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Publié : 17 septembre 2005

Blois 2001 : Du déluge au réchauffement de la terre, les catastrophes naturelles dans l’histoire

Débat animé par B. Vincent. Notes de Chantal Cormont

 


DU DÉLUGE AU RÉCHAUFFEMENT DE LA TERRE : LES CATASTROPHES NATURELLES DANS L’HISTOIRE

 

Débat
animé par

Bernard Vincent, spécia
liste
de l’Histoire de l’Espagne et des tremblements de terre.

Intervenants
 :

Jean
Andreau, histoire romaine : étude du séisme
de Pompéi ;
Jacques Berlioz, histoire médiévale ;
Anne-Marie Granet-Abisset, histoire moderne et contemporaine,
spécialiste des avalanches ;
Alain Musset, spécialiste de géographie
historique, auteur de l’ouvrage Dans l’œil du
cyclone
.


Présentation

B.
Vincent a souligné l’originalité de ce champ
historique. L’histoire des catastrophes naturelles est
récente. Elle apparaît peu dans les manuels
du secondaire, contrairement aux pandémies.

Le
sujet est à première vue scientifique. Faut-il
craindre une " intrusion des historiens " ?

Les
thèmes abordés : la trace des événements,
l’implication des hommes, l’utilité des historiens
montrent que les catastrophes naturelles sont aussi un
objet historique.

 

Les
grandes lignes directrices

I
Les sources selon les périodes historiques et les
lieux.

II
Les causalités d’après les interprétations
des populations.

III
La réaction des populations et la notion de risque.

IV
Les conséquences positives des catastrophes naturelles.

V
Le rôle de l’historien.

 

Les
catastrophes naturelles mentionnées :

60
 : Le séisme en Arménie.
62 : Le séisme de Pompéi.
79 : L’éruption volcanique de Pompéi.
1219 : Les inondations de Grenoble.
XIIIe s : L’effondrement du Mont Granier (Savoie).
1687 : Le tremblement de terre de Lima..
1957 : Les inondations dans le Queyras.
1985 : Le séisme de Mexico.
Le tremblement de terre au Salvador.
Les avalanches.


Développement

Au
préalable, les catastrophes naturelles ont été
définies comme des événements néfastes,
brutaux, inattendus, violents, limités dans le
temps, mais éventuellement répétitifs.

Elles
sont appréhendées par les historiens comme
un rapport entre un écosystème et un système
social.

Les
sources : l’importance des sources religieuses

Les
témoignages sur les catastrophes naturelles sont
nombreux dans l’Antiquité. Il y a surtout des inscriptions
votives et des témoignages archéologiques.
L’histoire médiévale dispose surtout de
sources narratives ecclésiastiques et de sources
comptables.
En histoire contemporaine, il faut exploiter la mémoire
des hommes. La valorisation ou l’oubli d’un événement
est significatif.

Les
causalités d’après les interprétations
des populations

Aussi
surprenante soit-elle, la coexistence des causalités
religieuses et naturelles se retrouve dans de nombreuses
sociétés et perdure.
Dans l’Antiquité, les catastrophes naturelles sont
vécues comme une rupture du pacte avec les dieux.
Mais cela n’exclut pas des causalités naturelles.
Exemple, pour Sénèque, les tremblements
de terre sont des phénomènes naturels.

Les
médiévistes peuvent difficilement connaître
la pensée profonde du peuple, puisque les clercs
imposent leur interprétation. Les textes religieux
allèguent toujours la punition divine, mais aussi
parfois des causes naturelles.

L’ambivalence
persiste dans les sociétés modernes. Lors
du tremblement de terre de Lima, en 1687, le vice-roi
recourt au divin mais aussi aux explications pseudo-scientifiques
de l’époque. On pense en effet que les tremblements
de terre sont dus à de l’air emprisonné
dans des grottes, qui cherche un passage. On propose alors
comme solution de creuser des puits pour libérer
l’air.

La
réaction des populations et la notion de risque

A
l’époque où on exige le risque zéro,
ce point est intéressant.
Toutes les études montrent que dans les sociétés
exposées, on assume le risque.
Dans les sociétés montagnardes de l’époque
moderne, la transmission par la pratique et l’éducation
des enfants est vitale.
Dans la vallée de Vallorcine, par précaution,
les hameaux sont séparés par un espace.
Quarante ans après l’effondrement du Mont Granier,
les lieux ont été reconquis pour faire de
la viticulture.

La
réaction des populations face au danger est sans
doute positive.
Après la période d’accablement, suivent
des mesures. Après la peste d’Athènes, des
mesures de recomposition sont prises : on intègre
des barbares et, sous Marc Aurèle, des esclaves
et des gladiateurs.
En Amérique latine, après le rituel de déploration
de la catastrophe, la société civile se
concerte et agit (en conseil de ville élargi).
On envisage même, dans certains cas, le transfert
de la ville en un lieu sableux, sans grotte, sans courants
d’air...
En montagne, la catastrophe entraîne la critique
de l’Administration, assortie d’une demande de dégrèvement
fiscal et d’aide, et des discussions contradictoires sur
l’opportunité du boisement ou du déboisement.
Au Moyen-Age, la catastrophe naturelle sert le prince,
en lui permettant d’agir selon " le fait du prince
". Exemple : après une terrible famine au
XIIe siècle, la décision du Comte de Flandre
d’autoriser la consommation du houblon et du vin montre
son pouvoir (notamment sur l’évêque).

Les
conséquences positives

Avec
le recul, certaines catastrophes sont considérées
comme positives, par les contemporains eux mêmes.
Un exemple parmi d’autres : en favorisant le tourisme,
les inondations du Queyras ont été perçues
rétrospectivement comme une " bonne chose
".

Le
rôle de l’historien

Les
historiens s’accordent à dire qu’il est important
d’analyser et de communiquer les informations historiques
sur les catastrophes, notamment aux décideurs,
et de faire comprendre comment les sociétés
vivaient avec le risque.
Mais il faut savoir que le travail à partir d’archives
est long.
L’utilité des historiens commence à être
reconnue : l’Arménie a sollicité J. Berlioz
pour étudier le tremblement de terre de 60 (à
partir des archives du Vatican).

 

Le
débat

Il
fut question :

-
de restaurer la culture du risque,
- de l’oubli de certaines catastrophes naturelles (ex.
 : les inondations de la Loire),
- de la pertinence d’étudier des phénomènes
naturels à l’échelle des temps
historiques.


Chantal Cormont,
Professeur certifié hors classe
Histoire-Géographie
au Collège de Buchy.

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