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Publié : 12 septembre 2005

L’Europe et les rapports Nord/Sud en Méditerranée

Conférence de Madame Dominique Rivière, Professeur à l’Université Paris XIII. (Compte-rendu de Benoît Lisbonis)

   

 

L’EUROPE ET LES RAPPORTS NORD/SUD EN MÉDITERRANÉE

par Madame Dominique RIVIERE, Université de Paris XIII

 

Compte rendu de la
conférence du 7 avril 2004,CDDP du Havre

Notes de B. Lisbonis


Madame Rivière explique que ses travaux concernent la construction
européenne et la place de l’Etat-nation dans l’organisation
du territoire aujourd’hui, en particulier dans le cas de l’Italie.
Elle utilise ici un ouvrage récent : D. RIVIERE, L’Italie,
des régions à l’Europe
, A. Colin, collection
« U », 2004, ainsi qu’une contribution à un ouvrage
collectif D RIVIERE, A-M MONTENEGRO dans J LIEUTAUD, La Méditerranée,
Paris, 2001, Ellipses
Sa conférence utilise également un ouvrage de P. BECKOUCHE,
Y. RICHARD, Atlas d’une nouvelle Europe, éd. Autrement,
2004.

 

Madame Rivière justifie
en premier lieu la problématique retenue par le programme de terminale
en géographie : l’espace méditerranéen une
interface Nord/Sud. Déjà en 1990, Michel DRAIN* constatait
« la Méditerranée est devenue le Rio Grande du vieux
continent » et établissait donc un parallèle avec
Texamérique. De fait, il s’agit bien d’un espace de
discontinuité Nord/Sud s’intercalant entre des pays dans
l’ensemble riches et des pays, non pas pauvres, mais intermédiaires
 : il y a un rapport de 1 a 5 entre le PIB/ hab PPA de pays comme la France
et l’Algérie. Cet espace de discontinuité, certes
relativement étendu (distance Nord/Sud Marseille-Alger environ
750 km), présente cependant des points de passages remarquables
 : 14 km pour le détroit de Gibraltar et Istanbul est une ville
transcontinentale. La problématique de l’interface est donc
pertinente

Madame Rivière précise
qu’elle envisage la question sous l’angle de la construction
européenne, qui a finalement concerné assez tard l’Europe
méditerranéenne : 1981, la Grèce, 1986 l’Espagne
et le Portugal (hors étude), 2004 la Slovénie, Chypre, Malte.
On peut se demander dans quelle mesure la construction européenne
organise ou non cet espace. La référence à l’Union
européenne (UE) est en fait complexe : « forteresse Europe
 » pour l’immigration, ou pôle fédérateur,
synonyme de richesse, gage d’intégration et de stabilité
 ?
Madame Rivière commente une carte sur l’intégration
interne et externe de l’UE en Méditerranée (Source
RIVIERE, 2004, d’après UE, programme Meda, rapport Europe
2000)
Cette carte montre une politique d’intégration sur les rives
Sud et Est du Maroc à la Turquie, Libye exclue, notamment avec
le processus de Barcelone lancé en 1995. Le rapport Meda vise en
fait à envoyer un signal fort aux pays voisins au Sud, qui ont
le sentiment d’une mise à l’écart avec l’extension
de l’UE vers l’Est de l’Europe.

La conférence s’articulera
donc autour de 2 axes et s’appuiera sur de nombreux documents, en
particulier des cartes, photocopiés ou rétroprojetés
 :
- Sur quelles bases repose cette interface, comment s’observe-t-elle
à partir d’indicateurs ?
- L’Europe, et en particulier lUE est-elle facteur d’intégration
ou au contraire d’éclatement ?

Madame Rivière précise
d’emblée qu’il n’y a absolument pas de consensus
sur l’existence d’un espace Euro-Méditerrannée,
c’est la thèse défendue par les auteurs d’un
atlas récent*.
Pour Bernard KAYSER, la Méditerranée révèle
au contraire une fracture**.

* M DRAIN dans BEAUJEU-GARNIER
J., GAMBLIN A., La CEE méditerranéenne, Paris,
SEDES-CDU, 1990
**B. KAYSER, Méditerranée, une géographie de
la fracture
, 1996.


