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Publié : 12 septembre 2005

L’Homme et la nature sur les littoraux

Conférence de Monsieur Alain Miossec, Professeur à l’Université de Nantes. (Notes de Laurent Demeilliez et Chantal Emery)

 
L’HOMME ET LA NATURE SUR LES LITTORAUX


Conférence de M. Alain MIOSSEC
Professeur de géographie à l’Université de Nantes.

donnée à l’IUFM de Rouen le 15 novembre 2000

Cette conférence tend à illustrer la nécessité de lier les faits de nature et les faits de société en géographie. L’approche naturaliste est indispensable à la formation du géographe comme elle l’est à celle du citoyen : le géographe apporte la dimension spatiale dans l’étude environnementale où l’approche des « scientifiques » est plus strictement écologique. L’espace modifie incontestablement la dimension et la dynamique des phénomènes et ce qui se passe dans et autour d’une mare ne peut sérieusement se comparer à ce qui se passe dans et en bordure des océans. D’autre part, l’analyse géographique montre que la perception de la nature varie selon les lieux et que, par exemple le long des côtes françaises, les « cultures » ne sont pas les mêmes. On peut d’ailleurs plaider que la géographie de la nature est une partie de la géographie humaine ou de la géographie sociale de faire du « darwinisme social » qu’ ils trouveraient ce propos très injuste ? La géographie est ancrée dans la nature et dans la société, c’est sa force mais sa faiblesse est de croire - ou de faire croire - qu’elle est la seule à apporter les réponses qu’une société peut se poser. Texte liminaire d’A.Miossec après relecture des notes prises pendant la conférence.

 

I
ère PARTIE : la nature littorale domestiquée.

II ème PARTIE : repenser la nature sur les littoraux.
L’exposé de M. MIOSSEC est ponctué de projections de diapositives et
de documents rétroprojetés.
#

INTRODUCTION

#
L’entrée en matière peut se faire par l’exemple des Hollandais (photo
aérienne) peuple pionnier en matière de lutte contre la mer et de
domestication de la nature. Les ingénieurs hollandais ont été les
premiers à construire des digues, des épis, des espaces poldérisés.

Aujourd’hui, les
Allemands et les Hollandais rouvrent les polders pour qu’une certaine
forme de nature soit réintroduite sur les littoraux. Importance de
la poldérisation actuelle dans les pays asiatiques
-
dune construite comme une digue avec espaces récréatifs à l’arrière.

- dune artificielle
faite par des bulldozers.
M. 
Miossec souligne le passage d’une vision utilitaire de l’espace à
une vision plus environnementale. Pour autant, ce qui vaut en Occident
ne vaut pas nécessairement en Orient.

# couverture
de l’EXPRESS (1965) ->image choc + titre : « Arrêtez
le massacre ! »
descriptif de l’image : une villa au sommet d’une falaise, un
couple sur la plage, un bulldozer qui enveloppe le couple. Cette image
choc pose le problème du développement touristique souvent présenté
comme facteur de désordre et de dégradation (ici de l ‘image
idyllique d’une nature sauvage).
# couverture du POINT (juin 1991) -> : « Littoral,
Arrêter le massacre ». Il s’agissait d’exalter la politique du
Conservatoire du Littoral (loi du 10 juillet 1975).
Mais le problème est toujours abordé d’un point de vue purement négatif.

# « Sauvons la pointe du Raz ! »
Conservatoire
du Littoral (11 ans après)
Les formes
de défense du littoral sont repensées : la Loi Littoral du 3
janvier 1986 reconnaît le littoral comme entité spécifique.
Dans les
années 1990, la nature revient dans les préoccupations des sociétés
occidentales.
Extraits
de la loi : « mise en œuvre d’un effort de recherche et
d’innovations » à plus d’inconnues que de certitudes.

 
 
« protection des équilibres biologiques et écologiques. »
Le mot clé est « équilibre ».
L’homme
occuperait-il une place qui déséquilibrerait le milieu ? quel
est le seuil, le degré de gestion de l’Homme sur les littoraux ?
Le tourisme vient en dernière analyse.

# ex du BOSTON HERALD :
« Worst is yet to come ! »
Le pire est-il
à venir, dès lors que le comportement de l’Homme n’aurait pas été raisonnable ?
Globalement
les changements climatiques entraînent des modifications, des déséquilibres :
hausse du niveau de la mer, plus grande fréquence des tempêtes et destruction
des oiseaux sauvages.

I
ère PARTIE : LA NATURE LITTORALE DOMESTIQUEE.

