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Publié : 17 septembre 2005

Blois 2001 : L’homme et la terre, population et subsistances dans la France de l’Ancien Régime

Conférence de François Lebrun. Notes de Chantal Cormont.

 


BLOIS 2001 : L’HOMME ET LA TERRE, POPULATION ET SUBSISTANCES DANS LA FRANCE DE L’ANCIEN RÉGIME

 

Conférence
de François Lebrun

Présentation

F.
Lebrun a montré que la situation des hommes sous
l’Ancien Régime est aussi dramatique que l’indiquent
certaines sources, autrefois controversées :

-
le tableau de La Bruyère sur les paysans, dans
Les Caractères, " De l’homme " , 1689.
- Le témoignage de Louis XIV sur la crise de 1661,
dans ses Mémoires pour l’instruction du Dauphin,
1661-1668.

Toutefois,
une distinction entre périodes normales et périodes
de crise s’impose.
Cet historien a aussi souligné la corrélation
entre les conditions naturelles, les subsistances et la
démographie.
Les études récentes de M. Lachiver (1) sur
les années de misère à la fin du
règne de Louis XIV ont permis d’affiner l’étude
quantitative.

Les
grandes lignes directrices

I
Alimentation et faiblesses structurelles de l’agriculture.

II
Les crises de subsistances.

III
Les crises sous le règne de Louis XIV et leurs
effets démographiques.

Au
centre de l’exposé, l’existence misérable
des hommes.

 

Développement

L’extrême
dépendance des hommes par rapport aux conditions
naturelles

Avec
une alimentation à base de pain, les faiblesses
structurelles de l’agriculture entraînent l’insuffisance
de la production céréalière et assurent
tout juste l’autosubsistance en période normale.
L’impossibilité de faire des stocks ne permet pas
de prévoir l’avenir, tandis que la lenteur des
moyens de communication ne permet pas de compter sur les
autres provinces.
Survienne un dérèglement climatique et c’est
la catastrophe.

La
nourriture insuffisante et le travail exténuant
créent une misère physiologique structurelle
qui prédispose aux épidémies.
M. Lachiver a évalué la production céréalière
annuelle à 46 400 000 quintaux pour 22 millions
d’habitants, soit 211 kg de grain et 250 kg de pain par
personne et par an et 750 g de pain par personne et par
jour.

Seule
la Bretagne est à l’abri de la disette avec ses
deux récoltes annuelles de sarrasin ou blé
noir.

(1)
LACHIVER Marcel, Les années de misère. La
famine au temps du Grand Roi, Fayard, 1991.

Les
crises de subsistances.

La
cherté, élément essentiel de la crise

La
mauvaise récolte, en quantité et en qualité,
provoque la disette et la hausse des prix dans les boulangeries.
Passe encore une mauvaise récolte, mais la succession
de deux ou trois mauvaises années est catastrophique
car, dans ce cas, le prix du pain triple ou quadruple
et seuls les plus riches peuvent y faire face. Plus que
la quantité insuffisante de céréales,
c’est la flambée des prix qui aggrave la crise.

Les
principales victimes :

-
les paysans, qui n’ont que de faibles excédents
commerciaux ;
- les ruraux, qui ne bénéficient d’aucun
secours ;
- les artisans, qui doivent vendre leurs " meubles
" (outils).

Ils
grossissent alors les rangs des vagabonds et gagnent la
ville.

L’action
des autorités

Les
intendants et leurs subdélégués procèdent
à :

-
des réquisitions et à des achats de céréales
à l’extérieur pour approvisionner les marchés.

Mais,
entre 1690 et 1710, il est impossible de faire appel aux
Etats voisins à cause de l’état de
guerre.

-
l’enfermement des vagabonds.

La
crise démographique

-
Famines et épidémies conjuguent leurs effets
et provoquent une crise de mortalité.

-
La baisse des mariages et des conceptions est très
marquée pendant la crise.

-
Mais au lendemain de la crise, le relèvement démographique
est rapide.

 

Les
crises sous le règne de Louis XIV.

Le
rythme trentenaire des crises est remarquable : 1630/1631,
1661/1662, 1693/1694, 1709/1710, 1738/1742.

La
crise de 1661-1662 est " la crise de l’avènement
".

Sous
la plume de Louis XIV, elle est présentée
comme " une désolation difficile à
exprimer ". Elle commence par une crise de mortalité
au début de 1661. Les curés mentionnent
la dysenterie et la rougeole (la " pourpre ").
Après la médiocre récolte de 1660,
les pluies de printemps provoquent une disette. Déjà
le prix du pain quadruple. Or, la récolte de 1662
est médiocre. On achète du blé en
Guyenne et à l’étranger, mais cela ne suffit
pas.
Par contre, en 1663, la récolte est bonne.
Pendant cette période, le nombre de décès
est multiplié par 3 ou 4. Il y a un million de
décès en 1661, en 1662 et en 1663.
En 1664, il y a un million d’habitants en moins par rapport
à 1660.

La
dramatique crise de 1693-1694
touche toute la France,
sauf la Bretagne et la Provence.

A
Orléans, un témoin parle de " famine
universelle ".
La récolte de 1692 est médiocre et celle
de 1693 catastrophique.
La belle récolte de 1694 permet un retour à
la normale à l’automne.
M. Lachiver pense que la population française a
baissé de 7% en 1693-1694 et que la France est
passée de 22 247 000 à 20 635 000 habitants.
Pour montrer l’hécatombe, il établit un
rapprochement avec les pertes de la Première Guerre
mondiale, dans une France alors à moitié
moins peuplée.
On voit que ces crises entraînent dans l’immédiat
une baisse sévère de la population et, à
long terme, une stagnation démographique.

Après
1740, les crises de subsistances disparaissent avec :

-
la meilleure organisation des secours.
- La meilleure circulation des blés d’une province
à l’autre.
- Le meilleur stockage des grains.

Conclusion
de F. Lebrun :

"
L’histoire des rapports de l’homme et de la terre nous
montre que le dérèglement des saisons ne
peut-être pallié que par les progrès
humains et la solidarité humaine ".


Chantal Cormont,
Professeur certifié hors classe
Histoire-Géographie
au Collège de Buchy.

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