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Publié : 16 septembre 2005

Environnement et developpement durable

ENVIRONNEMENT ET DÉVELOPPEMENT DURABLE

Yvette
Veyret

Professeur de géographie, Université de Paris
X-Nanterre.

Conférence
introductive du stage de formation de formateurs
« Education à l’environnement pour un développement
durable »
IUFM de Rouen
8 novembre 2004

 


I - L’ENVIRONNEMENT EN GÉOGRAPHIE

Les
dictionnaires définissent l’environnement comme ce qui entoure,
ce qui environne. Ce terme, que l’on trouve dès la fin du XIXème
siècle dans les travaux du géographe E. Reclus, désigne
"le milieu géographique". Qu’entend-on par là
 ?
Il s’agit d’un système dont le centre est la société.
Le sociosystème fonctionne en interrelation avec les données
"naturelles", physico-chimiques ou biologiques. Pour les géographes,
l’environnement est un objet social qui intègre données
sociales et éléments "naturels" dans un construit
en quelque sorte "hybridé". Cet ensemble, sociosystème
et éléments "naturels", compose l’environnement
ou ce que nous définissons comme un géosystème
qui est pourvu d’une dimension spatiale ; il a également une
dimension temporelle. L’histoire est fondamentale dans l’étude
du géosystème, elle permet en effet de souligner l’importance
des héritages, spécifiquement naturels (ressources parfois
non renouvelables, formes héritées du paysage...)
ou liés à l’anthropisation. Cette analyse permet donc
de rappeler qu’il n’existe pas sur la planète de milieux qui
n’ont pas été, à des degrés divers, "modifiés"
par les sociétés.
On ne peut donc parler de milieux naturels au sens de vierges. Mais
il est bon de rappeler qu’il existe des faits de nature (les données
climatiques, la présence ou l’absence d’eau sont de ceux là)
que l’on ne peut négliger.
Insister sur l’anthropisation de la planète pose naturellement
la question du statut de l’homme dans la nature. Pour certains écologistes
radicaux, l’homme est toujours celui qui dégrade, qui perturbe
les "paysages naturels" ou les "milieux naturels"...Cette
analyse ne se conçoit que si l’on considère l’homme comme
un intrus dans la nature. Or, il a sa place au sein de celle-ci, mais
une place spécifique qui ne peut être réduite à
celle d’un animal.
Pour la géographie, la société a besoin de la nature
(ressources, paysages..), il convient donc de la gérer avec discernement,
de manière durable.
Cependant toute transformation de la nature n’est pas catastrophique,
tout aménagement n’est pas dramatique, mais il faut envisager
des seuils à ne pas dépasser pour que les aménagements
soient efficaces mais ne soient pas dilapidateurs des ressources et
de la nature. Ces seuils ne peuvent être établis qu’en
fonction du niveau de développement, en fonction des données
socio-économiques, techniques qui caractérisent à
un moment donné le groupe social.
Le passé n’a jamais été la période idyllique
pour l’homme que d’aucun envisage. Cette vision romantique à
la Rousseau est bien éloignée de la réalité.
En terme d’environnement, il faut donc se garder du catastrophisme comme
du passéisme, trop souvent développés par les médias...


