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Publié : 18 septembre 2005

Blois 2004 : La place de la biographie dans les préoccupations et le travail de l’historien aujourd’hui

Rencontre biographique animée par François Lebrun

 

 


LA PLACE DE LA BIOGRAPHIE DANS LES PRÉOCCUPATIONS ET LE TRAVAIL DE L’HISTORIEN AUJOURD’HUI


Rencontre biographique animée par François Lebrun, avec
Pierre Milza et Pierre Serna.

 

Le mot « place » est tout d’abord
à prendre en considération : s’agit-il
d’une place majeure ? ...D’une place mineure
 ? Le problème est d’importance car cela
sous-entend la place que l’historien accorde à
l’individu dans l’Histoire.
Louis XIV…Jules César…Napoléon…ont-ils
par leur personne infléchi leur temps ?

La biographie historique ne s’intéresse
pas forcément qu’aux grands hommes. L’historien
peut s’attacher à une personnalité
de second plan qui lui paraît susceptible de représenter
une époque, une profession…voire à
un personnage totalement inconnu, tel Louis François
Pinagot, « ressuscité » en quelque
sorte par les travaux d’A.Corbin…

Pierre Milza explique être tardivement passé
au genre biographique mais qu’il était
déjà sensible au fait biographique comme
facteur d’explication de l’Histoire, au
rôle des hommes, petits ou grands dans le façonnement
de l’Histoire.
Il s’est intéressé à des
individus dont le poids a été déterminant
à un moment ou à un autre.
Quelle biographie faire ?
Mussolini…Napoléon III…Louis XIV…
Un homme politique, une biographie politique.
Mais un autre choix peut être fait : Une biographie
doit être aussi totale que possible.
Si Mussolini prend une décision, il le fait avec
son histoire individuelle, produit de son milieu, des
hasards de sa vie…On ne peut évacuer la
personnalité, l’individu donc la vie privée,
d’autant plus que le choix de l’individu
peut être lié à son histoire personnelle.
Il est porté par l’instant.
Référence est faite à une fiction
télévisée, Thérèse
et Léon. (Léon Blum et sa deuxième
épouse) au moment où se pose le problème
de l’intervention ou non de la France dans la
guerre d’Espagne. Quand Blum prend sa décision,
il est seul ; sa femme, qui lui est très proche,
est en train de mourir d’un cancer…Le fait
de savoir que cet homme vit un drame familial ne fait
plus voir de la même façon le meeting au
cours duquel il annonce aux camarades qu’il n’a
pas été élu pour faire la guerre.
On ne peut séparer personnage public et personnage
privé.

Pierre Serna explique qu’à l’inverse
des historiens académiques, il a débuté
dans sa carrière par une biographie, sujet de
thèse sous la direction de Michel Vovelle, Antonelle,
aristocrate révolutionnaire, 1747-1817 bien que
la biographie ait souvent été considérée
comme une lecture pour petit bourgeois.
Faut-il écrire une biographie de la naissance
à la mort ou est-il plus intéressant,
plus valorisant de problématiser ? L’idée
que le personnage étudié n’est pas
forcément historique mais qu’il a vécu
dans un temps historique permet de réintégrer
la biographie dans un cadre pluri disciplinaires, celui
des sciences sociales.
Antonelle, noble perclus des us et coutumes de l’Ancien
régime devient un révolutionnaire d’extrême
gauche… Il vit dans un entre deux permanent
Un sociologue compare la biographie à un plan
de métro : étudier une ligne de métro
avec les noms des stations, des personnes qui montent
et descendent, des croisements… Il faut faire
des choix. Le biographe connaît le nom de la fin
de la ligne ; on a plusieurs projets de vie donc plusieurs
choix en même temps.
Le choix renvoie à une autre dimension ; la biographie
est un objet d’histoire totale.

Qu’est- ce que le biographe est capable de proposer
 ?

