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Publié : 17 septembre 2005

Blois 2001 : L’invention de la haute montagne en Europe occidentale

Conférence de Philippe Joutard. Notes de Chantal Cormont

 

BLOIS 2001 : L’INVENTION DE LA HAUTE MONTAGNE EN EUROPE OCCIDENTALE

 

Conférence
de Philippe Joutard

Présentation
 :

Partant
du constat que l’intérêt pour la haute montagne
est récent (XVIIIe siècle), P. Joutard a
entrepris l’examen de toutes les sources sur la haute
montagne jusqu’à la naissance de l’alpinisme.
La rareté des textes l’a conduit à exploiter
essentiellement les sources iconographiques, des XVe et
XVIe siècles, et à s’interroger sur les
raisons qui ont poussé des peintres prestigieux
d’Italie et d’Europe du Nord à représenter
des paysages montagneux.

Les
grandes lignes directrices

I
La " découverte " tardive de la haute
montagne

II
Le témoignage de l’image

III
Les motivations des peintres

Les
peintres et œuvres cités :

Bellini,
La transfiguration, 1480-1485.
Van Eyck, La Vierge du Chancelier Rolin, 1435.
Van Eyck, Saint-François recevant les
stigmates
, 1433-1436.
Konrad Witz, La pêche miraculeuse, 1444.
Léonard de Vinci, La Vierge et Sainte Anne,
1508-1510.
Albrecht Dürer, Autoportrait aux gants,
1498.
Albrecht Dürer, Visitation, 1503.
Bruegel l’Ancien, La journée sombre, 1565.
Bruegel l’Ancien, Le chemin de Damas.

Développement
 :

La
découverte tardive de la haute montagne

D’abord
par " invention ", il faut entendre : dont l’existence
s’impose.

La
première surprise de l’historien fut de constater
la méconnaissance du Mont Blanc avant les premières
expéditions (1786 et 1787).

-
Le Mont Blanc, surnommé le Mont maudit, n’était
même pas localisé.
- Il n’était pas jugé digne de figurer dans
l’iconographie. A sa place, dans une gravure de Towe,
intitulée La source de l’Arveiron, le Mont Blanc
à l’arrière plan
, on représente
l’aiguille du Dru, plus conforme aux représentations
sur les hauts sommets.

En
signalant le rôle du regard pour aimer la montagne,
H.B. Saussure, présent dans l’expédition
de découverte du Mont Blanc de 1787, fait beaucoup
pour la montagne.
La découverte tardive de la montagne au XVIIIe
siècle, à la suite des écrits littéraires
de J ?J. Rousseau et d’A. Haller (auteur d’un poème
descriptif sur les Alpes en 1729), constitue une seconde
surprise.
Pourtant, une première expédition dans les
Alpes, organisée au XVIe siècle, au nom
de la raison d’Etat, aurait dû attirer l’attention
sur la montagne.

Le
témoignage de l’image

Parmi
les rares textes anciens sur la montagne, il y a :

-
un texte de Pétrarque sur le mont Ventoux ;
- un récit des frères Platter.

Les
paysages de montagne dans les peintures et gravures n’ont
pas retenu toute l’attention des historiens.

La
montagne est déjà présente dans la
peinture de Venise (XVe siècle) et dans plusieurs
œuvres de Bellini.

Dürer
et Bruegel font partie de ces peintres d’Europe du Nord
qui ont été éblouis par les Alpes
qu’ils ont découvertes en faisant le voyage d’Italie.
Vinci a fait de l’alpinisme.
Selon le parcours ou l’inspiration des peintres, on trouve
donc des paysages réalistes mais imaginaires, ou
des paysages réels et identifiés.

-
Dans La pêche miraculeuse de Konrad Witz
(1444), on trouve pour la première fois un paysage
de montagne réel. On y voit le lac de Genève,
le mont Salève et le massif du Mont Blanc.

-
La Vierge, l’enfant Jésus et Sainte-Anne
(1508-1510) présente un paysage dolomitique.

-
Dürer peint dans son Autoportrait aux gants
(1498) le massif du Brenner.

Sous
l’influence de Bellini, plusieurs tableaux de Van Eyck
représentent des plans montagneux. Il peint notamment
dans La Vierge du chancelier Rolin (1435), un remarquable
paysage de montagne miniaturisé, avec cinq lignes
de crêtes. Paysage réaliste, mais non réel.


Les motivations des peintres

Pourquoi
représenter des paysages alpins réalistes
 ?

-
Par goût de la nature ? (Dürer, Bruegel).
- Ou pour signifier autre chose ? (Van Eyck, Witz).

On
peut invoquer :

-
des raisons techniques.

La
montagne permet de construire la perspective linéaire
et la perspective atmosphérique qui caractérisent
le style des artistes qui s’éloignent de la tradition
gothique. C’est le cas de Van Eyck.

-
des raisons spirituelles et religieuses.

Pour
certains peintres, la montagne s’inscrit dans une symbolique
chrétienne.

Il
y a dans le tableau de Van Eyck, La Vierge du chancelier
Rolin
, une logique religieuse poussée à
l’extrême.

Tout
d’abord le face à face entre le chancelier et la
Vierge à l’enfant surprend. Il montre l’homme en
contact avec la divinité.
En fait, il traduit une exaltation de la piété
individuelle, qui singularise les adeptes de la devotio
moderna, et l’adhésion de Van Eyck à cette
nouvelle forme de spiritualité, répandue
au XVe siècle.
Les éléments du paysage ont aussi une signification
religieuse, mais c’est la montagne qui donne une signification
mystique à l’ensemble.
En fait, il faut considérer que la montagne est
l’Hermon (montagne où le Jourdain prend sa source),
pour voir dans le fleuve, le Jourdain, et au-delà,
le fleuve de vie né de la montagne, et dans la
ville, la Jérusalem céleste.
Des inscriptions en petites lettres, correspondant à
des numéros de psaumes, renvoient aussi à
la montagne. Sont évoqués, le psaume 21
(psaume des montées qui comprend deux références
à la montagne) et le psaume 33, qui jouent aussi
un rôle important dans la piété critique
des adeptes de la devotio moderna.
Et le doigt du Christ ne désigne-t-il pas aussi
la montagne ?

En
revanche, l’œuvre de Brugel l’Ancien montre une sécularisation
de la montagne.

Dans
La journée sombre (1565), elle est une réalité
concrète et matérialise le monde inhumain
des hommes.
Dans Le chemin de Damas, thème biblique,
le paysage alpestre n’a aucune dimension religieuse et
évoque l’homme écrasé par la nature.

La
découverte de la montagne est un signe fort de
la modernité. Elle traduit un nouveau regard sur
le monde et " suppose une réflexion globale
sur la totalité du monde "


Chantal Cormont,
Professeur certifié hors classe
Histoire-Géographie
au Collège de Buchy.

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