Vous êtes ici : Accueil > Ressources pour les enseignants > Se documenter > Ressources scientifiques > Nourrir six milliards d’hommes
Publié : 12 septembre 2005

Nourrir six milliards d’hommes

Conférence de Mr Jean-Paul CHARVET, Professeur à l’université de Nanterre. Notes de Catherine Thorez.

 

NOURRIR SIX MILLIARDS D’HOMMES

Conférence
de Jean-Paul CHARVET
Professeur de géographie à l’université de Nanterre

CDDP
- Le Havre
6 mars 2002

La consultation
du chapitre Nourrir les hommes dans quelques ouvrages de seconde a plutôt
satisfait le conférencier qui ne présentera pas un cours
modèle mais qui évoquera quelques thèmes qui lui
semblent essentiels.

1-
La nécessité de travailler à différentes échelles
d’analyse.

1-1
A propos du thème de la dynamique de la démographie agricole.

A l’échelle
de la France, le nombre d’agriculteurs a diminué. Il ne reste
actuellement que 650 000 exploitations dont 400 000 réelles
c’est à dire moins de 3,5% de la population active. Le nombre
de ménages d’agriculteurs décroît de la même
façon.
Mais à l’échelle mondiale, 46% de la population active
mondiale est encore composée d’agriculteurs, " un des
plus vieux métiers du monde ". Le nombre d’agriculteurs
a augmenté.
1968 : 900 millions 1998 : 1,3 milliard sources : FAO
La surface cultivée restant depuis près de deux décennies
à peu près stable, la surface cultivée par agriculteur
a diminué. Ceci fut confirmé par les données
d’un tableau du livre de R. CHAPUIS, Systèmes et espaces agricoles
dans le monde.
Dans les pays développés le nombre d’agriculteurs diminue
en opposition avec la situation des pays en voie de développement.

1-2
A propos des surfaces cultivées et de la production.

1 2 1 L’évolution
des surfaces cultivées.

En France comme
en Europe les surfaces cultivées diminuent, les productions
sont excédentaires. On pourrait donc y envisager de diminuer
la production. Mais à l’échelle mondiale, deux milliards
de personnes sont mal nourries et 800 millions sous alimentées,
il faut donc augmenter la production et poursuivre l’intensification
La répartition des terres cultivées dans le monde est
inégale. La surface de celles ci atteint 1500 millions d’hectares
dont 275 millions de terres irriguées (18%) qui fournissent
40% de la production agricole mondiale.
15 millions d’hectares sont gagnés chaque année par
le défrichement de forêts tropicales ou de savanes en
particulier au Brésil, en Indonésie et en Afrique noire.
Cela peut justifier de travailler avec les élèves sur
l’exemple d’un front pionnier.
Dans le même temps de 12 à 14 millions d’hectares voire
16 millions pour certains chercheurs, de terres arables sont perdus
chaque année par suite :
- du développement de l’urbanisation et des infrastructures
de transport (7 à 8 millions d’hectares par an, souvent des
terres très fertiles comme à Roissy )
- de l’érosion des sols, exemple : le ex Terres Vierges de
l’ancienne U.R.S.S., les Grandes Plaines des États - Unis,
- de la salinisation des sols, exemple : Moyen - Orient, Pakistan
Dans les deux derniers cas, une partie des terres peut toutefois être
récupérée.
Entre 1968 et 1994, la surface agricole utile a augmenté de
9% dans le monde, la population mondiale de 58%. La croissance de
la production agricole a été toutefois un peu supérieure
à celle de la croissance de la population par suite d’une forte
augmentation des rendements. La production agricole peut permettre
de nourrir six milliards d’hommes mais les inégalités
sociales et géographiques expliquent les difficultés.


1 2 2 La nécessité de poursuivre l’intensification
des rendements.

Le développement
de l’irrigation posera dans l’avenir des problèmes. Les terres
irriguées se localisent principalement en Asie (qu’il faudra
étudier lors du thème de l’eau). Les ressources en eau
en l’an 2000 présentent une situation satisfaisante sauf au
Proche Orient et dans le nord de l’Afrique.
Pour 2025, les prévisions sont plus pessimistes. L’Inde, la
Chine et la façade orientale de l’Afrique connaîtraient
des situations préoccupantes. Ceci fut illustré par
deux cartes provenant du numéro de la Documentation Photographique,
réalisé par G. MUTIN ( " De l’eau pour tous ? "
n° 8014, avril 2000 ). La question de la gestion de l’eau deviendra
donc de plus en plus importante. C’est vraiment un problème
de géographie globale, les cours d’eau sont et deviendront
un enjeu majeur dans les relations inter-états dans certaines
régions du monde comme par exemple au Proche Orient.

