Vous êtes ici : Accueil > Ressources pour les enseignants > Se documenter > Ressources scientifiques > Blois 2001 : Le temps qu’il fait
Publié : 17 septembre 2005

Blois 2001 : Le temps qu’il fait

Conférence d’Alain Corbin

 


BLOIS 2001 : "LE TEMPS QU’IL FAIT "

 

Conférence
d’Alain CORBIN


L’histoire du " temps qu’il fait ", c’est en premier
lieu l’histoire des modalités de l’attention au temps.
C’est aussi l’histoire de la manière de l’éprouver,
de l’apprécier, de la dire. C’est également
l’histoire des conduites et des pratiques. C’est enfin celle
des politiques induites par l’attention au " temps
qu’il fait ".
Mais cette histoire n’est pas celle des climats.

Les
années 1800 - 1850 sont marquées par une grande
attention au temps. Cette histoire est conditionnée
par 5 approches :


-1- Les croyances :

A partir
du XVIIIème siècle, débute, avec les
progrès des sciences et des Lumières, un intérêt
pour les manifestations du temps qui échappe au domaine
du religieux (le ciel comme espace d’affrontement entre
Dieu et le Diable ). Pourtant, il existe un héritage
très important de la sphère religieuse. Mais
au sein de l’Eglise elle-même on enregistre un courant
très fort qui lutte contre les superstitions (héritages
des combats menés depuis la contre-réforme)
qui voyaient dans les manifestations du ciel les interventions
divines ou diaboliques. A compter du XVIIIème siècle,
la science se fait de plus en plus présente pour
expliquer ou tenter d’expliquer les changements de temps
(études sur les flux d’air, début de l’aérostation,
etc...). Pour autant, les croyances et les superstitions
ont la vie dure encore. Il y a donc un chevauchement de
la science et des croyances jusqu’au XIXème siècle.
Les dictons populaires en porte la trace : lors d’un orage
ne dit-on pas encore : " c’est le Diable qui bat sa
femme et qui marie sa fille ". On " lit "
encore les nuages et leurs formes pour tenter de déterminer
le temps à venir, on guette les signes divins dans
le ciel...


-2- Les convictions scientifiques :

Les
progrès de la science sont conditionnés par
le néohippocratisme ( traité sur les eaux
et l’air ), par l’importance des études des vents
et des courants des masses d’air au début du XIXème
siècle. Il faut souligner aussi les progrès
de la médecine et en particulier dans le domaine
de la qualité de l’air comme facteur de santé
public (cf. les études urbanistiques à l’époque
). On lutte également contre les dangers des courants
d’air : " ferme la fenêtre, sinon gare au courant
d’air ! ". Rôle aussi de l’hygiène. On
passe du bain froid ( jusqu’au XVIIIème siècle
) au bain chaud ( XXème siècle ). Ainsi, les
hommes sont-ils de plus en plus sensibles aux changements
des températures, plus sensibles au chaud et au froid.


-3- Les codes esthétiques :

La tempête,
l’ouragan, l’orage, etc... deviennent synonymes de beauté,
de sublime. L’homme comprend sa petitesse face aux déchaînements
de la nature. Les saisons et leurs rythmes deviennent importantes
au XIXème siècle. Le printemps et l’automne
sont les saisons préférées ( dans la
peinture, la poésie, etc ...). Celles de l’éveil
de la nature pour la première et celle de l’explosion
des couleurs pour la seconde. On n’aime guère l’hiver
et l’été : saisons des extrêmes, des
excès. Il y a aussi une dimension morale des saisons.
L’hiver et le froid sont un révélateur du
caractère. Savoir résister au froid est une
qualité.


-4- L’histoire des individus :

La sensibilité
au " temps qu’il fait " est très variable
selon les individus. Il faut noter l’importance ici de la
mémoire du temps. Les réalités sont
déformées en fonction des sentiments, du moment
 : Heureux ? Une journée de soleil devient une semaine
resplendissante. Triste ? Deux jours de pluie deviennent
une semaine d’un temps exécrable ! ! ! La sensibilité
au temps est variable également en fonction du métier
 : l’hiver du paysan n’est pas celui de l’intellectuel. Le
journal intime joue également un rôle important
 : on y dit le temps qu’il fait, qu’il va faire, qu’il fera,
que l’on souhaite, etc...Le thème des saisons
détraquées, de la nostalgie du temps où
elles étaient bien marquées, bien évidentes,
se retrouve souvent dans les journaux intimes comme dans
les propos. Il y a une nostalgie des anciennes sensations,
des anciennes saveurs. L’idiosyncrasie prend ici une place
grandissante ( idiosyncrasie est un terme de médecine.
Cela évoque les dispositions qui font que chaque
individu ressent d’une façon qui lui est propre les
influences du temps, des températures, etc...).
Il ne faut pas oublier que le XXème siècle,
enfin, fait l’expérience du grand froid. cf. la campagne
de Russie, mais aussi les expéditions polaires et
alpines de la seconde partie du siècle.


-5- La politique :

Le "temps
qu’il fait" est aussi l’objet de l’attention du politique.
Il importe en effet de connaître l’état des
récoltes qui dépend étroitement de
la météorologie. Il faut pouvoir prévenir
les éventuelles révoltes frumentaires. C’est
pourquoi on trouve beaucoup de notations sur le temps dans
les rapports des préfets par exemple. Il existe aussi
l’idée que les classes laborieuses sont moins sensibles
aux intempéries car plus endurcies. Enfin, l’attitude
de Louis-Philippe est très significative du comportement
vis à vis du " temps qu’il fait ". Ce dernier
refuse systématiquement d’être abrité
sous un parapluie lors de ses apparitions en public. Il
pense même que cela le rapproche de la foule qui vient
le saluer. Il ne doit pas faire preuve de faiblesse en se
protégeant des intempéries alors les Français
qui l’acclament subissent stoïquement les assauts de
la pluie....( cf ses courriers avec la reine ).

Philippe
Gouesmel

Téléchargez  !


Vous
pouvez télécharger ce compte-rendu aux formats suivants :

Attention
 : les fichiers sont compressés à l’aide de Winzip. Si vous ne
possédez pas cet utilitaire, vous pouvez le télécharger sur
le site web de l’éditeur : http://www.winzip.com