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Par : P. Pech
Publié : 12 septembre 2005

Les notions de ressources et de contraintes en Géographie

Conférence de Monsieur P. Pech, maître de conférences, Paris I

 


LES NOTIONS DE RESSOURCES ET DE CONTRAINTES EN GÉOGRAPHIE

Conférence
de M. P. Pech, maître de conférences, Paris I,

Prononcée
à l’IUFM de Rouen le 12 janvier 2000.

Les
programmes du secondaire fournissent, à chaque niveau, l’occasion
de présenter les notions de ressources et de contraintes, mais
elles ne sont pas toujours abordées sous le même angle.
Par exemple, en première, à travers ces notions, l’accent
est mis sur l’aménagement du territoire (comment valoriser
les ressources et protéger l’environnement ?), par contre
en seconde, l’approche est plus environnementale.

On
peut ainsi pour les littoraux japonais traiter ceux-ci en 6ème
(l’étude des paysages), en 2nde (2nde
partie du programme) et en Terminales (puissances) ; c’est l’occasion
d’enrichir la notion, de l’affiner : la littoralisation des activités
est liée en premier lieu à la contrainte exercée
par le relief, à l’exiguïté des plaines, mais les
Japonais ont " retourné " cette difficulté
en atout.

	Quelle
définition retenir ? Quel lien avec les milieux naturels ?
On entend par ressource l’ensemble des moyens de subsistance,
de production (sols, eaux, minéraux...), mais les ressources
ne sont pas uniquement " naturelles " : le
Mont Saint Michel n’est pas qu’un îlot rocheux dans une baie
en voie de comblement ; la richesse patrimoniale est aussi une
ressource.

De
même, le patrimoine n’est pas que culturel : le parc " naturel ",
l’espace de récréation (campagne, forêt) à
proximité de la ville constitue aussi une ressource - un moyen
de se ressourcer - mais ce n’est pas le milieu naturel.

	L’appréciation,
par une société, des ressources dépend du niveau
de développement : le minerai d’uranium est passé
du stade de caillou à celui de ressource énergétique
avec la maîtrise des techniques du nucléaire.

De
même, une région riche - la Champagne au Moyen-Age avec
ses foires - est-elle devenue une région de peu d’intérêt
après le basculement du commerce vers l’Atlantique. Le bois
de ses forêts deviendra une ressource avec le développement
des mines de charbon ; de même, la Champagne pouilleuse
deviendra-t-elle avec le recours aux engrais et aux assolements complexes,
une riche terre agricole après les années 70.

	La
contrainte est une notion à la fois écologique
et économique. Les facteurs limitants sont souvent climatiques
ou liés aux pentes excessives ; ces éléments
induisent des surcoûts. Si la contrainte est aggravée,
elle devient risque, menace pour les populations, mais là aussi,
le niveau de développement permet ou non de compenser des insuffisances.
Par exemple, les valeurs de la sécheresse sont variables selon
que le pays est capable ou non de puiser dans les nappes phréatiques
profondes...

Ces
notions sont donc relatives et réversibles. La relation quasi-exclusive
aux seules ressources naturelles ne suffit pas ; la plupart des
milieux sont anthropisés comme la montagne de Lure dans les
Alpes ou les marais de Brouage ou encore le vignoble bourguignon.
L’exemple de la silice, ressource apparemment banale, montre bien
la complexité du phénomène : les sociétés
développées ont des besoins croissants en silicium (semi-conducteurs),
en silicone (isolants), en quartz, fibres optiques, verre... La ressource
minérale est abondante : filons de quartz, gisements de
galets, de sable. Mais cette ressource naturelle n’est pas toujours
" exploitable ". Ainsi la forêt de Fontainebleau
est établie sur des sables très purs, mais elle est
l’ " espace naturel " de l’agglomération
parisienne ; de ce fait, la pression de la population s’oppose
à la demande d’exploitation souhaitée par les industriels :
la raréfaction de la ressource en résulte.

Les
contraintes en milieu montagnard sont nombreuses : la pente,
la dénivellation, l’altitude par ses multiples effets favorisent
l’érosion des sols, les glissements de terrain, la torrentialité,
les avalanches. Contraintes et risques sont parfois réduits
par les aménagements réalisés par les hommes :
digues pour canaliser le torrent, brise-flux pour ralentir la vitesse
et retenir la charge alluviale, reboisement (ex : la Montagne
de Lure dans les Alpes du Sud aux XIXème siècle) sont
destinés à lutter contre l’érosion. Mais parfois
l’homme se " contente " de surveiller comme en
Haute Tinée : les glissements de terrain sont sous contrôle,
prévision et prévention l’emportent ici sur l’aménagement.

	Ressources
et contraintes sont souvent liées et on peut observer des basculements,
des phénomènes de rétroaction : la ressource
surexploitée devient une contrainte ou un risque : la
Montagne de Lure en fournit l’illustration. Jusqu’en 1840, le système
montagnard (cultures, forêt, pâturage) permet de fortes
densités. Vers 1840-1850, une crise écologique
liée à la forte variabilité du climat et à
la surpopulation est accompagnée d’une crise économique  :
l’ouverture réalisée par la révolution des transports
soumet l’espace à une concurrence forte du bas-pays d’où
exode rural, libération des terres et reboisement " refermement
du paysage " (1851-1875). La montagne - ressource
est devenue montagne - contrainte. Mais depuis 1975, la Montagne
présente une nouvelle dynamique : repeuplement significatif,
tourisme vert, chasse, ski...., activités favorisées
par la proximité de l’autoroute Aix - Marseille - Sisteron.
La montagne - contrainte est redevenue montagne - ressource.

	La
contrainte - voire le risque - est parfois provoquée par la
société. En mai 1999, en région parisienne, des
orages dits catastrophiques ont provoqué des inondations et
la mort de quatre personnes. En zone rurale, rien de catastrophique
ne s’est produit, mais en ville, le ruissellement aggravé par
le milieu artificialisé est devenu un risque : ce n’est
pas pour autant un risque " naturel ".

	La
Guadeloupe présente une déconnexion des relations causales
entre société et nature. C’est une île tropicale,
présentant donc des ressources - paysages : flore, parcs,
plages, mais aussi des risques de cyclones. C’est une île volcanique
(la Soufrière) avec des risques sismiques et volcaniques. On
sait prévoir les risques volcaniques (cf en 1976, le déplacement
de la population), les risques liés aux cyclones, mais pas
encore les séismes (et même dans les pays où la
population est éduquée face à ce risque, les
désastres peuvent être considérables , comme à
Kobé en 1975).

Ces
exemples permettent de souligner que contraintes et ressources sont
souvent imbriquées et en sont pas seulement " naturelles ".

 

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