A l’échelle
mondiale, la production céréalière atteint deux
milliards de tonnes pour une population de six milliards d’hommes.
La disponibilité théorique par habitant et par an est
de 330kg ou 3,3 quintaux.
En 2012-2013, la population sera de 7 milliards d’habitants. Il faudra
donc une augmentation de 330 millions de tonnes de céréales,
ce qui correspond à la production annuelle des Etats-Unis,
pour seulement maintenir le niveau actuel de consommation.
Les rendements doivent donc être accrus encore davantage puisque
l’essentiel de l’accroissement de production ne peut venir que de
là, mais se pose alors la question de la gestion de l’environnement.


2 - La révolution verte.

Elle concerne
un agriculteur sur deux en Asie, très peu d’agriculteurs en
Afrique noire. Pour la réussite de tels programmes, l’encadrement
par les structures d’état est indispensable. Elle repose sur
l’utilisation de variétés de riz à haut potentiel
de rendement. Les variétés traditionnelles produisent
20 q/ha de paddy c’est à dire de riz non décortiqué,
soit 13 q/ha de grain pour une période végétative
de 150 à 160 jours.
Les nouvelles variétés à haut potentiel de rendement
permettent de récolter 60 q/ha de grain pour une période
végétative de 100 à 110 jours en utilisant l’irrigation.
Cela peut entraîner deux cultures /an voire trois ( Chine du
sud, Vietnam ), si la quantité d’eau et de chaleur nécessaires
sont disponibles. Cela permet à la région du delta du
fleuve Rouge de devenir exportatrice de riz pour la première
fois au cours de sa longue histoire.

Remarques : La
révolution verte a permis l’augmentation. des besoins en main
d’œuvre et des revenus.
La mécanisation est accessible aux paysans pauvres par l’intermédiaire
de petites entreprises de matériel agricole qui louent celui-ci.
Le prix du riz a diminué, élément intéressant
pour les populations les plus pauvres. La production par hectare ayant
augmenté, les revenus agricoles n’ont pas baissé.
La révolution verte a permis par l’intensification des rendements
d’améliorer les situations sans résoudre tous les problèmes.
Actuellement on constate un certain essoufflement par suite de la
stagnation des rendements.
La révolution doublement verte a pour ambition d’allier l’intensification
des rendements et la protection de l’environnement. Mais sa mise en
place reste à faire.


3 - Productivité par hectare
et productivité par homme.

Il faut faire
comprendre aux élèves la distinction entre la productivité
à l’hectare et le productivité par unité de main
d’œuvre.
Un paysan sahélo-soudanien peut obtenir, en cultivant du mil,
un rendement de 5 q/ha en moyenne (entre 2 et 10 quintaux suivant
les années). Un agriculteur français dans les Landes
peut obtenir de 125 à 150 q/ha de maïs. L’écart
est donc de 1 à 25.
Remarques : Les agricultures des pays développés connaissent
toutes un soutien important des Etats. Depuis deux ans le gouvernement
des États-Unis aide davantage son secteur agricole que l’Union
Européenne. La nouvelle loi-cadre agricole du printemps de
2002 vient encore d’augmenter de 70% les aides aux agriculteurs américains.
L’agriculture ne peut pas fonctionner dans un contexte économique
purement libéral. Il faut voir le marché comme outil
de gestion, mais pas comme une fin en soi.

La productivité
par unité de main d’œuvre a été étudiée
à partir de graphiques tirés de L’histoire des agricultures
du monde de MAZOYER et ROUDART publiée au Seuil en 1997. Le
chapitre concernant l’agriculture égyptienne est très
intéressant.
Un paysan sans matériel agricole peut produire 10q, un agriculteur
du Bassin Parisien sur 200 ha peut produire en moyenne 12 500 q, parfois
jusqu’à 20 000 q. L’écart sera donc de 1 à 2500.

La politique préconisée
par l’OMC est la libéralisation, la suppression des barrières
douanières. Comment dans ce cadre, ces deux agriculteurs peuvent-ils
être mis en concurrence ? Quel est l’intérêt de
ruiner les agriculteurs des pays en voie de développement ?
A l’échelle mondiale, trente millions d’agriculteurs sont "
ultra modernes ", trois cents millions pratiquent l’agriculture
attelée et un milliard une agriculture seulement manuelle.

4
- La question de la sécurité alimentaire.

Depuis les années
1960, l’approche de ce thème a évolué. Du quantitatif,
on est passé au qualitatif.
L’étude du marché mondial des céréales
a été faite à partir de cartes. On peut donc
observer l’importance du nombre des pays importateurs (150) avec deux
régions très concernées, la façade est
du Pacifique et une région qui s’étend de l’Afrique
du nord au Pakistan en passant par le Proche et le Moyen Orient. Des
pays comme l’Égypte, l’Algérie et l’Iran importent 70
à 80 % de leur consommation. En ce qui concerne l’Algérie
, on peut voir les travaux de Marc COTE.
On constate sur les cartes le faible nombre de pays exportateurs (5).
Actuellement le gouvernement des États-Unis subventionne davantage
les exportations céréalières que l’UE. Y a-t-il
une volonté d’abandonner les marchés méditerranéens
au profit des E-U ? Il ne faut pas sous estimer les variations de
la production céréalière qui peuvent être
considérables d’une année sur l’autre dans les pays
du sud et de l’est de la Méditerranée.

