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Publié : 12 septembre 2005

Les montagnes entre traditions et nouveaux usages

Conférence de Monsieur Rémy Knafou, Professeur à l’Université Paris VII. (Compte-rendu d’Emmanuel Caron)

   

 

LES MONTAGNES ENTRE TRADITIONS ET NOUVEAUX USAGES

 par Rémy 
KNAFOU, Professeur à l’Université de Paris VII - Denis Diderot

CONFERENCE
UNIVERSITAIRE DU 20 février 2002

 IUFM
de Rouen

Sommaire

I. La spécificité
montagnarde

II. La mise
en œuvre du programme

III. L’étude
de cas

Questions
posées par l’assistance

 

Tout d’abord, M. 
Knafou rappelle que son intervention se situe dans le cadre du programme
de seconde « Les montagnes entre traditions et nouveaux usages »
et qu’elle consistera fondamentalement à apporter des éléments de discussion
face aux difficultés qui peuvent se poser dans la mise en œuvre de ce
programme.

Eléments bibliographiques :

  • Knafou R. :
    « Les Alpes », Que sais-je n° 1463, Paris, 1994.
  • Knafou R. (dir.) :
    « L’état de la géographie », Paris, 1997, Belin, Collection
    Mappemonde.
  • Knafou R. (dir.) :
    « L’Institut de Saint-Gervais. Recherche-action dans la montagne
    touristique », Paris, 1997, Belin, collection Mappemonde.
  • Revue de Géographie
    Alpine, 2001, n°2.

 

En introduction,
M. Knafou rappelle que les relations entre les montagnes et la géographie
sont le fruit d’un long héritage :

  • Les montagnes,
    en particulier les Alpes, sont un milieu qui a toujours intéressé
    les géographes. Les Alpes, qui jouent un rôle particulier au centre
    du continent, sont même une des portions de l’espace terrestre sur
    laquelle il y a eu le plus de productions scientifiques 
  • De plus, c’est
    ensuite à la lumière de la connaissance des Alpes que les autres montagnes
    du Monde ont été étudiées et, parfois même, nommées (Alpes australiennes,
    néo-zélandaises, scandinaves, japonaises, etc.)
  • D’où la célébration
    fréquente des Alpes comme la montagne par excellence (« alpinocentrisme »)
  • Depuis le 18ème
    siècle, la société européenne porte un regard nouveau sur les montagnes,
    à travers des voyageurs, des hommes d’affaires ou des scientifiques :
    celles-ci deviennent des lieux d’expérimentation du fait scientifique.
  • L’aspect esthétique
    n’est pas non plus à négliger, car il est à l’origine du tourisme :
    la montagne était un espace qui n’intéressait pas (lieu difficile,
    au climat hostile et à la population archaïque) mais désormais la
    beauté des paysages apparaît aux yeux de ceux qui la découvrent. La
    montagne devient l’un des espaces, avec la côte méditerranéenne, où
    les pratiques touristiques sont inventées.
  • À cette période
    de découverte succède une période d’intenses aménagements (XIXème
    siècle), sans souci de préservation de l’environnement car la sensibilité
    de l’époque était à la conquête de la nature (exemple : tentative
    de création d’un chemin de fer devant déboucher au sommet du Mont
    Blanc mais, finalement arrêté au Nid d’aigle, au-dessus de Saint-Gervais).
  • Dans la deuxième
    moitié du XXème siècle, et en particulier dans les années 1970, le
    débat aménagement-environnement apparaît. Mais cela est moins vrai
    pour les montagnes nord américaines où l’environnement est une préoccupation
    dès l’occupation et l’aménagement de la montagne (Yellowstone devient
    le premier parc national mondial dès 1872).
  • Aujourd’hui,
    le débat porte sur la nécessité de concilier aménagement et environnement.