I. La Méditerranée une interface,
une fracture.

La fracture Nord/Sud se présente
comme une série de « poupées russes ». Il existe
un gradient Nord/Sud à l’échelle internationale de
cet espace mais aussi à l’échelle de la façade
méditerranéenne de l’Europe, notamment en Italie,
pays dont le niveau de vie est comparable à la France et où
on observe un fort gradient Nord/Sud. Madame Rivière cite les propos
du président italien lors des négociations pour le passage
à la monnaie unique qui constatait que certains pays du Nord européen
considèrent « la Méditerranée comme un appendice
ou pire une appendicite de l’Europe ».

a. Si l’on considère
l’IDH qui combine le PIB/hab PPA, le niveau d’alphabétisation
ou de scolarisation et l’espérance de vie, on peut distinguer
trois grands ensembles :

Le premier ensemble peut se
subdiviser en deux sous-ensembles :
- France, Italie, Espagne plus de 0,9
- Portugal, Grèce, Israël, Chypre, Malte de 0,860 à
0,9

Un premier fossé ici
avec un deuxième ensemble :
Ex-Yougoslavie, Turquie, Albanie, Jordanie jusqu’au palier inférieur
de 0,7.

Un deuxième fossé
s’observe pour le troisième ensemble :
Maroc, Algérie, Tunisie... moins de 0,7.

C’est en fait le PIB/hab
qui joue le rôle essentiel et qui fait les ruptures majeures. Au
début des années 1960, seule l’Italie se rapprochait
de la moyenne de la richesse communautaire, pour l’Espagne indice
60, pour le Portugal et la Grèce moins de 40.
Il y a eu un fort rattrapage pour les pays européens de la rive
Nord et pour l’Italie le niveau moyen européen a été
atteint dans les années 1980.Même si actuellement (juste
avant l’élargissement à l’Est), la Grèce
(avec le Portugal) reste le pays plus pauvre de l’Union, le PIB
de la Grèce (10 millions d’hab) est équivalent à
ceux de l’Egypte, de la Jordanie, du Liban, de la Syrie cumulés
(86 millions d’hab), selon le rapport Meda.
On a de plus l’impression que l’écart s’accroît
entre l’Europe et la rive Sud, par exemple en un quart de siècle
entre la France et l’Algérie le rapport pour le PIB/hab est
passé de 1/10° à 1/20° (mais en SPA -standard
de pouvoir d’achat- c’est à peu près stable).

Les deux autres critères
de l’IDH présentent eux aussi un net gradient Nord-Sud et
Ouest-Est mais ils sont somme toute moins marquants. Pour l’espérance
de vie il n’y a pas de ruptures nettes, pour l’alphabétisation/scolarisation
de même. Ainsi, pour le niveau d’alphabétisation, Malte
ou Chypre sont mieux placés que le Portugal, la Slovénie
est au même niveau que la France, en Turquie le niveau de scolarisation
est faible . On remarque surtout une hétérogénéité
au Sud pour l’alphabétisation ou la scolarisation, par exemple
la situation au Maroc est mauvaise, en comparaison de l’Algérie
et de la Tunisie.

Les césures sont donc
essentiellement économiques mais il reste malgré tout difficile
de tracer une limite claire dans cet espace.

b. Madame Rivière
s’intéresse ensuite aux dynamiques démographiques
et à la mobilité des hommes.

Même s’il y a un fort gradient Nord/Sud, un rééquilibrage
se profile, ce que montrent les cartes de l’Atlas d’une nouvelle
Europe. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe comptait
cinq fois plus d’habitants que les pays voisins de la rive sud et
est de la Méditerranée, vers 2050 il devrait y avoir parité
(si l’évolution actuelle perdure).
Le taux de mortalité infantile est en baisse rapide, ce qui est
un indicateur révélateur de la transition démographique
en cours. Par exemple, la fécondité en Tunisie est proche
de celle de l’Europe mais les générations jeunes sont
nombreuses.

Peut-on parler d’une
« forteresse Europe » ? Cette image est souvent utilisée
à propos de l’UE à propos de son attitude vis-à-vis
de la mobilité des hommes, et en particulier elle « colle
 » à ses rivages méditerranéens, comme un résumé
des rapports Nord-Sud mondiaux.
Mais la situation est en fait complexe.
Tout d’abord, plus qu’un avant-poste de l’Europe du
Nord, l’Europe du Sud a en quelque sorte joué le rôle
d’une « zone tampon », avec une articulation entre émigration
et immigration : ces pays (Espagne, Portugal, Grèce, Italie) sont
passés très tard et très rapidement du statut de
pôles d’émigration, ce qu’ils ont été
durant un siècle, à celui de réceptacles de l’immigration.
L’émigration marque encore en profondeur des régions
entières (intérieur du Mezzogiorno italien, îles grecques...)
avec les « remises » des émigrés, etc. Du fait
aussi de cette longue tradition d’émigration, en Europe du
Sud le terme immigrés (« immigrati »)., désigne
classiquement les nationaux et non des étrangers, par exemple,
les régions industrielles de Barcelone ou Turin, qui se développent
assez tôt, ont été des pôles d’immigration
des méridionaux. Si en Espagne et en Italie du Sud il y a encore
des départs aujourd’hui, ce sont plutôt des diplômés.