Une étude
de l’aide alimentaire des États-Unis fut faite à partir
de cartes. Entre 1996 et 1999, cette aide a augmenté passant
de 2-4 à 10 millions de tonnes. Cela a correspondu à
l’existence de stocks céréaliers importants et à
une volonté d’aider au développement. Lorsque l’aide
arrive dans un pays, elle se trouve en concurrence avec les céréales
locales, souvent plus chères.
Pour les années 1955/60, les destinations privilégiées
étaient les pays à la périphérie de l’URSS,
le Pakistan par exemple.
Dans les années 1985/90, ce furent les isthmes et les détroits
permettant le contrôle des grandes routes maritimes du monde
(les pays d’Amérique centrale proches du canal de Panama, le
Maroc ( détroit de Gibraltar ) et l’Égypte ( canal de
Suez )).
Pour la période 1993/95, l’aide eut comme principale destination
les nouveaux Etats issus de l’URSS. L’Union Européenne ne semble
pas capable de mener une telle politique.

Le thème,
nourrir les hommes peut-être croisé avec un certain nombre
de sujets du programme comme l’eau, l’urbanisation, la démographie
ou l’environnement. Il faut travailler en privilégiant une
géographie globale, (s’il n’ y a pas de déterminisme
physique il ne faut pas oublier la place des faits naturels).


Quelques questions furent posées en particulier
 :

* Sur l’intérêt
des OGM. Actuellement, aux États-Unis 25 % du mais et 65 %
du soja sont produits à partir de semences génétiquement
modifiées. Ceux-ci assurent 50 % de la vente du soja dans le
monde, l’Argentine 25 % (produit avec les mêmes semences). L’Union
Européenne est importatrice de soja.
Actuellement deux catégories d’OGM sont utilisées, l’une
demandant moins d’herbicides, l’autre d’insecticides , le prix de
vente pour ces deux semences demeure relativement élevé.
Les études concernant les OGM ne sont pas assez nombreuses
et approfondies. Jusqu’à présent, aucun problème
grave de santé n’a été découvert. La progression
concernant les rendements semble modeste, la diminution de la consommation
d’herbicides n’a pas été chiffrée et ces nouvelles
plantes pourraient être à l’avenir moins consommatrices
d’eau mais dans quelle proportion ? Actuellement les nouvelles semences
sont commercialisées par deux grandes sociétés
de États-Unis. Les européens auraient intérêt
à approfondir leurs recherches dans ce domaine pour éviter
de trop dépendre des Etats-Unis.
* Sur les effets de la déforestation sur le réchauffement
de la planète. Le conférencier ne semble pas convaincu
du rapport entre les deux phénomènes rappelant les changements
climatiques tant à l’échelle des temps géologiques
qu’à l’échelle historique.


Bibliographie proposée par J-P CHARVET.

  • CHARVET J-P, RAVIER C, RUIZ M-C : quelques remarques à propos du thème " nourrir les hommes ". Historiens et géographes. N°378. mai 2002.
  • CHAPUIS R. et MILLE P. : Systèmes et espaces agricoles dans le monde, Collection U chez A. Colin en 2001. Livre très intéressant mais qui manque d’exemples précis et suffisamment détaillés. En revanche il sera précieux pour aider à bien contextualiser les exemples et études de cas proposés aux élèves.
    Les différents types de riziculture, brochure du CIRAD.
  • BRUNEL S 2002 : Famines et politique La bibliothèque du citoyen , Les Presses de Sciences politiques.
  • CHARVET J-P 2002 : La céréaliculture dans le monde Clartés, revue mensuelle (février 2002)
    DIRY J-P 2002:L’élevage dans le monde Clartés, revue mensuelle ( février 2002).
  • CHARVET J-P : La France dans son environnement européen et mondial, éditions Liris, 2éme édition, 1997.
  • BARRET Ch, CHARVET J-P, DUPUY G, SIVIGNON M., 2000 : Dictionnaire de Géographie humaine, éditions Liris.
  • Dans l’ouvrage de la collection U, éditions Armand Colin : Géographie Humaine : questions et enjeux du monde contemporain ( juin 2002 ), J-P CHARVET a rédigé un chapitre intitulé : Dynamique des agricultures et espaces ruraux (dans le monde).
  • Recensement agricole de la France, décembre 2001, Agreste cahiers, ministère de l’agriculture.

Notes
de Catherine THOREZ
Professeur au lycée François Ier
Le Havre


 

Téléchargez  !


Vous
pouvez télécharger cette conférence aux formats suivants :

Note technique : Tous
les fichiers sont compressés au format .zip pour optimiser votre temps
de connexion.

Les fichiers PDF sont
lisibles à l’aide d’Acrobat Reader. Si cet utilitaire n’est pas
installé sur votre ordinateur, vous pouvez le télécharger
sur le site web d’Adobe (toutes plate-formes) :