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Publié : 12 septembre 2005

La montagne et la guerre : étude de cas

Conférence du Lieutenant-colonel Martin et de Monsieur Christophe Gauchon, maître de conférences à l’Université de Savoie. (Notes de Philippe Gouesmel)


ENSEIGNER LE MONDE CONTEMPORAIN : GUERRES ET CONFLITS
LA MONTAGNE ET LA GUERRE : ÉTUDE DE CAS


Université d’Automne de CHAMBERY – Académie de Grenoble
jeudi 24 - vendredi 25 - samedi 26 octobre 2002


VENDREDI 25 OCTOBRE 2002

Par le Lieutenant-colonel Martin, ancien officier des Troupes alpines
et
Mr Christophe Gauchon, Maître de conférence à l’Université de Savoie

Notes de Philippe Gouesmel
Professeur au lycée Louise Michel
Gisors

 

La
montagne est un enjeu stratégique très important.
Pour autant, la guerre en montagne est la plus tardive historiquement
et est restée longtemps inusitée.

En effet,
la montagne fut depuis toujours le domaine de l’inconnu,
des esprits maléfiques. De plus la montagne n’offre
que peu de ressources. Avec la difficulté de se déplacer,
associée aux rudesses d’un climat spécifique,
la montagne concentre toutes les craintes pour le soldat.
Les formes particulières du combat en montagne expliquent
en grande partie aussi, le peu d’engouement des chefs
militaires. Ainsi le combat d’embuscade, si associé
à la guerre de montagne est bien éloigné
de l’idéal guerrier du chevalier qui affronte
en combat singulier un de ses pairs clairement identifiés.
Une rencontre fondée sur l’effet de surprise
avec un ennemi tapi dans les recoins d’une gorge ou
d’un défilé étroit ne correspond
donc pas à l’idéal chevaleresque…
L’histoire ne retient-elle pas comme paradigme de
la trahison, de la félonie, du combat lâche
et de la « sale » victoire, l’attaque
de Roncevaux en 778 où l’arrière garde
de l’armée de Charlemagne fut écrasée
par les Vascons ?

Cependant,
la montagne sait être attractive. Elle représente
un défi pour l’Homme. Vaincre ces difficultés
naturelles, ces sommets vertigineux, c’est montrer
sa supériorité. Ainsi, dès 1492, est
réalisée la première ascension du Mont
Aiguille. Cet exploit est le fait d’un militaire.
La montagne est aussi l’occasion pour des chefs militaires
d’exception de mettre en pratique des modes d’action
qui déterminent du sort de la guerre. Ainsi Hannibal
n’hésite pas à passer les Alpes lors
de la Seconde Guerre Punique ( -218. –201 ) pour porter
la guerre sur le sol romain même. Ainsi Bonaparte
qui, à son tour franchit le massif alpestre pour
mieux surprendre les Autrichiens. Le premier conflit mondial
se caractérise par l’importance croissante
des actions militaires en zones montagneuses. On parle du
« Front des Alpes » où s’opposent,
dans des combats cruels et souvent méconnus, Italiens
et Austro-hongrois. Ces mêmes Alpes furent une fois
encore le théâtre de violents combats lors
du conflit mondial suivant.

La
guerre en montagne impose des contraintes spécifiques.

La plus
importante est le cloisonnement de la manœuvre. Ici,
plus que partout ailleurs, le terrain est un facteur décisif.
Le front d’attaque est très souvent réduit.
On manœuvre de vallée en vallée en passant
col après col. L’action militaire est ainsi
particulièrement morcelée. Cela entraîne
une grande décentralisation des combats et donne,
de ce fait, une grande marge d’initiative aux subordonnés.
Les communications et les liaisons sont souvent très
difficiles et particulièrement vulnérables.
A cela s’ajoutent les très lourdes contraintes
logistiques. Les troupes se trouvent souvent coupées
de leurs ravitaillements. L’une des causes de la lenteur
de la progression des alliés en 1943-44 en Italie
réside dans ce point : des routes étroites,
des pluies diluviennes, un ennemi déterminé
et la formidable logistique anglo-saxonne se trouve paralysée.

Pendant très longtemps aussi, l’une des raisons
du peu d’empressement des chefs militaires pour la
guerre de montagne fut l’ignorance du terrain et l’absence
de cartes fiables. Trop souvent les colonnes militaires
étaient réduites à se faire guider
par des passeurs à la loyauté parfois fluctuante
avec tous les risques que cela pouvait entraîner…Il
faut attendre le XVIII° siècle en France pour
disposer des premières cartes réellement utilisables
(cartes Cassini) par les chefs militaires pour élaborer
une manœuvre.
Autre contrainte : l’artillerie voit son efficacité
amoindrie pendant longtemps (jusqu’à la mise
au point des mortiers, armes autorisant le tir courbe) à
cause des contre-pentes. De même, l’aviation
est ici moins efficace dans ses interventions d’appui-sol
car le relief n’autorise pas des évolutions
aériennes « libres ». L’hélicoptère
est une amélioration significative mais il voit son
utilisation limitée à 5 000 mètres
d’altitude…

La
guerre de montagne repose sur des principes immuables :

La formule
à retenir est : « qui tient les hauts, tient
les bas ! ». En montagne, la défensive l’emporte
sur l’offensive. Un assaillant doit souvent contourner
l’adversaire. Dans ce cas, les rocades (axes qui sont
parallèles à la ligne de front) sont essentielles
mais pas toujours possibles (ou existantes tout simplement)
en montagnes où le terrain « commande »
et impose ses contraintes. Il y a la nécessité
de disposer de troupes spécialisées, possédant
un entraînement spécifique qui ne peut s’improviser.
Les communications sont essentielles. Il faut les maintenir.
Les Soviétiques concentrèrent ainsi leurs
efforts pendant la guerre d’Afghanistan sur la préservation
du tunnel de Salang entre l’URSS et l’Afghanistan.
C’est ici aussi que le Commandant Massoud multiplia
ses actions offensives !
La montagne autorise, pour les chefs audacieux et les troupes
décidées, des actions fondées par la
surprise en utilisant les axes les plus improbables et donc
les plus impraticables. La libération de Mussolini
par le commando allemand de Skorzeny en est un exemple (utilisation
de planeurs…).
La logistique est un point décisif déjà
évoqué. Ainsi, pour les hommes faut-il une
grande autonomie pour ne pas trop dépendre d’un
ravitaillement aléatoire. Mais qui dit montagne,
dit déplacement à pied… Si le chef veut
une troupe qui ne perd pas trop rapidement son aptitude
au combat par une fatigue excessive, il ne faut pas trop
surcharger les hommes… Ainsi la formule du célèbre
capitaine Stéphane pendant la Seconde Guerre mondiale
 : « Une balle, un homme ». L’emport des
munitions étant limité pour cause d’allégement,
cette formule impitoyable s’explique parfaitement.

L’avenir
de la guerre en montagne.

Tous
les stratèges militaires s’accordent sur ce
point. La guerre de montagne va prendre de plus en plus
d’importance. Les zones de conflits actuels illustrent
bien cette vision de la guerre : Colombie, Népal,
Kurdistan, Caucase, Kabylie, Afghanistan, etc…La guerre
en montagne est souvent qualifiée de « guerre
des pauvres » car elle « nivelle » les
moyens techniques. Là où une troupe faiblement
équipée se fera écraser rapidement
en plaine, elle pourra résister, voire porter des
coups sévères à l’adversaire.
La guerre d’Afghanistan contre les Soviétiques
illustre bien ce fait.

Dernier
point : sur les 27 conflits identifiés en 2001, 23
se déroulent en montagne…

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