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Publié : 17 septembre 2005

Blois 2003 : Jules Isaac et l’enseignement de l’histoire

Conférence de Dominique Borne ; Notes de M.-M. Barle

 

JULES ISAAC ET L’ENSEIGNEMENT DE L’HISTOIRE

Conférence prononcée par Dominique Borne, doyen de l’Inspection générale

 

Communication réalisée à partir de l’étude des archives de J. Isaac conservées à la bibliothèque Méjane d’Aix-en-Provence : correspondance (mais les lettres ont été recopiées par leur auteur, donc quel crédit exact leur accorder ?), fiches d’inspections (800 environ, dont seulement une petite partie a été dépouillée), etc.

Biographie : J. Isaac, 1877 – 1963, donc une vie ancrée dans une génération marquée par l’affaire Dreyfus (il a vingt ans au moment du « J’accuse » de Zola et son père est officier juif) et par la Grande Guerre (il est blessé à Verdun en 1917) ; le choix de l’histoire peut donc apparaître comme un moyen de réfléchir sur son temps, un choix de l’action. Agrégé en 1902, il est nommé professeur à Nice puis à Sens, Saint Etienne et Lyon avant d’être nommé au lycée Saint Louis à Paris. Il débute une thèse sur le XVI° siècle avant la guerre mais cette dernière le pousse à changer de sujet et à travailler sur l’époque contemporaine (Cf. P. Renouvin). Dans les années vingt, il est introduit auprès des éditions Hachette par E. Lavisse pour poursuivre le travail engagé par Malet qui est mort en 1915 ; la collection de manuels (sept volumes de 1923 à 1930) portera les noms de « Malet et Isaac » sans qu’il y ait jamais eu de collaboration réelle entre les deux hommes. En 1936, J. Isaac est nommé inspecteur général de l’Enseignement public, révoqué par Vichy en 1940, il est réintégré à la Libération et consacre la fin de sa vie à des travaux sur l’antisémitisme (sa femme fut déportée à Auschwitz).

La formation de l’historien : Après un succès brillant au baccalauréat, il entre en classes préparatoires, mais il semble que ces deux années ne lui aient laissé qu’un médiocre souvenir et il ne rentre pas à l’Ecole Normale Supérieure. Etudiant dans la nouvelle Sorbonne fraîchement reconstruite, il est l’élève de Langlois et Seignobos et subit aussi l’influence de Lavisse à une époque de professionnalisation du métier d’historien (la licence d’histoire est créée en 1880), dans un contexte d’intense rivalité avec l’Allemagne ; il est aussi un admirateur du géographe P. Vidal de la Blache. Il est reçu à l’agrégation en même temps que L. Fèbvre.

Le professeur : Dans ses débuts au lycée Masséna à Nice, il se compare à « un entraîneur sportif », « vivant narrateur et rigoureux analyste » et se montre ouvert à la pédagogie, soucieux de montrer des documents (textes et images), donc un enseignant novateur pour son époque. Sa correspondance évoque la solitude du métier : aucune allusion à ses collègues, seuls les élèves sont au centre du propos.

Les manuels : J. Isaac apporte beaucoup d’innovations à la collection Hachette ; l’inclusion de « textes documentaires », d’illustrations qui laissent une large place aux « grands hommes », mais aussi de reproductions d’œuvres d’art commentées avec une sensibilité très moderne. Une certaine volonté d’objectivité préside aux leçons consacrées aux rapports franco-allemands (nous sommes dans les années trente !) qui opposent souvent un texte français à un texte allemand ; néanmoins la présentation ne permet pas de douter de « la bonne version » !

L’inspecteur : Les 800 fiches de rapports sur les enseignants attestent de 250 inspections annuelles de 1936 à 1939 ! Leur contenu révèle une modernité déjà évoquée. Il dénonce un contenu d’enseignement trop ambitieux (par exemple, de longues digressions sur les relations franco-anglaises sous Louis XI en classe de Troisième !), un phénomène de surenchère d’érudition de la part du professeur lors de la visite de l’inspecteur (le renom de J. Isaac l’explique sans doute)… Il préconise le choix essentiel de quelques faits, d’une problématique claire (même si le terme n’est pas explicitement employé) et d’une charpente de cours apparente. Il conseille de faire établir un résumé dans les petites classes, de faire participer l’ensemble des élèves au dialogue et il insiste sur la nécessité de conjuguer la rigueur d’exposition avec la facilité de narration. Enfin, la méthode du cours dicté est prohibée…
Nil novi sub sole… Par contre, ces fiches font très peu allusion à l’usage du manuel : peut-on y voir un souci de modestie de l’auteur de collection ? Dans l’ensemble, J. Isaac se montre défavorable à l’école marxiste tout autant qu’à celle des Annales en condamnant l’interprétation des faits qui montre une influence prépondérante des faits économiques ou des masses par rapport à celle des individus. Il s’agit donc d’une conception de l’enseignement moderne dans les méthodes mais qui reste classique dans le contenu.

Après la seconde guerre et au début de la massification de l’enseignement (l’examen d’entrée en sixième disparaît en 1957), J. Isaac reste fidèle à l’Ecole élitiste et regrette la disparition progressive de l’histoire évènementielle : une vie mise en cause par des évolutions…

Compte rendu rédigé par M.M. Barle, Lycée Porte de Normandie, Verneuil-sur-Avre.

 

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