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Publié : 18 septembre 2005

Blois 2004 : Les femmes dans l’enseignement de l’histoire

Débat de l’Inspection générale de l’Éducation nationale animé par Joëlle Arnaud et Laurent Wirth.


LES FEMMES DANS L’ENSEIGNEMENT DE L’HISTOIRE


Débat de l’inspection générale de l’Education
nationale.
Animé par Joëlle Dusseau et Laurent Wirth,
avec Chantal Février,
Didier Lett, Jean Sérandour et Michèle Zancarini-Fournel.



 


en sont les femmes dans l’enseignement de l’Histoire
aujourd’hui ?


Il y a une quinzaine d’années, une campagne
sur le thème avait pris pour slogan : « 
Les métiers ont-ils un sexe ? ». Non, les
métiers n’ont pas de sexe. Mais s’il
y a eu progrès, la place de la femme dans la
hiérarchie, dans les grilles salariales laisse
encore beaucoup à désirer…
L’Histoire est-elle sexuée ? Oui, terriblement !
Aussi bien en tant que réalité, qu’en
tant que concept.
L’histoire de l’humanité, celle des
dominants, des acteurs, des « chasseurs »…
est l’histoire des hommes.
Les acteurs hommes ont fait l’Histoire.
Les penseurs hommes ont écrit l’Histoire.
Le lien entre acteurs et rédacteurs de l’histoire
événementielle à l’histoire
des Annales est étroit.
De nombreux historiens ont fait de la politique : Guizot
étudie les relations diplomatiques entre la France
et l’Espagne au XVIIè siècle…Thiers
écrit une histoire de la Révolution et
de l’empire en 21 volumes. Ils sont bien à
la fois historien et acteur. Il y a bien un lien entre
les hommes qui font et les hommes qui écrivent.


Les pouvoirs ont une envie toute particulière
de donner leur version des faits ; le politique a souvent
souhaité dominer l’Histoire.
L’Histoire, enseignée par des hommes :
Ce n’est pas un hasard si notre discipline a été
majoritairement enseignée par des hommes, à
la différence d’autres disciplines littéraires
comme les lettres ou les langues où la part des
femmes a été plus forte… Mais, plus
on avance dans la hiérarchie, plus aujourd’hui
encore la proportion de femmes diminue….
L’histoire universitaire est majoritairement tenue
par des hommes.
Depuis une trentaine d’années, on assiste
à une mutation : l’histoire des représentations
s’est penchée sur le local, sur le groupe
humain, sur l’individu sexué. On s’interroge
sur la place de la femme dans l’histoire, la femme
actrice essentielle, la femme oubliée, la femme
victime, la femme parfois victimisée.
Il faut rendre hommage à Michèle Perrot
et à son ouvrage l’Histoire des femmes
dans l’Occident.
Mais la prise de conscience a été lente
au Ministère. Ce n’est qu’au début
des années 80 que les manuels scolaires du primaire
sont toilettés ; la chasse est faite aux livres
qui présentent des documents où maman
est à la cuisine et regarde papa partir travailler
 !
Mais les clichés représentatifs sont longs
à évoluer.
Ségolène Royal demande à l’Inspection
générale de reprendre la question : la
place des femmes dans les programmes d’histoire
- géographie.
Des prises de conscience successives mais sporadiques
ont permis de faire avancer les choses même si
l’iconographie des manuels présente toujours
plus d’images au masculin qu’au féminin.
Des expériences ont été menées
au niveau de la formation initiale comme de la formation
continue : travaux sur la famille au Moyen - Age, l’enfant
au Moyen - Age. Séminaire sur l’histoire
du genre…
Nous commençons à commémorer certaines
femmes mais cela reste exceptionnel : 800ème
anniversaire de la mort d’Aliénor d’Aquitaine,
200ème anniversaire de la naissance de G. Sand.
En réalité, c’est à nous
de montrer dans notre discours que l’Histoire
a été faite par des hommes et par des
femmes. Il n’existe pas d’histoire sans
elles. Il faut transporter notre regard, l’élargir,
le « sexuer ».

