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Publié : 17 septembre 2005

Blois 2003 : Traites et esclavage

Conférence d’Elikia M’Bokolo. Notes de M.-M. Barle

TRAITES ET ESCLAVAGES


Conférence prononcée par Elikia M’Bokolo,
directeur d’études à l’EHESS

 


La traite est un phénomène propre à l’Afrique à la fois par sa durée et par son ampleur géographique ; ses résonances sont immenses : longtemps l’amalgame a été fait entre nègres et noirs, esclaves et Africains, et aujourd’hui encore ne dit-on pas « travailler comme un nègre » ou « être le nègre de quelqu’un » ?

Notions fondamentales : les premiers à « importer » des Africains sont les musulmans (dès le VII° siècle) qui justifient la servitude par l’impiété des Africains. Leur usage, concubines, domestiques, eunuques, leur a parfois permis de jouer un rôle, y compris politique, sans mesure avec leur servitude. Ces esclaves pouvaient aussi être soldats ou ouvriers agricoles. Le contexte de pénurie de blé, de sucre, d’or et de main d’œuvre en Europe pendant les années 1440 / 1490, pousse les Portugais à explorer l’Afrique d’où ils rapportent des esclaves, entre autres marchandises, à moins qu’ils ne les vendent dans d’autres régions africaines. Au début du XVI° siècle, commence le prélèvement direct des esclaves par les Américains sous forme de razzias d’abord, de commerce ensuite, pour assurer un marché plus régulier. Aucune région n’échappe à ce trafic : côtes de l’Atlantique, côtes de l’océan Indien, ni aucune religion : musulmans, protestants et catholiques pratiquent la traite. A la fin du XVIII° siècle, s’ouvre un débat en Europe sur la légitimité de ce commerce et le déclin de la traite débute lentement.

Discussion de certaines affirmations : il y a actuellement une banalisation de l’idée « révisionniste » selon laquelle la traite aurait été un commerce comme un autre, alors que, dès la fin du XVI° siècle, des intellectuels musulmans ou chrétiens ont rédigé des plaidoyers contre l’esclavage ; d’autre part, le rôle de l’Afrique et la part de responsabilité des Africains dans la traite conduit à affirmer de manière outrageusement généralisante « les Africains ont participé à la traite », en oubliant que certains dirigeants de communautés politiques et en particulier ceux qui avaient été christianisés, se sont opposés à ce commerce au Gabon, au Congo… Ceci prouve que cette question est toujours d’actualité.

Comment gérer ce passé ? Les débats portent actuellement en Afrique sur la condition des noirs en pays musulmans ; ils opposent aussi les Africains du continent et ceux de la diaspora ; peut-on « réparer la traite » ? Si oui, comment (toute réparation financière assimilerait la traite à un simple « commerce ») ?
En France, terre de la démocratie des droits de l’homme et du christianisme où l’on a longtemps gommé tout ce qui ne cadrait pas avec cette image, une loi qualifie la traite des noirs de « crime contre l’humanité ».
Il est temps de rendre à la traite la place qui lui revient et de lui reconnaître le rôle qu’elle a tenu dans la constitution du monde : c’est une déportation et un crime.

Compte rendu rédigé par M.M. Barle, Lycée Porte de Normandie, Verneuil-sur-Avre.

 

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