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Publié : 18 septembre 2005

Blois 2003 : Les villes, produits du terroir ou de la mondialisation ?

Débat animé par Odile Goerg. Notes Jean-Christophe Fichet.

 

LES VILLES, PRODUITS DU TERROIR OU DE LA MONDIALISATION ?

 


Animateurs :Odile Goerg, professeur à l’université de Paris VII et Jean-Luc Piermay, professeur à l’université Louis Pasteur de Strasbourg.
Intervenants : Chantal Chanson Jabeur, ingénieur de recherche à l’université Paris VII, Mercedes Volait, chargée de recherche au CNRS, Patrick Harries, professeur d’histoire africaine à l’université de Bâle et Faranira Rajaonah, professeur à l’université de Paris VII.

Les villes d’Afrique connaissent une croissance urbaine record depuis quarante ans. Elles vivent et rendent compte dans leurs paysages, des mutations profondes liées à une ouverture grandissante sur le monde : l’impact de la colonisation, des échanges inégaux (à macrocéphalie urbaine qui s ‘atténue cependant au bénéfice des villes moyennes), l’influence des organisations internationales, des institutions financières (discours sur la « bonne gouvernance »)… Ce que doivent les villes aux sociétés locales apparaît plus difficilement visible.
C’est autour de ces deux axes, les parts respectives de l’emprunt et de l’enracinement, que s’organise cette conférence. Après un rapide tour d’horizon de la diversité urbaine à l’échelle continentale, les intervenants ciblent sur quelques exemples particuliers illustrant cette trace plus ou moins sensible du terroir dans le paysage urbain.

L’ouverture au monde marque le paysage des villes d’Afrique du Nord. La diversité des paysages urbains en Egypte ( marques de la présence ottomane, anglaise, américaine dans les années 40, ou encore de la culture française) se retrouve également au Maghreb. La colonisation française, en Algérie et Tunisie notamment, est particulièrement visible. Le colonisateur a développé une « autre ville » enserrant la médina traditionnelle. Pour des considérations stratégiques il s’agit de marginaliser les accès à la mer pour la ville littorale. Cela a pour conséquences des « blessures urbanistiques ». Ainsi à Tunis, la ville européenne est construite sur la mer, sur des remblais. Ces quartiers sont aujourd’hui fragilisés.
En Afrique du Sud, il existe des villes avant l’arrivée des Blancs. La ségrégation introduit une rupture majeure. Il s’agit avec le principe de ségrégation de protéger l’indigène des « vices du capitalisme ». La ville devient alors le cœur de l’économie industrielle, de la modernité. La place de l’Africain est désormais cantonnée aux campagnes, aux réserves.
Le processus d’urbanisation à Madagascar remonte au moyen-âge. Les villes se sont développées à partir de ports. Antananarivo occupe une place plus particulière car plus marquée par le terroir : par son site de colline tout d’abord (le colonisateur ayant plus développé la plaine), par son architecture, enfin par sa population. 80% de la population de cette ville est originaire du centre de l’île. Elle est aussi empreinte d’un « christianisme approprié » qui participe de l’identité de la nation. Les temples inscrivent par exemple une marque forte dans le paysage de la ville.
L’Afrique centrale offre les taux d’urbanisation les plus élevés du continent et se distingue par une quasi absence d’urbanisation pré-coloniale. On assiste à des créations de villes ex-nihilo, où les quartiers européens sont séparés des quartiers africains. Le Congo belge est le territoire phare de cette colonisation et de cette urbanisation.
En Afrique occidentale, entité forgée par le colonisateur, coexistent des villes anciennes et des villes créées par le colonisateur. La diversité d’histoires, de civilisations, de façons de faire donne un schéma plus complexe où cohabitent une juxtaposition de traditions anciennes ( nord et sud du Nigéria, Niger…) et les créations ex-nihilo.

Quelques exemples révélateurs du poids des traditions locales, de l’influence des structurations sociales et politiques autochtones.

Le problème du foncier en Afrique centrale. Le foncier, l’accès à la terre est un enjeu majeur pour les citadins : trouver une parcelle de terre pour construire sa maison demande du temps. Dans les pays où l’Etat est affaibli, des acteurs concurrents se manifestent rapidement témoignant de ce fait de la résurgence de pouvoirs coutumiers pré-coloniaux. Ces derniers avancent à l’Etat des arguments d’autochtonie (« on est originaire d’ici ») ou invoquent les services rendus au temps de la colonisation (les « chefs médaillés ») pour obtenir cet accès à la terre. Cette concurrence entre pouvoirs traduit l’importance du fait ancien dans la construction du paysage urbain.
En Egypte, dans la ville du Caire, Héliopolis est aujourd’hui la banlieue principale de la ville. Construite en plein désert par un financier belge, le projet initial est de réserver cette ville nouvelle à la population européenne. C’est un échec et dans les années 30 l’élite égyptienne sort du Caire pour s’y installer. Aujourd’hui Héliopolis est un cœur administratif et politique ce qui lui confère une centralité par rapport au reste de la ville.
En Afrique du Sud, l’exemple du Cap : La ségrégation, puis l’apartheid ont organisé des villes construites sur la division spatiale. En 1994, la décision est prise de passer de gouvernements séparés en fonction des quartiers Blancs/Noirs, à un gouvernement commun. Dominé par les Noirs la politique urbaine passe ainsi entre leurs mains. Cela a permis l’amélioration de la qualité de vie dans les Townships ( accès à l’eau, à l’électricité, au téléphone). Cependant la ségrégation spatiale demeure très présente.
La place du marché dans la ville malgache. Outre sa vocation économique, le marché revêt une vocation sociale. C’est le lieu où historiquement le souverain vient communiquer ses décisions, c’est aussi l’espace de la discussion. Aujourd’hui il représente l’endroit de l’acculturation : pour les Européens, c’est une zone de rencontres, de contacts et pour les paysans le lieu de découverte des produits importés. Il garde une vocation politique : lieu d’expression des sensibilités diverses, tribune pour les prédicateurs des églises… Il incarne donc l’espace d’un rapport étroit entre terroir et mondialisation.
La question des transports au Maghreb. Les transports urbains sont mis en place et développés à partir de la fin du XIXe siècle. Auparavant dirigés par une entreprise qui avait la charge de les développer, la privatisation des transports urbains sous l’impulsion de la Banque mondiale, du FMI, a profondément bouleversé le paysage de la ville. La multiplication des micro-sociétés ( on comptabilise 5000 opérateurs de transports à Alger !) provoque une anarchie du transport paralysant souvent les villes.

Le temps n’a pas permis de développer un autre exemple d’imbrication entre influences locales et apports extérieurs, celui de l’architecture, de la maison d’habitation. Cet exemple a juste été évoqué en soulignant la diversité des styles, des matériaux empruntant à du local ou à de l’importé.

Jean-Christophe Fichet – Lycée Porte de Normandie, Verneuil / Avre.

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