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Publié : 4 novembre 2005

LES SYSTEMES INTERNATIONAUX DEPUIS 1945 par Robert Franck

Les systèmes internationaux depuis 1945

Conférence de M. Robert FRANK, professeur à l’université de Paris I.
IUFM de Rouen, le 19 janvier 2005. [1]


Qu’est-ce qu’un système international ? (définition imparfaite et provisoire qui met l’accent sur quelques mots-clés).


C’est l’ensemble des relations internationales tendant vers un ordre favorable à la paix, un ordre obtenu par toute une série d’acteurs soit par la recherche de l’hégémonie d’un ou plusieurs d’entre eux, soit par un équilibre des rapports de force, soit grâce à l’installation du droit et de la justice dans les rapports entre groupes humains à travers les frontières (définition même des relations internationales).

Cette définition implique des choix méthodologiques, d’interprétation et d’école.
De 1945 à 2005 doit-on parler d’un changement complet du système international ou évoquer le passage d’un système à un autre (1945-1989/91 puis de 1991 à nos jours) ? Le propos ici n’est pas de remettre en cause le tournant 89/91 mais de montrer l’existence d’un tournant antérieur qui n’a pas été effacé par celui de 89/91.

Une réflexion préalable sur les concepts et écoles d’interprétation en science politique paraît nécessaire [2].

Les concepts et écoles.

1- les concepts.

- La notion de puissance, grande puissance s’appuie sur les travaux de M. Weber repris par R. Aron.
Il s’agit du power soit la capacité de modifier la volonté des autres (soft power) voire d’imposer sa volonté aux autres. Ce pouvoir s’exerce à l’intérieur d’un espace donné. Le terme puissance indique que cet exercice peut s’étendre à l’extérieur de son propre espace.

Selon J B. Duroselle :
Tout Etat est une puissance car par son existence même il modifie la volonté des autres (ex. Monaco).
La hiérarchie entre les puissances pose la question de la définition de ce qu’est une grande puissance (J-B.Duroselle s’appuie sur les travaux de Clausewitz [3]) : c’est une puissance capable d’assurer sa propre sécurité contre n’importe quelle puissance prise isolément, que le résultat soit une réussite ou un échec ( la France défaite en1870 n’en conserve pas moins tous ses atouts économiques, démographiques etc...).

- La notion d’équilibre des puissances ou de rapport de force : situation voire système où, du fait d’une certaine égalité des rapports de force, personne n’a intérêt au changement car cela pourrait aboutir à une guerre (et une défaite).

- Les notions de droit et de justice : les traités internationaux créent du droit et créent de l’ordre. Ceux-ci ne sont pas toujours satisfaisants mais prendre le risque de les violer c’est prendre le risque de s’isoler, de se mettre en danger (les traités créent une situation, le premier qui les viole est le premier à se mettre en danger cf. la réaction face à la violation d’un état de droit par S. Hussein qui envahit le Koweït en août 1990).

- Les notions de bipolarité, multipolarité : dans le système international, les principaux acteurs sont les Etats ou ensemble d’Etats. Avec la guerre froide, on assiste à une bipolarisation (Washington et Moscou organisant chacun leur camp) ; multipolarité implique plus que deux pôles et unipolarité peut correspondre à la situation née de la chute de l’URSS.
A ne pas confondre avec l’unilatéraisme applicable au style d’action internationale des Etats-Unis dès 1991, ne tenant pas compte des autres côtés (latus) et avec multilatéralisme, qui tient compte des autres acteurs et facteurs.

2 - Les écoles.

