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Publié : 12 septembre 2005

Les dynamiques des espaces productifs en France

Conférence de Madame Jacqueline Le Morvan et Messieurs Benjamin Steck et Jean-Yves Cleach, Professeurs en Classes Préparatoires au Havre (Notes de Benoît Lisbonis relues par les conférenciers)

 

 

LES DYNAMIQUES DES ESPACES PRODUCTIFS EN FRANCE

Conférence
universitaire du 11 avril 2001,
CDDP du Havre,

Benjamin STECK, professeur à l’Université
du Havre, Jean-Yves CLEACH et Jacqueline LE MORVAN, professeurs en classes
préparatoires au lycée François Premier du Havre. Synthèse de B. Lisbonis
relue par les conférenciers.

Sommaire

I)
Comment mesurer ces dynamiques ? J-Y CLEACH.

1.
Ceux induits par des activités créatrices de richesses

2.
Ceux liés à des flux financiers

3.
Ceux liés à des flux d’hommes : les courants migratoires intérieurs

II)
Quels facteurs commandent ces dynamiques ? B. STECK

1. la nature : du gisement au cadre de vie.
2. les hommes : de la qualification opérationnelle à l’identité revendiquée.
3. l’accessibilité : de l’enracinement à la mobilité.

III.
Typologie des espaces productifs en France. J. LE MORVAN.

Questions
posées par l’assistance.

Introduction
 : d’une géographie des productions à une géographie des espaces productifs
.

B. Steck rappelle en introduction que la géographie économique fut longtemps
une géographie des productions, dans le cadre d’un territoire, d’une
durée . Ainsi, quantifiait-on les productions de céréales, d’acier,
d’automobiles...au niveau national et pour une année le plus souvent.
Actuellement, la géographie distingue d’une part les territoires, bornés,
appropriés ou objets d’identifications variées et ,d’autre part, les
espaces où s’expriment des potentialités et des fonctionnalités diverses.
La notion fonctionnelle d’espace est plus adaptée au caractère volatil
de la production, à différentes échelles, que celle de territoire.
Les communications qui suivent entendent répondre en trois temps à l’intitulé
de la conférence :

  • Quels critères, quels indicateurs pour apprécier les dynamiques actuelles ?
  • Quels facteurs commandent ces dynamiques ?
  • Peut-on construire une typologie des espaces productifs en France ?

I)
Comment mesurer ces dynamiques ? J-Y CLEACH.

J-Y CLEACH prend
de nombreux exemples à partir de cartes originales (CIRTAI) élaborées
à partir d’indicateurs sélectionnés par lui, le pavage du territoire
est régional pour la plupart des cartes.

  • Les dynamiques concernent les logiques, les processus, les modifications et évolutions spatiales. Il s’agit de prendre en compte les flux, c’est-à-dire les "mouvements", visibles ou non, mais aussi la "plasticité" des espaces (contraction et expansion), également les phénomènes de croissance ou de régression (la population d’une ville par exemple).
    Les instruments d’appréciation des données, spatiales et temporelles , sont fondamentaux. Or, la plupart des instituts et organismes qui délivrent ces données n’ont pas la géographie comme préoccupation première.

    Le premier problème est le niveau d’agrégation des données. Par exemple, la région Midi-Pyrénées peut paraître très attractive en comparaison des autres régions françaises, mais, à l’échelle des départements, la Haute-Garonne est responsable de cette polarisation, mais plus encore, l’aire urbaine toulousaine à une échelle plus fine.
    La région Ile-de-France peut être surestimée, par effet de masse : ainsi, elle réalise environ 20% des exportations de biens par région en 1999, mais par habitant cette part devient à peine moyenne et d’autres régions sont plus dynamiques comme la Haute-Normandie, ou l’Alsace par exemple.

    Le facteur temps est également important, le caractère "volatil" de l’espace productif est ainsi manifeste. Pour ce qui concerne la création d’emplois en Ile-de-France, la période 1975-1997 révèle un certain dynamisme, en revanche la période 1992-1997 montre une perte comparable à celle du Limousin.

    En définitive, il s’agit de combiner à la fois les échelles et les temporalités. On peut distinguer trois types d’indicateurs.

    1.
    Ceux induits par des activités créatrices de richesses

    Pour la valeur
    ajoutée brute, par habitant ou par actif, la structure par âges
    ou celle de la population active, notamment la population agricole,
    peut introduire une différence notable. L’ évolution de la valeur
    ajoutée, en %, fait apparaître la Corse en tête !
    On peut combiner deux indicateurs, la valeur ajoutée par habitant
    et le pourcentage de la population relevant de la couverture maladie
    universelle. Le Limousin avec ces deux indicateurs peu élevés a
    le profil inverse de celui de la Haute-Normandie. Le tissu social
    est peut-être plus solide dans le Limousin.