De plus, si on considère les flux actuels, qui sont avant tout
des flux d’immigration, la Méditerranée n’est
bien sûr pas négligeable comme zone de départ vers
l’Italie, la Grèce ou l’Espagne, mais elle n’est
absolument pas une échelle de référence unique et
auto suffisante dans l’étude de ces mouvements. En effet,
les migrations en provenance de la rive Sud de la Méditerranée
concernent aussi les pays pétroliers du Golfe, à partir
de l’Egypte notamment. En outre, les pays d’Europe du Sud
ne sont nullement des « avant-postes » d’une Europe
qui ferait face « d’un bloc » à la rive sud méditerranéenne,
car d’une façon générale, en Europe du Sud
l’immigration est éclatée et mondialisée, beaucoup
plus que pour la France ou l’Allemagne, pays de tradition d’immigration
ancienne. Par exemple, en Italie, les premières filières
d’immigration, fin des années 1970- début des années1980,
concernent les Philippines et la Pologne (pays catholiques) et depuis
lors, les origines des filières d’immigration changent en
fait fréquemment (Chinois, Marocains, ex-Yougoslaves, etc.). En
outre, la « pression » des réfugiés s’exerce
beaucoup plus fortement sur les pays d’Europe du Nord (Royaume-Uni,
Allemagne) et les Etats-Unis, que sur ceux d’Europe du Sud.
Donc, même si les media et la publicité ont insisté
sur les bateaux chargés de réfugiés arrivant à
Brindisi, il ne faut pas s’exagérer l’importance finale
de la migration de proximité. Il faut ici se défier de représentations
cartographiques parfois simplistes et aussi se garder de donner à
l’espace méditerranéen plus de cohérence qu’il
n’en a réellement.
En fait, si l’expression de forteresse est plutôt adaptée
à l’espace Schengen, c’est dans le sens où les
pays d’Europe du Sud s’alignent sur les marchés de
l’emploi international des grands pays industriels du Nord. On assiste
aussi à un développement des migrations temporaires, également
encouragées par les Etats, comme l’Italie ou le Royaume-Uni.

Pour les migrations touristiques,
le processus d’intégration euro-méditerranéenne
est plus marqué (BECKOUCHE, RICHARD, 2004). En 10 ans en Egypte
les pays européens sont passés de 30 à 56% de la
fréquentation touristique de ce pays, avec parallèlement
une baisse de la fréquentation américaine amorcée
lors de la première guerre du Golfe. Pour le tourisme, l’aire
méditerranéenne est davantage sous influence européenne.

Le processus de Barcelone (voir
infra) ne prend pas en compte les aspects migratoires, qu’ils soient
touristiques ou « résidentiels », ce qui constitue
une lacune politique indéniable.

c. Madame Rivière
étudie ensuite les fractures à l’échelle régionale
 : les Sud des Nord.

Les rapports européens sur les régions sont très
riches et très utiles et l’appareil statistique est très
complet.
L’UE considère qu’une région est « en
retard de développement » (région dite d’Objectif
1, voir infra) quand l’indice du PIB/hab est inférieur à
75 par rapport à la moyenne (indice 100. Dans l’UE à
15, les régions « en retard » sont essentiellement
méditerranéennes, pour la Grèce c’est l’ensemble
du pays, même Athènes, pour l’Espagne c’est le
Centre-Sud, pour l’Italie le Mezzogiorno.
Pour l’Italie, qui est un cas extrême en terme de disparités
inter-régionales, la Calabre et la Lombardie ont un rapport de
1 à 2 pour le PIB/hab. Mais en revenu par hab, l’écart
est moindre, de 1 à 1,5, ce qui reflète une norme de niveau
de vie nationale et aussi l’existence d’un Etat-Providence
avec la redistribution des richesses qui s’ensuit. L’échelle
nationale est donc essentielle, elle « contient » les disparités.
Donc finalement, il y a certes des écarts mais il n’y a pas
de rupture franche comme France/Algérie par exemple... et il
ne faut donc pas abuser de l’image des Suds européens comme
« zone de transition » Nord-Sud.