- L’école réaliste (longtemps dominante et référence par rapport à laquelle se situent toutes les autres écoles).
Elle part du fait qu’à l’intérieur d’un territoire existe un Etat faisant régner un ordre fondé sur la loi (démocratie, tyrannie...) laquelle est faite pour faire régner la paix civile
Ce qui pourrait régir les relations internationales serait l’état de nature, une sorte d’anarchie naturelle (cf.T. Hobbes, Léviathan, 1651).
Ce sont les rapports de force qui règlent cet ensemble. La guerre n’est pas voulue mais elle est un des moyens de régulation des relations internationales. La guerre peut être évitée, pas forcément avec de bons sentiments mais en créant des situations où personne n’a intérêt à la faire.
Il s’agit d’une vision stato-centrée des relations internationales (acteurs = Etats ; motivation des diplomates = Etat-nation ; mobile fondamental = l’intérêt national).
R. Aron [4] distingue ainsi trois types de paix :
- la paix par l’empire (pax romana ou pax sovietica) ;
- la paix par l’hégémonie (un empire informel -soft power- la pax britanica ou americana)
- la paix par l’équilibre des puissances (vision britannique de l’Europe : aucune puissance dominante sur le continent).


- L’école idéaliste ou libérale qui prend en compte le droit et la justice, les régimes politiques.
Elle s’appuie sur la pensée de Grotius (De juri belle ac pacis, 1625) et d’E. Kant (Projet de paix perpétuelle, 1795).
Selon Kant, la paix n’est pas une simple absence de guerre mais réconciliation par la diffusion de régimes républicains (on dirait aujourd’hui démocratiques) dans lesquels les citoyens, du fait de l’impôt du sang, n’ont pas intérêt à faire la guerre.
Cette conception est très prégnante au XX° siècle surtout dans la science politique américaine (Wilson, Roosevelt : idée de la paix par le droit et fondée sur lui).Pour Wilson, la Première Guerre mondiale est l’illustration de l’échec du réalisme et de l’équilibre des forces instauré par la Triplice et la Triple Entente (ainsi la guerre de 14-18 atteint elle les réalistes qui prennent leur « revanche » avec l’échec de la SDN).

A la fin du XX° siècle, les démocraties ont remporté de vastes victoires (Révolution des œillets au Portugal en 1975 ; fin des dictatures en Grèce et en Espagne ; dans les années 80-90 démocratisation de l’Amérique du Sud ; 1989-91 dans le bloc de l’Est). Face aux progrès de la démocratie, F. Fukoyama parle de fin de l’Histoire, non pas dans le sens où la démocratie généralisée aboutirait à la fin de la guerre, mais dans le sens d’un tournant, les progrès de la démocratie changent la donne des relations internationales.

- L’école constructiviste (ou perceptionniste).
Elle pose une question centrale aux réalistes : qu’est-ce que la réalité ? La perception de la réalité ne fait-elle pas la réalité ? Si un acteur fait une erreur de perception (missperception) ne créé-t-il pas de la réalité (Chamberlain se trompant sur la nature du régime hitlérien ; Al Qaida qui n’était pas en Irak mais qui y est maintenant) ?

- L’école fonctionnaliste et institutionnaliste qui concerne surtout la construction européenne.
Sa réflexion porte sur la méthode Monnet : créer des fonctions économiques dans un domaine provoquant ainsi une fuite en avant qui nécessite la création de fonctions supplémentaires ( Europe économique > institutions économiques ; euro > besoin de gouvernement économique).
Selon les institutionnalistes, toute institution créée (comme un organisme vivant) veut avoir plus de puissance (ex. ONU qui créé des structures dans des domaines variés).

- L’école culturaliste qui met en avant l’importance des cultures et civilisations.
Pour Samuel Huntington, la fin de la guerre froide marque le choc des civilisations ; sa démarche vise à prendre en compte ces civilisations (constat et crainte), en particulier le choc Islam-Occident.

- L’école transnationaliste (représentée par le politologue Bertrand Badie [5] ) pour qui les relations internationales ont changé dans les années 80-90 du fait de l’émergence de la société civile, de l’opinion internationale, des ONG ... Ces relations ne sont plus seulement internationales mais transnationales, ne passant pas forcément par les Etats, elles sont inter-sociétales (grandes firmes, ONG, médias).