I. La
spécificité montagnarde

  • La montagne est
    vécue comme un ensemble de contraintes par les naturalistes.
  • Les sciences
    sociales sont méfiantes vis à vis d’une spécificité montagnarde :
    remise en cause de généralisations propres aux montagnes en général,
    car ces généralisations ont une fragilité scientifique (échec du passage
    d’études de cas vers la théorie).
  • Les politiques
    relatives à la montagne évoluent : la politique de la montagne
    a longtemps été dominée par l’idée que des aides devait être données
    à ce milieu difficile et en difficulté.
  • Cette conception
    est désormais discutée : la neige et la pente ne sont pas toujours
    des contraintes, mais font au contraire la richesse d’une partie de
    la montagne. Ainsi la loi française de 1985 met en avant les atouts
    de la montagne (variété culturelle, atouts patrimoniaux, environnement).

Question de
l’auditoire
 : Cette analyse est-elle valable pour les montagnes
situées hors d’Europe ?
Cela est
juste vrai pour les montagnes européennes. Sur le continent Nord-Américain,
il n’y avait pas (ou très peu) de population avant la mise en valeur.
Dans le monde en développement, il n’y a pas d’aide du tout, pas de
compensation du handicap par la collectivité ; de toutes façons,
ces milieux sont assez dynamiques (production de café, activité touristique
comme les Sherpas en Himalaya). De plus le trop plein démographique
entraîne une émigration elle-même source de retours financiers.

II. La
mise en œuvre du programme :

  • Le programme
    rend bien compte de ce qu’est la géographie aujourd’hui ; cependant
    la partie du programme qui porte sur les montagnes est la plus critiquable,
    car elle ne met pas en valeur la spécificité des montagnes :
    l’intitulé « entre traditions et modernité » est tout autant
    pertinent pour les littoraux ou les villes par exemple.
  • Le programme
    sous-entend donc que les montagnes seraient des lieux propices à conserver
    les traditions, voire les archaïsmes. Cela est discutable et correspond
    à une représentation passée des montagnes refuges : exemple :
    Berbères face à l’invasion arabo-musulmane.
  • Aujourd’hui
    cette vision est dépassée et on insiste surtout l’interdépendance
    plaine-montagne.
  • La mise en œuvre
    du programme présente trois écueils majeurs

    a) Se
    placer dans une optique déterministe.

    b) Voir
    des traditions là où elles n’existent pas ou plus. Ainsi on appelle
    souvent « tradition » des traits culturels apparus au
    XIXème siècle (par exemple le costume traditionnel est bien souvent
    une création en réponse à la naissance du tourisme). On est donc
    dans le registre des « traditions inventées ».

    Aujourd’hui,
    il n’y quasiment pas dans le monde de montagnes où existent des
    systèmes traditionnels, sauf les Hunza, population du Karakorum
    concentrée dans trois hautes vallées qui regroupent 35 000 habitants
    sur 10 000 km2, dont 10% cultivables. Mais même ces sociétés sont
    en évolution (système agro-forestier où cette population gère
    son environnement).

    c) L’opposition
    montagne traditionnelle dans les pays pauvres / montagnes développée
    dans les pays riches

  • Un des moyens
    de contourner ces difficultés est l’étude de cas.