Par ailleurs, en Europe du
Sud, il y a peu de régions très riches à l’échelle
européenne et mondiale, sauf l’Italie du Nord, vaste ensemble
régional (niveau de richesse supérieur à la région
lyonnaise). De plus, en Europe du Sud, ce sont les régions industrielles
qui sont assez riches, comme en Italie (Lombardie par exemple) ou en Espagne
(Catalogne...), ce qui est différent de l’Europe du Nord
où ces régions industrielles sont souvent en difficulté.
L’industrie reste ici avant tout un marqueur de richesse.
Les régions les plus pauvres de l’Europe du Sud sont parfois
qualifiées -à tort- de régions « agricoles
 » ou « rurales ». Certes il y a une sur-représentation
agricole, mais c’est 10 à 15% de la population active. ce
sont plutôt des régions urbaines agro-tertiaires privées
d’industrialisation. Le chômage est aussi un trait marquant
de ces régions pauvres, c’est encore plus net pour le chômage
implicite, c’est-à-dire non déclaré (sur-emploi
dans l’agriculture), en particulier pour les femmes.En outre, le
marché de l’emploi manque de fluidité, l’Italie
du Nord contrairement au Sud connaît le plein emploi.

II. Un modèle
de développement original et le rôle des politiques d’intégration
de l’UE

a. L’Europe fait-elle
le développement ?
Les sources européennes ont souvent
tendance à le considérer. Toutefois, il ne faut pas oublier
que si ces pays sont entrés dans l’UE c’est parce qu’ils
montraient des signes de développement économique et social.
C’étaient avant tout les critères politiques qui freinaient
leur entrée. Le premier accord avec la CEE de la Turquie date de
1962. La Slovénie, le pays le plus riche de l’ancienne Yougoslavie,
Chypre et Malte n’offraient pas d’obstacle d’un point
de vue économique.
Ce qui est caractéristique de l’Italie, l’Espagne,
le Portugal c’est le type de développement industriel dans
des créneaux particuliers laissés par les pays du Nord.
Par exemple dans le textile, dès les années 1950 le Nord-Pas-de-Calais
délocalise vers le Maroc ou Taiwan, au même moment se développent
les petites villes textiles de la « troisième Italie »
comme Carpi, connaissant une forte croissance dans les années 1970-80.
Des traditions artisanales s’industrialisent et parviennent à
pénétrer les marchés, avec sous-traitance et fabrication
just-in-time. (ex. Benetton). Cette industrialisation tardive s’appuyant
sur un artisanat préexistant s’est appliquée dans
différentes branches : appareillage de la maison, matériaux
pour le BTP (carrelage, robinetterie...). En revanche la part de la
recherche-développement est faible dans ces pays méditerranéens,
c’est ce qui fait défaut, même en Italie. De plus ces
activités de recherche sont très fortement concentrées
dans les grandes métropoles : en Espagne environ 70 % de la R-D
à Madrid et Barcelone, en Italie, une recherche surtout privée
dans les métropoles du Nord et surtout publique à Rome.
Les villes de la « troisième Italie » restent à
l’écart.

Si elle ne « fait »
pas le développement, cependant l’Europe a orienté
le développement en tant que Marché commun. C’est
surtout vrai pour les flux commerciaux, l’UE étant le 1°
partenaire commercial, y compris à l’extérieur comme
le Maroc. Les investissements européens ont également joué
un rôle important, surtout dans la péninsule ibérique.
L’Espagne a attiré 14 % des flux d’investissement entre
Etats de l’UE, l’Italie seulement 6 %. Mais c’est une
intégration asymétrique (l’Espagne reçoit plus
qu’elle n’envoie d’IDE dans le restede l’Europe).
En 1999, Carrefour-Promodès contrôlait 22% de la grande distribution
en Espagne. Il y a donc eu une européanisation massive de l’économie
de la péninsule ibérique, qui a d’ailleurs précédé
l’entrée dans la CEE mais s’est accentuée ensuite.
Ce sont là encore les grandes métropoles qui ont capté
l’essentiel des IDE européens et mondiaux.

