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Publié : 12 septembre 2005

La défense de la France à l’aube du XXIème siècle

Conférence du Général Jean-René Bachelet. (Notes de Philippe Koechlin)


ENSEIGNER LE MONDE CONTEMPORAIN : GUERRES ET CONFLITS

LA DÉFENSE DE LA FRANCE À L’AUBE DU XXIème
SIÈCLE

conférence
du général de corps d’armée
Jean-René BACHELET

Notes
de Philippe Koechlin
Professeur au lycée Flaubert
Rouen

Université d’Automne de CHAMBERY – Académie de Grenoble
jeudi 24 - vendredi 25 - samedi 26 octobre 2002

 

Les
premières interrogations du conférencier portent
sur les termes mêmes du sujet. La défense renvoie
à deux idées distinctes, celle de guerre et
celle de sécurité et on mesure bien le changement
entre le début du XXème siècle et maintenant.
La France aussi renvoie maintenant à deux approches,
celle du territoire et celle d’un fragment, d’une
région de l’Europe. A partir de ces deux interrogations
on mesure l’ampleur des changements de perspectives
en un siècle. D’où pour traiter le sujet
trois approches successives : d’où venons nous,
caractériser le moment, où en sommes nous
et enfin quelques repères pour l’avenir.

I/
D’où venons nous, le XX siècle :

I
– 1 : le regard sur la guerre au début du siècle
 :
il suffit de se reporter aux manuels d’histoire
ou même aux ouvrages de lecture pour les enfants du
type de celui de G. Bruno « le tour de la France par
deux enfants », pour mesurer le changement de perspective
qui s’est opéré. La guerre était
alors considérée comme un état normal,
presque le cœur des relations entre les Etats, on parlait
« d’art de la guerre », au mieux la guerre
était une perspective proche et quasi quotidienne,
on s’y préparait largement.
I – 2 : la première guerre mondiale
va tout changer par ses effets et sa durée. On avait,
avant son déclenchement, mal mesuré les effets
de la révolution industrielle sur les armements et
les ravages qu’ils vont produire, on avait sous estimé
les effets des nationalismes, et on avait peu réfléchi
avant ce conflit à une théorie de la guerre
intégrant ce qui précède. La guerre
va faire émerger d’une part un pacifisme très
fort, très profond en particulier en France et par
ailleurs en d’autre lieux contribuer à la naissance
des totalitarismes. Ces derniers par leur démarche
agressive vont repositionner la question de la guerre et
faire réemerger l’idée de « guerre
juste » selon la définition de Saint Augustin.

I – 3 : le traumatisme de juin 40
avec la liquidation de la « première armée
du monde » en quelques jours, l’attitude du
général De Gaulle le 18 juin, la décolonisation,
le putsch des généraux vont contribuer à
une image brouillée et dégradée de
l’armée .
I – 4 : depuis 4 décennies
on assiste enfin à une étrange parenthèse
dans l’histoire nationale, d’abord par l’éloignement
de la guerre . La France se veut porteuse d’indépendance,
d’un statut de grande puissance, et d’universalisme.
Emerge un consensus mou sur la défense sur fond d’antimilitarisme.
Avec la fin de la guerre froide réapparaissent de
nouveaux conflits qui réinterrogent la question de
la guerre et de l’armée.

II
/ Où en sommes nous ?

En
fait on est au centre d’un ensemble de ruptures majeures
 :
II – 1 : une rupture géopolitique
 : comment se situer maintenant que les guerres ne sont plus
sur les frontières et que le territoire n’est
plus menacé, en tout cas de façon classique.
Comment se situer dans le contexte européen et mondial
 ?
II – 2 : une rupture sociologique
dont le point de départ peut être associé
à la crise de 1968 : on passe d’une conception
sociale et politique où dominait l’intérêt
collectif à une conception beaucoup plus individualiste,
or la guerre et l’armée sont par définition
au centre du collectif.
II – 3 : une rupture stratégique
 : on passe d’un ennemi identifié à des
risques multiformes difficiles à cerner. Quelle autonomie
dans ce cadre de la « défense nationale, et
comment passer d’une théorie du non emploi
des forces (la dissuasion) à une théorie de
l’emploi des forces.
II – 4 : une rupture technologique avec
l’évolution des armements intégrant
de plus en plus de technologie et de plus en plus coûteux,
et ceci jusqu’où ?
II – 5 : une rupture organique enfin
avec le choix de l’abandon de la conscription et donc
celui de développer une armée professionnelle.

Le livre blanc de 1993-94 avait abordé ces questions.
On aboutit peu à peu à une armée de
type nouveau, armée de projection sur des théâtres
lointains et sur des enjeux complexes. Parallèlement
l’antimilitarisme du XX siècle semble en voie
de disparition et le pacifisme si prégnant après
14-18 semble marginalisé (le pacifisme qui doit être
distingué de la non violence).

III
/ les repères pour l’avenir :

Les
questions sont celles des fondements de l’action militaire,
celles de l’armée et de sa place dans la communauté
nationale.
III – 1 : les fondements de l’action
militaire
sont liés à la violence
inhérente aux communautés humaines, aux injustices
faites à autrui qu’on ne peut pas accepter,
si on admet l’idée de l’universalité
de l’homme. A partir d’un certain seuil de violence
on peut accepter un usage de la force, l’utilisation
d’une capacité de coercition pour arrêter
cette violence. Cela peut aller jusqu’à la
mort des responsables de la violence mais aussi des défenseurs
d’un retour à la paix. On est au cœur
de la spécificité de l’armée.
Il s’agit d’utiliser la force de façon
maîtrisée pour maîtriser la violence.
On touche là le cœur de la complexité
de l’homme et de l’univers : on est dans le
rapport du bien et du mal avec tous les dangers que cela
porte. Car si l’adversaire est perçu comme
le « diable », la réponse risque d’être
la barbarie, ce qu’il faut éviter ; il faut
donc beaucoup d’intelligence et de maîtrise
pour ne pas déraper.
III – 2 : pour les acteurs de cette
violence acceptée, l’armée, cela a des
conséquences. La société militaire
est une société de citoyens délégataires
de la puissance publique et de la force. Cela induit des
règles : le primat du collectif, la disponibilité
permanente, le confinement juridique (pas de syndicat, absence
de la politique).
III – 3 : le rapport à la France
 : pour son efficience le cadre de l’Etat nation n’est
pas dépassé. Sur le plan politique, seul l’Etat
nation a la légitimité pour engager la force.
Or la violence et la légitimité de la force
a besoin de référence incarnée. Cette
référence est la France, constituée
non par agrégat de peuples mais par fusion de peuples
selon le modèle original. L’idée d’indépendance
reste par ailleurs centrale : ne pas se faire dicter quoi
que ce soit par un autre. En conséquence la France
doit garder la capacité à exercer la force
à minima comme à maxima.

En conclusion
la défense doit aussi contribuer à l’élaboration
d’un nouvel humanisme.

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