III. L’étude
de cas

  • Elle permet
    de nuancer le propos et de fixer les notions et les concepts :
    par exemple la pente : analysée positivement ou négativement
    selon les époques. Cela est aussi vrai pour la neige.
  • Intervention
    de M. Granier, IA-IPR : l’étude de cas vise à éviter un enseignement
    « éclaté » et permet de déboucher sur des notions :
    « environnement », « aménagement », « action
    de l’homme sur le milieu ». Il ne faut d’ailleurs pas séparer
    environnement et aménagement, la confrontation des deux est même fondamentale
    et permet d’arriver à la notion de développement durable.
  • Cela permet
    de définir ce qu’est la montagne au-delà de sa description physique.
    Elle est aussi largement une représentation, une construction sociale :
    c’est l’homme qui décide si la montagne est une contrainte ou un lieu
    attractif (sports d’hiver).
  • Cela permet
    de développer l’esprit critique des élèves : exemple du Mont
    Blanc : il n’intéresse personne jusqu’au XVIIIème siècle, même
    à Chamonix où il est perçu comme un lieu dont il n’y a rien à tirer,
    dangereux, voire maléfique. Cela change au XIXème siècle avec les
    voyageurs anglais (qui étendent parfois le « Grand Tour »
    jusqu’au Mont Blanc). Les Chamoniards comprennent progressivement
    que cet espace a de la valeur (la valeur est donc « créée par
    le regard ») : guides, auberges, mulets pour l’ascension...
    Et aujourd’hui il n’y a plus de terrain constructible dans la vallée
    (près de 100 000 lits).
  • L’étude de cas
    hors des Alpes est difficile. Mais dans les Alpes, il n’y a pas d’étude
    de cas qui rende compte de l’ensemble, c’est-à-dire des domaines latins
    et germaniques :
    • Premier
      cas : le modèle germanique 
       : les montagnes ont connu
      très tôt le tourisme (XVIIIème et surtout XIXème Siècle), c’est-à-dire
      à un moment où les sociétés villageoises étaient très vivantes.
      D’où une symbiose entre la société rurale, l’agriculture et le
      tourisme, qui dura au moins jusqu’aux années 1990. On peut développer
      le cas de Grindelwald en Suisse :
      • 2000
        habitants en 1799, 2900 en 1850 quand le tourisme apparaît
        et 3700 en 1910.
      • Dès 1900,
        40% des revenus des paysans venaient du tourisme.
      • Aujourd’hui,
        dans cette station de 10000 lits, l’agriculture, en recul,
        est portée à bout de bras par le tourisme.
      • Les mêmes
        personnes s’occupent de l’agriculture et du tourisme :
        l’agriculteur est avant tout propriétaire d’hôtel.
      • Mais
        l’agriculture reste l’activité noble dans un système social
        original où le fait d’être agriculteur confère une position
        sociale éminente.. Le paysan est en quelque sorte un jardinier
        du paysage et ce paysage attire d’ailleurs le touriste...
    • Deuxième
      cas : le modèle latin et surtout français
       : la station
      intégrée ou de troisième génération : conçue, réalisée, commercialisée
      et gérée par un acteur unique, le plus souvent privé. Un bureau
      d’études pense le lieu et le dédie à une pratique unique :
      les sports d’hiver. On applique le principe du « front de neige ».
      Ce modèle s’est développé en France en altitude (neige ou espoir
      de neige...) pour rentabiliser l’investissement :
      • Exemples :
        La Plagne (2000m), la plus ancienne (1964) ; conception
        linéaire :
        Accès/vie
        commerçante/domaine skiable ou front de neige ; un ensemble
        de 10 stations entre 1250 et 2000 mètres ; 59 000 lits
      • Avoriaz
        (en patois :, avorea = « ne vaut rien ») ;
      • Avoriaz
        (architecture mimétique : on imite la falaise de calcaire)

Questions
posées par l’assistance

1) Quelle
est la place de l’industrie dans la montagne ?

  • Aux USA, l’industrie
    est absente des montagnes hors les gisements.
  • C’est un trait
    propre aux montagnes européennes, surtout aux Alpes. Mais cette présence
    est surtout vraie pour le XIXème siècle (« houille blanche »).
  • Elle est en
    plein reflux aujourd’hui, surtout qu’aux problèmes économiques viennent 
    s’ajouter les préoccupations liées à l’environnement.
  • L’industrie
    disparaît peu à peu des vallées (manque de place dans des vallées
    étroites, difficultés de desserte, surtout en saison touristique avec
    des axes routiers saturés, opposition des associations de défense
    de l’environnement ; graves effets sur la végétation, en Maurienne,
    principalement).

2) La
problématique est-elle différente dans les pays pauvres ?

  • Il n’y a pas
    de pratiques consuméristes (même si les productions agricoles sont
    commercialisées).
  • Mais il y a
    des exemples de tourisme estival et de ski de printemps dans l’Atlas
    (gîtes ruraux, sur des itinéraires de randonnée). Cela joue d’ailleurs
    un rôle dans l’intégration des femmes qui s’ouvrent ainsi sur l’extérieur,
    d’autant plus que les hommes sont souvent absents (émigration). Les
    sports d’hiver avec stations et remontées mécaniques y sont des exceptions
    (l’Oukaïmden dans le Haut Atlas, créée par les chasseurs alpins comme
    base militaire, Ifrane dans le Moyen Atlas, qui est aussi résidence
    royale).

Notes prises par Emmanuel CARON
Professeur au collège du Cèdre, Canteleu

 
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