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Publié : 17 septembre 2005

Le château d’Anet

LE CHÂTEAU D’ANET

http://perso.wanadoo.fr/philippe.couroyer/anet.html

Nous osâmes
enfin franchir l’Eure et tenter une incursion chez nos collègues
de la région Centre. Que leur régionale nous
pardonne ! Mais comment ne pas être tentés par
la proximité d’un des premiers édifices de la
Renaissance française ?
Le Château d’Anet fut bâti de 1547 à 1552
par Philibert Delorme pour Diane de Poitiers (1499-1566),
favorite d’Henri II. Philibert Delorme, fils d’un maçon,
devint un humaniste érudit, lié avec Rabelais
et le cardinal du Bellay qui, de 1533 à 1536, fit plusieurs
voyages en Italie. Il publia en 1567 le premier traité
d’architecture qui montre une réelle maîtrise
de la géométrie, de la perspective et du dessin.
Son œuvre à Anet ne nous est pas parvenue intacte,
le corps central et une aile du bâtiment ont notamment
disparu, en grande partie à cause du vandalisme des
acquéreurs de biens nationaux.
La visite a commencé par l’intérieur de la seule
aile subsistante. Elle permet surtout de voir comment des
propriétaires privés ont pu amasser à
partir du XIX° siècle de nombreux meubles et objets
précieux, principalement d’époque Renaissance.
Le visiteur peut même se "recueillir" devant
une mèche de cheveux de la favorite gracieusement abritée
par une ombrelle dont on nous assure qu’elle lui a appartenu.
Le visiteur peut aussi contempler le lit authentique de Diane
de Poitiers retrouvé chez un antiquaire du village
vers 1800, un portrait supposé de Diane sur ardoise
par le Primatice, des faïences de Bernard Palissy…
L’ancienne salle de Garde, aujourd’hui salon, présente
la particularité de nous montrer la continuité
existant entre les canons esthétiques de la bourgeoisie
du XIX° siècle et celle d’aujourd’hui qui reposent
notamment sur un décor chargé des murs et des
plafonds, des couleurs sombres et surtout l’accumulation de
meubles et d’objets précieux de styles multiples, dont
seule la valeur supposée est garante du goût
raffiné du propriétaire.

De fait l’intérêt du château réside essentiellement dans son extérieur. On y constate les prouesses techniques d’un architecte surdoué. Le corps central était ainsi construit une terrasse soutenue par des cryptoportiques dont les ruines nous prouvent les savants calculs sur le jeu des forces auxquels dut recourir Philibert Delorme.


Château d’Anet,
vue de l’aile subsistante et des cryptoporitques,
Alain Alexandre

La chapelle présente un art savant qui montre bien la rupture avec le Moyen Age. Son plan apparaît comme un " dialogue " entre l’infini et le fini, il est forme de croix grecque inscrite dans un carré (symbole du fini) puis l’élévation conduit progressivement à une coupole (sphère symbole de l’infini). La coupole (dôme ?) est surmontée d’un lanterneau avec colonnade (allusion au Tempietto de Bramante, 1502  ?). Ce lanterneau porte une croix au décor chargé, dans lequel il est surprenant de reconnaître les symboles de Diane de Poitiers (lune, D entrelacé) et de Henri II (H).
L’intérieur montre une grande maîtrise de la géométrie en trois dimensions. Un magnifique pavement de marbres de diverses couleurs agencés en spirale se reflète dans la coupole conçue comme une projection verticale d’une spirale sur une sphère. Le décor montre aussi tout un travail de sculpture et présente des pilastres dont le chapiteau orné de deux rangs de feuilles de laurier est d’un style nouveau créé par Delorme, le style anetais (1° style français).

La chapelle du Château d’Anet,
Alain Alexandre
Derrière la chapelle a été récemment installée une reproduction d’une fontaine présentant un des premiers nus féminins de la Renaissance, la déesse Diane en compagnie d’un cerf . Cette fontaine créée pour le château d’Anet se prête à une lecture à plusieurs niveaux typique de la Renaissance. Le visiteur peut y voir une simple scène mythologique présentant la Diane chasseresse ou bien une représentation des amours royaux . Le cerf roi de la forêt couronné de bois doré représente le roi Henri II , la déesse Diane de Poitiers. Quelqu’un de plus attentif remarquera que les deux amants reposent sur un cénotaphe encadré par des chiens. Ils symboliseraient la fidélité de Diane à son mari décédé, Louis de Brézé, seigneur d’Anet , Grand Sénéchal de Normandie et surtout Grand veneur de France (d’où les chiens).

Statue de Diane de Poitiers, château d’Anet,
Alain Alexandre

Le portail
d’entrée est l’autre pièce maîtresse du
château d’Anet. Il montre comment s’est faite l’intégration
de la culture architecturale de l’Antiquité dans l’art
français de la Renaissance. Ce portail n’est plus l’affirmation
d’une puissance militaire comme peut l’être un autre
portail d’Anet plus ancien, il n’est pas non plus un simple
arc de triomphe à la romaine même s’il en reprend
certains thèmes. En effet, la porte d’entrée
est bien soulignée par un arc triomphal en plein cintre
équilibré par deux portes plus petites, cette
entrée est bien encadrée par quatre colonnes
d’ordre dorique avec chapiteaux, triglyphes et métopes
mais l’ensemble présente plusieurs innovations. Le
portail comporte des terrasses avec des balustrades aux motifs
variés qui sont des espaces de circulation reliés
au château donnant une vue d’ensemble sur la cour, l’entrée
et le paysage environnant et pouvant servir à des musiciens.
P. Delorme a utilisé pour les décors des matériaux
variés, pierre de Vernon, marbres roses et jaunes ,
porphyres et même du bronze avec en position centrale
une Diane de Benvenuto Cellini et, surmontant le tout, un
cerf et quatre chiens. Ce portail coloré exubérant
illustre un nouveau mode de vie, celui de la fête et
de la chasse.