousse à leur condamnation.
    Mais on y cache aussi beaucoup de choses grâce à un musellement de la presse, y compris étrangère, et à un contrôle efficace de l’information parlée et télévisuelle.
  • Et Internet ?...
    La Chine compte 130 millions d’internautes... et Internet est évidemment la vitrine de la modernisation technologique, mais sur les 70 prisonniers connus dans le monde pour leur utilisation « illégale » d’Internet, 62 sont Chinois.
    L’accès de tous à la Toile renferme des dangers redoutables pour le gouvernement. Un grand silence règne donc sur l’accès aux informations : une police spéciale contrôle les flux, filtre les sites, bloque les mots clefs, avec l’accord bienveillant des moteurs de recherche(6). Des systèmes perfectionnés automatisent et centralisent la censure d’une manière si efficace qu’ils sont aujourd’hui exportés vers d’autres dictatures, comme Cuba.
    Et en même temps il est impossible de tout contrôler  : la diffusion de témoignages, de photos révèle les événements volontairement tus par le pouvoir comme en témoigne cet article de Libération du 12 décembre 2005 :
Révolte paysanne : les photos qui font parler Pékin
Le contrôle de l’information devient un exercice de plus en plus difficile pour le pouvoir chinois : pendant quatre jours, alors que Pékin gardait le silence sur les graves incidents à Dongzhou, dans la province du Guangdong, les informations et surtout les photos des événements faisaient le tour du monde. Hier, l’agence officielle Xinhua a donné la version de Pékin sur cette révolte paysanne au cours de laquelle la police paramilitaire a tiré sur les manifestants, afin de limiter l’impact de ces informations non contrôlées.

Le même scénario
se répète
pour le Sras, la grippe
aviaire
, les catastrophes minières (20
000 morts
par an...) ; la corruption des potentats
locaux ou du Parti Communste..., et tout récemment pour la
pollution au benzène
du fleuve Songhua dans le Nord de la Chine,
les émeutes dans les campagnes des paysans spoliés
de leurs terres... Une fois la nouvelle « révélée
 », la mobilisation devient massive : on prend en charge l’information,
on désigne et condamne des « responsables ». Dans le cas
du benzène, le suicide du maire adjoint de Jilin est
annoncé le 8 décembre 2005, suivi de la démission
du directeur de l’agence chargée de l’environnement, du limogeage
du directeur du complexe pétrochimique (également secrétaire
local du Parti) qui avait explosé le 13 novembre.


C. DE VIOLENTES TENSIONS SOCIALES

Le développement
économique de la Chine est bâti sur l’exploitation
d’une main d’œuvre surabondante, dépourvue
de droits sociaux et de syndicats indépendants. A la veille de l’ouverture
de la réunion de l’Omc à HongKong en décembre
2005, un rapport de la Confédération internationale des
Syndicats libres
dénonce les conditions de travail, aussi bien
dans les entreprises d’Etat où 60 millions d’ouvriers ont
perdu leur emploi, que dans les entreprises privées avides de gains,
et dans l’agriculture.

1.
Des inégalités sociales criantes

Si le nombre de milliardaires en $ a été
multiplié par 3
entre 2004 et 2005, - la plus lucrative source
d’enrichissement se trouve dans le BTP et l’immobilier,
très proche des officiels du Parti, et Internet aux
mains des techniciens retour des Etats-Unis -, le fossé
est énorme entre les plus riches et les plus pauvres : 10%
des plus fortunés contrôlent 45% des richesses
 ; 10% des plus pauvres, 1,4% ...(7)
fossé qui recouvre partiellement l’écart entre les villes
et les campagnes.
Le système de protection étatisé pour
tous les travailleurs déclarés a été démantelé
en 1978
, sans être reconstruit. Aujourd’hui des caisses
d’assurances
concernent 100 millions de cotisants...
mais beaucoup n’ont pas les moyens de cotiser...

2.
Très nombreux mouvements protestataires

L’an dernier 28 000 grèves ! 70 000 manifestations !
ont porté sur les accidents, les conditions de travail, le manque de
couverture sociale, la corruption des fonctionnaires et responsables locaux,
etc.
D’actualité brûlante est la guerre menée par les paysans
dont les terres sont confisquées sans indemnités
pour des projets industriels ou urbains, et qui sont sauvagement réprimés.
Le gouvernement cherche à éviter que les mouvements encore dispersés
du Nord au Sud de la Chine ne se regroupent : cette crainte explique la répression
contre les avocats (profession nouvelle en Chine) susceptibles
de faire le lien. Et parallèlement il annonce de la suppression de l’impôt
spécial sur les paysans et la gratuité de l’accès
à l’école dans les districts les plus pauvres. (8)

Les Chinois sont
experts dans le maniement du bâton de la répression et de la carotte
du développement
surtout depuis que le Parti Communiste a pris
conscience
des deux dangers à court terme qui
le menacent directement : l’explosion sociale et le vieillissement
de la population.