II
- LES SOURCES DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

1
- "L’idée de la dégradation de la nature" dans
l’histoire

La
conception du développement durable associée à
celle du risque trouve son origine dans l’idée, très tôt
présente dans de nombreux discours, que l’homme et la société
dégradent, détruisent les composantes de la planète.
L’économiste écossais Malthus, au XVIIIe siècle,
dénonçait déjà la croissance de la population
bien plus importante que celle des ressources. L’auteur soulignait la
contradiction entre les forts taux de croissance de la population et
ceux bien plus faibles des productions. Il était inutile selon
lui d’accroître les productions par défrichement ou amélioration
des terres, car l’augmentation de la population et la demande demeureraient
toujours plus rapides. Au XIXe siècle les interrogations sur
les usages des ressources se multiplient, elles émanent de naturalistes,
de géographes, de philosophes, d’économistes, tous sensibilisés
à la fragilité de la planète et au caractère
fini des ressources. Ainsi, l’inventeur de la biocœnose, Mobius
en 1877, présente l’homme comme destructeur. Le géographe
américain Marsh (1864) soulignait quelques années auparavant
que le gaspillage des ressources naturelles par les sociétés
est contraire à la volonté de Dieu et aux intérêts
économiques de la nation. Il dénonçait aussi la
civilisation industrielle comme détruisant les conditions matérielles
d’existence et s’inquiétait tout spécialement pour la
déforestation. En Allemagne, la notion d’économie de pillage
ou "Raubwirtschaft" est présente dans les travaux du
géographe Ratzel avant d’être reprise par E. Friedrich
selon lequel il faut utiliser "les ressources naturelles de manière
durable, essayer de les améliorer et même de les augmenter".
Au cours du XIXe siècle les discours sur les dangers liés
à la déforestation des montagnes, à l’importance
de la torrentialité relèvent des mêmes approches.
Les solutions préconisées mobilisent de nombreux acteurs
 : des forestiers, les politiques, les citadins aisés déjà
sensibles à la protection de certains secteurs montagnards (rôle
du Touring club de France et du Club alpin français dans les
Alpes) (Y.Veyret, 2001).

2
- Les étapes conduisant à l’émergence du développement
durable

Ainsi,
à la fin du XIXe siècle, tous les éléments
du débat actuel sont en place : dénonciation de dégradations,
prévision d’épuisement des ressources. Ils fondent un
discours catastrophiste sur les rapports nature/société
dont les bases scientifiques restent souvent à démontrer.
En France, ces analyses ont assez tôt mobilisé les politiques
comme en témoigne le vote des lois de 1860 et de 1882 sur la
Restauration des terrains de montagne. Il en est de même aux Etats
Unis où le discours prononcé par Théodore Roosevelt
en 1909 devant le Sénat américain constate qu’avec "la
croissance constante de la population et l’augmentation encore rapide
de la consommation, notre peuple aura besoin de plus grandes quantités
de ressources naturelles. Si nous, de cette génération,
détruisons les ressources(...) nous diminuons le niveau de
vie, nous enlevons même le droit à la vie des générations
futures sur ce continent".
Ces conceptions impliquent aussi la recherche de solutions parmi lesquelles
la conservation, largement appliquée aux Etats Unis dès
la fin du XIX siècle. Celle-ci s’impose avec la création
des premiers parcs naturels et l’apparition des premières grandes
associations de défense de la nature tel le Sierra Club fondé
en 1892.
Le mouvement conservationniste américain s’interroge sur les
possibilités du développement à long terme. Conserver,
qui revient à faire bon usage de la nature grâce à
une exploitation raisonnée, s’oppose à protéger
qui exclut toute utilisation. J. Muir le défenseur de cette dernière
position s’indigne à l’idée que l’on puisse envisager
la forêt comme un réservoir de ressources.

Ces
conceptions perdurent au long du XXe siècle et jusqu’à
aujourd’hui. Ainsi, en 1915 le biologiste et urbaniste écossais
P.Geddes dénonce de manière ferme le gaspillage des ressources
naturelles. L’ouvrage de F. Osborne (1948), président de la société
zoologique de New York, La planète au pillage, et celui de W.Voigt,
La faim du monde(1950), ne font rien d’autre. Ce dernier reproche à
la société sa trop forte croissance et la destruction
des sols qu’elle provoque.
Du gaspillage des ressources aux dégradations de la nature par
les sociétés, le glissement est évident dans la
plupart des discours.
A ces critiques il faut ajouter celles qui fustigent la croissance économique,
ainsi, N. Georgescu-Roegen en 1971 souligne que "la pression démographique
et le progrès technologique rapprochent la course de l’espèce
humaine de son terme, parce qu’ils occasionnent l’un et l’autre un épuisement
plus rapide de cette dot".

Depuis
l’époque des Lumières, la foi dans la science, les mathématiques,
la physique a été quasi totale pour faire face aux dangers
de nature diverse que les sociétés encouraient. Cependant,
au long du XXème siècle, la confiance en la science s’estompe,
le champ des risques s’élargit, la nature n’est plus considérée
comme la seule responsable des fléaux que l’homme subit. Désormais
la société est perçue comme responsable des risques,
considérés comme une conséquence de la science
et de la technique. Dans le même temps, le risque acquiert une
dimension planétaire, il est défini comme pouvant mettre
en danger l’ensemble de la planète et en conséquence,
l’homme lui-même (changement climatique, "trou d’ozone",
risque nucléaire). Il est vrai que pour la première fois
dans l’histoire de l’humanité, l’homme a conçu et réalisé
les moyens de sa propre destruction (bombe atomique). Le contrôle
des usages et des effets de la science moderne échappe au moins
en partie à ses utilisateurs et certains risques sont d’autant
plus menaçants que, mondialisés, ils dépassent
parfois la compétence des Etats-nations.

