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Publié : 18 septembre 2005

Étude du tableau de Pierre-Paul Prud’hon : La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime

ÉTUDE DU TABLEAU DE PIERRE-PAUL PRUD’HON

 La
Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime
, 1808

icedot6.gif (1488 octets)

Réalisé
pour la cour criminelle du palais de justice de Paris et intégré
aux collections nationales du Musée du Louvre, ce tableau emblématique
a fait l’objet de nombreuses copies au XIX ème siècle. L’une
d’entre elles, réalisée en 1884 à la demande du député
du Havre et futur président de la République Félix
Faure, est visible au tribunal de Saint-Romain-de-Colbosc.

Quelques
références bibliographiques :


Laveissière
Sylvain : Prud’hon ou le rêve de bonheur. Catalogue
de l’exposition des Galeries nationales du Grand Palais, septembre 1997-janvier
1998. Editions de la Réunion de Musées nationaux. 1997

Laveissière
Sylvain : Prud’hon : la Justice et la vengeance divine
poursuivant le Crime.
Les dossiers du département des peintures,
N° 32, R.M.N, 1986

Sylvain Laveissière
est conservateur en chef au département des peintures du musée
du Louvre.

 


I.
L’auteur : PRUD’HON,
Un peintre héritier du XVIIIème
siècle et un artiste moderne
.

Son
oeuvre
 :

Pierre-Paul PRUD’HON
(1758-1823), peintre et remarquable dessinateur, est célèbre
pour ses portraits, ses tableaux à thèmes allégoriques
et mythologiques, et ses études de nu(e)s.

Les tableaux qui comptent
dans sa carrière sont l’Enlèvement de Psyché (1804-1814),
Le portrait de l’impératrice Joséphine (1805), La
Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime
 (1808), le
Jeune Zéphyr se balançant au-dessus de l’eau
(1814)
et le Christ en croix (1822).

Ses dessins, exécutés
sur papier bleuté, au fusain et à la craie, sont d’une grande
qualité et conservés au Cabinet des dessins du Louvre.

Il est aussi un décorateur
recherché.

Sa
sensibilité artistique
 :

On retrouve dans les
compositions mythologiques au charme élégiaque, la sensibilité
du XVIIIème siècle. Certains tableaux font de lui un peintre
néoclassique.

Mais, pour la sensualité
mélancolique de ses personnages et sa technique picturale, PRUD’HON
est considéré comme un pré-romantique.

Il a influencé
plusieurs générations d’artistes au XIXème siècle.

Sa
carrière
 :

Dixième fils
d’un tailleur de pierre travaillant à Cluny, PRUD’HON fait ses
études à l’école des Beaux Arts de Dijon, travaille
dans des ateliers parisiens où il s’initie à l’estampe et
fait un séjour déterminant à Rome (de 1785 à
1788).

Sa période
féconde se situe entre 1796 et 1808, au cours de laquelle il travaille
à la décoration de l’Hôtel de Joséphine de
Beauharnais, puis au Louvre, et connaît la consécration au
Salon de 1808 pour La Justice et la Vengeance divine poursuivant le
Crime
.

En période
difficile, vignettes et illustrations de livres (La Nouvelle Héloïse)
permettent à l’artiste de gagner sa vie.

Son élève,
Constance MAYER, est son inspiratrice et sa compagne. Son suicide (en
1821) précipite sa fin.

Un
artiste au service de la Révolution

 :

Le peintre vit à
Paris pendant la Révolution et s’engage au service de la République.

Il dessine des allégories
révolutionnaires destinées à la gravure. Il réalise
notamment, entre 1791 et 1798, une composition importante : La Constitution
française
(comportant plusieurs versions).

Il participe probablement
aux institutions artistiques(1) révolutionnaires, dominées
par David.

(1) PRUD’HON fait
un discours au Club révolutionnaire des Arts le 3 avril 1794, à
la suite d’un orateur qui dit que " Les Arts jusqu’à
présent ont satisfait le goût de la classe des hommes paresseux,
il faut qu’ils plaisent maintenant aux hommes laborieux (...) en présentant
les belles actions qui illustrent la République ".

 

II.
l’œuvre : La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime
(1808
)

Tableau
1 : La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime (1808)


La
réalisation de l’oeuvre
 :

Le commanditaire
est le préfet de Seine FROCHOT, qui commande ce tableau en 1804
pour le tribunal criminel (la cour d’assises) du Palais de justice de
Paris.