Y remédier constitue les objectifs du XI° plan quinquennal
2006-2010
qui fait le pari de maintenir une croissance à 9%
et la paix sociale...

CONCLUSION
- VERS UNE NOUVELLE BIPOLARITE ?

Le paradoxe chinois peut se résumer ainsi : la Chine est la principale
bénéficiaire
de la mondialisation économique ;
elle soutient des pays en développement qu’elle
contribue accessoirement à ruiner, modifiant ainsi le découpage
facile entre Nord et Sud ; et proclame son adhésion
officielle au communisme. Tout cela énerve Washington !...

Les rapports sino-américains
évoluent vers une nature nouvelle
. Après s’être
réjoui des fabuleuses impulsions qu’offrait le marché et
avoir encouragé les partenariats divers, beaucoup trop de sujets
fâchent
à présent Washington : la sous-évaluation
du yuan, la contrefaçon, le poids chinois
dans les bons du Trésor... ; une diplomatie
peu conforme ; les droits de l’homme, etc.
De leur côté, les Chinois dénoncent les entraves
aux achats d’entreprises ou de matériels, le harcèlement
anticommuniste de la droite américaine ; les ventes d’armes
à Taiwan
...

De part et d’autre,
on emploie les mêmes mots... ont-ils le même sens ?

Lors de son voyage en Chine en novembre 2005, G.W. Bush a vendu
70 Boeing 737, est allé à la messe dans une église
protestante contrôlée par l’Etat, - c’est en effet lui qui
nomme le clergé et enregistre les fidèles -, et a écrit
sur le livre d’or. « Que Dieu bénisse
les chrétiens de Chine ».
Il a aussi évoqué
le sort du dalaï-lama, appelé la Chine à
« poursuivre la transition historique vers
plus de libertés »
... et fortement recommandé
à Pékin de prendre Taiwan comme « 
modèle de démocratie... »

Hu Jintao a répondu que la Chine se développerait dans le monde
de manière « pacifique »,
continuerait à construire un système démocratique « 
aux caractéristiques chinoises »
et à développer
le niveau des droits de l’homme « selon
les vœux du peuple chinois »
. (9)

D’ICI
30 A 40 ANS LA CHINE N’A AUCUN MOYEN DE RIVALISER GLOBALEMENT AVEC LES
ETATS-UNIS. TENTEE NI PAR UNE CONQUETE TERRITORIALE, NI PAR UN PROSELYTISME
DE PENSEE, ELLE TIENT SEULEMENT A PRESERVER SES PROPRES INTERETS, A S’AFFIRMER
DANS SON AIRE ET A OBTENIR LE RESPECT QU’ELLE ATTEND SUR LA SCENE INTERNATIONALE.
LES ETATS-UNIS SOUHAITENT EN REVANCHE FREINER AU MAXIMUM UN DEVELOPPEMENT TROP
RAPIDE DE LA CHINE POUR EVITER L’EMERGENCE D’UNE DEMOCRATIE A LA
CHINOISE QUI VIENDRAIT CONTRECARRER LE MODELE AMERICAIN.


(1) cf. La mondialisation
vue de la Chine de Thierry Sanjuan - in Les Cafés
géographiques
juin 2003

(2) La Chine, une puissance
africaine
de François Lafargue in Perspectives
chinoises n°90, juillet-août 2005,page 2

(3) Chine et Afrique
 : mariage de raison ou mariage de cœur ?
du Camerounais David
Tchuente
sur www.agoravox.fr

(4) cf.La vision chinoise
du monde
de Pierre Gentelle in APHG - Régionale
de Caen.

(5) Voir Libération
du 5 décembre 2005 : Duel franco-américain pour le marché
du siècle

(6) Une petite enquête
parue dans Libération des 25 et 26 janvier 2006 montre
qu’on n’obtient pas du tout les mêmes images si on interroge
sur Google « Tien an-Men  » en français ou chinois...

(7) Libération
du 7 novembre 2005

(8) Libération
du 11 décembre 2005

(9) Libération
20 novembre 2005