.

Au
début des années 1970 la société occidentale
s’inquiète donc fortement des effets de l’urbanisation, de l’industrialisation
et de la croissance démographique. Ainsi le rapport du Club de
Rome (1968) et le rapport Meadows (1972) insistent sur la "Croissance
zéro" indispensable pour limiter à la fois l’usage
des ressources et les risques générés par les sociétés.
Le concept de risque s’affirme, associé à l’idée
de crise écologique (pollution, déforestation, désertification..)
ou économique (hausse des prix du pétrole, apparition
du chômage). De telles analyses, largement popularisées
par les médias à partir des années 1980, mobilisent
politiques, décideurs et citoyens ; elles insistent à
la fois sur l’omniprésence des risques présents du local
au global et sur leur variété : risques naturels, technologiques,
sociétaux, économiques, sanitaires, géopolitiques...
Ces peurs, qui montent en puissance au cours des deux derniers siècles,
sont à l’origine du développement durable, solution nécessaire
pour faire face à une situation dangereuse.

III
- LE DÉVELOPPEMENT DURABLE : UNE NOTION COMPLEXE

1-
La conservation, première réponse à la dégradation

La
première stratégie de protection des espaces et des ressources
naturelles à se dessiner est fondée sur le principe de
la conservation, qui se concrétise par l’établissement
d’aires protégées, soustraites selon diverses modalités
aux formes d’utilisation perçues comme destructrices. Dès
la fin du XIXème, les premiers parcs naturels voient le jour
aux Etats Unis (1872, création du parc de Yellowstone), et en
France, au début du XXème siècle, les premières
tentatives sont effectuées pour implanter des espaces protégés
notamment en montagne. Les mêmes stratégies sont mises
en œuvre, quelques décennies plus tard, dans les colonies.
Ainsi, à Madagascar, un réseau d’aires protégées
pour la conservation de la faune et de la flore est officialisé
dès 1931. Par la suite, à l’échelle de la
planète, le réseau d’aires protégées
ne cesse d’être complété, étendu à
de nouveaux espaces définis comme menacés ou d’une
grande richesse floristique ou faunistique : on en compte aujourd’hui
près de 100 000 à travers le monde.

Cette
stratégie conservationniste se heurte toutefois à bien
des difficultés, qui remettent en cause son efficacité
(absence d’anthropisation, fermeture du paysage, banalisation de certaines
formations végétales). Ainsi, la difficulté du
maintien des "équilibres" des écosystèmes,
les problèmes de contrôle de l’accès aux espaces
protégés, le mépris des droits des populations
locales, leurs besoins de terres ou de ressources naturelles semblent
compromettre le succès de ces pratiques, dont partout aujourd’hui
on reconnaît les limites, sans pour cela les abandonner. L’intérêt
semble aller grandissant pour des stratégies nouvelles capables
de concilier la protection de la nature, le respect du droit et la satisfaction
des besoins économiques des populations.

2
- Le développement durable, promu par les mouvements écologistes

Dès
le début du XXe siècle se réunissent des commissions
nationales sur la conservation des ressources naturelles, ancêtres
des commissions nationales pour le développement durable. Un
peu plus tard, d’autres acteurs confortent l’idée d’une gestion
différente de la nature ; c’est le cas de l’Union internationale
de conservation de la nature (IUCN), créée en 1948 et
transformée huit ans après en UICNNR (International Union
for Conservation of Nature and Natural Resources.). En 1976, le parti
écologiste anglais présente un manifeste sur le développement
soutenable.