Les mémoires
adressés au préfet, la correspondance avec Constance MAYER,
les esquisses préparatoires renseignent sur les projets et les
travaux d’avancement de l’oeuvre. Un dessin de 1806 montre un premier
projet Thémis et Némésis (tableau 2)
auquel renonça l’artiste qui travaillait déjà
sur un second projet : La Justice et la Vengeance divine poursuivant
le Crime
qui aboutit en 1808. De la genèse de cette oeuvre,
subsistent deux dessins et une esquisse préparatoire.


Tableau
2 : Thémis et Némésis (1806)


Le
devenir du tableau
 :

Ce tableau s’impose
au Salon de 1808 et vaut à PRUD’HON d’être décoré
par Napoléon 1er, ainsi qu’une bonne critique !

Il est exposé
de nouveau au Salon de 1814 (sous la Restauration) et en 1818 au musée
du Luxembourg.

Entre 1808 et 1815,
il est placé dans le palais de justice de Paris, puis sous la
Restauration, il est retiré et remplacé par un Christ
en croix et rendu à l’artiste.

Après sa
mort, en 1823, le tableau est acquis par le Louvre (en 1826), qui l’intègre
aux collections nationales.

Etude
comparative des deux projets
(Tableaux
1 et 2)

Sur le même
sujet : une allégorie de la justice, et avec les mêmes
acteurs : Thémis (la Justice), Némésis (la Vengeance
divine), le coupable, la victime, l’artiste parvient à se renouveler.

Thémis
et Némésis
est une composition classique aux allures
de bas-relief. (Une mise en scène de tribunal met en valeur Thémis
qui trône, hiératique, exhibant les symboles de la justice
 : la balance (repliée), le glaive dressé. En face d’elle,
en mouvement, Némésis, traînant par les cheveux
le Crime et la Scélératesse. En avant, les cadavres d’une
femme et de son enfant.

La Justice et
la Vengeance divine poursuivant le Crime
(1) présente une
scène dramatique de chasse à l’homme nocturne, dans un
paysage rocheux, qui annonce le romantisme.

(1) Le 24 juin 1805,
PRUD’HON adresse au préfet un mémoire du nouveau projet
 :

" La Justice
divine poursuit constamment le Crime ; il ne lui échappe jamais.
Couvert des Voiles de la nuit, dans un lieu écarté et
sauvage, le Crime cupide égorge une victime, s’empare de son
or, et regarde encore si un reste de vie ne servirait pas à déceler
son forfait. L’insensé ! Il ne voit pas que Némésis,
cette agente terrible de la Justice, comme un vautour fondant sur sa
proie, le poursuit, va l’atteindre et le livrer à son inflexible
compagne ".

 


Analyse
du tableau
 :

Les
personnages


Ils
sont en mouvement. La Justice et la Vengeance divine sont de grandes figures
volantes, associées dans la poursuite du Crime. Les attributs qui
les désignent sont secondaires, car chaque personnage s’impose
par sa présence physique.

La
Justice, qui tient la balance repliée (signifiant que l’affaire
est réglée) et brandit le glaive, s’impose par sa sérénité.
Par contre, les cheveux flottants et la bouche hurlante de la Vengeance
divine qui s’apprête à saisir le coupable, traduisent la
colère. (Tableau 3)

Tableau
3 : La Justice et la Vengeance divine poursuivant le crime (détail).

Le
Crime est un homme d’âge mur qui se retourne dans sa fuite. Plus
que le poignard et la bourse qu’il tient, c’est son aspect physique qui
suggère sa culpabilité (visage ingrat, silhouette trapue).
Sa ressemblance avec Caracalla est frappante. Le flottement de ses cheveux
montre qu’une force surnaturelle contrarie sa course.

La
victime a les traits d’un jeune homme, présenté de face,
les bras étendus. Sa nudité montre sa fragilité et
son innocence.


La
lumière


Elle
renforce l’effet dramatique. L’éclairage lunaire souligne le profil
de la Justice et les courbes du corps inerte. La lumière rougeoyante
du flambeau de la Vengeance donne à son visage un air fantastique
et éclabousse le buste du Crime qui se meut dans l’ombre.


Les
lignes


Elles sont également
éloquentes. Les corps des divinités punitives ne forment
qu’une masse unique arquée qui marque leur association.

Les
lignes courbes soulignent l’innocence et la justice, les lignes brisées
et les formes angulaires, la culpabilité.