1.1. La nature
littorale : des formes qui sont le reflet d’une dynamique et
qui sont le support d’usages divers.

Rappel :
la géographie physique est la base indispensable de toute géographie.
La nature
est le support des activités, un potentiel pour l’Homme. Il n’y a
pas de déterminisme. C’est le génie de l’Homme qui tire de la nature
ce qu’il veut, comme le dit le slogan d’une usine en Corée : 
« Les ressources sont limitées, la créativité est illimitée ».
Cette diapositive est une excellente illustration de cette thématique.

# île de
la Réunion : un récif frangeant, récif corallien où l’eau chaude
est brassée à nutriments.
Une route
fait la limite entre le versant basaltique et la plage de sable, support
de l’activité touristique. Espace qui attire à présence
de résidences principales ou secondaires. La plage est naturellement
nourrie par la destruction du massif et par abrasion des coraux morts
amenuisés progressivement. Aujourd’hui la réserve de sable est réduite
par l’aménagement à rétrécissement de la plage depuis
30 ans : la mer dévore la plage à an 2000, problème
pour trouver du sable à inquiétudes du Conseil Général.


Nous sommes en présence d’un « beau paysage » : l’image
du lagon attire les gens, mais en réalité, il n’y a de l’eau qu’ aux
genoux ! distorsion entre l’image touristique et la réalité.

Problème
du temps : le temps touristique n’est pas le même que le temps
de la formation du sable.

1.2. La nature littorale :
des milieux originaux (marais, accumulations coralliennes, milieux dunaires).

# Cordon du Hourdel (baie de Somme) : une flèche de galets et de
sables avec en arrière une formation de dunes + rang de polders. Slikke
et réseau de canaux anastomosés à construction d’un delta.

Existence de dépressions,
les mares de chasse de la baie de Somme : au jusant, basculement
d’un étier sur un autre.

La société laisse faire des pratiques pénalisantes vis à vis des milieux.
Estuaire plus ou moins colmaté par les vases.

Conflits d’usage entre chasseurs et écologistes autour de l’oiseau migrateur.
Conflits d’intérêts entre cultures locales traditionnelles et cultures
européennes et urbaines.
Interrogation :
est-ce que le chasseur est prédateur ou ne pratique-t-il pas une certaine
protection de la nature ?


# port du Crotoy : bassin de chasse, vidé lors des grandes marées,
pour creuser le chenal. Dès lors le mot nature n’a plus de sens puisque
la nature est « aidée » par l’Homme.
On
dépense de l’argent pour réintégrer du naturel ou de l’image du naturel
dans le paysage.

# Les formes
d’accumulation provoquent la fermeture progressive du bassin d’Arcachon.
Doit-on maintenir les passes ? et par conséquent lutter contre
la nature ?
M. 
Miossec met l’accent sur le fait que la nature propose et que les sociétés
choisissent.


# photo satellite de la mer des WADDEN : îles barrières comme dans
l’Algarve au Sud du Portugal. Ile de TEXEL, ici, avec corps sableux
et en arrière sédimentation fine.


# grand polder du ZUIDERZEE construit dans les années 30 : polders
agricoles puis espaces récréatifs et d’urbanisation. Ambition dans les
années 60 de vider ce polder pour avoir des terres mais le changement
économique a amené la suspension du projet à pas de modification
de l’environnement.


# île de Noirmoutier
sur la côte vendéenne : île barrière. A l’arrière, une baie frisonne.


La dune est une digue à polders avec production de pommes
de terre (les bonnottes) ; glacis sableux dans masse vaseuse. 

# végétation
dunaire : les oyats.
Le chardon
bleu : logo du Conservatoire du Littoral. Le chardon bleu avait
disparu à la fin des années 1960.

Gestion plus sage -> réapparition de l’espèce, symbole
de la biodiversité.
Zonation remarquable
 : mètre par mètre, on passe d’une plante à une autre.
Les
sociétés contemporaines, sensibles au discours écologique, reconsidèrent
la nature aujourd’hui : étude d’impact de tout projet sur la nature
+ responsabilité des citoyens sur la nature (engagement social).

1.3. La domestication
de la nature littorale.

1.3.1. approche
philosophique.

La domestication
de la nature est inscrite dans la Bible, dès la Genèse. Cette idée
sera reprise par Bacon et Descartes au XVIIème siècle.

Pour Descartes, l’Homme doit « se rendre maître et possesseur
de la nature ». Discours de la Méthode.

« Une Terre entièrement l’ouvrage de l’Homme » Portalis.

1.3.2. la nature
comme concept idéologique.
 

La nature, peut-on
tout y faire ? ou la nature doit-elle être considérée pour ce
que l’Homme peut en faire : un support d’activités ?