Deux
ans avant la conférence de Stockholm (1972), l’UICN, le WWF et
le PNUE (programme des Nations Unis pour l’Environnement) ont publié
le rapport sur "la stratégie de la conservation mondiale"
qui adopte une vision globale de la dynamique de la biodiversité
dans ses relations aux sociétés et pose que la conservation
de la nature a pour finalité la satisfaction des besoins des
hommes et doit donc tenir compte des contraintes économiques
et sociales. Cette position est nouvelle par rapport à la pensée
conservationniste longtemps défendue par les grandes associations
de protection de la nature, essentiellement tournées vers la
mise hors de portée des populations des espaces "naturels".

Le rôle de l’UICN, le WWF apparaît donc déterminant
au même titre que celui des grands organismes internationaux (PNUE,
FAO) dans l’émergence de la notion de développement soutenable
ou durable. Il s’agit de donner un nouveau sens à la notion de
conservation désormais associée à celle de développement.

La
conférence de Stockholm en 1972, a popularisé la vision
catastrophiste sur l’état de la planète, et notamment
de sa biodiversité, et a insisté sur le retour à
un état "d’équilibre" résultant du maintien
à un niveau constant des populations et du capital. A Stockholm,
est apparue l’idée d’écodéveloppement
que I.Sachs (1980) définit comme le développement des
populations par elles-mêmes, utilisant au mieux les ressources
naturelles, s’adaptant à un environnement qu’elles transforment
sans le détruire. C’est le développement tout entier qui
doit être imprégné, motivé, soutenu par la
recherche d’un équilibre dynamique entre la vie et les activités
collectives des groupes humains. Mais ce terme d’écodéveloppement,
impliquant une critique du libéralisme économique, a été
discuté et refusé par les politiques américains
qui ont imposé le terme de "sustainable development"
diffusé à partir de 1987.

Le
rapport Brundtland, commandé par les Nations Unies en 1983 à
la commission du même nom, présidée par le Premier
Ministre de Norvège, rappelle que le développement et
l’environnement se rejoignent autour d’un même et unique enjeu.
Il recommande une politique permettant d’assurer à tous une alimentation
suffisante et une protection des écosystèmes. Il accepte
de répondre à la demande d’énergie par le développement
industriel et ne remet pas en cause l’économie libérale.
La politique environnementale prônée par le rapport doit
permettre une croissance mondiale et une redistribution des ressources,
non en terme d’aides mais de relations économiques justes et
équitables. En fait la commission Brundtland privilégie
la croissance économique en s’appuyant sur des politiques qui
garantissent une protection de l’environnement. C’est à l’intérieur
du marché que les mesures de régulation doivent être
établies. "Nous envisageons plutôt la possibilité
d’une nouvelle ère de croissance économique, s’appuyant
sur des politiques qui protégeraient voire mettraient en valeur
la base de ses ressources".

A
Rio en 1992, les ONG de protection de la nature souhaitaient parvenir
à une convention cadre, afin d’établir des règles
juridiques valables au plan international. La convention sur la biodiversité
qu’elles ont proposée a fait passer cette dernière du
rang d’objet scientifique à celui de question d’environnement
global et de développement durable (C. Aubertin et F.D. Vivien,
1998). La déclaration finale adoptée à Rio précise
que, dans chaque pays, sera mise en place une politique de développement
durable (avant 1995) qui s’inscrira dans un processus global et qui
garantira que les tendances actuelles à la dégradation
des ressources environnementales seront efficacement renversées
tant au niveau local qu’au niveau international.


3 - Le développement durable : des interprétations
multiples et parfois contradictoires

Le
développement durable, qui implique des liens entre le développement,
la préservation de la nature et de ses ressources, des rapports
sociaux harmonieux, repose sur trois piliers : écologique, économique
et social (y compris culturel).
Tel qu’il est envisagé par le rapport Brundtland puis à
Rio, le développement durable est fondé sur l’équité,
la sécurité, la temporalité. L’aspect temporel
est fondamental dès lors que l’on envisage les générations
futures et que l’on souhaite établir une stratégie écologique
et économique de gestion des ressources.