L’Europe n’a donc
pas fait le développement au Sud mais il y a eu une accélération
et une véritable structuration des flux vers l’Europe.

b. La politique régionale
européenne et le processus de Barcelone

Le premier objectif de la politique
régionale de l’UE est un rééquilibrage entre
régions avancées et en retard. Cette politique régionale
apparaît en 1975 avec la création du FEDER, mais elle a longtemps
été le « parent pauvre » du budget européen.
Le véritable point de départ est donc 1988 avec la réforme
des fonds structurels (FSE, FEDER, FEOGA...). Mais actuellement, la
politique régionale marque le pas : en 2000 une limite a été
fixée à 0,45 % du PNB européen, ça reste quand
même un budget notable dans l’absolu.
Les 2/3 des fonds ont été dirigés vers les régions
d’Objectif 1, « en retard » (indice de PIB/hab.inférieur
à 75, pour 100 = moyenne européenne). Pour certains auteurs,
cette redistribution, synonyme d’une solidarité entre régions
riches et pauvres, c’est une possibilité d’amorce d’une
Europe sociale. Les fonds injectés sont importants, pour 2000-2006,
127 milliards d’euros, pour l’objectif 1(Espagne 37, Grèce
ou Italie du Sud 20).
L’objectif 2, moins important pour l’Europe du Sud, concerne
les reconversions industrielles et depuis 2000 il englobe aussi l’aide
au développement rural (ex-Objectif 5b), les quartiers en crise,.

A travers cette politique régionale,
et en particulier l’Objectif 1, l’Europe se construit donc
sur ses marges, en particulier méditerranéennes... jusqu’à
présent. L’Union européenne a ici un effet d’entraînement,
car le partenariat avec les acteurs nationaux et locaux est la règle.
Par exemple, pour le désenclavement de l’Espagne, on estime
que la longueur du réseau autoroutier a triplé entre 1987
et 1994, 40 % du financement étant pris en charge par la CEE. De
même pour les équipements hospitaliers, universitaires, le
réseau téléphonique au Portugal. Mais il ne faut
pas surestimer cet effet d’entraînement de la politique régionale
européenne. Les Etats ont parfois freiné la mise en ouvre
de cette politique européenne, par exemple l’Italie davantage
préoccupée par l’obligation de remplir les critères
de l’entrée dans l’euro que par les problèmes
du Mezzogiorno. En outre, au niveau de l’Union européenne
elle-même, le principe d’une solidarité interrégionale
connaît actuellement une véritable crise. L’entrée
des pays d’Europe centrale et orientale s’est faite à
« petit budget » . Or à terme, elle change les conditions
d’attribution de ces fonds de l’objectif 1 (depuis l’été
2004, les ex-PECO touchent l’Objectif 1), plaçant les pays
méditerranéens en situation de concurrence Sud/Est.
Madame Rivière évoque aussi plus rapidement les autres axes
de la politique européenne :la PAC, les transports ( en particulier
le réseau TGV) et le problème de l’accessibilité.
La carte des clientèles accessibles en 8 heures projetée
montre que, malgré les efforts de rattrapage, cette carte reste
dans l’ensemble le décalque de celle du PIB /hab.

Le processus de Barcelone,
avec le programme Meda lancé en 1995, a de son coté pour
objectif de construire un espace euro-méditerranéen. Mais
le budget est très réduit : 5 milliards d’euros pour
1995-1999, le même montant pour la période actuelle. Le programme
était pourtant ambitieux : mettre en place une zone de libre échange
d’ici 2010. Peu d’experts y croient. Les crises du Moyen-Orient,
les difficultés économiques des pays du Sud et de l’Est
de la Méditerranée, le problème des tarifs douaniers
ont été des obstacles à ce processus. Il reste surtout
des aides à la santé, l’éducation, l’environnement,
le patrimoine.
Les questions migratoires, pourtant politiquement au centre du processus,
pour le travail ou le tourisme, ne sont pas vraiment prises en considération.
Le bilan du programme Meda est donc très mitigé.


Conclusion.

La Méditerranée
est une zone d’interface, mais surtout sous la forme d’une
coupure, d’une discontinuité. Il y a peu de relations entre
Espagne et Maroc (les IDE espagnols au Maroc ont baissé récemment),
de même entre l’Italie et la Tunisie. Par exemple le grand
port récent de conteneurs de Gioia Tauro en Calabre a un trafic
mondial, peu tourné vers la rive Sud.

Les questions de l’assistance
portent sur le rôle des Etats-Unis en Méditerranée
(investissements au Maroc notamment), sur le peu de pertinence de l’expression
arc méditerranéen ou latin..., sur les marges de cet
espace : la mer Noire n’est pas comprise dans la question du programme,
sur l’autre coupure Nord /Sud fortement marquée au niveau
du Sahara, séparant l’espace euro-méditerranéen
de l’Afrique subsaharienne.

 

 
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