Evolution des systèmes internationaux depuis 1945.

La définition d’une grande puissance évoquée plus haut et héritée de Clausewitz n’est, selon J B. Duroselle plus adaptée au monde d’après 1945. Plutôt que définir ce qu’est une gp, mieux vaut laisser la place à l’empirisme, les gp se « sentent » entre elles, elles forment un club, de Charles Quint à Hitler, un club composé de membres stables ( Grande Bretagne, France, un ensemble germanique), de membres entrants (Italie, Etats-Unis, Japon) et de membres sortants (empire ottoman). Au total 5 à 8 gp, pour la plupart européennes.
La Deuxième Guerre mondiale sonne la fin d’un système multiséculaire lui substituant un système fondé sur deux superpuissances, les ex-grandes puissances sont devenues des puissances moyennes.

Dans les système grandes puissances, celles-ci avaient une certaine égalité, se percevaient ainsi (cf. alliances), formaient un club.
Etre une superpuissance c’est le fait d’être au-dessus des puissances, régenter un camp avec un leadership incontesté (si contestation il y a, elle ne remet nullement en cause ledit leadership).

Dès 1945 on entre dans un système bipolaire avec deux superpuissances.
Depuis 1991, le système est devenu unipolaire avec les seuls Etats-Unis, H. Védrine emploie même le terme d’hyperpuissance.

Quelle présentation chronologique faire de cette période ?

1- Le découpage chronologique traditionnel :
- 1945-91, deux superpuissances, bipolarisation, guerre froide.
- après 1991, monde unipolaire, mondialisation.

La vision traditionnelle privilégie le regard sur les relations Est-Ouest, un regard réducteur. Une chronologie plus fine individualise :

- 1945-47 : le temps de la Grande Alliance.
- 1947-55 : rupture et fortes tensions (première guerre froide).
- 1955-75 : coexistence pacifique et première détente (55-62 : période intermédiaire avec coexistence pacifique et crises de la guerre froide ; 62-75 : détente plus homogène).
- 1975-85 : 2° guerre froide ou guerre fraîche marquée par la peur de l’expansion soviétique en Afrique, Afghanistan...
- 1985-91 : 2° détente jusqu’à la fin de l’URSS.

Cela est insuffisant car ne tient pas compte des rapports Nord-Sud :

- 1945-60 : 1° mouvement de décolonisation. Naissance du tiers monde, la bipolarisation n’est plus absolue.
- 1956-63 :2° mouvement de décolonisation.

Le tiers monde en devenant un acteur des relations internationales contribue à l’équilibre du monde ; il change le jeu entre les deux Grands, est un facteur de détente car séduire les pays du tiers monde impose une compétition pacifique.

La chronologie traditionnelle de cette période ne tient pas compte d’un certain nombre de données.

Elle ne tient pas compte des fractures dans chaque camp :

A l’Ouest, la construction européenne qui complique le jeu des Etats-Unis et lui oppose un concurrent.
A l’Est, les fractures de 53 (Berlin), 56 (Budapest), 68 (Prague) mais aussi la rupture avec la Chine et l’émergence de celle-ci ( qui devient une grande puissance au sens traditionnel du terme).

Elle ne tient pas compte des grandes évolutions économiques et de la crise commencée en 1973. [6]

- Cette crise est paradoxale, deuxième crise capitaliste du siècle, elle est aussi la crise qui fait chuter le communisme. La détente avait ouvert l’Est à l’Ouest et donc aux courants d’air devenus tempête. Alors que l’économie plus souple de l’Ouest s’adapte à sa propre crise, la crise importée à l’Est l’a bouleversé, endetté (cf. les politiques d’austérité draconiennes imposées par le FMI à la Pologne ou à la Roumanie). Cette situation attise un mécontentement qui s’ajoute à d’autres, le tout dans un système qui fondait sa propagande sur la réussite économique.
Ainsi l’implosion de 89-91 peut s’expliquer par le tournant des années 70.