A
l’intérieur de ce cadre de principe, les définitions
du développement durable sont multiples. J. Pezzy en avait recensé
37 dès la fin des années 1980. Deux approches s’affrontent,
correspondant à deux conceptions des rapports nature/société
 :
*l’une est éco-centrée,
*l’autre anthropocentrée.
Dans le premier cas, l’accent est mis sur la protection de la nature.
Dans le second, la protection est justifiée par l’utilité
de la nature pour l’homme auquel elle fournit des ressources et un cadre
de vie. Cette dualité est apparue à Rio où deux
courants se sont opposés. L’un, défendu par les ONG de
protection de la nature soulignait que la nature devait être protégée
pour elle-même en référence à des principes
moraux, éthiques et scientifiques. Sans aller jusqu’à
renoncer à toute intervention sur la nature, il s’agissait d’effectuer
des inventaires d’espèces menacées et de créer
des réserves naturelles gérées au niveau international
par des scientifiques. Cette interprétation est celle notamment
de la World Conservation Strategy qui insiste sur la conservation destinée
à maintenir le processus écologique essentiel grâce
à la préservation de la diversité génétique
et une utilisation raisonnable des espèces et des écosystèmes.

L’autre envisage de "protéger" la nature
pour ce qu’elle apporte à l’homme. Cette position, parfois définie
comme utilitariste, est défendue par la FAO. Il s’agit de gérer
le plus rationnellement possible un patrimoine commun à l’humanité,
en considérant la réversibilité ou l’irréversibilité
des actions anthropiques. Il devient donc aussi nécessaire de
gérer l’incertitude, ce qui implique de mettre en pratique le
principe de précaution.

Les
conceptions du développement durable diffèrent également
entre les pays du Nord et ceux du Sud.
*Les pays riches s’intéressent plus à la durabilité
qu’au développement au sens strict puisque celui-ci n’est généralement
pas remis en question de manière radicale.
*Dans certains cas pourtant, une utilisation minimale des ressources
est prônée, associée à la baisse de la consommation.
*Certains auteurs et certains mouvements politico-écologiques
considèrent que le niveau actuel de consommation per capita des
pays riches ne peut être généralisé à
tous les peuples de la planète et moins encore aux générations
futures sans une destruction inacceptable des ressources écologiques.
*Les pays pauvres insistent au contraire sur l’impérative nécessité
du développement pour des populations démunies. Ils ont
besoin de la croissance, nécessaire pour répondre aux
besoins des populations et pour éviter la surexploitation de
certaines ressources.


IV
- LA GLOBALISATION ENVIRONNEMENTALE : ENJEUX, ACTEURS ET ÉCHELLES DU
DÉVELOPPEMENT DURABLE

Le
développement durable peut donc être interprété
de différentes manières, comme un principe généreux,
écologique et moral, conduisant à un niveau de vie meilleur
et partagé, associé à une biodiversité riche
et protégée, mais aussi, comme le nouveau visage d’un
libéralisme économique et politique à l’échelle
mondiale, servant avant tout les pays du Nord. L’ambition universaliste
du concept masquerait-elle l’intérêt économique
des pays riches pour le maintien et le contrôle de la biodiversité,
contenue en grande partie dans les forêts tropicales des pays
pauvres ?

1
- Développement durable et principes fondamentaux de gestion
de l’environnement

Le
développement durable s’appuie sur un certain nombre de principes
de base, rappelons le principe pollueur-payeur par exemple. Le principe
d’ingérence légitime une politique d’intervention,
ce qui peut se lire au travers du processus de solidarité internationale
désormais sous-tendu par le principe de responsabilité
de la société face à l’environnement. L’ingérence
au nom de l’environnement, fondée sur le même principe
de solidarité que celui de la défense des droits de l’homme,
paraît donc désormais aller de soi. "L’heure des hymnes
à la responsabilité sans frontière, écologique,
bioéthique, humanitaire, économique et médiatique
a sonné." selon G. Lipovetsky. Cependant, ces principes
ne sont pas si aisés à faire admettre aux Etats comme
en témoigne la conférence de Beijing en 1991 sur l’environnement
et le développement au cours de laquelle on pose "que les
considérations écologiques ne sauraient être prétextes
à ingérence dans les affaires intérieures des pays
en développement, pas plus qu’une excuse pour subordonner l’aide
ou le financement, quelles que soient les conditions, ou pour imposer
des obstacles au commerce".
Le principe de précaution constitue une réponse à
l’incertitude et aux risques. Ce principe apparaît à la
fin des années 1980 dans le rapport Brundland et dans le droit
international à propos de l’effet de serre et du « trou
d’ozone ». Il a été retenu par la conférence
de Rio en 1992. Il s’agit de "prévenir les dégradations
sérieuses ou irréversibles à l’environnement par
une modification des productions, de la vente ou de l’utilisation de
produits, de services ou de types d’activités et cela selon une
approche scientifique et technique". Le principe est inscrit dans
le droit communautaire ; le traité de Maastricht stipule "que
la politique de la communauté dans le domaine de l’environnement
est fondée sur le principe de précaution". En droit
français celui-ci est inscrit dans la loi de 1995 relative "au
renforcement de la protection de l’environnement".
Ce principe concerne maintenant, outre l’environnement, la santé,
l’alimentation, la sécurité au travail. Il s’applique
pour ce que l’on peut nommer les risques induits (autrement dit les
effets qui peuvent survenir à la suite d’un accident technologique
par exemple, et se manifester encore longtemps après qu’ait eu
lieu la catastrophe (pollutions ). Il s’applique quand les connaissances
scientifiques ne permettent pas de lever le doute sur la suite des actions
à mener, sur les conséquences de certaines usages de produits
sur les populations ou l’environnement en général.
Ce principe implique une anticipation qui n’est pas sans poser des problèmes.
Il risque en effet de conduire à l’immobilisme , à annihiler
toute initiative.