La
technique picturale

Elle est marquée
par plusieurs caractères

  • L’adéquation entre le format (grand) et le sujet (édifiant).
  • La composition dynamique organisée autour de trois diagonales et de deux courbes. La diagonale partant de l’angle supérieur gauche sépare le monde terrestre, lieu du crime, du monde céleste qui veille au châtiment. Les deux courbes opposées que forment les divinités punitives et le cadavre de la victime prennent en étau le crime.
  • Les contours estompés.
  • L’éclairage  : le clair-obscur oppose le rôle et les sentiments de chaque protagoniste.

     

    Le
    message


    Ce
    tableau montre que la Justice poursuit sans relâche le Crime et
    exprime l’idée d’une justice implacable.

    La
    fusion des deux allégories suggère aussi l’association des
    deux forces répressives (justice et police).

    Le
    tableau est si démonstratif qu’il a été copié
    à l’identique maintes fois au XIXème siècle. Ainsi,
    à la demande du député Félix Faure, une
    copie a été réalisée en 1884 pour le tribunal
    de Saint-Romain-de-Colbosc.

    François
    RUDE a donné à son Génie de la Liberté,
    grande figure ailée entrainant le départ des volontaires
    de 1792, une énergie farouche, empruntée à la Vengeance
    divine.

    La
    composition de PRUD’HON a aussi inspiré la caricature politique
    au XIXème siècle(1). DAUMIER notamment a plagié ce
    tableau pour fustiger la magistrature.

    En 1815, c’est Napoléon
    1er qui symbolise le crime, en 1834, Louis-Philippe ..

     


    III.
    Prolongements pédagogiques en liaison avec le programme de quatrième

     


    En
    histoire
     :

    • Dans l’étude de la Révolution française, on peut sélectionner une allégorie révolutionnaire.
    • Dans l’étude de l’Empire, on peut montrer le portrait de l’impératrice Joséphine par Prud’hon

     

    En éducation
    civique
     :

    • Dans l’étude de la justice, on peut exploiter le tableau La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime.

     

    Exploitation
    pédagogique de La Justice et la Vengeance divine poursuivant
    le Crime
     :

    • Faire remplir certaines rubriques de la fiche technique.ci-dessous
    • Etudier l’allégorie de la Justice. Rechercher d’autres symboles de la justice.
    • Faire ressortir la conception de la justice.
    • Activités élèves : à partir d’une reproduction, sur un calque, faire figurer :
      • Les zones d’ombre et de lumière.
      • Les lignes courbes et les lignes angulaires.
    • Prolongement  : étude de l’architecture des " temples de la justice " (palais de justice néoclassiques).

     

     

     


    FICHE
    TECHNIQUE

     

    1) Identifier
    l’oeuvre
    par :

    • Le nom de l’artiste  : PRUD’HON Pierre-Paul.
    • Le titre de l’oeuvre et la date de sa composition : La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime, 1808.
    • Le lieu de conservation  : Paris, musée du Louvre.
    • Les dimensions de l’oeuvre et les supports utilisés : toile ; H. 2.43 ; L.2.92.

     

    2) Définir
    le genre du tableau
     :

    • Ce tableau appartient au genre de la " peinture d’histoire " au sommet de la hiérarchie des genres, avec la peinture 	religieuse et mythologique.
    • Allégorie de la justice. Ce tableau est la mise en image d’une idée.

     

    3) Faire des recherches
    sur la réalisation de l’oeuvre et son accueil par la critique

     :

    Qui est le commanditaire
     ? Dans quel but passe-t-il commande ?

    • Commande du préfet de la Seine en 1804, pour le tribunal criminel du palais de justice de Paris. Le tableau a été 	ébauché avant juin 1806 et terminé pour le Salon de 1808.
    • Conventions de paiement (d’après un mémoire adressé au préfet) : 15 000 F payables par tiers (à la présentation de 	l’esquisse, lorsque le tableau est ébauché, puis fini).
    • Ce tableau a obtenu un grand succès au salon de 1808 et a inspiré les artistes du XIXème siècle.

     

    4) Etudier le
    sujet :

    • Décrire la scène.
    • Décrire les allégories.
    • Indiquer l’impression qui se dégage de la scène. Atmosphère dramatique.

     

    5) Etudier la
    lumière dans le tableau
     :

    • Repérer les parties les plus claires et les plus sombres.
    • Déterminer d’où provient la lumière. De la lune et du flambeau de Némésis.

    6) Relever des
    aspects romantiques