1.3.3. adapter
la nature aux évolutions techniques : l’outil portuaire.

# au Japon, la
créativité fait l’artificialisation. Les baies sont détruites dans
leur dispositif naturel. Construction de terre-pleins industriels ->
puissance de la flotte , des porte-conteneurs , des portiques.
Enjeu :
il faut de l’espace pour les boîtes. Le port est un outil au service
de la collectivité et des échanges.

Façade portuaire :
outil plus performant qu’ailleurs à les logiques professionnelles
- car il y a bien une légitimité professionnelle - se heurtent aux
logiques environnementales.

# brochure du port
de Nantes : il faut optimiser les sites actuels ; ex :
port de Montoir.
Extensions
du port nécessaires mais l’espace devient une source rare, que d’autres
(les écologistes) vont mesurer en termes de milieux. Comment pourrait-on
traiter les vasières d’une autre manière ?

#
port d’INCHON : port coréen ouvert sur la mondialisation.
Espaces
gagnés sur des marais. Côte à rias -> marais ->
vasières pour la riziculture ou zone de déchargement pour les navires.
Taille des
navires augmente (maximum atteint de 6000 EVP en 1995) ->
glissement vers l’aval.
Importance
des manutentions portuaires s’accroît. Pour gagner du temps, il faut
accroître le nombre de kilomètres de quais. D’où la nécessité de creuser,
de draguer pour l’accès des navires, atteindre la cote de sécurité
du tirant d’eau dans les estuaires.
Mais dans
les estuaires, brassage d’eau de mer et d’eau douce ->
zone de reproduction de certains poissons + sédimentation dans les
lits -> construction naturelle de marais ->
zone de nidification.
Avant les
années 70, aucune compétition sur ces terres. Aujourd’hui, un pétrolier
de 500.000 tonnes ne pèse pas plus lourd qu’un oiseau de 500 grammes
-> terres très disputées.

# Même cas de
figure pour l’aménagement de l’estuaire de la Seine de 1834 à 1943.

Au Havre, depuis un siècle et demi, fixation du chenal et construction
d’une digue submersible.

Rouen et Le Havre : 2 ports autonomes donc deux politiques pour
un même environnement.
Aujourd’hui
se pose le problème de l’extension dans le cadre du projet havrais
de Port 2000. L’entrée du port se fait par un bassin éclusé ->
extension vers le sud, vers la Seine pour faire gagner du temps aux
navires.

Révolution de la conteneurisation : si on décharge 1000 boîtes
au Havre, on en décharge 2000 à Anvers et 3000 à Hambourg.
Aujourd’hui,
il faut décharger jusqu’à 8000 boîtes (dans la mesure où un seul navire
serait entièrement déchargé en un lieu mais cela n’arrive pratiquement
jamais) -> il faut de la place en hauteur et en largeur.


Le Havre a choisi de s’étendre sur l’estuaire pour maintenir la concurrence
par rapport à Anvers, Rotterdam et Hambourg.
Ici
encore, la logique portuaire se heurte à la logique environnementale.

1.3.4. Tirer parti
des potentialités littorales. Ex du tourisme balnéaire : « sea,
sun and sand. »

On peut faire
du tourisme partout : - sur cordon sableux.

 
- sur les îles.

 
 -
sur les marais : fangothérapie.
 
 
 ports
de plaisance.
Il faut gérer le tourisme en faisant attention au moralisme et
à la vision négative portée sur cette activité.

# Scheveningen
(Pays-Bas)

multiplication des villas avec vue sur la mer, casinos, maisons de
bains : modèle balnéaire du XVIIIème et XIXème siècles.



# plage de RIMINI (Adriatique) : le problème est de se défendre
contre la mer -> présence de brise-lames construits
100 m en avant de la plage.


# Carolina Beach (USA) : plages rechargées en sable depuis l’avant-côte
et dunes fabriquées au bulldozer, maisons de bois, passerelles pour
accéder à la plage.


# Harbour Town (Caroline
du Sud) : île à milliardaires.

Très beaux marais : un schorre. Marais viabilisés, golfe sur
le sable et petites marinas.


# Port-Camargue : littoral à la française. Après la mission RACINE
de 1962, exemple parfait dans les années 60-70, de réponses au tourisme
de masse. But : fixer les migrants du tourisme qui filent vers
l’Espagne.

Au plan quadrillé du Grau-du-Roi s’oppose le plan éclaté de Port-Camargue.


Chaque station a eu son architecte qui proposa un plan original :
ici, BALLADUR, neveu d’Edouard Balladur.
Aménager
l’espace, c’est le penser à toutes les échelles.