2
- Les acteurs du développement durable

Le
développement durable, intégré aux politiques environnementales,
fait intervenir un ensemble d’acteurs qui disposent de capacité
de décision et d’intervention à une échelle
spatiale donnée.
Au niveau mondial, on retrouvera les instances internationales, dépendantes
des Nations Unies, qui interviennent soit dans le champ économique
(BM Banque mondiale, FMI Fonds monétaire international, FAO Food
and agriculture organization) soit dans le champ du développement
et de l’environnement (PNUD programme des nations Unies pour le
Développement, PNUE). Y sont associés les Etats du Nord
qui pèsent sur le financement des projets (Etats-Unis, Union
Européenne, Japon ...), les grandes firmes multinationales
impliquées dans le secteur environnemental, les grandes ONG de
protection de la nature (WWF, Greenpeace, Conservation Internationale...).
Les Etats du Sud, ainsi que des associations et ONG émanant de
ces pays peuvent également être représentées
dans ces grandes tribunes environnementales mondiales, sans pour autant
disposer d’un pouvoir de décision fort.
Au niveau national, interviennent les Etats et leurs administrations,
mais aussi et encore les ONG qui financent et réalisent une part
des projets environnementaux, et les institutions de coopération
bilatérale. Au niveau régional ou local, on retrouvera
les échelons administratifs de base, les services forestiers
locaux, les ONG qui agissent sur le terrain, et enfin les populations
locales.

De
l’articulation entre ces différents maillons, tiraillés
entre des intérêts divergents, dépend la constitution
de la longue chaîne qui conduit des principes globaux à
leur application locale. On soulignera l’importance des ONG dans
cette chaîne, puisque les plus puissantes d’entre elles
ont justement la capacité d’intervenir aux différents
niveaux.
Le développement durable se décline également aux
échelles locales.

V
- UNE MISE EN PRATIQUE DIFFICILE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE A L’ÉCHELLE
LOCALE

Le
développement durable est présent depuis une décennie
dans d’innombrables discours et dans de nombreux projets d’aménagement.
En fait il s’agit de distribuer les incertitudes déjà
évoquées à différents niveaux d’organisation
territoriale. A titre d’exemples nous évoquerons quelques thèmes
qui permettent d’aborder la question du développement durable,
ces quelques exemples ne constituant pas une liste exhaustive.

1
- Une gestion durable des villes
 : en application de l’Agenda 21,
l’intérêt d’établir des indicateurs de "la
qualité du cadre de vie", qui incluent la protection contre
les risques environnementaux permanents (qualité de l’air, de
l’eau, déchets.. ) et contre les événements ponctuels
(risques d’inondation, sismiques, industriels..) doit conduire à
envisager une ville durable. Plusieurs villes (Angers, Bordeaux...)
tentent en France de réduire les inondations et d’obtenir une
meilleure maîtrise de l’eau ; des travaux ont été
réalisés ou sont préconisés pour retenir
ou dériver les eaux pluviales. De même la nécessité
de replanter arbres et arbustes, de recréer les maillages de
haies et de talus sont aussi prônés.