    Un autre indicateur possible : le taux de création d’entreprises.
    Il convient cependant de tenir compte de la nature des emplois créés.

    L’évolution de la part relative de la contribution des régions aux
    exportations françaises est intéressant. Il montre une France inverse
    plus dynamique à l’ouest d’une ligne le Havre-Marseille.

    2.
    Ceux liés à des flux financiers

    Les investissements
    civils de l’Etat ne semblent pas opératoires : le Limousin et l’Ile-de-France
    arrivent en tête pour des raisons différentes.
    De même les investissements des régions peuvent être soit le signe
    d’un espace en contraction ou au contraire en expansion.

    Les investissements en provenance de l’étranger ne montrent pas
    d’effet sud. Lorraine et Nord-Pas-de-Calais arrivent en tête. La
    Haute-Normandie fait partie des moins attractives, même si d’autres
    critères sont positifs.

    3.
    Ceux liés à des flux d’hommes : les courants migratoires intérieurs.

    Ici l’effet
    sud est net.
    Dans les années 1970, 3 régions polarisaient ces déplacements :
    Ile-de-France, Rhône-Alpes, PACA.
    Aujourd’hui : Nord-Pas-de-Calais a un solde négatif avec toutes
    les régions, cependant cela ne traduit pas une fuite mais une absence
    d’attraction. De même, l’Ile-de-France a un solde négatif ; mais,
    en fait, il y a plutôt expansion, beaucoup d’habitants de cette
    région allant s’installer dans des départements voisins (Eure, Eure-et-Loir,
    Loiret...) avec l’allongement des navettes du travail. Les indicateurs
    d’urbanisation sont aussi nombreux ; ils ont évolué avec le temps.
    En 1999, 82 % de la population vit dans des aires urbaines ;

    En conclusion,
    il faut disposer de plusieurs indicateurs et les confronter. On assiste
    à une polarisation des dynamiques sur différents espaces. L’espace
    français se présente comme un archipels d’espaces productifs. J-Y
    CLEACH reprend pour terminer l’interrogation de J. LEVY : "faut-il
    oser le désert ?"

II)
Quels facteurs commandent ces dynamiques ? B. STECK

  • 1.
    la nature : du gisement au cadre de vie.

    Aujourd’hui
    le cadre de vie est un facteur important des dynamiques, ce cadre
    étant envisagé comme "gisement d’aménités".
    Les représentations que nous avons de la nature sont productifs
    d’espaces comme par exemple les espaces naturels protégés ou recomposés.
    La France de ce point de vue apparaît comme une réserve d’espaces
    pour la dorsale européenne. Un exemple : certes la fermeture du
    gisement de Lacq pose des difficultés mais d’autres potentialités
    existent dans le Béarn et peuvent prendre le relais (montagne, proximité
    de la mer, espaces ruraux propices à une qualité de vie recherchée
    aujourd’hui).

    2.
    les hommes : de la qualification opérationnelle à l’identité revendiquée.

    Les hommes sont
    les acteurs majeurs de la dynamique des espaces productifs. On peut
    apprécier leur contribution à cette dynamique au travers
    de quelques réalités significatives :

  • taux comparatifs
    de mortalité à l’échelle des zones d’emploi
    (1988-1992) G. SALEM (s.d.) Atlas espace santé territoire
    (cf Festival de Saint-Dié). Le Nord, mais aussi la Haute-Normandie
    se distinguent de façon négative.

  • qualification
    de l’emploi ouvrier, Atlas de France, 1993. En Lorraine, le rapport
    entre nombre des ouvriers qualifiés et non qualifiés
    est favorable, ce qui traduit un potentiel.

  • diplômés
    de l’enseignement supérieur, critère également
    important.

  • dépenses
    R & D des entreprises selon les régions européennes
     : la France est mal placée, sauf la région parisienne.

    L’identité
    permet de dégager des caractères particuliers à
    un espace ; elle est un facteur de plus en plus important, soit
    répulsif, soit attractif selon les cas. La loi de 1995, en
    reconnaissant l’existence de "pays", donne un cadre possible
    à des espaces de projets.

    3.
    l’accessibilité : de l’enracinement à la mobilité.

    L’accessibilité
    est aujourd’hui un facteur déterminant. L’Alsace est bien
    placée dans le cadre de l’ouverture des frontières
    en Europe ; à l’inverse, le Massif central souffre d’un certain
    enclavement dans le réseau ferroviaire ou routier.
    La France, le plus vaste des Etats européens, est le premier
    marché de transport aérien en Europe.
    Le problème de l’accessibilité est déterminant
    pour la localisation des grandes plates-formes logistiques, Port
    2000 en est un exemple.