# Deauville : accumulation de sable le long de la digue arquée
du port de plaisance -> nécessité d’une écluse à l’entrée
de ce port pour éviter l’ensablement mais qui se révéla insuffisante
d’où la construction d’une nouvelle digue de blocage construite en
avant du port.
La
nature a des contraintes que l’Homme doit prendre en compte et gérer.

1.3.4.1. La nature
littorale asservie aux objectifs humains : lutter contre les
flots.

# Biscarrosse :
hôtel sur la plage avec vue sur la mer et les pieds dans l’eau ->
haute valeur des terres au bord de la mer (on assiste bien à un renversement
historique).

# Photo de
mars 1995, Sud Vendée : falaise dunaire -> ganivelles
pour capter et retenir du sable.


# Photo de septembre 1995, même endroit : une tempête a fait reculer
la plage de plus de 5 m. en quelques heures -> tous
les premiers casiers sont partis -> fragilité du procédé.


# Plage dans le Dorset (1988)
 : l’enrochement date de 1880. L’érosion provient ici du continent, du
flux dans les roches marneuses.

1.3.4.2.
la dérision des méthodes de lutte contre la mer :

# Viaz (?) commune
de l’Hérault : lutte sauvage contre l’érosion avec enfilade de
pneus sur des pieux ; exemple de lutte dérisoire d’un particulier
sur le domaine public.


# Saint-Gilles Croix de Vie : un simple mur pour protéger les
immeubles Merlin en façade -> mur facilement détruit
par les tempêtes.


# île de Ré : Méthode Vauban (1680) de construction de murs et
de digues pour lutter contre les flots.


# nouvelle lecture de la nature avec la construction d’un mur efficace
contre le déferlement de la vague. Coût élevé pour protéger un bien
(15.000 f le m linéaire). Calcul du rapport  coût/bénéfice

II.
PARTIE : REPENSER LA NATURE SUR LES LITTORAUX

2.1. Les nouvelles
interrogations face à la nature, la montée des périls (effet de serre,
élévation du niveau des mers, gaspillage des ressources).

# Une certaine vision esthétique des choses : « halte au
massacre ! »

à
critique du bétonnage des côtes.

Algues envahissantes : algues vertes sur les côtes bretonnes


Revue « Combat Nature » : vision des années 70, renversement
idéologique :

->
la nature devient un combat pour elle-même et non plus
un combat contre elle.

2.2. S’adapter
aux contraintes naturelles : la mutation des formes
.

Principe de « développement
durable » [ rapport PIQUARD de 1973.]

Puis principe de « développement soutenable » ->
gestion des ressources.

La sensibilité du groupe propose le « tiers naturel » ->
trop de pression porte la mort de tout endroit.
Dans
années 90, le concept idéologique de « gestion des ressources »
émerge, concept pas du tout neutre. Ce concept se porte d’abord sur
le littoral, espace étroit et fragile à l’interface de deux milieux.
Mais cette protection est vue par une certaine catégorie de citoyens.



# Le changement climatique et les espaces côtiers.

Faut-il laisser la Camargue se noyer ?

L’eau va monter de 46-47 cm au siècle prochain, selon toute vraisemblance.

Les tempêtes sont-elles plus fréquentes ? On n’a pas assez de
recul pour le dire.


# Miami en 1960 : la plage a disparu -> forte
pression pour la restaurer.


# depuis 1972, réouverture des plages au public par rechargement artificiel
de sable.
opérations
financées sur fonds publics pour une réappropriation privée + négociations
sur la hauteur de la dune.


# Châtelaillon
près de La Rochelle : seule plage de rechargement massif en France.


# Warnemünde en
Baltique : exemple de gestion des sédiments.
 Rechargement :
une conduite crache de l’eau et des sédiments à partir d’un bateau.
Pour bloquer la dune, les Allemands achètent des oyats aux Danois.
Coûts de 15 à 45 F le m 3.


# Dunes de KEREMMA (?) : site naturel protégé. Action qui répond
au principe « penser globalement, agir localement ».


organigramme : démarche d’étude pour une gestion de l’avifaune.


Bruxelles pousse à la création d’une ZPS pour le Havre.
Dans
ce cas précis, les forces économiques ont pris le pas sur les objectifs
environnementaux.

Prise de notes réalisée
lors de la conférence de M. Alain MIOSSEC
à
l’IUFM de Mont-Saint-Aignan le 15 novembre 2000.
par :
- Laurent DEMEILLIEZ, collège Paul ELUARD de Saint-Etienne du Rouvray


- Chantal EMERY, collège Hyacinthe LANGLOIS de Pont de L’Arche.

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