La crise provoque aussi l’éclatement du tiers monde, il n’est plus ni homogène, ni solidaire (cf. les Etats pétroliers).
La division politique du tiers monde se surajoute à la division Est-Ouest.

2- Proposer une autre périodisation qui se superpose à la précédente en mettant en valeur le tournant 70-75.

- 1945-75 : avec les éléments évoqués plus haut, l’unité de la période étant liée au contrôle des relations internationales par les deux super-grands qui ont en main toute régulation.
- 1945 à 47 dans le cadre de la Grande Alliance ;
- 1947 à 55 par un bras de fer ;
- 1955 à 75 par un condominium tenant compte des pôles émergents (cf. les voies diverses vers le socialisme en Yougoslavie ou en Chine).

Le Moyen-Orient fait une entrée tardive dans le système des deux super-puissances, les
Français et Britanniques y gardant un temps une partie de leur influence (cf. l’Iran sous « protection » britannique avant de passer sous celle des Etats-Unis).
Les Etats-Unis et l’URSS, dans la 1° guerre froide sont d’accord pour soutenir Israël (1° guerre), d’accord pour la condamner lors de la 2° guerre.
Dès 1955-56 le M-O entre dans l’affrontement Est-Ouest à un moment où la 1° guerre froide est terminée :
en 1967 Etats-Unis et URSS modèrent le plus possible leurs deux camps.
1973 est un « chef d’œuvre » de modération des relations internationales par les deux super-grands (Kissinger/Israël ; Moscou/Egypte). Les deux super-Grands sont les deux artisans des accords entre les deux camps.
Changement majeur après 1973 [7]avec la crise économique (prix du pétrole X4), la crise politique et la dissociation de nombreuses solidarités ( le tiers monde se disloque : on commence à parler de quart-monde, émergence de l’Asie du Sud-Est. [8] )

Les échecs répétés de l’Ouest (chômage) et de l’Est (pour progresser économiquement) sèment le scepticisme envers toutes les valeurs occidentales, permettent l’émergence des intégrismes dont l’islamisme : 74-75 montée de l’islamisme politique (réclamant des républiques islamiques cf. Iran en 79), de l’islamisme culturel (voulant changer la vie des musulmans) ; dans les deux cas les valeurs de l’Occident sont rejetées ( Khomeiny écarte les deux satans, Etats-Unis et URSS).

De 1973 à 1991 et nos jours, les deux super-Grands ne contrôlent plus la situation, c’est un désordre mondial.

Précisions sur les différents tournants.


1- La crise engendre un monde éclaté avec de multiples fissures :

- fissures Ouest-Ouest : concurrence entre les 3 pôles occidentaux, les EU, l’Eur. occidentale et le Japon.
- fissures Est-Est + graves, pernicieuses et profondes (contagion de la crise polonaise ; guerres entre pays communistes comme après 75 entre le Vietnam et le Cambodge ; en 78 avec l’entrée du Vietnam au Cambodge ; en 79 lors de l’expédition punitive chinoise au Nord du Vietnam).
- fissures Sud-Sud pas ou mal gérées car mal comprises par Washington et Moscou.

Le tiers monde souffre en général de la crise : crise sociale provoquant des mécontentements et la tentation d’y trouver une issue extérieure (bellicisme, nationalisme) en particulier au Moyen-Orient, avec des changements importants.
Pour évoquer cela, il faut revenir à la guerre des Six jours en 1967 :