Le problème
est que les contenus sont lourds. Comment donc ouvrir
l’enseignement ?
Il faut jouer sur les champs des possibles en utilisant
l’implicite.
Dans le nouveau programme des lycées, dans le
chapeau commun du cycle des classes terminales, on peut
aborder le rôle des femmes, développement
historiographique
Quelques pistes possibles : à propos de l’exclusion
durable du droit de vote, on peut réfléchir
sur la place respective de la femme et de l’homme
dans la vie politique, sur la lutte politique des femmes,
etc.
A propos de l’impact des deux guerres mondiales,
on peut étudier la place de la femme dans les
guerres, dans la paix, dans le pacifisme..
Ces thèmes peuvent être élargis.
L’émancipation est multiforme : place de
la femme dans la famille, mariage, sexualité,
travail, femme et industrialisation, les chances de
réussite pour l’homme et pour la femme,
les types de travail…
On parle beaucoup de la féminisation du corps
enseignant. Aujourd’hui, les femmes sont présentes
dans le primaire à 80%, dans le secondaire à
57% ; il y a vingt ans, elles étaient moins de
75% dans le primaire et 53% dans le secondaire. Il est
vrai que le nombre de femmes est plus important au collège
qu’au lycée. Dans le supérieur,
le pourcentage de femmes est de 33%. Toutefois, la situation
varie énormément d’une discipline
à l’autre ; ainsi le droit est particulièrement
masculin. Dans le secondaire, si on exclut le secteur
technico-professionnel, le nombre des femmes est de
63%. L’histoire - géographie se situe au-dessous
de ce chiffre avec 53%. Il y a donc plus ou moins parité.
Contre 81% pour les langues, 73% pour les lettres, 39,6%
en philosophie, 41% en physique - chimie, 46% en mathématiques.
Quant aux IPR-IA le part des femmes est aujourd’hui
d’un peu plus de 40% contre 19% il y a dix ans…
Quelques possibilités pour travailler sur la
représentation : la dame à la licorne,
le tableau des époux Arnolfi de Van Eyck, la
mère laborieuse de Chardin, le scandale du déjeuner
sur l’herbe, les demoiselles d’Avignon,
la femme au caddie…..
Il faut noter aussi l’intérêt d’une
approche comparative : à quel moment les femmes
obtiennent-elles le droit de vote en France et…en
Turquie ?
Identifier les femmes symboles : Simone Veil pour la
construction de l’Europe, sa lutte pour la légalisation
de l’avortement, Marie Curie pour le progrès
scientifique mais aussi la première femme bachelière,
la première polytechnicienne…

L’usage
du genre en France…
Madame Zancarini-Fournel précise l’importance
de bien définir les termes : histoire des femmes,
les femmes dans l’histoire, histoire des genres.
Puis, fait référence à un certain
nombre d’ouvrages :
Les femmes ont-elles une histoire ?, de Michèle
Perrot, en 1973.
Le genre en politique, publié chez Gallimard
en 2000
La revue Clio, Femmes et société, en 1995

Le genre
 : ce terme est récent puisqu’il est utilisé
pour la première fois aux Etats-Unis en 1974.
Michèle Perrot utilise plutôt les expressions
« rapport de sexe » ou encore « masculin/féminin
 ».
Le genre est présent de façon sous-jacente
dans l’Histoire des femmes en Occident.
Le concept est introduit quand on étudie la protection
sociale, la politique sexuée. Il est intéressant
de feuilleter les chapitres des manuels ayant trait
à la Grande Guerre et d’observer la place
respective du masculin et du féminin, du singulier
et du pluriel. La femme est souvent présentée
comme un stéréotype, un idéal qui
n’existe pas. Il y a pluralité des femmes.
Document iconographique représentant les « 
munitionnettes ». Pourquoi ce diminutif péjoratif
 ? La femme conduisant un tramway, quelle est la signification
d’un tel document ?
Trois débats aujourd’hui en France :
- Abandonne-t-on l’histoire des femmes quand on
fait l’histoire des genres ?
- L’histoire des genres est-elle seulement une
histoire des pouvoirs et des hiérarchies ?
- Relation entre sexe et genre, est-ce réduire
la rapport entre nature et culture ? ( question de l’histoire
des sciences)


HISTOIRE DES GENRES
Expérience menée à Paris I pendant
trois ans dans le cadre d’un séminaire
de maîtrise/DEA avec non pas un mais quatre maîtres
de conférence, chacun spécialiste d’une
période.

Jean Sérandour
précise l’intérêt du thème
pour la formation des élèves. Ces derniers
prennent conscience de la dissymétrie de l’héritage
transmis.
Le thème les femmes dans la guerre est pratiquement
toujours présenté dans un dossier et non
dans la leçon. Comment l’enseignant peut-il
intégrer les deux ?
La poursuite des travaux est nécessaire. Il est
important d’échanger nos pratiques.

 

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