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Publié : 17 septembre 2005

Blois 2001 : L’histoire en vie, l’engagement au XXème siècle

Débat animé par Philippe Bertrand (France Inter). Notes de Chantal Cormont.

 


L’HISTOIRE EN VIE, L’ENGAGEMENT AU XXème SIÈCLE

 

"
Le Café littéraire "
Débat animé par Philippe Bertrand de France
Inter
Avec Jean Lacouture et Pierre Milza


Jean Lacouture, journaliste et écrivain, passionné
d’histoire politique, est spécialiste de biographies
de contemporains qui ont marqué la deuxième
moitié du XXème siècle : Hô
Chi Minh, Nasser, Malraux, de Gaulle (plusieurs biographies),
Mitterrand…

Pierre
Milza est spécialiste de l’histoire du fascisme
et de l’Italie des XIXème et XXème siècles.
Il a écrit une biographie de Mussolini et vient
de publier une biographie de Verdi.

 

PRESENTATION

Les
questions posées à l’écrivain et
à l’historien, témoins engagés de
leur temps depuis un demi-siècle, ont permis d’évoquer
 :
- Les conditions d’émergence d’une biographie.
- L’intérêt et le succès des biographies.
- Le rapport entre les grands hommes et l’histoire.
- Les racines de l’engagement.

Entre
les deux hommes, au delà des différences
d’approche des événements et des personnages,
on trouve une implication personnelle pour comprendre
l’histoire du temps présent, un même souci
de rectitude et un grand respect pour le travail et l’engagement
de l’autre.

 

DEVELOPPEMENT

LES
CONDITIONS D’EMERGENCE D’UNE BIOGRAPHIE

Le
choix du personnage : les règles du genre

Peut-on
faire la biographie de tout le monde ?

Pour
Jean Lacouture, il faut un personnage émergent,
c’est-à-dire une personnalité dotée
" d’une force d’attraction ". La biographie
d’un personnage secondaire ne peut avoir autant d’intérêt.
Paul Reynaud intéresse moins que de Gaulle. "
Le sujet est premier, il prime sur le talent de l’écrivain
".

Mais
peut-on faire la biographie de personnages contemporains
au ban de l’histoire : Hitler, Staline ?


Les deux intervenants rejettent catégoriquement
l’éventualité pour des raisons subjectives.
Jean Lacouture ne peut faire la biographie d’un personnage
qu’il n’apprécie pas, d’autant plus qu’elle nécessite
une coexistence spirituelle ou effective de deux à
trois ans avec le personnage. Contact qui crée
un " lien consubstantiel " entre le biographe
et son personnage. L’écrivain dit d’ailleurs "
j’ai vécu avec Montaigne pendant deux ans, je vais
passer deux ans avec Montesquieu ". C’est pourquoi
il a surtout écrit des biographies d’admiration
sur : Malraux, Mauriac, Champollion, de Gaulle…
Milza parle de nécessaire empathie et avoue n’avoir
pas trop de mal à se mettre " dans la peau
du personnage ". Il reconnaît : " quand
les personnes sont trop loin de moi, je ne me sens pas
en état de traiter ces personnages ".
Il a écrit une biographie de Mussolini car il s’intéresse
aux changements d’orientations politiques. Il affirme
 : " quand soi-même on a évolué
politiquement, on peut mieux comprendre le personnage
".
Ecrire une biographie conduit donc à rentrer dans
la vie des gens. Mais les deux biographes rejettent unanimement
l’expression d’ " autopsie " employée
par le journaliste pour décrire leurs investigations,
surtout lorsqu’elles concernent des gens en vie.

Est-il
possible d’écrire une biographie objective ?

L’objectivité
est une règle historique que Jean Lacouture ne
se sent pas tenu de respecter. Partant du constat que
le biographe est dominé par son personnage, il
n’y croît pas et reconnaît traiter le sujet
de manière engagée et personnelle.
Privilégiant les sources orales aux sources écrites,
pourrait-il faire autrement ?
Par contre, Milza se méfie de la subjectivité
et a le souci de replacer le personnage dans son contexte
historique.

La
biographie d’un personnage vivant entraîne-t-elle
" une prise de risque " ?

L’exploitation
de la vie privée d’un personnage vivant est délicate.
Or, comme le souligne Pierre Milza, la compréhension
globale d’un personnage passe par la vie privée.
Ainsi Mussolini préoccupé par la poliomyélite
de sa fille est absent pendant deux mois de la scène
politique et charge Ciano de s’occuper de la guerre d’Ethiopie.
Jean Lacouture apporte toutefois quelques nuances, et
à propos de Malraux, signale qu’il est parfois
plus facile d’œuvrer du vivant des personnes, car
les veuves sont particulièrement redoutables. Mais
il reconnaît que la biographie de Mitterand a été
difficile à gérer du vivant de l’homme et
après sa disparition, tant à cause de la
famille que de l’opinion publique.

Le
biographe doit-il tout dire ou s’autocensurer ?

Pour
Jean Lacouture, l’art du biographe consiste à laisser
des zones d’ombre pour permettre au lecteur de se faire
une idée.

Les
motivations des biographes

Les
motivations de l’écrivain et de l’historien biographes
diffèrent.
Pour Jean Lacouture, l’admiration de certains personnages
a suscité l’envie d’écrire des biographies.
La personnalité " savoureuse " d’Hô
Chi Minh a été déterminante.

C’est
porté par un courant, à la suite de la parution
du Louis XI de Kendall que Pierre Milza a été
attiré par la biographie.
La biographie de Verdi n’est pas une œuvre de circonstance
même si sa parution coïncide avec une date
anniversaire. Il ne faut pas non plus y voir une œuvre
de délassement du seul fait que l’auteur aborde
le XIXème siècle. Considérant que
les racines du XXème siècle plongent dans
le XIXème siècle et que la dimension politique
est sous-jacente lorsque Verdi critique Wagner, l’historien
ne s’éloigne pas vraiment de son champ d’étude
habituel.

BIOGRAPHIE
ET HISTOIRE

L’importance
des personnages dans l’histoire

Jean
Lacouture et Milza s’accordent à penser que les
individus peuvent jouer un rôle important et faire
basculer l’histoire.
Pour Jean Lacouture, qui avait la formation historique
de l’école des annales (l’histoire de la longue
durée, des grandes masses), c’est la rencontre
avec les acteurs de l’histoire de la décolonisation
qui a forgé sa conviction sur l’importance des
hommes. Quelle surprise de découvrir que dans les
maquis de la décolonisation couraient les noms
de Hô Chi Minh, Bourguiba, Nasser.
Pierre Milza pense aussi que les explications marxistes
par les structures ont leur limite.

Le
problème de la révision en histoire

En
écrivain ou en historien de l’histoire immédiate
ou contemporaine, les auteurs sont conscients que leurs
publications appellent des correctifs.
Jean Lacouture regrette de ne pas avoir mis l’accent sur
" l’encagement " des hommes au Vietnam, et sur
le régime policier de Nasser, dans une biographie
écrite en réaction contre l’assimilation
de Nasser à Hitler. Pour lui, la tentation est
grande de réécrire ces ouvrages. Pour Milza,
le moyen le plus honnête pour faire de la révision
en histoire, est d’ajouter un avant-propos justificatif
dans les ouvrages dépassés. C’est chose
faite dans l’ouvrage sur le fascisme.

L’intérêt
de la biographie en histoire

Qu’apporte
une biographie ?

Pierre
Milza réfute l’idée que la biographie est
un travail d’amateur et provisoire en attendant les travaux
des historiens.
Pour lui, elle permet de traiter le sujet différemment

(tel Mussolini) et de présenter une époque
de manière plus vivante au public.

Comment
expliquer le succès des biographies ?

Pour
Jean Lacouture, la biographie est venue remplir le vide
littéraire et l’héroïsation plaît.
Réfutant l’idée qu’elle flatte le voyeurisme
du lecteur, Pierre Milza estime qu’elle lui permet de
mieux comprendre un événement historique.

LES
RACINES DE L’ENGAGEMENT

C’est
la rencontre de personnalités charismatiques, particulièrement
d’Hô Chi Minh, qui détermina l’engagement
de Jean Lacouture dans la cause de la décolonisation.
Il estime d’ailleurs " qu’une cause qui s’organise
autour d’une grande personnalité est plus prégnante
".
L’engagement de Pierre Milza date de la guerre froide
(1950), motivé exclusivement par une cause. Il
considère que les racines de l’engagement sont
antérieures et qu’on n’est jamais le premier à
s’engager.

 


Débat

Il
est ressorti que la France est la terre privilégiée
de l’engagement (CF Le Goff, Les intellectuels au Moyen
Age).

Le
débat a aussi permis d’évoquer :
- L’engagement en 1945 : d’influence marxiste, phénomène
de mode intellectuelle suscité par Jean-Paul Sartre
qui invente la notion d’engagement.
- Des personnalités héroïques du XXème
siècle : Mandela et Jean Paul II selon Lacouture.
- Des projets d’étude : sur des savants (Lacouture),
le roi Juan Carlos et des personnages issus de l’immigration
et emblématiques de l’intégration : Coppa,
Platini, Zidane (Milza).


Chantal Cormont,
Professeur certifié hors classe
Histoire-Géographie
au Collège de Buchy.

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