Les sources, les Archives nationales : Antonelle est
arrêté par la police en 1796, ses papiers
sont alors mis sous séquestre par la police.
Parmi ces papiers, sa correspondance amoureuse fort
peu anodine. Que faire d’un tel document ? Quel
lien établir avec ce juré au tribunal
révolutionnaire à la sévérité
implacable ? Quel lien entre cet homme qui inflige des
coups dans la vie publique et en reçoit dans
le privé ? Quel lien entre l’histoire et
la psychanalyse ? ( le couple bourreau/victime…pulsion
pré - masochiste…difficulté de la
réflexion sur le rapport de domination…)

La question privé/public pose la question de
la chose dont on fait l’histoire.
Fait-on l’histoire d’un individu ? D’une
personne ? D’un acteur ?

Un des aspects de la biographie : étudier autre
chose que la personne.
Histoire de la famille sous l’Ancien régime,
histoire d’un objet vivant, le couple, la famille
La biographie peut être l’histoire d’une
structure de personnes ensemble, des lieux d’interrelations
entre ces personnes.

Autre perspective : la biographie comparée de
860 personnes, essai sur l’histoire des « 
girouettes » pendant la Révolution…
Notion de biographie comparée.

L’historien démographe pourrait se considérer
comme un biographe.

L’historien biographe use-t-il d’instruments,
d’archives spécifiques par rapport à
l’historien du politique, de l’économie
 ?
Il faut tout d’abord se positionner dans l’historiographie.
Il n’y a pas de spécificité des
sources.
Aujourd’hui quand on travaille sur une biographie,
on ne considère jamais la personne seule mais
on prend en considération la notion de réseau.

- Deux travaux intéressants sur Bonaparte :
Celui de Thierry Lentz, Le grand Consulat : il est question
plus d’une équipe que d’un homme,
équipe forte des acquis de la Révolution
et qui, dans une période de très forte
mutation, renforce le modèle républicain.
- Celui d’un historien new-yorkais, Isaac Woloch,
Napoléon and his collaborators, the making of
a dictatorship. Là encore, l’auteur étudie
une équipe...
On peut aussi parler de biographie collective quand
on étudie l’histoire de la mort, l’histoire
du duel au XVIIIè siècle à partir
des 5214 autopsies pratiquées sur la place de
Paris entre 1690 et 1791. Raconter les cinq dernières
minutes d’un certain nombre d’individus,
s’intéresser à l’histoire
de la mort, de la médecine, de l’institution
judiciaire, de la police parisienne…c’est
aussi une certaine façon de prendre l’objet
biographique.

Questions :
Quelles sources utiliser quand les personnages ne sont
pas historiques et que les fonds d’archives sont
plus ou moins inexistants ?
Quand le personnage n’est pas historique, il faut
construire sa recherche et inventer des outils méthodologiques,
se livrer à un travail d’enquête
voire de policier. Ainsi, on ne sait rien de l’arrière-grand-père
de Marcel Proust sauf qu’il était porcelainier,
il faut donc s’efforcer de retrouver des objets
et investir le domaine de la recherche industrielle…
Claude Mossé précise que pour travailler
sur le personnage d’Alexandre, il n’était
pas question d’archives mais qu’il était
nécessaire de consulter tous les écrits
historiographiques, écrits des historiens qui
ont vécu plusieurs siècles après
Alexandre ( Plutarque). Le travail consiste alors à
décrypter l’élaboration d’un
mythe autour du personnage d’Alexandre. L’intérêt
est l’élaboration de la construction de
la figure d’un personnage, un homme généreux,
un homme brutal ; on peut le considérer tantôt
comme le civilisateur de l’Orient, tantôt
comme le rêveur d’un monde universel, unissant
le monde grec et le monde oriental.
La question n’est plus du vrai ou du faux ; le
mythe dépasse les lignes chronologiques.

Pour Pierre Milza, il faut des biographies de déconstruction
mais aussi des biographies de construction pour des
lecteurs moins élitistes

 

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