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Publié : 18 septembre 2005

Blois 2003 : La colonisation est-elle responsable du sous-développement ?

Débat animé par François Lebrun.

LA COLONISATION EST-ELLE RESPONSABLE DU SOUS-DÉVELOPPEMENT ?

18 octobre 2003.
Débat organisé par la revue l’histoire.

Animateur : François Lebrun
Intervenants : Sylvie Brunel, Marc Ferro, Pierre Kipré, Jacques Marseille.

 

Introduction
Définition des termes :Marc Ferro
· Colonisation : mouvement de population qui vont contrôler d’autres territoires.
· Impérialisme : politique générale venant après la colonisation. Peut se passer de la présence des colons.
· Néo- colonialisme. Cf. Nkruma dans les années 60 qui la définit comme la situation d’un pays souverain mais dont les décisions essentielles émanent de l’extérieur.
· Aujourd’hui, il faudrait plutôt parler de néo- impérialisme mené par les multinationales.
Les mondes de l’Islam considèrent comme un drame la colonisation et se demandent comment ils ont pu devenir les esclaves de ceux qui avaient été leurs esclaves ; cela a crée un traumatisme. Pour l’Afrique, il n’y a pas cet aspect.
Dans quel mesure les Européens ont- ils utilisé des fragilités ? les états arabes étaient affaiblis. De même, la conquête de la corne de l’Afrique est facilitée par les moments de famine. Les Anglais ont l’opportunisme d’en profiter. C’est une faiblesse qui permet l’agression. Pourquoi ces pays étaient- ils si faibles ? Pas seulement à cause des famines. C’est l’incorporation de l’Afrique au marché mondial qui entraîne décomposition des structures qui mènent aux famines. Il faut faire la part de la nature (sécheresses), la part de l’économie (part de la traite, commerce au niveau mondial, amorce de la mondialisation).
Définition de sous- développement : Sylvie Brunel
L’Afrique connaît des situations diverses. Afrique plurielle. Il y a des réussites comme l’Ile Maurice, des NPI et des grandes puissances locales mais le continent affiche des critères qui attestent de son retard, des critères de pauvreté d’abord. L’Afrique a le plus de PMA ; en ce qui concerne l’IDH, le retard de l’Afrique se mesure au taux de mortalité infantile ce qui montre l’état de santé des femmes, leur statut social (âge au mariage), l’état des routes, l’état du système de santé. Le seuil de 50 pour mille est significatif à cet égard. En Europe, il est inférieur à 10 pour mille, en Asie de l’est elle est inférieur à 25 pour mille. En Afrique, le taux de mortalité infantile est de 100 pour mille. Le taux de mortalité juvénile est aussi significatif : 1,5 voire 2 enfants de moins de 5 ans sur 10.
L’espérance de vie qui avait fait des progrès : 52 ans au début des années 90 est aujourd’hui de moins de 50 ans. Une des principales causes en est le sida. 10% des adultes sont touchés par le sida.
L’analphabétisme touche les 2/3 des femmes des campagnes et 50% des enfants.
En plus l’Afrique est en marge des échanges internationaux ; l’Afrique ne représente que 2% des échanges internationaux. Mais il faut relativiser car 70% des activités africaines ne sont pas recensées, relèvent du secteur informel, de la contrebande aussi. Derrière la pauvreté apparente des états, il y a une certaine évolution de l’Afrique.
En 50 ans, on est passé en Afrique d’un monde vide à un monde plein de 5 hab/KM² à 30 hab/KM² ; de même la population passe de la campagne à la ville (40% de la population vivent en ville contre 5% au début du siècle) et la deuxième phase de la transition démographique est entamée ; en ville, les femmes ont moitié moins d’enfants qu’à la campagne. De même, il y a une certaine stabilité des frontières.
Deux parties :
1. l’époque de la colonisation
2. l’époque des indépendances

1. L’époque de la colonisation
La traite et ses conséquences continue à marquer les sociétés africaines actuelles. Les colonisateurs mettent fin au traumatisme de la traite mais ¼ des populations du sud du Sahara ont le statut d’esclaves. Les états enserrent des populations côtières qui pratiquaient la traite et les populations intérieures qui subissaient leurs razzias. La traite continue ainsi à marquer les populations des états actuels.

Peut-on parler du pillage de l’Afrique ?(intervention de Jacques Marseille).
On ne peut pas parler de pillage, mot qui fait allusion au partage du butin. Y-a-t-il eu un échange inégal ? Le choc entre une économie en cours d’industrialisation et d’une économie traditionnelle est-il à l’origine du sous-développement ? La question semblait réglée vers 1980, or l’interrogation ressurgit aujourd’hui, pourquoi ? Cela fait 20 ans que l’on assiste à un non développement de l’Afrique et surtout l’Afrique noire. Or dans le même temps, on assiste à un immense développement de l’Asie. A la fin de la période coloniale, le revenu par habitant des pays d’Afrique est supérieur à celui de l’Asie. Depuis l’indépendance, c’est l’inverse. (voir document joint).
Il est faux de penser que notre développement serait lié au pillage de l’Afrique. Le développement industriel s’est fait sur les propres ressources (matières premières) et avec ses propres débouchés.
Y-a-t-il eu dégradation de l’échange ?Est-ce que les marchandises achetées étaient sous payées ? Il ne semble pas qu’il y a une baisse des cours. (cf. tableau). Sur la longue durée, il n’y a pas eu de dégradation du terme de l’échange dans la période coloniale. En France, on a même soutenu des cours en payant en dehors des cours mondiaux dans les années 30. Le lègue le plus terrible, c’est d’avoir coupé l’Afrique de la réalité du marché mondial. L’Afrique a connu une croissance pendant la période coloniale plue forte que celle de l’Asie.
Les transferts de capitaux de l’Europe vers l’Afrique ont moins servi à l’investissement productif qu’au train de vie. Il n’y a pas eu apprentissage des problèmes économiques concurrentiels.

