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Publié : 12 septembre 2005

Villes et conflits : approche géographique

Conférence de Monsieur Jean-Louis Dufour. (Notes de Philippe Gouesmel)

 


ENSEIGNER LE MONDE CONTEMPORAIN : GUERRES ET CONFLITS

VILLES
ET CONFLITS : APPROCHES GÉOGRAPHIQUES


Université d’Automne de CHAMBERY – Académie de Grenoble
jeudi 24 - vendredi 25 - samedi 26 octobre 2002

CONFERENCE
DU JEUDI 24 OCTOBRE 2002

Par
Jean-Louis DUFOUR

Notes
de Philippe Gouesmel
Professeur au lycée Louise Michel
Gisors

 

 

Ancien
officier, Jean-Louis Dufour a notamment servi en qualité
d’attaché militaire au Liban puis a été
chargé du suivi de la situation internationale à
l’état-major des Armées. Il s’est
ensuite spécialisé dans l’étude
des crises et des conflits armés contemporains. Professeur
associé à l’Ecole spéciale militaire
de Saint-Cyr, il est également chargé de cours
à l’ENA, à l’Inalco, à
HEC et à l’université Saint-Joseph de
Beyrouth. Consultant militaire de RFI, LCI, Europe I, ainsi
que des télévisions suisses, belges et canadiennes,
Jean-Louis Dufour a publié plusieurs ouvrages parmi
lesquels :
La guerre au 20ème siècle ( en collaboration
avec Maurice Vaïsse ), Paris, 1993.
Les crises internationales, de Pékin 1900 au Kosovo
1999, paris 2000.
La guerre, la ville et le soldat, Paris, 2002.


En temps de guerre, la ville constitue toujours en principe
un objectif convoité. Or les militaires répugnent
à s’y battre et les affrontements intra muros,
en dépit d’exceptions notables, sont plutôt
rares. Le but du propos est d’illustrer cette contradiction
tout au long de l’Histoire. Le sujet est d’une
brûlante actualité avec l’expansion des
villes, la multiplication des combats urbains, les nécessités
et exigences nouvelles du maintien et du rétablissement
de la paix.

La
guerre crée la ville comme elle la détruit.
La ville est presque toujours un objectif dans la guerre.
Mais le soldat a horreur de s’y battre. Cependant,
depuis le 20ème siècle, la guerre est urbaine.

1-
La ville comme objectif militaire :
La ville peut être perçue comme un gage. On
s’en empare pour mieux négocier ensuite…
La ville peut être aussi un objectif tactique. S’en
emparer détermine le sort de la bataille. C’est
Sedan les 10,11et 12 mai 1940. C’est Bastogne en décembre
1944.
La ville peut être également un objectif économique.
Ville–carrefour, nœud de communications. Stalingrad
est emblématique de ce point de vue : c’est
un nœud routier et ferroviaire. Une zone de rupture
de charge.
La ville présente bien évidemment un caractère
défensif. Mais c’est souvent un piège
pour les défenseurs car une fois enfermé,
on ne peut plus manœuvrer et l’on perd donc souvent
l’initiative du combat. D’ailleurs cet aspect
défensif révèle l’une des ambiguïtés
de la ville en guerre. Pour se développer, la ville
a besoin de paix (développement du commerce, des
échanges, etc… ). Une fois acquis une certaine
opulence, la cité peut craindre pour sa sécurité.
Elle lève donc des murailles pour se protéger.
Mais dès lors, abritée certes, mais isolée
derrières ses hauts murs, la ville risque de péricliter
et de connaître le déclin…
La ville peut être aussi un objectif stratégique.
C’est l’exemple de Paris lors de la guerre de
1870. Prendre la capitale et tout le pays « tombe
 » !
La ville enfin peut être un symbole. Ce symbole existe
parfois avant la guerre. C’est le cas de Constantinople,
de Rome, de Paris, de Berlin, de Jérusalem, etc…Mais
la guerre peut transformer la cité en symbole. Ainsi
Guernica, Coventry, Sarajevo, Saïgon, Stalingrad, Madrid,
etc…
La ville, avec la guerre, devient également image
et l’anthropomorphisme n’est jamais très
loin. Ainsi la ville que l’on doit punir et c’est
Carthage ou Londres qui doivent être rasés.
Mais la ville peut être aussi celle que l’on
honore et c’est Paris faite Compagnon de la Libération,
Caen titulaire de la Croix de Guerre 39-45…

2-
La guerre urbaine :
Le soldat n’aime pas se battre en ville. Le danger
vient de partout ! Le soldat se trouve très vite
isolé, sans liaison avec son chef, voire ses camarades.
Le stress au combat est beaucoup plus élevé
en zone urbaine. De ce fait, la guerre urbaine est grande
consommatrice d’effectifs car les états-majors
doivent pourvoir au remplacement rapide des unités
« usées ». Ce fut le cas par exemple
lors des combats dans Grosny. Les chefs militaires n’aiment
guère la guerre urbaine car il y est très
difficile de manœuvrer et de commander. Cette aversion
pour ce genre de combat est d’ailleurs connue depuis
longtemps. Tous les auteurs de traités militaires
dénoncent la guerre urbaine. Le bon capitaine est
celui qui sait éviter les villes ! Les chefs d’Etat
eux-mêmes expriment leurs craintes. Ainsi le Président
de la République Lebrun ordonne-t-il, en 1940, que
les villes de plus de 20 000 habitants ne soient pas défendues
et soient déclarées « ouvertes »…Cependant
la ville offre des possibilités importantes pour
des défenseurs décidés. En 1943 d’abord,
en 1944 ensuite, une poignée de résistants
héroïques tient tête aux forces allemandes
bien supérieures en nombre. Ces dernières,
pour briser les deux insurrections, mettront de très
importants moyens humains et matériels.

Depuis
25 ans, les noms des batailles sont des noms de villes :
Sarajevo, Grosny, Kandahar, etc…La crainte de la guerre
urbaine reste très forte. Les stratèges américains
prévoient ainsi de raser les zones urbaines si besoin
en cas de guerre contre l’Irak. La guerre urbaine
est au cœur des préoccupations car dans les
250 derniers engagements militaires des US marines, 237
ont comporté des opérations urbaines ! Enfin,
un dernier chiffre pour se persuader du « bel avenir
 » de la guerre urbaine : 53 % des habitants de la
planète habitent dans des villes…


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