Grâce à sa victoire et à la conquête de territoires, la sécurité d’Israël est mieux assurée avec un glacis défensif. Ainsi l’Occident ne craint plus pour l’existence d’Israël et sa sécurité.
Israël devient une puissance occupante (toute occupation est sale surtout si elle n’est pas reconnue).
cette une défaite du monde arabe : le nasserisme, le rêve pan-arabe sont morts (Nasser a été un facteur d’équilibre dans la région cf. Koweït passant en 1899 de la tutelle ottomane au protectorat britannique puis obtenant son indépendance en 1961 : alors l’Irak le réclame et c’est l’arbitrage de Nasser qui empêche l’annexion).
le conflit israélo-arabe devient un conflit israélo-palestinien : chaque Etat arabe retrouve son « chacun pour soi » ( cf. Sadate qui prend l’initiative de la guerre puis du voyage à Jérusalem enfin de la paix en 1978).
les Palestiniens ont le même raisonnement, ne pouvant compter sur les Etats arabes ils doivent compter sur leur propres forces. Ils connaissent alors un changement d’identité, jusqu’en 1967 ils sont des réfugiés, après 67 ils deviennent une nation ( certes l’OLP date de 1964 mais c’est en 69 qu’Arafat, dirigeant du Fatah, en devient le chef et porte la question devant de l’ONU qui reconnaît son combat).

Les acteurs locaux deviennent de plus en plus importants, dans la logique fort-faible, la force du faible l’emporte dans les années 70 et ... l’impuissance de la puissance.

les conflits deviennent ingérables voire incompréhensibles par les deux super-Grands, c’est le cas du Liban dès 75 puis de l’Iran à partir de 79 et de la guerre Iran-Irak de 80 à 88. On a affaire à des guerres autonomes qui sortent du système international, les deux super-grands n’y retrouvent pas leurs repères. Dans la guerre d’Afghanistan de 79 à 88, l’URSS perd contrôle tout en déchaînant et donnant des arguments à l’islamisme ; après le retrait soviétique le chaos permet l’arrivée des talibans.

Les événements des années 89-91 n’ont pas effacé 1973.

Cependant on a cru à un changement :

La 1° guerre d’Irak en 91 s’accompagne d’un discours sur le nouvel ordre international, ainsi Gorbatchev n’oppose pas son veto à l’intervention et l’approuve.
L’ Occident espère voir ce NOI fondé sur l’ONU : l’organisation légitime l’intervention en Irak de G. Bush lequel se limite au mandat qui lui a été confié n’allant pas au-delà de la libération du Koweït.
La coalition mené par G. Bush est une réussite, elle fédère l’Occident mais aussi des pays arabes et Israël. Cependant, les énormes manifestations du Caire ou d’Alger montrent le risque d’un embrasement du monde arabe pro-Saddam, faire de ce dernier un martyr le rendrait plus dangereux mort que vif. Les Etats-Unis s’en tiennent donc au mandat de l’ONU.

Les succès et insuccès des Etats-Unis après la chute de l’URSS montrent une tentation d’unilatéralisme.
Succès en Bosnie ( l’OTAN réussit là où l’Europe a échoué) ; au Kosovo aussi mais la nécessité de demander l’autorisation de la coalition pour chaque bombardement a été mal vécue par les E-U de Clinton. Cependant, cette tentation d’unilatéralisme n’a pas abouti, après la guerre l’Europe obtient le retour de l’ONU (à la place de l’OTAN) et de la Russie (qui a une zone d’occupation) donc du multilatéralisme.
L’intervention en Somalie est, elle, une réponse à l’émotion internationale reliée par les médias (cf. B. Badie plus haut) ; elle a été menée en accord avec l’ONU mais, mal préparée, elle aboutit à un échec.

Le monde est dominé par une hyperpuissance et le chaos : le 11 septembre 2001 a valeur symbolique, les E-U sont attaqués chez eux et dans leur cœur économique.

S. Huntington a-t-il raison de mettre en avant le choc des civilisations ?
On peut retourner sa proposition en s’appuyant sur P. Valéry (nous autres civilisations savons que nous sommes mortels car nous avons été capable de barbarie). Toute civilisation a sa part de barbarie. La proposition d’Huntington peut être renversée en parlant de choc des barbaries, de ce qu’il y a de plus barbare dans les civilisations. Oui il y a des civilisations, mais aucune n’est d’un bloc, la vision identitariste est le produit de l’Histoire et de conjonctures. Si Huntington a raison, il faudrait que l’intégrisme l’emporte dans la propre aire de culture d’une civilisation.