    4.
    Politiques d’aménagement : du local à l’international.

    B. STECK rappelle
    4 scénarios négatifs envisagés par la DATAR
     :

  • écart
    accentué entre Paris et le reste du territoire

  • risque de creusement
    d’une "dépression centrale"

  • dissociation
    entre les façades

  • risque de repli identitaire
    Les pouvoirs publics entreprennent une politique d’aménagement qui vise à éviter de tels scénarios.
    Une carte des aides de l’UE entre 1994 et 1999 est présentée. B. STECK précise qu’elles iront en s’amenuisant pour les régions françaises avec l’élargissement de l’UE à l’est.

    En conclusion B. STECK propose une hiérarchie des facteurs 1. l’accessibilité 2. les hommes 3. le cadre 4 les politiques d’aménagement (plutôt correctif ) et termine sur cette question :
    le politique est-il encore capable d’infléchir les évolutions  ?

III.
Typologie des espaces productifs en France. J. LE MORVAN.

Tenter une typologie
est difficile, la synthèse cartographique est impossible. J.
Le Morvan retient l’urbanisation, la métropolisation comme principal
critère.

    1.
    espaces ruraux : environ 80 % de la superficie.

  • espaces fragiles. Zones de montagnes (Préalpes du sud, intérieur du Massif Central...) mais aussi de contact (Berry, Plateau de Langres, Morvan...). On a pu parler de "diagonale du vide"ou de "monde rural profond". Pas de zonation compacte, émiettement.

  • espaces dynamiques à vocation agricole. Cf carte de l’ouvrage collectif, La France, Bréal, 2000.

    • Grande culture  : Bassin parisien ou Aquitaine, espace productif gagné parfois récemment comme en Champagne jadis dite Pouilleuse ou dans les clairières landaises (maïs).Les métropoles jouent un rôle polarisateur important comme Rouen premier port céréalier d’Europe.

    • Elevage : France de l’ouest, élevage hors-sol avec des dynamiques aussi négatives (pollution, problèmes de santé publique) qui peuvent provoquer un désintérêt notamment pour le tourisme rural.

    • Agriculture spécialisée : principalement viticulture, maraîchage, avec dispersion sur le territoire national.

    Problème des excès
    d’une agriculture productiviste et même remise en cause du modèle,
    d’où actuellement revitalisation d’espaces de pratiques traditionnelles,
    production "labélisée", notion de "pays".

    2.
    espaces ruraux dynamisés par l’expansion urbaine .

En 1998, les aires
urbaines représentent environ 20 % de la superficie. L’espace productif
urbain est en évolution, tertiarisation du centre, exurbanisation d’activités
et d’infrastructures et formation d’espaces de comblement. Des exemples
sont évoqués comme les villes nouvelles, l’Europort de Châlons-en-Champagne,
le nord de Paris avec l’aéroport de Roissy à l’origine d’un espace urbain.
Les modes de vie urbains sont un moteur de la dynamique (stations de
montagne).

    3.
    espaces urbains proprement dits

    années 1960
    déménagement d’activités notamment industrielles, les centres ont
    pu en partie apparaître désertés ("ventres mous").

    années 1970-80 poursuite de ce schéma mais en même temps rénovation.
    Ex. La Part-Dieu à Lyon, centre commercial et administratif, gare
    TGV en connexion avec l’aéroport de Satolas.
    Ex. des entrepôts reconquis par des activités universitaires et culturelles.

    En définitive
    recentrage, au détriment d’espaces de banlieues marginalisés, qui
    ne sont pas véritablement productifs, ou espaces de production mais
    "souterrains", de "non-droit". Réponse récente : les zones franches
    dont le résultat est à l’heure actuelle difficile à mesurer...

En conclusion, J.
LE MORVAN précise que par manque de temps elle n’a pu aborder
ou développer certains points : l’arc des technopoles, les espaces
transfrontaliers du nord et nord-est.
Cependant, elle insiste sur le caractère de volatilité
des espaces productifs qui, dans le cadre d’une économie ouverte
(mondialisation, Union européenne) ne peuvent se résumer
à une stricte perspective nationale.

La conférence,
riche et dense, ayant duré jusqu’à l’heure de fermeture
du CDDP, quelques questions sont posées comme sur le rôle
des métropoles, sur les réseaux de villes.
B. STECK commente rapidement une carte des réseaux de villes
 ; celui formé par Rouen-Caen-Le Havre n’est qu’une réalité
timide, par exemple dans le domaine universitaire.


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