Réponse de M. Kipré :
En ce qui concerne le terme de l’échange, il faut se poser la question de savoir à qui profite l’échange : au paysan du village ou aux grandes entreprises coloniales ? Il y a eu une exploitation des populations. Le système économique des colonies est caractérisé par 4 éléments :
· L’économie de traite
· L’entreprise coloniale qui fixe les prix
· L’orientation, la désarticulation, la liquidation de tout ce qui concerne les échanges africains : les infrastructures (routes, chemin de fer) drainent les produits vers les côtes et les ports. Pas de prise en compte de la réalité africaine pour les échanges. De 1900 à 1959, on passe de 6% pour la part des colonies françaises dans le commerce français à 29% en 1959.
· La colonisation est un système. C’est une forme de totalitarisme.
L’Afrique est en retard, mais en retard par rapport à quoi ? Elle est en retard par rapport aux africains, par rapport au désir de liberté, par rapport au désir d’estime de soi. « un homme qui a faim n’est pas un homme libre » (Houphouet- Boigny).
Il y a eu une absence de rupture idéologique après la colonisation.

2. l’époque des indépendances.
Il y a une responsabilité des anciennes puissances mais aussi une responsabilité des Africains. Il y avait une telle frustration d’avoir été dominé et gouverné par d’autres que la colonisation du pays par ses élites a été le fait majeur. La principale industrie après l’indépendance fut l’administration. Au Gabon, il y a un député pour 6000 personnes (en France 1 pour 100000).
J. Marseille : pourquoi l’Afrique ne décolle-t-elle pas ?
Le pouvoir d’achat des Français a été multiplié par 3 pendant les 30 Glorieuses, or ils n’en n’ont pas tous eu conscience. Il y a une différence entre le réel et le perçu.
Comparons le pouvoir d’achat de la Corée et de la Côte d’Ivoire. Il y a 30 ans, le pouvoir d’achat de la Côte d’Ivoire est supérieur à celui des Coréens ; Aujourd’hui, celui des Coréens est 10 fois supérieur à celui des Ivoiriens.
L’Asie a investi dans l’alphabétisation. En outre, ce que vend l’Afrique n’intéresse plus et l’Afrique n’intéresse plus sur le plan stratégique. L’Afrique est marginalisée économiquement et géostratégiquement.

M. Kipré : L’indépendance a suscité un espoir extraordinaire. En 1975 le PNB/hab de la Côte d’Ivoire est de 287 dollars et celui de la Corée du Sud est de 246 $ ; aujourdh’hui, celui de la Côte d’Ivoire est de 660$ et celui de la Corée de 4000$.
L’alphabétisation est un long travail. Il y a aussi le problème linguistique (problème de l’enseignement des langues africaine jugé passéiste en Côte d’Ivoire par ex). La responsabilité des Africains est engagée. Chaque peuple doit se battre pour lui- même. Les indépendances sont récentes.
L’extraversion des économies a été exploitée par les multinationales mais aussi par les élites nationales dont la principale préoccupation est le pouvoir. Il n’y a pas encore conscience du développement comme dignité humaine.
Aujourd’hui, le monde n’est plus en guerre froide. Or au moment des indépendances, c’était la guerre froide ; les états africains ont reçu un encouragement de produire des matières premières agricoles au détriment de l’environnement : en Côte d’Ivoire, la forêt primaire représentait 14 millions d’ha en 1900, en 1995, elle est réduite à 2 million d’ha.
Il y a sahélisation de la Côte d’Ivoire.
Il y a coresponsabilité d’une situation .Héritage français de l’administratif. Les Africains ont hérité d’une manière de penser. Les universités formaient des administrateurs. En 1930, ex AOF : le taux de scolarisation est de 3% et en 1959 de 8% pour produire des auxiliaires de l’administration coloniale.

Conclusion : Sylvie Brunel (cf. tableau de synthèse sur les causes de la crise africaine).
Pendant 30 ans , on a eu, les 30 Glorieuses et la guerre froide ; les matières premières se vendaient bien et l’Est comme l’Ouest avait intérêt à garder l’Afrique dans son giron. Les pays africains sacrifiaient leur agriculture et connaissaient des états autoritaires. Au début des années 90, retournement : le marché des matières premières chute, il y a ingérence économique, on a démantelé le modèle de l’état rentier et la guerre froide a pris fin. L’Afrique a perdu son intérêt géopolitique. On a demandé à l’Afrique un processus de démocratisation alors qu’elle n’avait jamais pratiqué la démocratie. Il y a certes une responsabilité africaine mais qu’on a encouragé par intérêt.
Il y a une évolution depuis le 11 septembre : on note un renouveau d’intérêt pour l’Afrique et les ressources pétrolières du golfe de Guinée peuvent remplacer aux yeux des EU leur dépendance envers leur approvisionnement au MO.
Va-t-on assister à une revanche de l’Afrique ?

 

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