Après le 11 septembre, la revue Vingtième siècle s’est posé la question du changement de son nom en faisant débuter le XXI° siècle à 89 avec un tournant au 11 sept. 2001.
C’était peut-être une illusion de penser que le 11 sept. changerait le monde, c’est l’Amérique qui a changé, qui a été traumatisée et qui n’en est pas sorti ( cf. la réélection de G.W. Bush). C’est la première fois dans l’histoire des E-U que le pays est dirigé par une équipe aussi radicale, la politique radicale à l’intérieur a été possible à l’extérieur par la perception du 11 septembre. On a parlé de wilsonnisme botté, certes il s’agit d’étendre la démocratie mais sans le respect du droit.
La politique actuelle des E-U est un mélange de réalisme et d’idéalisme, une vision simple de la démocratie (est-ce la loi de la majorité ? Oui mais elle ne se réduit pas à cela).Il y a contresens historique dans la volonté affichée d’amener en Irak ce que les E-U ont amené en Allemagne et au Japon en 45, le facteur temps est nié.

On n’est pas sorti du désordre mondial issu des années 70.
Comment réinventer un ordre mondial ? Zaki Laidi (La géopolitique du sens) évoque la mise en place de la mondialisation économique contre laquelle on ne peut rien (même si on y est opposé), qui est irréversible. Cette mondialisation fait perdre du sens induisant des phénomènes de rejet (intégrisme, identitarisme), pour les contrer selon Z. Laiki

- il faut créer des espaces intermédiaires :
- assez grands pour qu’ils soient économiquement viables, - pas trop grands afin qu’il n’y ait pas perte d’identité.

- il faut favoriser toutes les organisations régionales comme le Mercosur et l’ASEAN.

Mais comment passer d’une intégration économique à une association politique ?
G.W. Bush ne favorise-t-il pas l’émergence de ce monde multipolaire qu’il ne veut pas (cf. les progrès du Mercosur du fait de la guerre en Irak ; cf. la relative unification des opinions en Europe) ?

Notes :
1 - Notes de Christine Dalisson, Professeur au lycée Les Bruyères. Sotteville, non reprises par le conférencier.
2 - J-B. Duroselle, Revue des relations internationales, n°17, 1978.
3 - R. Aron, Paix et guerre entre les nations, 1963.
4 - B. Badie, L’impuissance de la puissance.
5 - J. Marseille conteste le mot de crise lui préférant celui de mutation, cependant la perception de la crise créé de la réalité. Cette crise est différente de celle des années 30 mais la persistance du chômage est similaire.
6 - P. Milza, Le nouveau désordre mondial, 1983.
7 - A noter le paradoxe de la guerre du Vietnam perdue politiquement par les Etats-Unis mais qui donne lieu à un boom vietnamien, les alliés locaux des EU ayant profité de cette guerre (particulièrement les dragons, Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong).


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Notes

[1Notes de Christine Dalisson, Professeur au lycée Les Bruyères. Sotteville, non reprises par le conférencier

[2J-B. Duroselle, Revue des relations internationales, n°17, 1978.

[3R. Frank, Penser historiquement les relations internationales, Annuaire français des relations internationales, 2003.

[4R. Aron, Paix et guerre entre les nations, 1963.

[5B. Badie, L’impuissance de la puissance.

[6J. Marseille conteste le mot de crise lui préférant celui de mutation, cependant la perception de la crise créé de la réalité. Cette crise est différente de celle des années 30 mais la persistance du chômage est similaire.

[7P. Milza, Le nouveau désordre mondial, 1983.

[8A noter le paradoxe de la guerre du Vietnam perdue politiquement par les Etats-Unis mais qui donne lieu à un boom vietnamien, les alliés locaux des EU ayant profité de cette guerre (particulièrement les dragons, Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong).