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Publié : 17 septembre 2005

Blois 2001 : Le fleuve entre nature et sociétés

Débat animé par Philippe Leveau. Notes de Chantal Cormont.


LE FLEUVE ENTRE NATURE ET SOCIÉTÉs

 

Débat
animé par
Philippe Leveau, spécialiste
d’histoire romaine et d’archéologie.

Intervenants
 :

-
Stéphane Lebecq, spécialiste d’histoire
médiévale. Etudes sur la mer et les sociétés
maritimes et sur l’économie fluviale au début
du Moyen Age.

-
Brigitte Maillard, spécialiste d’histoire moderne.
Etudes sur les campagnes de Touraine au XVIIIe siècle
et sur l’histoire de la Loire, en collaboration avec J.
Burnouf.

-
Mireille Provansal, géographe géomorphologue.
Etude du Rhône et de la Camargue.

-
Un professeur des fluides de l’Ecole des Ponts et Chaussées.
Etude sur les sociétés humaines et leur
rapport avec l’eau, du Néolithique au Moyen Age.

 

Présentation

Alors
que le fleuve est par excellence un objet de la recherche
géographique, force est de constater qu’il n’est
pas un objet historique et qu’il y a, par conséquent,
un vide historiographique patent.

Les
études historiques sur le fleuve sont donc fragmentaires
et offrent une grande diversité d’approche.
Le fleuve a été étudié pour
ses usages, ses rapports avec la religion et le pouvoir
(le pouvoir appartient à celui qui maîtrise
la crue).
Le concept de fleuve-frontière, typiquement français,
s’est imposé pour la période moderne. Pour
d’autres historiens, le fleuve est perçu comme
un axe vital, permettant les contacts et les échanges.

Le
fleuve traduit aussi les évolutions environnementales.
Dans le rapport entre le fleuve et l’occupation humaine,
il faut se garder de faire du déterminisme géographique.

 

Les
grandes lignes directrices

I
Le fleuve comme objet de recherche en histoire et en géographie.

II
La diversité d’approche du fleuve dans les études
historiques.

III
L’évolution environnementale et l’occupation humaine.

 

Les
fleuves mentionnés :

-
Le Tibre.
- Le Rhin. La Meuse.
- Le Rhône. La Loire.
- La Dordogne.
- Le Fleuve jaune en Chine.


Développement :

Le
fleuve comme objet de recherche en histoire et en géographie

Le
fleuve n’a pas été étudié
comme objet historique.
Les historiens l’ont perçu comme un concept pour
décrire l’espace : comme un obstacle topographique
intervenant dans la construction d’un espace politique.

Parmi
les rares études spécifiques, il y a :

-
des études médiévales sur la Meuse
faites par le Français Maurice Lombard et surtout
des Belges.

-
L’ouvrage de Roger Dion, Les levées de la Loire
qui utilise des documents historiques et montre l’interaction
homme-milieu.

-
La thèse de Mme Coquela : Un fleuve et ses hommes
 : la Dordogne.

Par
contre, le fleuve est un objet évident de recherche
géographique. C’est une entité physique
et un élément de l’organisation de l’espace
et du cycle de l’eau.
Il y a d’ailleurs un renouveau de la recherche sur les
fleuves.

L’approche
du fleuve par les historiens

Comme
fonctions du fleuve, les historiens ont perçu :

-
la voie de transport, thème récurrent de
l’histoire.

-
Sa fonction nourricière.

-
Son rôle de frontière, thème développé
dans les thèses anciennes. Ainsi, le Rhin et le
Danube apparaissent comme les frontières continentales
de l’empire romain, malgré un glacis de défense.

A
l’époque moderne, le fleuve est perçu comme
une frontière naturelle. Ainsi le Rhin est considéré
comme une bonne frontière pour l’Alsace. Pour le
Nord, la frontière s’éloigne de la Somme,
mais ne peut atteindre la rive gauche du Rhin.
Ainsi s’impose la conception de linéarisation des
frontières qui se cartographie. La carte de Cassini
permet aux Français de visualiser leur territoire
et renforce l’intérêt pour les fleuves.

S’appuyant
sur l’exemple du moine de Marmontel qui délimite
la Touraine par ses " flumen ", un universitaire
intervenant dans le débat, montre que le concept
de frontière linéaire s’affirme déjà
au Moyen Age, à l’encontre du no man’s land frontalier.

S.
Lebecq apporte quelques nuances sur le fleuve-limite.
Il précise que même en position de frontière,
le Rhin est pour les Francs un axe vivifiant, stimulant
les échanges (d’armes et de vaisselle). Il souligne
aussi que, favorisant l’éclosion de villes à
l’emplacement des gués (Maastricht, Utrecht), le
fleuve est aussi un lieu de passage et de contacts.

L’évolution
environnementale et l’occupation humaine

L’étude
du fleuve est fondamentale pour connaître les évolutions
environnementales. Elle permet de connaître les
changements de climat qui entraînent un remodelage
des paysages fluviaux. D’importants changements datent
du petit âge glaciaire.
Les traces d’installations humaines permettent aussi de
faire avancer la connaissance du fleuve. Exemple : les
pêcheries des monastères au Moyen Age sont
construites sur des canaux de dérivation.
Mais il faut se garder de tout déterminisme entre
le milieu physique et l’occupation humaine.

Les aménagements des fleuves ne renvoient pas seulement
au milieu physique mais à des héritages.
Exemple : on peut constater que quels que soient le site
et les risques, les villes sont restées au même
endroit au cours de l’histoire.
De même, le réhaussement de la ville d’Arles,
à plusieurs reprises, est sans rapport avec le
niveau du fleuve.

Les
facteurs politiques et économiques sont aussi déterminants.
Concernant la Loire, le développement de l’agriculture
a été privilégié à
la navigation.
Sous Colbert, on a décidé de construire
les levées de la Loire et de supprimer les déversoirs.
Ce choix, qui entraîne la surélévation
du niveau du fleuve, est responsable des crues catastrophiques
au XVIIIe siècle. Avec la suppression, à
la Révolution, du corps des ingénieurs pour
surveiller le fleuve, des brèches catastrophiques
dans les levées se produisent et conduisent au
XIXe siècle à rétablir les déversoirs.
Les divagations du Fleuve jaune en Chine ont aussi posé
la question des techniques hydrauliques pour lutter contre
les crues.

L’étude
du fleuve est un champ ouvert pour les historiens.
Les géographes leur reconnaissent un rôle
important dans l’analyse des risques de crue et l’étude
du rapport entre le fleuve et l’invention des techniques
hydrauliques.


Chantal Cormont,
Professeur certifié hors classe
Histoire-Géographie
au Collège de Buchy.

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