Dans
d’autres cas, c’est le loi qui impose d’intégrer le risque à
l’aménagement. Tel est le cas de la loi dite de solidarité
et renouvellement urbain (loi SRU ), du 13 décembre 2000, qui
met en place les plans locaux d’urbanisme (PLU) et introduit un plan
d’aménagement et de développement durable L’échelle
d’application est celle de la commune et de l’intercommunalité
dans le cadre des schémas de cohérence territoriale (SCOT).
La démarche implique :
- un diagnostic des risques
- une évaluation de la vulnérabilité
- l’identification d’une stratégie de développement territorial
- l’établissement d’un projet local
- la mise en œuvre du projet.
Le plan d’aménagement et de développement durable (PADD)
associé se fonde sur trois objectifs :
- la protection de l’environnement et l’amélioration du cadre
de vie (ce qui intègre les risques et leur gestion)
- l’équité et la cohésion sociale
- l’efficacité économique susceptible de modifier les
modes de production et de consommation.

2
- La prise en compte du risque par les entreprises industrielles

pour une meilleure qualité et sécurité de l’environnement
relève aussi du développement durable. Le risque est de
plus en plus intégré aux stratégies de développement
et de fonctionnement des entreprises, ce qui permet la diffusion d’une
image de marque positive de l’entreprise. Celle-ci est souvent motivée
par des acteurs extérieurs, par la concurrence qui la force à
intégrer pleinement le danger. Les clients consommateurs exercent
aussi des pressions dans le même sens. La certification des produits
fabriqués constitue une réponse en terme "d’écomodernisation
des productions".


CONCLUSION

En dépit
des incertitudes sur cette notion quelque peu fourre-tout, le développement
durable a une portée citoyenne qui doit faire réfléchir
les élèves à certaines pratiques, à certains
usages des ressources, à la définition du bien être
(et à son caractère subjectif), aux rapports pays pauvres,
pays riches. C’est une façon d’aborder de nombreux problèmes
de sociétés et dans bien des cas de critiquer les dires
des médias, mais les réponses sont avant tout politiques.
Il faut donc se garder des solutions apparemment évidentes, telles
que celles proposant un gouvernement mondial "vert" prétendu
apte à résoudre les problèmes de la planète.

Le développement durable implique une réflexion forte
sur les inégalités de développement, sur les modes
d’aménagement des territoires, qui ne peut conduire notamment
au niveau de l’Ecole, du Collège et du Lycée à
des réponses toutes faites et simplistes. En revanche cette réflexion,
ces questionnements qui permettront d’interroger diverses disciplines
d’enseignement, depuis la philosophie et les lettres, jusqu’à
la physique et la chimie, la géographie et l’histoire, les sciences
de la de la vie et de la Terre, l’économie, les langues ou l’EPS,
conduiront par une approche transdisciplinaire à questionner
l’objet développement durable que l’on ne peut plus ignorer.

 


Pour aller plus loin :

Beck U. 1986
La société du risque. Ad. Aubier . Paris
Geddes P. 1915 L’évolution des villes. Une introduction
au mouvement de l’urbanisme et à l’étude de l’instruction
civique.
Ed Teminis. Paris
Giddens A. 1991 Les conséquences de la modernité.
L’Harmattan. Paris
Lipovesky G. 1992 Le crépuscule du devoir. L’éthique
indolore des nouveaux temps démocratiques.
Gallimard. Paris
Marsh G.P. 1864 Man and nature, or physical geography as modified
by human action.
New York.
Mobius K. 1877 Die Austernwirtschaft. Berlin
Osborne F. 1949 La planète au pillage. Payot
Ratzel F. 1971 La découverte du tiers monde. Flammarion.
Paris
Voigt W. 1950 La faim dans le monde. Hachette. Paris
Veyret Y. 2001 Les montagnes, discours, enjeux géographiques.
SEDES. Paris
Vivien F.D. et Zuindeau B. 2001 Le développement durable et son
espace : antécédents intellectuels in Cahiers lillois
d’économie et de sociologie
. Développement durable
et territoires. L’Harmattan. Paris
Revue Historiens, Géographes N° 387, 2004 Vers une
géographie du développement durable (dossier)
Le tiré à part du dossier peut être commandé
à APHG, BP 6541, 75065 Paris Cedex2 (15 euros + 2 , 65 euros
frais d’envoi)


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